SERMON DE MGR. RACINE
Monseigneur,
Cette fête de la Dédicace était chère à tous les enfants d'Israël ; elle leur rappelait les joies les plus héroïques de la patrie et toutes les phases diverses de leur histoire.
Plus que l'ancienne Synagogue,? Eglise catholique, épouse du Roi Immortel des siècles, professa le culte des souvenirs. Ses fêtes commémoratives des mystères de l'Homme-Dieu, de la mort des saints, de la dédicace de la plus humble église, en sont la preuve éclatante.
Un souvenir semblable nous réunit aujourd'hui dans cette église, c'est l'anniversaire deux fois centenaire de l'érection du Siège Episcopal de Québec, par le Souverain Pontife, Clément .Y, d'heureuse mémoire.
A la voix du vénérable successeur de Mgr. de Laval, l'illustre et saint fondateur de cette église, les enfants de Dieu accourent de tous les points de cette
immense région primitivement confiée à la sollicitudv^ de l'évêqne de Qnébec, pour rendre grâces à DieTi des bénédictions répandues sur cette église, mère féconde de tant d'autres églises disséminées sur la plus grande partie de rx\mérique Septentrionale.
Voyez comme tout ce qui frappe nos regards respire la joie, la joie pure et sainte, dont la religion seule a le secret. Ces détonnations pacifiques de l'airain guerrier, ces arcs de triomphe, ces chants d'allégresse, ces magnifiques décorations, cette nombreuse afïluence de fidèles, cet innombrable cortège de prêtres, tout nous rappelle la prophétie du saint homme Tobie (' j annonçant le bonheur de Jérusalem, où le joyeux alléluia devait un jour se faire entendre de toutes parts : et per vicos ejus^ allduia cantabitur.
Mais votre présence ici, Messeigneurs, parle plus haut que toutes nos paroles, car elle est à la fois la démonstration vivante de la bénédiction accordée» à ce Siège de Québec, et le témoignage le plus précieux de l'affection filiale dont vos cœurs sont animés h son égard. Eh ! comment une mère ne serait-elle pas au comble de la joie en voyant réunis à ses côtés un grand nombre de ses enfants, couronnés de gloire et enrichis des vertus et des mérites d'un glorieux apostolat !
Afin que rien ne manque à la joie de notre fête. Celui que nous appelons tous notre Père, le iGlorieux Martyr du Vatican, l'Immortel Pie IX, jjrenant part à la joie de ses enfants du Canada, ouvre les trésors
(0 TobieXni22,
d8 l'Eglise, et, par une faveur insigae. confère à Tantiqua égUs3 de Notre-Dim^ de Québec le titre auguste de Basilique Mineure.
Que dis-je, Messeigueurs et mas chers frères, Notre- Seigneur Jésus-Christ, qui, au jour de l'anniversaire de la Dédicace, se promanait dans l'enceinte du temple, n est-il pas ici au milieu de nous ? Du fond de son tabarnacle il jette des regards d'amour sur cette assemblée, il nous bénit, il entend notre prière, il prend part à la joie de ses enfants.
M lis quel est donc le secret de cette merveilleuse fécondité qui fait en ce jour l'objet de notre reconnaissance envers le Très-Haut? Gomment l'église de Qiébec, si petite et si faible dans ses commencements, est-elle devenue, après deux siècles, si grande et si forte ?
Un jour Jésus-Christ dit à ses Apôtres: Ego cligi vos ut eatis et fruotum ojeratis et fructm vester maneat. ,Ie vous ai choisis afin que vous alliez, que vous portiez du fruit et que votre fruit demeure. Parole puissante qui a fait l'Eglise catholique telle que vous la voyez aujourd'hui après dix-huit siècles, une et féconde. Parole puissante qui se vérifie dans chacun d^s rameaux verdoyants de ce grand arbre.
Il y a dnix siècles, le vicaire de Jésus-Christ envoya un éveque à Québec, et lui adressa la m'^m^ parole, au nom du Sngneur : EUgi von ut eatis
Va vers ces peuplades nombreuses qui remplissent les forets de l'Amérique du Nord : fais entendre la bonn^ nouvelle sur les bords des lacs et des grands tien vas; va rendre témoignage à Jésus-Christ d'un
océan à F autre et depuis le pôle jusqu'à l'equatear. Eritls mihi testes usque ad ultimatum terrœ ; sois le fondateur d'une église nouvelle, dont la grandeur et la beauté ajoutent un nouveau joyau à la couronne de l'épouse du Christ; fais-moi le peuple le plus beau, le plus heureux et le plus catholique du monde.
