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A. J\£oTtsteiXT TF. C. J'cty.
Cher Monsieur,
Dans le cours des recherches qu'exigaient quelques travaux littéraires auxquels je me suis livré pendant mon séjour en Angleterre, j'ai eu l'occasion de rassembler les renseignements relatifs au Deuil, qui se trouvent aux diverses sources d'information où les auteurs ont l'habitude de puiser les matériaux nécessaires à leurs travaux. Cette besogne accomplie, il m'a semblé que son résultat n'était pas sans intérêt. Et lorsque je me suis convaincu de l'absence de tout ouvrage de ce genre, je ne dirai pas seulement en France ou en Angleterre, mais dans toute l'Europe, j'ai été persuadé qu'en ajoutant aux connaissances déjà acquises sur ce sujet quelques éléments nouveaux, des renseignements inédits, des détails
originaux, je pourrais faire un travail présentant quelque utilité, en ce sens qu'il traiterait d'un sujet usuel, familier, sur lequel les auteurs ne se sont pas arrêtés jusqu'ici. Car, peut-être l'apprendrez-vous avec surprise, dans la plus riche collection du monde, à la bibliothèque du British Muséum, il n'y a pas un seul livre traitant du Deuil, ou donnant sur son observation des informations détaillées. Pour le Deuil, tel qu'il s'observe à la cour d'Angleterre, par exemple, il n'existe pas une seule notice imprimée; j'ai dû consulter des papiers jaunis par le temps, et qu'aucun œil curieux n'avait inspectés auparavant. Je puis ajouter, en passant, que, parmi les renseignements par moi ainsi découverts, j'en ai trouvé de curieux, ne se rapportant pas au sujet de cet ouvrage, et qui, à un moment donné, trouveront ailleurs leur place.
On pourrait signaler dans cet ouvrage une lacune. Il y manque un chapitre important, que j'ai omis à dessein: le Deuil, sous ses
formes diverses, fait l'objet de toute une industrie importante, qui occupe un nombre considérable de mains et d'esprits, j'aurais pu entrer à ce sujet dans quelques détails intéressants ; mais il est si difficile, de nos jours, de ne pas confondre la critique impartiale avec ce que nous appelons, en France, "la Réclame," que j'ai préféré écarter de cet ouvrage tout ce qui n'était pas d'un intérêt exclusivement littéraire, historique, artistique, ou simplement mondain. La partie industrielle et commerciale est donc absolument laissée de côté.
Je ne puis cependant pas, dans un ouvrage comme celui-ci, passer sous silence les efforts inouïs qui se font à tout instant pour amener nos habitudes et les besoins de la nature hmnaine à s'accorder avec les notions de goût, de délicatesse que chaque jour développe davantage dans nos sociétés; je veux au contraire rendre à ces efforts, je ne dirai pas l'hommage qui leur est dû, mais l'hommage dont je puis disposer. Et à vous.
qui êtes célèbre et — s'adressaut à un homme de votre intelligence et de votre caractère, le mot n'est qu'exact — à vous qui êtes illustre parmi les industriels, les commerçants voué& à la spécialité dont il est question ici, je dédie ce livre.
Abstraction faite du sujet, j'ai, pour vous offrir cet hommage, une raison autre que la célébrité du grand Etablissement de Deuil dont vous avez fait une des beautés, un des ornements du plus élégant quartier de Londres.
Votre valeur conamerciale, on la connaît ; mais ce qu'il me plaît de dire ici, c'est que vous êtes de ceux qui ont le plus contribué à la création de ces relations amicales existant à cette heure entre la France et l'Angleterre, lesquelles, tout en assurant la paix et la prospérité à deux grandes nations, réjouissent le cœur des Français qui, comme moi, aiment la France et l'Angleterre, et des Anglais qui, comme vous, aiment l'Angleterre et la France. Ces relations, en effet, reposent sur quelque
chose de plus fort que la volonté, si fenne qu'elle soit chez deux peuples, de rester unis; elles reposent sur les intérêts primordiaux des deux nations : par une communauté intime d'intérêts commerciaux, la France et l'Angleterre en sont arrivées à considérer un conflit entre elles conmie une de ces choses qu'on ne prévoit pas, parce qu'il ne paraît plus qu'elles soient conformes au cours possible des choses humaines. J'ai donc raison de dire que vous, dont le nom est fameux sur nos marchés, aussi bien à Lyon, dans nos manufactures de soieries, qu'à Paris, chez nos fabricants de costumes, de manteaux et d'ornements de toute sorte, vous êtes de ceux qui ont puissamment contribué à rendre intime, indestructible, l'accord de la France et de l'Angleterre.
