‹ Le Deuxième centenaire de l'érection du diocèse de QuébecChapitre 70 sur 114 · CHAPITRE CINQUIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE CINQUIÈME

Les deux concerts à l'Université- Laval ; Christophe Colomb ode-symphonie, musique de Félicien David ; compte-rendu par M. N. Legendre.

La partie nuisicak^ de cotte grande célébration a été digne en tons points du reste de la fête. La direction de la messe dn l^i' octobre et des saints solennels avait été confiée à M. Ernest Gagnon, secondé pai' le Septuor Haydn, l'Union Musicale et tous les principaux artistes et amateurs de Québec. M. Arthur Lavigne, avec le concours des mêmes personnes, a fait exécuter la grande ode-symphonie de Félicien David, intitulée Christophe Colomb.

Ceux qui ont eu occasion d'entendre Ij' Désert^ par le même auteur, ont pu apprécier le caractère de cette grande musique qui parle d'une manière si saisissante au cœur et à l'imagination. Christophe Colomb n'est pas inférieur au Désert^ et il rappelait, avec le plus touchant à propos, la mémoire du pieux découvreur de l'Amérique, avec le souvenir du grand prélat et des saints missionnaires qui sont venus, au

péril de leur vie, implanter les germes de la foi catholique sur ce sol vierge encore, mais dont 1" heureuse féconditée, arrosé par le sang de nos martyrs, a donné des fruits si précieux et si ahondauts de civilisation apostolique. Pour cette grande fête, cette fête du cœur par excellence, tout ce que la vieille ville de Ghamplain renferme de talent musical était venu spontanément apporter son concours, pour montrer ce que peuvent produire dans des cœurs chrétiens r union de ces deux grandes idées, ou plutôt de ces deux grands et inséparables sentiments, la foi et le patriotisme; l'Etat qui soutient matériellement l'Eglise, l'Eglise qui sauve naturellement l'Etat. Tant que ces deux sentiments vivront dans nos cœurs, nous serons forts; le jour qui les verra disparaître nous verra tomber avec eux.

Rien n'est plus propre à moraliser un peuple que de lui rappeler, de temps à autre, d'une manière saisissante, le souvenir de ceux qui ont été grands devant Dieu et devant les hommes. Nos pères ont donné l'exemple de ces grandeurs, nous devons cultiver leur mémoire. C'est pourquoi nous ne saurions être trop reconnaissants au pasteur qui dirige notre église, de ce qu'il nous a donné ce grand spectacle de toutes nos anciennes gloires, qui ont repassé un moment devant nos yeux.

L'œuvre admirable de Félicien David a été donnée le mercredi soir dans la grande salle de l'Université, en présence de Mgr. l'archevêque de Québec, de Son Excellence le lieutenant gouverneur et de Madame Garon, avec leur famille, Son Honneur

le Maire de Québec el Madame Murphy, et de NN. SS. Mgr. r Archevêque Lynch de Toronto, Mgr. l'Archevêque Taché de Saint-Boniface, Manitoba, Mgr. Rogersde Ghatham, Mgr. Mcintyre de l'Ile du Prince Edouard, Mgr. Charles Larocque de Saint- Hyacinthe, Mgr. Laflèche des Trois-Rivières, Mgr. Goësbriand de Burlington, Mgr. Ryan de Buffalo, Mgr. Crinnon de Hamilton, Mgr. Jamot du Sault- Sainte-Marie, Mgr. Garfagnini du Hâvre-de-Grâce, Mgr. Gameron d'Arichat, Mgr. McKinnon d'Antigonish, Mgr. Walsh de London, Mgr. Fabre, évoque de Gratianopolis in partihus^ coadjuteur de Mgr, r Archevêque de Montréal, Mgr. Persico, évêque de Bolina in partibus^ Mgr. Daems de Green-Bay, Mgr. Racine évêque élu de Sherbrooke, Mgr. Duhamel, évêque élu d'Ottawa. Un nombreux clergé et un auditoire laïque choisi remplissait la vaste enceinte décorée avec un goût exquis.