Parole souveraine qui a fait l'église de Québec telle que nous la voyons aujourd'hui, après deux siècles d'existence, fidèle image de l'unité et de la fécondité de l'Eglise catho.Uque, sa mère. Parlons d'abord de cette unité admirable qui fait la force et la beauté de l'Eglise catholique.
C'est Jésus-Christ qui a posé la pierre angulaire de ce majestueux édifi.ce qui s'appelle l'Eglise : il se l'est acquise au prix de son sang, au jour de ses douleurs, il Ta aimée comme son épouse chérie.
Cette église, objet des pensées éternelles de Dieu, n'est pas une institution vaine et inutile: créée de Dieu, immédiatement gouvernée par Dieu, elle est une société parfaite, la première des sociétés, et les respects des siècles ont sanctionné la divinité de son origine.
En envoyant ses apôtres vers les quatre vents du ciel, Jésus-Christ les a dispersés, sans les diviser. Comme le soleil disperse ses rayons à travers l'espace sans se diviser et sans perdre de son éclat, de même l'Eglise, source inépuisable de vérité, répand la lumière sur tout l'univers et éclaire les intelligences qu'une charité mutuelle dont le foyer est Dieu luimême, unit dans une môme communion.
ff Ef pour empêcher que personne ne vînt a perdre ri à son égard ces sentiments de confiance que des » enfants doivent avoir pour une mère, le Sauveur a a orné et enrichi son Eglise des dons les i:)lus propres n à lui concilier leur estime et leur respect, tel que le » privilège d'infaillibilité dû à l'assistance continuelle '.) qu'il lui a promise. » (^)
Cette autorité vivante, infaillible, que possède l'Eglise, ne divise pas, mais rapproche, unit les intelligences, auxquelles elle propose à croire les mêmes vérités ; elle produit l'union des esprits, des cœurs et des volontés. Et c' est pour cela que Dieu l' a couronnée de gloire en la revêtant des caractères les plus capables de la faire respecter par les hommes.
L'Eglise Catholique est Sainte dans son chef, qui est Jésus-Christ ; Sainte dans sa doctrine qui conduit à la sainteté ; Sainte dans ses membres qui ont reçu la grâce de la sainteté, la grâce du baptême, le pardon des péchés, et qui sont revêtus de Jésus- Christ.
Elle est Apostolique parce qu'elle enseigne la même doctrine qu'ont enseignée les Apôtres; parce qu'elle a les mêmes sacrements qu'au temps des Apôtres ; parce que la succession de ses évêques et de ses doctrines remonte jusqu'aux Apôtres.
Elle est catholique ou universelle parce que, selon l'expression de Sain t- Augustin , de T orient au cou chant elle brille de l'éclat d'une seule et môme foi.
Elle est Une dans sa doctrine, la môme en tous
(J^ Perrone,
lieux et chez tous les peuples de la terre ; Une dans ses sacrements et dans son Chef Suprême soit invisible, c'est-à-dire Jésus-Christ, soit visible, c'est-àdire, le successeur légitime de saint Pierre sur le Siège de Rome ; Une aussi dans l'union de tous les éveques avec le Souverain-Pontife, Vicaire de Jésus- Christ.
Loin de moi, Messeigneurs et M. F., la pensée de vouloir assimiler en toutes choses nne église particulière à l'église universelle, à qui, seule ont été promis et accordés, d'une manière absolue, les privilèges divins et les caractères surnaturels dont je viens de parler. Mais nous serait-il défendu d'étudier, de contempler avec amour et admiration dans notre chère église de Québec la part de privilèges (jue la bonté divine a daigné lui accorder, comme à un membre chéri de l'Eglise universelle? L'Apôtre pose ce principe absolu : si la racine de Parbre est sainte^ les rameaux doivent aussi être saints : si radix sancta est^ rami sunt (i). La sève qui part de la racine et va porter la vie jusqu'aux extrémités des branches doit nécessairement leur communiquer ses propres qualités.
Une église particulière doit donc participer à la sainteté, à l'npostolicitè, à l'unité de l'Eglise uni verselle à laquelle elle demeure unie.