Je n'oublie pas non jîlus que bien des Français, et des Françaises surtout, se lancent en Angleterre, quelquefois même un peu inconsidérément, à la recherche d'un labeur lucratif, et que ceux qui ont la bonne fortune, d'ailleurs très
enviée, d'entrer chez vous, y trouvent le confort et la sécurité qui se chercheraient vainement ailleurs.
A qui s'adresserait mieux un livre écrit par un Français en Angleterre, principalement sur les coutumes Anglaises et sur la spécialité que vous avez illustrée ? Recevez donc cet hommage, cher monsieur, c'est un témoignage de sympathie de l'ami, et, du Français, un témoignage de reconnaissance.
Londres^ 1er Juin 1877,
C'est la peine imposée à ceux qui longtemps vivent T)e voir sans cesse, ainsi que les mois qui se suivent Lés Deuils se succéder de saison en saison Et les vêtements noirs entrer dans la maison.
Le Deuil est l'expression extérieure d'un sentiment d'affection, de reconnaissance, de respect ou de considération envers une personne qui n'est plus. C'est un tribut payé à la mémoire d'un être cher ou estimé. L'origine des coutumes actuelles relatives au Deuil se retrouve dans.
les usages les plus anciens, ainsi qu'on le verra par l'examen qui fait l'objet de cet ouvrage; on y trouvera également les règles établies par l'usage dans l'observation des Deuils. Dans cette matière, comme dans d'autres, l'initiative individuelle a ses droits ; chacun peut, d'après sa conscience, donner cours à ses propres inspirations; il est bon, cependant, le Deuil étant un signe extérieur, de le suivre conformément aux règles de la société où l'on vit.
L'idée de traduire les sentiments qu'inspire la perte de ses proches par des signes visibles aux yeux de tous remonte uux origines de l'état social, et se retrouve chez toutes les nations qui ont laissé des souvenirs historiques.
LE DEtriL DANS ^.'ANTIQUIT^
Le premier signe de Deuil, chez les Hébreux, -était et est encore la déchirure des vêtements. Tantôt la déchirure est horizontale, tantôt de haut en bas ; dans le grand Deuil, le vêtement doit être usé sans être recousu; dans le Deuil ordinaire, on peut le recoudre au bout de trente jours. C'est pourquoi on lit dans la Bible : — ^^ Il y a un temps de déchirer et un temps de recoudre."
La période du Deuil pour les Hébreux est très courte, trente jours constituent le Deuil le plus sévère, et dans bien des cas, ils se contentent de sept et même de trois jours. Aussi peuvent-ils observer des coutumes étranges,
comme celle de s'abstenir de saluer leurs connaissances et de ne pas faire le rangement deleurs appartements. Pour Moïse et Aaron, les. Hébreux ont porté un mois de Deuil.
Chez les Grecs, le Deuil n'était pas chose simple, mais les pratiques qui servaient à l'exprimer consistaient plutôt en des exercices extravagants qu'en l'observation d'une tenue déterminée.
Ils commençaient par s'abstenir de touteçaîté et spécialement de paraître dans aucun lieu de récréation. Us prenaient leurs promenades dans les endroits les plus solitaires,, supprimaient tout ornement extérieur et portaient des vêtements d'étoffe grossière et noire La période de deuil était de 30 jours, exceptéà Sparte, où elle n'était que de 10 jours.
Chez les Romains, l'observation du Deuil n'était qu'une obligation toute morale, les femimeis y étaient cependant astreintes par l'usage; il était facultatif pour les hommes. La loi intervenait pour défendre de prendre
le Deuil pout les enfants âgés de moins dô trois ans, et aussi pour limiter à une année ^u maximum le Deuil de toute espèce de parents, même les plus proches, comme wçl père •ou un mari* La législation sur le Deuil se mo- ^iifia à plusieurs reprises, upe loi de Numa •UVait fixé à dix mois au niaiimunqL les plus longs dejiils*
Les femmes, dit Winckelmann (Histoire de TArtJy portaient le Deuil en ., habits noirs chez les Eomains comme chez les Grecs. Cette mode existait déjà du temps d'Homère, qui nous •apprend que Thétis, plongée dans la tristesse par la mort de Patrocle, prit. le plus noir de ses vêtements. Mais sous les empereurs romains iiet usage éptouva un changement total, et les femmes portèrent le. Deuil en habits blancs.
