‹ Le deuil des primevères, 1898-1900Chapitre 9 sur 37 · ÉLÉGIE TREIZIÈME · texte numérisé non relu

ÉLÉGIE TREIZIÈME

Lorsque l'on jouera de Torgne pour nous seuls

dans Tég-lise, elle aura des g-outtes d'azur sous les cils,

des larmes de bienheureuse.

Mais où est celle qui est assez pure

pour mon âme qui est une cloche

d'église paysanne enfouie sous des aristoloches f Fiancée, où es-tu ?

LM DEUIL DES PaiMEVÈaES

Ah! Si l'âme de mes roses blanches de juin

souffle à tes lèvres de rose-Beng^ale : lave ton corps, ô trembleuse,mets tes sandales et viens.

Quitte le monde amer et viens dans la cellule

de mes recueillements, d'où Ton entend courir l'eau vive sous les menthes

que le soleil blanc consume.

Pour toi, j'ai préparé la fraîcheur verte de mes rêves

où dorment des brebis .

Pour toi, j'ai un collier de cailloux blancs des grèves

lavés à l'eau des puits.

Si tu arrives lasse, je m'agenouillerai

et délierai tes sandales.

Tu n'auras qu'à laisser tomber sur mon épaule

ta tête, et je te porterai.

La maison blanche emplie d'une rumeur dorée

célébrera ta venue.

Ta sieste rêvera de la fraîcheur des cruches,

sur mon lit où je t'étendrai.

Et, pleurant d'amour, j'irai dans le bJanc solstice, suivi de mes chiens harassés,

sonner la cloche en fleurs des plus pauvres églises pour annoncer la Fiancée.

1* juin 1899.

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