Union heureuse ! Source intarrissable, où l'église de Québec a puisé ce principe de vitalité et cette force d'expansion, qui Font fait triompher des persécutions et des obstacles. O église de Québec! que
(i) Kom. XI, 16.
Jésus-Christ a greffée sur ce grand arïjre de l'Eglise Universelle, vous grandirez à ses côtés, ijleine dp vie et de jeunesse, pleine de force et de fécondité^ comme l'Eglise Romaine notre mère, faible et persécutée à son berceau : vous serez sa joie et sa consolation. Gomme vos sœurs de France, l'Eglise vous bercera amoureusement sur son cœur., dans la suite des âges, ainsi qu'une mère berce et réchauffe ses enfants, avec complaisance et bonheur.
Quel spectacle glori-nix et consolant se présenti» en ce moment à nos yeux î Les fidèles des nombreuses églises dont l'Eglise de Québec est la mère féconde, se groupent autour de leurs pasteurs ; les pasteurs autour de leurs évéques ; les évoques ssnt unis par la même foi et la même hiérarchie à leurs métropolitains ; les métropolitains à leur tour vénèrent l'église de Québec comme leur mère, tout en conservant leur indépendance hiérarchique.
(( L'épiscopat est un, dit saint Cypi-ien, et chaque évêque en possède solidairement une portion. L'Eglise de même est Une, et se répand au loin par sa fécondité toujours croissante. C'est un soleil dont les rayons sont innombrables, mais dont la lumière est une. C'est un arbre dont les rameaux sont en grand nombre, mais dont le tronc est un ; c'est une source qui se divise en plusieurs ruisseaux tout en conservant une seule et même origine. » Ne dirai ton pas que le grand docteur a voulu dépeindre la fête qui nous réunit en ce moment autour d'un siège en qui Dieu a voulu montrer comme un abrégé des grandeurs et de la beauté de son Eglise ?
L'unité, M. C. F,, ne fait pas seulement la béante de cette église, elle est aussi la source de cette force et de cette fécondité admirable qui nous reste à contempler,
Notre-Seigneur Jésus-Christ avait dit à ses disciples : « Vous recevez la vertu du Saint-Esprit qui *) descendra sur vous, et vous me rendrez témoignyg(> )) dans Jéi'usalem, et dans toute la Judée et la Samarie î; et jusqu'aux extrémités de la terre. » (*)
Du haut de la croix, la parole du Maître est venue jusqu'à nous. Et malgré le glaiv(} de Fhonmie luttant contre le Verbe de Dieu, malgré les persécutions se succédant dans le monde païen pour étouffer, à son berceau, F Eglise du Christ, la reli gion marche triomphante vers ses immortelles des tinées ; fécondée par le sang des Apôtres et des martyrs, elle rayonne jusque dans les coins les plus 3'eculés de l'univers : « usqur ad vltwnim lerrœ.))
L'apostolat s'exerce d'abord dans les limites restreintes de la Judée, en faveur des brebis d'Isiaël, puis il s'élance à la conquête des âmes, et la foi se répand dans l'iuiivers avec force et avec certitude. Le commandement de Jésus-Christ a été exécuté. Eristis mihi testes usque ad ultimum teirœ.
Mes Frères, ces deux caractères de l'Eglise uni ver selle se retrouvent aussi dans l'Eglise de Québec.
Suivez l'apôtre canadien au sillon de lumière et de bienfaits qu'il trace après lui ! Remontez à sa suite les fleuves du Nouveau-Monde': enfoncez-vous dans
(') Act I 8
les vastes forêts de l'immense territoire qui n'a connn que l'erreur, et soyez les témoins des prodiges qu'il opère. Il a dressé sa tente au pied des Montagnes- Rocheuses ; les cotes du Pacifique sont étonnées de le voir; les Iles tressaillent d'allégresse à sa venue, tes montagnes et les collines retentissent devant lui des cantiques de louanges, et tous les arbres du pays font entendre leurs apx>lauclissements. (^) Partouty sur ses pas, le Père de famille recueille une riche et abondante moisson.