Ainsij quand Plutarque nous parle en général •des habits blancs pour le Deuil, sans fixer d'époque, il n'est alors question que de l'usage de son temps. Hérodien fait mention du Deuil «en habits blancs dans «a relation des funéraiUea
de l'empereur Septime Sévère. Il nous raconte^ que l'image de cet empereur, faite de cire, était environnée, d'un côté, d'une troupe de femmes, vêtues de blanc, et de l'autre, du corps de tous les sénateurs, vêtus de noir. On peut dire cependant, en général, que, chez les Eomains, les hommes s'habillaient de noir dans le Deuil,, comme nous l'apprenons, entre autres, par un trait de Trajan, qui, ayant perdu son épouse Clotine, porta ses habits noirs pendant neuf jours.
Caton dit que les femmes quittaient, pendant le Deuil, les habits de pourpre et en portaientdé couleur bleue.
On distinguait, à Bome, le Deuil public et le Deuil privé. Le premier était porté k l'occasion des événements politiques. Dans le cas d'une défaite grave, de la mort d'un personnage cher à la République, le Sénat, les^ chevaliers, le peuple prenaient spontanément le Deuil. Souvent c'était une fraction des ci-*toyens qui avait l'occasion de se plaindre d'une^
injure commise à son préjudice. Ainsi, quand ManlTus fut précipité du haut de la Roche Tarpéïenne, une partie du peuple prit le Deuil. Lors de là défaite de Cannjes, ce furent touà les citoyens. Le Deuil public était, à vrai dire^ une manifestation politique, qui fut toujours volontaire sous la République, mais qui fut imposée sous Jes Césars. Le premier Deuil public par ordre suivit la mort d'Auguste. Il ftit de quelques jours pour Jes hommes et d-une année entière pour les femmes.
Fendant les Deuils, les sénateurs et les magistrats ne portaient aucunes marques de leurs dignités. Tous étaient vêtus comme les Plébéiens 5 les consuls eux-mêmes ne rendaient plus la justice assis sur leur tribunal et dans les chaises curules, mais assis sur les sièges des préteurs ou dans les bancs des tribunaux du peuple.
On verra plus loin que le Deuil public des Romains se retrouve en Angleterre, dans le Deuil de Cour proprement dit, et plus encore
dans le General mourniny^ qu^ordonne le Eàrl Marshal, pour des circonstances déterminées.
Le plus long Deuil privé chez les Romains ^tait de dix mois. Il était volontaire. La loi de Numa, que nous venons de rappeler, n'iïnposait pas le Deuil, mais elle en limitait la durée à dix mois au maximtmi. - Le Deuil pouvait cesser avant son terinè habituel pour quatre causes: 1. La naissance d'un enfant; 2. La promotion d'un membre de la famille à une fonction importante ; 3. Quand un membre de la famille, qui était prisonnier dé guerre, recouvrait la liberté ; 4. Pour le mariage d'une jeune fille avec un parent plus proche que le défont.
Quant aux Deuils publics, ils cessaient à l'occasion des jeux solennels et des saturnales. Les Romains abandonnaient donc le Deuil pour fêter le carnaval, ce qui donne la mesure de l'importance attachée à cette réjouissance dans l'ancienne Rome.
Le Deuil des hommes consistait uniquement
à s'abstenir de paraître dans les banquets ou Keux de plaisirs, et à porter un costume simple. Les femmes romaines étaient astreintes à porter un vêtement noir, et les mères, lors de la mort <i'nn de leurs enfants, au vêtement bleu azur.
Le Deuil Eomain, modifié et réglementé par le Christianisme, fut celui de toute l'Europe au moyen-âge et sert encore aux temps modernes, où il n'y a plus que le Deuil privé, quoique le Deuil de Cour, soit encore une espèce de Deuil public, et qu'on ait même -quelques exemples de Deuils récents prescrits par voie législative.
Les Gaulois n'avaient pas de Deuil; en signe d'affliction, ils se rasaient le tour de la tête et laissaient flotter épars le reste de leurs •cheveux.
Les Egyptiens se rasaient les sourcils.