LE DEUIL AU DIX-HUITIÈME SIÈCLE
Telle était l'étiquette du Deuil observé dans la Cour de Bourgogne vers le milieu du XV® siècle. Voici celle de la Cour de France au XVIIP siècle, ainsi qu'il résulte d'un ouvrage publié en 1765, sous le titre de: Ordre chronologique des Deuils de la Cour, Tout le cérémonial usité dans ces circonstances se trouve minutieusement décrit dans cet ouvrage :
On ne portait les grands deuils que pour père et mère, grand-père et grand'mère, mari et femme, frère et sœur. On appelait grands deuils ceux qui se partageaient en trois temps : la laine, la soie et le petit deuil. Les autres deuils ne se partageaient qu'en deux temps, le noir et le blanc. Jamais on ne drapait dans ces derniers deuils, et, toutes les fois
qu'on ne drapait point, les femmes pouvaient porter des diamants, et les hommes Tépée et la boule d'argent.
Le grand deuil de père et de mère était de six mois. Pendant les trois premiers mois on portait la laine en popeline ou ras de Saint-Maur, la garniture d'étamine avec effilé uni, la coiffe pendante, les mantilles de même étoffe, ainsi que l'ajustement; les manches de crêpe blanc, garnies d'effilé uni, pendant les six premières semaines. Si c'était en robe, on portait les bonnets, les barbes, les manches et le fichu de crêpe blanc garnis d'effilé uni. Au bout de six semaines) on quittait la coiffe, on prenait des barbes frisées et on pouvait mettre des pierres noires. Les trois mois finis, on prenait la soie noire pour six semaines ; le poil de soie en hiver, le taffetas de Tours en été, avec les coiffiires, manches, fichu de gaze brochée, garnis d'effilé découpé, soit en grand habit, soit en robe. Les six dernières semaines étaient de petit deuil. On portait le noir ou le blanc avec la gase brochée et les agréments pareils. On pouvait alors porter des diamants. L'étiquette des deuils des grands-pères et des grand'mères était la même, mais le deuil n'était que de quatre mois et demi : six semaines en laine, six en soie et six en petit deuil. Pour frères et sœurs, la laine pendant trois semaines : quinze jours la soie, huit jours le petit deuil. Pour oncles et tantes, le deuil était de trois semaines, et pouvait se porter en soie : quinze
jours avec effilé, sept jours avec gaze brochée ou blonde. Le deuil des cousins germains durait quinze jours : huit avec effilé, sept avec gaze brochée ou blonde. Pour oncles à la mode de Bretagne, onze jours : six en noir, cinq en blanc. Pour cousins issus de germains, huit jours : cinq en noir, trois en blanc. Le deuil des maris était d'un an et six semaines. Pendant les six premiers mois, les veuves portaient le ras de Saint-Maur de laine, la robe à queue retroussée par une ganse attachée au jupon sur le côté, et que l'on faisait ressortir par la poche ; les plis de la robe étaient arrêtés par devant et par derrière ; les deux de devant joints par des agrafes ou des rubans ; les manches en pagode ; la coiffiire batiste à grands ourlets ; les manches plates à un rang et grand ourlet ; le fichu de batiste, aussi à grand ourlet ; une ceinture de crêpe noir, agrafée par devant pour arrêter les plis de la taille, les deux bouts pendants jusqu'au bas de la robe ; une écharpe de crêpe plissée par derrière ; la grande coiffe de crêpe noir ; les gants, les souliers, les boucles bronzées ; le manchon revêtu de ras de Saint-Maur, sans garniture, et l'éventail de crêpe. Les six autres mois, la soie noire, les manches et garnitures de crêpe blanc et les pierres noires, si l'on voulait. Pendant les six dernières semaines, le noir et le blanc uni ; la coiffiire et les manches de gaze brochée ; les agréments, ou tout noirs, ou tout blancs, au choix de la veuve.
qu'on ne drapait point, les femmes pouvaient porter des diamants, et les hommes Fépée et la boule d'argent.