Missionnaires des premiers temps de notre patrie ; ouvriers de la première heure dans cette vigne du Père de famille, écoutez la voix qui retentit aujourd'hui des chaires de ces soixante églises cathédrales et de ces milliers d'églises paroissiales où un peuple fidèle et nombreux se réunit au pied des mêmes autels ï Reconnaissez-vous la voix de vos enfants, comme Isaac reconnaissait celle de son fils Jacob? La doctrine que vous annonciez, il va deux cents ansj a-t-elle été mise en oubli ? A-t-elle été remplacée par une doctrine nouvelle ? Le Siège apostolique d'où vous tenez vos pouvoirs, votre consolation, votre force, votre appui, est-il moins cher à vos enfants qu'il ne l'était à vous-mêmes? Ah! nous osons le dire, l'auréole de souffrance qui couronne aujourd'hui le front de l'immortel pontife qui gouverne l'Eglise, nous attache à notre Père, par un lien nouveau.
Et comment ces cinquaute-nouf éghses, filles bienaimées de l'église de Québec, se sont-elles formées?
(') Ev. 12.
Par quello aulorilé cet immense territoin^ arrose par les eaux du Saint- Laurent et du Mississipi, des rivières Colombie et McKenzie, qui a pour limites les deux océans, s' est-il divisé et se <iivise-t-il encore aujourd'hui ? — Toujours par l'autorité vivante et infaillible du Chef unique de F Eglise,
L'arbre planté, il y a deux cents ans, sur le rocher <le Québec, arrosé par le sang des martyrs Bt par h^s tueurs des apôtres de notre patrie, produit tous les jours de nouvelles branches, et sur ces branches poussent des rameaux qui en produisent d^ autres à îeur tour.
Voyons en peu ce qu'était, il y a deux siècles, cet innnense territoire, au point de vue du catholicisme.
A €ett-e époque reculée, il y avait à peine deux iiiille catholiques dispersés sur cette vaste étendue: un seul évéque pour gouverner ce petit troupeau. Et aujourd'hui on compte huit arcln^véques, quarantecin(j évrques et sept vicaires apostoliques, cinq millions de catlioliques et plus de quatre mille préti'es.
Admirez T inépuisable fécondité de Téglise de Québec l Voyez comme elle étend ses conquwtes ; comme elle multiplie sa hiérarchie» sacrée ! Dans toutes les églises dont la variété fait la beauté, c'est la même foi, le même baptême, le même Dieu : Una fidcs, unum baptisma^ unus Dcus. « Et quel est le » secret de cette vie, de cette puissance d'expansion » et de fécondité ? C'est que chez nous catholiques, » tout est ramené au principe de l'unité ; tout repose » sur l'unité, et dès lors point de division, point de
;; séparation ; mais une action unique et commune, » forte, puissante, qui, sous l'autorité d'un seul, )) s'étend jusqu'au bont du monde, multipliant sous » toutes les formes la grande famille catholique.»
Isaïe l'avait annoncé lorsque parlant à l'époque du Christ, il dit : Tes fils viendront de loin : Filii tui de longe venient : à tes côtés surgiront des filles^ et filise tuœ de laiere surgent. Tu garderas , tu seras dans Vabondance^ et ton cœur s' étonnera et se dilatera de joie ! Videbis et alJlms^ et mirabitur et dilatabitur cortuum. (i)
O Jérusalem ! lève les yeux, regarde autour de
Loi Tes déserts, tes solitudes, la terre autrefois
semée de ruin3s ne pourront suffire à la multitude
qui se rendra vers toi Réjouis-toi, toi qui étais
stérile; pousse des cris d'allégresse, toi qui n'étais pas devenue mère ; les enfants de ta stérilité le répéteront : le lieu est tout étroit. Etends l'espace que tu occupes, développe les toiles de tes tentes, allonge leurs cordages. Tu pénétreras à droite et à gauche, ta postérité héritera des nations et habitera les villes désertes. {^)
G' est à r Eglise universelle que le prophète Isaïe adresse ces magnifiques paroles ; mais on peut à bon droit les appliquer aux églises qui, comme celles de Québec, ont été mères à leur tour d'une nombreuse postérité.
La parole de Jésus-Christ a été comme toujours puissante et féconde.
Eatis^ fructum^ afferatis^ fructus maneat.
(1) Isaïe, LX. 4.
Ci) [saie.
Ils sont ailes partout : mlù.
[Is ont porté du fruit en tout lieux : frucinm af ferai Is.
Le fruit demeure toujours : fruclus maneat.
Pourquoi ? Parce que dans l'Eglise, nous dit saint Cyprien, la doctrine de la vérité est placée dans la chaire d'unité.