Il n'est pas dans nos habitudes de trouver tout beau et de distribuer l'éloge ou le blâme sans discernement. On nous croira donc, nous l'espérons du moins, si nous disons que les chœurs et la partie orchestrée de Christophe Colomb ont été rendus, mer- (iredi soir, avec une perfection que nos artistes et amateurs de Québec ont rarement atteinte jusqu'ici.

L'œuvre de Félicien David est divisée en quatre parties : Le Départ, Une Nuit des tropiques, La Révolte, et le Nouveau-Monde.

Le Départ s'ouvre, après une strophe déclamée sur une tenue de l'orchestre, par un récitatif et air de baryton :

La brise se lève,

Dans l'air et sur les eaux,

Christophe Colmnb s'adresse à ses compagnons et aux personnes qui sont venues assister au départ. Ce morceau a été clianté par M. Lamothe qui du reste, a rempli en entier le rôle de Christophe Colomb, La brise se lève est une de ces suaves mélodies que l'on retient du jjremier coup. L'accompagnement de l'orchestre a un caractère mystérieux qui laisse flotter le sujet sur ses ondes sonores, de môme que la brise suit les molles ondulations des flots.

Après un dialogue admirablement orchestré entre Christophe Colomb et le chœur, l'équipage et la fouh*^ assemblée sur le rivage, jurent fidélité au futur découvreur du Nouveau-Monde dans un morceau d' ensemble ou l' auteur laisse entrevoir les richesses d'harmonie qu'il saura répandre sur le reste de son œuvre :

Hardi Colomb, toi qui, conduit par ton génie, Quittas les champs de la patrie !

Ce chœur a été rendu d'une manière magistrale- Un second dialogue se termine ensuite par le grand chœur :

A nous tous la gloire et d'immenses trésors.

Dont les dernières phrases reviennent comme un écho dans le chœur finnl (\pLa prière.

Lorsque les sentiments de la foule ont eu leur cours, on voit les émotions particulières se faire jour et l'on entend les adieux touchants d'une mère et de son fils. Ce morceau semble toutefois un peu long, et n'a pas un caractère aussi distingué que le reste de l'œuvre. 11 a été interprété par MM. Plamondon et Déry. M. Plamondon avait à hitter

ronXro Ihs difïic.ultés d'une partie écrite pour un

>oprano.

Les navires s'ébranlent pour le départ, «et la foule demeurée sur la rive, prie le ciel pour ceux qui vont atîVonter les dangers du voyage :

Dieu de bonté, Dieu tutélaire, Vers toi, dans notre peine amère, Nous poussons un cri gémissant.

De la vague apaise la rage ; Fais que l'autan fils de l'orage Devant toi s'abaisse impuissant 1

Prions ! époux, vierges et mères.

Prions le Seigneur 1

A la fin de cette prière qui porte un cachet remarquable de grandeur et de simplicité, les marins pleins de confiance et sûrs de la protection divine se laissent aller à un élan d'enthousiasme :

D'un héros protégé par les cieux Nous suivrons les destins si glorieux.

A travers les périls et les flots furieux, Nous irons avec lui moissonner la gloire.

L'avenir nous sourit.

Et le ciel nous bénit.

C est le refrain du premier chœur que les matelots entonnent et dont les échos vont se perdant dans le lointain.

La seconde partie, Une nuit des tropiques^ s'ouvre par un morceau d' orchestre d' un très-bel effet ; mais un peu long peu^être : Puis, pendant que les vaisseaux fendent mollement les ondes, on entend s'élever le Chant du Movsse.

La Mer est ma patrie.

Le bord est mon séjour.

Un jeune élève du Séminaire a rendu cette suave et pure mélodie. Mais les marins sont superstitieux et leur imagination se charge de peupler de fantômes la nuit des tropiques. A peine le mousse a-t-il fini de chanter, qu'un motif d'orchestre léger, gracieux, fait pressentir le chœur des génies :

La douce voix des génies De sublimes harmonies.

