‹ Le Deuxième centenaire de l'érection du diocèse de QuébecChapitre 8 sur 114 · XIV INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XIV INTRODUCTION

Depuis le prêtre inconnu qui, le 11 juin 1534, au port de Brest, sur la côte du Labrador, célébra probablement la première messe, qui ait jamais été dite dans la Nouvelle- France^ (M que de travaux, de courses apostoliques, de souffrances, de prédications avant que Monseigneur de Laval ait pu s'asseoir sur le trône épiscopal de Québec î

Il y avait déjà longtemps que l'église du Canada était connue en France, elle avait déjà coûté beaucoup de prières et beaucoup d'argent aux pieuses et généreuses confréries dont le mysticisme et la ferveur contrastaient étrangement avec les mœurs du dix-septième siècle, beaucoup de larmes et de sang, aux ordres religieux et au clergé séculier de la mèrepatrie. Les dissensions et les querelles ecclésiastiques, qui sont partout et dans tous les temps au nombre des épreuves que la foi doit subir, ne lui avaient pas manqué non plus. Enfm la colonie elle-même avait toujours été périclitante et pour bien dire dépendante du plus ou du moins de hardiesse ou de fureur des Iroquois, du plus ou du moins d'âpreté des marchands qui l'exploitaient, des caprices plus ou moins fréquents de ses gouvernants d'outremer. Joignezy la jalousie entre Montréal naissant et Québec à

(') Aujoia-d'hni Baie du Vieux Fort (annotation de M. Faribault dans l'édition des Voifages de Jacques- Cartier publiée par la Soc. Litt. et Hist. de Quéliec.)

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bon droit ombrageuse à l'égard de sa jeune livale — les conflits et les susceptibilités entre les diverses autorités dont les pouvoirs étaient assez mal définis ; et vous aurez une idée des difficultés ï travers les- (juelles s'accomplissait le grand œuvre qui s'affirmait le ier octobre 1674, et qui, après deux siècles, vient d'être commémoré si dignement.

Mgr. de Laval, sous le titre d'évèque de Pétrée, gouvernait l'église du Canada comme vicaire apostolique depuis sa nomination qui datait du 5 juillet 1658. Arrivé à Québec le 16 juin 1659, il était repassé en France pour la seconde fois lorsqu'il obtint enfin la bulle érigeant le nouveau diocèse, non sans avoir été obligé d'avertir la Cour de Rome (ju'il ne croyait point pouvoir diriger plus longtemps les missions de la Nouvelle-France comme vicaire apostolique. Ce ne fut qu'au commencement de septembre 1675 qu'il prit possession de son immense diocèse avec les pouvoirs et le prestige qu'il avait si longtemps désirés — car d'après la bulle de Clément X révoque de Québec était sufFragant immédiat du Saint-Siège et ne dépendait d'aucun arclieveché.

« Il y avait déjà quatre années, dit M. Ferland, (jue le vénérable pasteur s'était séparé de son troupeau pour aller défendre les intérêts de l'église du Canada. Louis XIV désirait obtenir que le diocèse de Québec appartînt à la province ecclésiastique de

XVI INTRODLCTION.

Rouen et avait ordonné à son ambassadeur à Rome de presser cette mesure ; mais le Souverain-Pontife s'y était constamment refusé et l'avait enfin emporté- La longue discussion qui avait eu lieu à ce sujet était une des causes qui avaient tant retardé l'érection du diocèse de Québec et l'émission des bulles du premier évoque de ce siège. L'on doit ici avouer que les regards du Souverain-Pontife pénétraient bien plus avant dans l'avenir que ceux du grand roi. Louis XIV s'occupait du royaunie de France ; Clément X songeait aux intérêts du monde catholique. La petite colonie française grandirait avec le temps ; séparée de la mère-patrie par l'océan, elle pourrait être arrachée à la France par T Angleterre si puissante déjà en Amérique : que serait alors devenue l'église de Québec si elle avait été accoutumée à s'appuyer sur celle de Rouen et à en dépendre? Mieux valait établir de suite des rapports immédiats entre l'évèque de Québec et le chef suprême de r Eglise catholique ; mieux valait établir des liens qui ne seraient brisés ni par le temps ni par la force ; et Québec pouvait ainsi devenir un jour la métropole des diocèses qui seraient tirés de son sein. ).

« Le chef-d'œuvre de la bonté de notre auguste souverain (dit M. de La Colombière) et celui des travaux de notre infatigable prélat, c'est l'érection de TEvéché de Québec. Taudis que l'égUse n'a pas

INTRODUCTION. XVM

d'évè(]iie titulaire, sa durée est fort iucertaine et le siège du prélat qui la gouverne est fort chancelant. Après sa mort on n'est pas assuré d'avoir un prélat, cela dépend tellement du concert et de l'accord de plusieurs personnes et de plusieurs puissances que si une seule se dément, on est privé de la consolation

d'avoir un chef et tout i-etombe dans la confusion

(( Réjouissez-vous, ô peuple du Canada, votre église fondée, dotée par la piété et par la libéralité de Louis le Grand, le plus grand de nos monarques, érigée en évéché par l'autorité du Saint-Siège et par la bulle de Clément dixième, l'un de nos plus grands papes, participe à l'immutabilité de la pierre sur laquelle elle a été fondée, et contre laquelle les portes de l'enfer ne peuvent pas prévaloir; mais n'oubliez pas les peines et les sueurs que cet ouvrage a coûté à notre premier évéque. Toute autre puis* sance (jue la sienne aurait été épuisée à la poursuite d'un si grand bien. A chaque pas qu'il faisait il trouvait une nouvelle difficulté ; à peine en avait-il surmonté une qu'il. s' en présentait une plus grande — il faut traverser une seconde fois l'océan, passer quatre années dans l'amertume de se voir séparé de son cher séminaire, essuyer de fâcheux rebrets (i) des langueurs infinies, flotter sans cesse entre la

(') Rebrets— On trouve dans le '< Dictionnaire du vieux français," de Bore! " Rebrcscher — censurer."

.^riir INTRODUCTION^

crainte et l'espérance, se soutenir dans des renversements qni paraissent sans ressource, agir dans cetemps- là avec autant de vigueur que si Ton était assuré du succès. Croyez-moi, vous pouvez vous glovifier de ce que votre église a été plantée dans le sang de votre premier pasteur.. Ses travaux par leurs longueurs ont égalé s'ils n'ont pas surpassé les supplices de bien des martyrs. »

On peut voir par ce passage de la remarquable oraison funèbre prononcée par M. de la Golombièrey qu'autrefois comme aujourd'hui, toute l'importance de l'établissement de l'ancien diocèse de Québec était comprise et appréciée.

Pour la colonie, ce fut le commencement d'une ère nouvelle. Jusque-là elle s'était pour bien dire débattue dans les langes de l'enfance. On prétendra peut-être que cette ère doit compter de la nomination de M. de Tracy comme vice-roi, de M. de Gourcelle comme gouverneur, et de M. Talon comme intendant, et de l'arrivée du régiment de Garignan ' Salières. G' est en effet à partir de cette date, du reste assez peu éloignée de l'autre, (1665) que l'insolence des Iroquois fut sérieusement réprimée, que des mesures administratives de la plus grande s.igesse furent adoptées, que la colonie, malgré les rtn-ers (jui suivirent (surtout sous M. <le Labarrel put vivre et respirer Mais n'était-ce

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