Il y a un centre d'unité ; il y a un Pontife infaillible, un Docteur ; un Père.
En un mot il y a Pierre.
Pierre qui a reçu de Jésus-Christ les clefs du Royaume céleste : il ouvre le ciel, et personne ne peut le fermer ; il ferme, et personne ne peut ouvrir ;
Pierre qui confirme ses Frères dans la Foi ;
Pierre qui vit et préside dans ses successeurs ; Pierre qui commande et tous les fronts s'inclinent devant sa parole souveraine ;
Pierre qui enseigne ; et tous les esprits et tous les cœurs se soumettent dans la foi, T amour et le respect ;
Pierre qui confirme ; et tout ce qui est faible et chnuc(4ant devient fort et inébranlable.
0 Pierre ! ô Pontife-Roi, aujourd'hui couronné d'épines ! Vicaire infaillible de Celui qui s'est dit la voie, la vérité et la vie, permettez à vos enfants de r Eglise de Québec et de toutes les Eglises dont elle est la mère féconde et glorieuse, de vous offrir, à travers l'espace, les hommages respectueux de leur vénération, de leur amour, de leur respect et de leur (»spérauc(> !
Oui d'esxiéraiices I car Dieu est avec vous dans cette lutte suprême et décisive que vous soutenez pour la vérité et la justice ; Dieu est avec vous ; il renversera vos ennemis. Âcjonizare pro justiticK pro anima tua et usque ad mortem certâ pro justitid ft Deus^ expugnabit pro te inlmicos tuos.['^)
Dans leur orgueil insensé, ils croient avoir prévalu contre la justice, contre Dieu lui-même ! Ils se vantent d'avoir anéanti son ouvrage ; d'avoir tué et enterré la Papauté ! Nouveaux Pilâtes ils ont apposé leurs sceaux pour mieux enchaîner leur victime dans le tombeau : mais viendra le jour où ils entendront avec effroi cette parole qui réjouira le ciel et la terre : Surrexit ! il est ressucité !
Chantons des hymnes de joie, car le Seigneur a manifesté sa gloire et sa puissance. Cantemus Domino gloriosè enim mar/uificatus est. {^)
Telle est en effet F Eglise catholique ; telle elle a été, telle elle sera jusqu'à la fin des siècles. Tout change et tout passe : mais elle demeure parce qu'elle est fondée sur une parole, divine qui demeure éternellement ; parole toujours une, parole toujours féconde ; parole qui fera à jamais notre foi, le fondement de notre espérance et l'aliment de notre charité et de notre reconnaissance !
0 Eglise de Québec! tu n'as pas sans doute les mêmes promesses d'immortalité et d'infaillibilité que l'Eglise universelle, mais il est bien permis à tes
(1) Ecclli IV. 33.
(2) Kxod XV. 1.
enfants df^ considérer avec amonr et orprvieil les donx siècles qui mesurent la durée de ton existence gloriense.
Tonjonrs féconde tn n'as cessé de cultiver et d'agrandir la vigne confiée à la vigilance des Pastenrs tonjonrs de plus en pins nombrenx fjue le divin Maître vent t' associer.
Toujours nne, malgré la multiplicité sans cesse croissante de tes enfants, tu vois ici réunis des évoques et des prêtres de presque toutes les parties de ce vaste continent : interroge leur croyance, et ils te diront qu'il n'y a pas un seul article de foi, pas un iota pour lequel un seul d'entre eux hésitât à répandre jusqu'à la dernière goutte de son sang. Remonte le cours de ces deux siècles et interroge^ à leur tour ceux qui dorment aujourd'hui dans la poussière du tombeau, après avoir achevé leur course apostolique.
Venez confesser votre foi, ô enfants de l'église du Canada !
Venez le premier, sortez de votre tombe glorieuse, ù immortel de Laval ! Venez, vous, les héritiers de sou siège et de son zèle !