Kavit le calme des airs !

Ce chœur avec les vocalises de soprano et d'alto qui en accompagnent presque constamment la marche, est d'une grande couleur poétique.

Après le chœur vient l'air de Fernand chanté par M. Déry.

0 mer où la nuit pleure En semant ses pavots 1

Cette douce rêverie intitulée le Quart^ se résout en un tutti de tous les matelots qui dialogue avec les derniers couplets de l'air du Quart. C'est le chœur des Mariniers. Il a été très-bien rendu mais aurait pu être plus accentuée. A]3rès une tenue de l'orchestre, vient le chœur bachique :

Ah qu'il fait bon Près du timon.

Ce morceau a beaucoup l'allure de la marche de la caravane, dans le Désert. On voit, ou plutôt on entend constamment d'ailleurs que les deux odessymphonies ont été créées par le même talent. Nous dirions que le chœur bachique a été peut-être la meilleure interprétation de toute la soirée, s'il n'était

pas si difficile* do choisir <Mitr(^ (l(*s succès ipii cniciivent et qui fransporlent.

Pendant ce temps la lenipète s'élève et fait rage; l(^s chants joyeux se changent en des prières et des lamentations

Les matelots effrayés s'adressent an Ciel (M h»

supplient de les sauver du naufrage. Ce chœur est

d'un grand effet. Le changement de ton qui se fait

à la phrase

0 Vierge sainte !

produit siu'tout une émotion impossible à rendre. Nous ferons, pour rinter]3rétation de ce morceau, la même remarque que pour le précédent.

La fureur des flots s'apaise, et les derniers cris du vent s'éteignent graduellement pour se confondre avec les bruits mystérieux de T Océan. L'orchestre a rendu ces effets d'une manière superbe. Lorsque le calme est revenu, un dernier refrain bachique, écho du premier chœur, fait entendre ses accords et termine la seconde partie.

Dans la troisième partie, un calme plat a surpris le navire. Sous les ardeurs du soleil tropical le découragement saisit les matelots qui s'en prennent à Colomb ; la révolte éclate à bord.

Colomb tâche de relever les courages abattus ; il demande un répit de douze heures. Le dialogue est bien soutenu et les effets d'orchestre saisissants. Vers le soir, on sent les brises de terre ; les matelots, tout retrempés, chantent à leur chef un hymne de gloire :

Gloire à Colomb, Dieu l'écoute !

L'océan creuse la route, Les voiles s'ouvrent au vent.

La représeulatioii dt» Chffsfophc Colomb no sera pa? . oubliée de sitôt à QiiélxM- et fera époijue dans Tèrt de nos fêtes musicales.

Nous croyons n'être (|ue réclio du public ei offrant nos renitu'cinieuts à M. le grand vicaire Haine qui a organisé cette fête, et qui s est nuiltiplié poui en assurer le succès. L'Université-Laval a fait beau coup pour r éducation de notre jeunesse, dans k, domaine des sciences et des professions libérales, ellt complète son œuvre ea lui fournissant l'occasion de s'initier aux arts et de connaître et d' apprécier les , chefs-d'œuvre des maîtres de la vieille Europe. Notre jeunesse saura lui tenir compte de ce patrie-: tique effort, qni jusquUci a produit de si beauj résultats.

Nous éprouvons beaucoup de plaisir, en terminant, à offrir à M. le chevalier Gustave Smith, la somme de reconnaissance qu'il mérite, pour la part active et spontanée qu' il a prise à cette grande fête. Son talent, déjà si justement apprécié ailleurs, a acquis un mérite nouveau qui ne fera que confirmer une réputation si bien établie dans d'autres parties de cette province.

Nap. Legendre.

CHAPITRB SIXIEME.

a pi-oces«ion. — La Messe à la Basilique. — L'épiscopat, le clergé, les fidèles présents. — La partie musicale. — Sermon de Mgr. Racine. — Bénédiction Papale. — Acclamations.

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