Le grand deuil de père et de mère était de six mois. Pendant les trois premiers mois on portait la laine en popeline ou ras de Saint-Maur, la garniture d'étamine avec effilé uni, la coiffe pendante, les mantilles de même étoffe, ainsi que l'ajustement ; les manches de crêpe blanc, garnies d'effilé uni, pendant les six premières semaines. Si c'était en robe, on portait les bonnets, les barbes, les manches et le fichu de crêpe blanc garnis d'effilé uni. Au bout de six semaines) on quittait la coiffe, on prenait des barbes frisées et on pouvait mettre des pierres noires. Les trois mois finis, on prenait la soie noire pour six semaines ; le poil de soie en hiver, le taffetas de Tours en été, avec les coiffiires, manches, fichu de gaze brochée, garnis d'effilé découpé, soit en grand habit, soit en robe. Les six dernières semaines étaient de petit deuil. On portait le noir ou le blanc avec la gase brochée et les agréments pareils. On pouvait alors porter des diamants. L'étiquette des deuils des grands-pères et des grand'mères était la même, mais le deuil n'était que de quatre mois et demi : six semaines en laine, six en soie et six en petit deuil. Pour frères et sœurs, la laine pendant trois semaines : quinze jours la soie, huit jours le petit deuil. Pour oncles et tantes, le deuil était de trois semaines, et pouvait se porter en soie : quinze
jours avec effilé, sept jours avec gaze brochée ou blonde. Le deuil des cousins germains durait quinze jours : huit avec effilé, sept avec gaze brochée ou blonde» Pour oncles à la mode de Bretagne, onze jours : six en noir, cinq en blanc. Pour cousins issus de germains, huit jours : cinq en noir, trois en blanc. Le deuil des maris était d'un an et six semaines. Pendant les six premiers mois, les veuves portaient le ras de Saint-Maur de laine, la robe à queue retroussée par une ganse attachée au jupon sur le côté, et que l'on faisait ressortir par la poche ; les plis de la robe étaient arrêtés par devant et par derrière ; les deux de devant joints par des agrafes ou des rubans ; les manches en pagode ; la coiffiire batiste à grands ourlets ; les manches plates à un rang et grand ourlet ; le fichu de batiste, aussi à grand ourlet ; une ceinture de crêpe noir, agrafée par devant pour arrêter les plis de la taille, les deux bouts pendants jusqu'au bas de la robe ; une écharpe de crêpe plissée par derrière ; la grande coiffe de crêpe noir ; les gants, les souliers, les boucles bronzées ; le manchon revêtu de ras de Saint-Maur, sans garniture, et l'éventail de crêpe. Les six autres mois, la soie noire, les manches et garnitures de crêpe blanc et les pierres noires, si l'on voulait. Pendant les six dernières semaines, le noir et le blanc uni ; la coiffiire et les manches de gaze brochée ; les agréments, ou tout noirs, ou tout blancs, au choix de la veuve.
Les antichambres devraient être tendues de noir; la chambre à coucher et le cabinet, de gris, pendant un an ; les glaces, cachées pendant six mois. Les veuves ne pouvaient paraître à la cour qu'au bout des six premiers mois. Le deuil des femmes se portait pendant six mois. L'homme veuf devait porter l'habit et les bas de laine ; les inanchettes de batiste à ourlet plat ; l'épée, les souliers et les boucles bronzées ; une grande cravate unie ; les grandes et les petites pleureuses.* On quittait les grandes après les trois premières semaines. Au bout de six semaines, les bas de soie noire, les manchettes effilées, mais toujours l'épée et les boucles noires. Les six semaines suivantes, l'habit de soie noire, l'épée et les boucles d'argent, et, pendant les six dernières, l'habit coupé ou le petit deuil ; les bas de soie blancs. Les hommes pouvaient paraître à la cour dès les premiers jours de leur deuil. H n'y avait d'exception à ces règles que pour les deuils des parents dont on héritait. Le deuil d'un frère, par exemple, n'était que de six semaines, mais si l'on en héritait, il était de six mois, comme celui de père et mère. Les deuils généraux imposés par l'étiquette de cour étaient partagés en trois temps, la laine, la soie et les pierres noires,
* On appelait Pleureuses des bandes de toiles blanches, qui se portaient retroussées, de la largeur de trois ou quatre pouces sur le bord des manches de l'habit dans le grand Deuil. — Note de V Auteur.
— sole petit deuil et les diamants. Dans les deuils où on ne drapait point, les femmes portaient les diamants ; les honmies, l'épée et les boucles d'argent. Dans les deuils dont les jours forment un nombre pair, par exemple si le deuil était de six jours, on prenait le noir pendant la première moitié et le blanc ou le petit deuil pendant la seconde. Dans les deuils dont les jours étaient impairs, la plus forte moitié était en noir ; par exemple, si le deuil était de quinze jours, on portait le noir les huit premiers jours, et le blanc les sept jours suivants.
Le cérémonial du deuil ainsi décrit se maintint, à peu de choses près, jusqu'à la Eévolution de 1789, reparut à la Kestauration, puis disparut sous la monarchie de Juillet.