Ajjparaissez, vous, les illustres fondateurs de toutes ces églises qui tirent leur origine du siège de Québec ! Venez, disciples de Saint- François, premiers missionnaires de ce pays ; venez, enfants de Loyala, soldats généreux dont les combats sont nos gloires les plus nobles et les plus pures, et le sang le plus glorieux trophée de notre foi ! Venez, enfants de Saint-Augustin, de Saint-Dominique, de Marie-Immn culée, de S;rnt-Alphonse, athlètes couronnés de
gloire, martyrs de la férocité des bourreaux, ou victimes d'un long et pénible apostolat : venez missionnaires des peuples sauvages du Nord-Oui^st, de la rivière McKenzie, de l'Orégon, de la Colombie, de Vancouver 1 Apparaissez dans cette Basilique, ù vous zélés et pieux directeurs de nos séminaires et de nos collèges, vénérables fondatrices de nos communautés religieuses, éi)Ouses de Jésus-Christ, qui avez donné à la jeunesse les trésors d'une éducation chrétienne, •à la pauvreté le vêtement et la nourriture, au repentir un refuge assuré, à toutes les misères humaineF un soulagement et une consolation...
Mais ne viendrez-vous pas à votre tour, hardi navigateur de Saint-Malo, vous qui le premier avez pris possession du Canada, au nom de Jésus-Christ ; et vous qui avez estimé le salut d'une âme un bien plus précieux que la conquête d"un royaume. Samuel de Champlain, pieux fondateur de Québec : et vous qui n'aviez d'autre ambition que de servir Dieu et de travailler pour sa gloire, noble de Maison neuve, fondateur de Ville-Marie, ne viendrez-vous pas ici témoigner de votre foi ?
Venez aussi nobles eufauN de la catholique Irlande qui avez tant souffert pour n^idre témoignage à la foi.
Tous ensemble, ils sont devant vous. M. F., intérogez-les. — Quelle a été votre foi ? Ecoutez leur réponse unanime :
« Toujours nous avons cru, toujours nous avons enseigné l" Eglise : Une, Sainte, Catholique, Apostolique et Romaine La foi de Pierre, la foi des
Apôtres et des Martyrs a été notre foi. »
■éêÊ
0 UK's frri'csî Quel sjjcctnclc ! Quelle a\i<iiisl(^ ?isseml)lée ! Quelle evSt belle C(^tte église du Gnuada dans sa féconde unité ! Qelle est digne de notre admiration et de uoire amoui- dans son tout, qui esl r Kglise catholiijue ! Quelle est inébranlable, sainte ^ et inviolabb^ment unie à son Gbof, au snre(*sseni' de Saint-Pierre !
«Oh! qn(» celte union ne soit jamais troublée ! Que rien n'altère cette paix et cette unité où Dieu habite. » (M
0 Marie conçue sans péché, reine et patronne de cette Basilique, de cette maison royale que Jésus a bâtie pour vous, sa sainte Mère, abaissez sur vos enfants vos xcux si pleins de miséricorde ! Abaissezles sur l'église de Québec et sur toutes ces illustres églises, ses filh^s bien-aimées si heureuses de vous appartenir Soyez le fléau de toutes les erreurs: soyez toujours la protection de notre foi. Bénissez les Pontif(^s, les prêtres et les fidèles. Soyez notre force et notre consolation, notre appui et notre joie, notre lumière et notre espérance, soyez plus encore, soyez notre Mère.
Veuillez aussi. Monseigneur, nous bénir et bénir tous nos vœux. Héritier de la foi et de la charité, ^
du pouvoir et des vertus de l'immortel de Laval, vous êtes le gardien fidèle et intrépide du dépôt de la foi léguée à votre illustre église de Québec par tous les saints pontifes qui vous ont précédé.
Puissiez-vous continuer de longues années, an multos annf\ cette illustre succession des Laval, des
(^) Bossuet.
St. Valier, des Briaiid, des Plessis, cette glorieuse cliane des pontifes dont le premier anneau touche au berceau de notre patrie !
Votre bénédiction. Monseigneur, répétée par les vénérables prélats qui entourent votre siège métro politain, sera ratifiée dans le ciel, et sera pour nous tous le gage des bénédictions de T éternité.
A la fin de la messe, Mgr. l'Archevêque de Québec, en vertu d'un induit daté du premier jour de juin 1874, donna la bénédiction papale à la foule des fidèles qui encombrait la Basilique. Enfiu Ton chanta les acclamations que nous citons ici avec la version française.
I. (1) Benedictio et claritas | et sapientia et gratiarum actio, | honor et virtus et fortitudo | Deo nostro in ssecula sjeculorum. Amen.
Chorus. Régi sîeculorum immortali ft iiivisibili, j soli Deo, honor e( gloria !
II. [mmaculata^ Virgini. | luijusce Basilica^ patrona', I laus, veneratio et iilialis pietas !
Chorus. 0 genitrix Innnaculata Verbi, j [)recare jvro uobis I et esto tutissimumrefugium !
III. Beatissimo Pontifici Pio Pi\\)ve Nono, | Christi el terris viauio, | omnium Christianorum Patri | el infaillibili Doctori, | Victoria, par^ et gaudium !
(' ) Accliimationcs cantand.T stint ad normam vcrsicnlorum, i, c, (ieprimendo in fine voocm per trrtiam a Fa a(t AV. Pausaî indiraatur per | et super fiunt recto tono.
i^fiorus. Dominiis conservel eiim | (^1 vivificel euni ) et l)eatiim faciat in terra | et non tradat ciiiii in an imam inimicorum ejus î
TV. Illustrissimo ac Revereiidissimo Arcliiepiscopo Quelx^censi, | digno liiijusce EcclesicT primi pras ciilis successori, | ciijus opéra et pietate, | hoc anniversarinm bis centeiiarium tam féliciter celebratur, I reverentia et animi gratitiido î
Cfionis. Grati omniun^Aiimi expressio et beiiedictio Dei super illum, | et super opéra ejus | et super diœcesim.
V. Illustrissimis ac Reverendissimis Pra^sulibus | qui banc Quebecensem Ecclesiam matrem babeut, I omnia fausta, illibata prosperitas î
Chorus. Ad multos annos | uberrima omnipotenti benedictio, | pax sempiterna | et laborum beata retributio !
VT. Clero Sccculari et regulari ejasdem territorii, | iiecuon cbristifidelibus, | gratiam et gloriam det Dominus î
Chorus. Zelus indeficiens, | messis superefïluens, | gratia et pax a Deo Pâtre uostro î
VIT. Omnibus in orbe terrarum orthodoxis | atque catholictB etapostolicœ fidei cultoribus, | charitas atque dilectio !
ChoTUs. Pax fratribus et chai'itas cum fide | et gratia a Domino Jesu Christo !
(Traduction.)
r. Bénédiction, gloire, sagesse, action de grâce, honneur, puissance et force à notre Dieu dans les siècles des siècles. Amen.
Le cJkpkv. Au Roi des siècles : immortel et invisible-, à runi({ue Dieu, lionnenr et .uloire !
II. A la Vierge Immaculée, patronne de cette Basilique, louange, vénération et piété filiale !
îj' chœur. 0 Mère Immaculée du Verbe, priez pour nuus, et soyez le plus sur de nos refuges !
III. A Notre Saint Pontife, le Pape Pie IX, vicaire dn Christ sur la terre, Père de tous les chrétiens et Docteur infaillible, vi(^Jire, paix, et foi 1
Lr' chœur. Que le Seigneur le conserve et lui donne une longue vie : qu'il le rende heureux sur la terre, (^t qu'il ne le livre pas au désir de ses ennemis !
IV. A r Illustrissime et Révérendissime Archevêque de Québec, digne successeur du premier prélat de cette Eglise, aux soins et à la piété duquel nous devons de célébrer si heureusement cet anniversaire deux fois séculaire, respect et reconnaissance !
Le chœur. Oui, T expression de tous nos cœurs reconnaissants et (fu(^ la bénédicli(~)n de Dieu soit sur lui, sur ses œuvres et sur son diocèse.
V. Aux Illustrissimes et Révérendissimes Prélats qui regard(^nt cette église de Québec comme leur mère, bonheur en tout et [)i'Ospérité sans mé lange 1
Le chœur. Encore de nombreuses années avec la surabondante bénédiction du Tout-Puissant, une paix perpétuelle et TheuriHise récompense des œuvr(^s accomplies î
VI. Au Clergé séculier et régulier de ce mènn^ territoire et à tous les fidèles, grâce et gloire de la part du Seigneur !
Le chœur. De la part de Dieu notre Père, zèle sans
déclin, une moisson luxuriante, grâce et paix du
cœur !
VIL A tous les fidèles du monde entier, gardiens de
la foi catholique et apostolique, charité et dilec-
tion !
Le chœur. A nos frères, la paix et la charité avec la
foi et la grâce de Notre-Seigneur Jésus-Christ î
CHAPITRK SEPTIÈME.
Le Banquet à la Salle de Musique. — Discours de Mgr. l'Archevêque.— Discours de Son Honneur le Maire de Québec. — Discours de l'Honorable M. Chauveau.