‹ Le Deuxième centenaire de l'érection du diocèse de QuébecChapitre 82 sur 114 · ADRESSE DU CLERGÉ DE QUÉBEC · texte numérisé non relu

ADRESSE DU CLERGÉ DE QUÉBEC

A Sa Grâce Monseigneur l'Archevêque de Québec, A Leurs Grâces Nos Seigneurs les Archevêques, A leurs Grandeurs, Nos Seigneurs les Evêques, réunis à Québec à l'occasion du deuxième centenaire de l'érection de l'évéché de Québec.

Les membres du clergé de Québec,

Monseigneur,

Messeigneurs,

L'illustre Montmorency-LjiNal \'eiiait à peinr de (lis[)araître de la scène du monde. (|U(^ déjà son panégyriste. Monsieur de la Golombière. prononçait sur sa tombe les paroles pr()})héti([ues adressées autrefois au grand [tatrinrche de TancicMuie loi :

'( Sortez de ce i)ays et de la maison de votre père t;t venez en la ievve qim je vous montrerai. Je ler;ii sortir de vous un grand i)euple et je vous bénirai ; je rendrai votre nom célèbre^ et vous s(M"(v. l»éni. i

Paroles pleint^sd'aviMiiret doid il nous était res(M'vé de voir le glorieux accomplisseuKMit ! P]t(|ui pourrait en redire l'écho avec plus de satisfaction (|ue le clergé de l'Archidiocèse de Québfv ? IntinKMntMil lié au Patriarche de l'Episcopat dans lAméricine Se[>tentrionale, c'est bien à lui, en présence du spectacle qui l'entoure, à s'écrier av(M' 1«^ prophète :

«Que vos pavillons sont ixviux, (')»l,icob! (pic vos

lentes soni ln'llcs, n IsraiU ! Elles soiil couinK» des vallées eoiivert(\s(le grands a rbn^s, connne des jardins le long des llenves, tonjoni's arrosés d'eau, comme des tentes ([ue 1(^ Seignenr même a atfei'n)ies ! ><

Oui, i»arnii les ({uahn^ mille prêtres cjui lra\'aille]il <nijonrd'hnià la vigne arrosée antrefois par l(^s sncMirs <^t le sang de nos premiers missionnaires, il y en a trois cents (jni réclament nne larg(^ part de la joie pnblitfne. A enx en effet, a été dévoln Thonnenr de succéder directement aux hommes (jni aidèrent notre premier évêqne, l'homme du gi-and affaire, à eux fut réservé T honneur de continuer la garde autour du premier sanctuaire du catholicisme dans nos loin taines contrées ; à eux d'être les témoins intimes des heurenses influences {[u\ en sont émanées: à (mix enfin de voii' tout d'abord les horizons s'agrandir et permettre à notre saint{^ Eglise catholi(fue les [»lns brillantes pel'specti^■es 1

Merveilleuse })uissanc(^ d(> notre divine i-eligion : elle se dilate, se répand partout, (*t trou^'e tonjonrs de nouveaux royannu's à concjnérir : Et ce qui doit faire aujourd'hni l'objet de notre» admiration connue de notre reconnaissanc(\ c'est qne cet envaliissement est tout pacifique. Vous êtes aujonrd'hui. Messeigneurs, les glorieux héritiers de Touivre de deux siècles, et cette (envre inmiense, comment s'est-elle opérée? parla seule impulsion du bien : et vous vous présentez à cinq millions de fidèles avec le seul mais suprême ascendant réservé à la vérité et aux enseignements d'une doctrine qui est tout amour. (3h ! qne c'est de tout c(enr(|ue nous faisons

monter vers le Très-Haut T hymne d'actions de grâces ; car lui seul a pu présider par sa bonté et sa puissance à l'extension de son empire.

Et comment ne remercierons-nous pas le Ciel, en voyant la sollicitude qu'il a prise à susciter sur la route de deux siècles tant d'illustres évoques, ces anges visibles de l'Eglise, comme les appelle l' apôtre saint Jean ? Ne les avons-nous pas vus surgir, et tout récemment encore, ne les avons-nous pas vus présencer aux regards de nos devanciers et aux nôtres, tout ornés de vertus et de connaissances nécessaires, tantôt pour fonder de nouveaux évéchés, tantôt pour continuer l'œuvre d'illustres prédécesseurs ? Les uns, hérauts de la bonne nouvelle, sont allés jusque dans les régions lointaines planter la bannière du Christ.

L3S autres ont p Miplé leurs diocèses des étonnantes créations de la foi.

Tous apparaissent aux yeux de l'Eglise et de leur patrie, suivis du splendide cortège de leurs vertus, de leur savoir et de leurs mérites, Oh ! que l'Illustre de Laval doit contempler, en ce jour, avec ravissement la vaillante cohorte de ses vénérables (•oUègues, ici réunis ou dispersés sur la surface du territoire jadis confié à ses soins î Levez les yeux, lui dirons-nous avec le prophète, et regardez tout autour de vous : toute cette grande assemblée du monde vient se rendre à vous. Tous les regards se portent avec complaisance, de Québec aux plages qui ])ordent rAtlanti(|ue, de Saint-Boniface à l'Orégon, de la Nouv(dle-Orléans à Saint-Louis, de Cincinnati

Nous ft^ron^i un vœu avec co prf^rnicr apôtiv^ du Cannda, et avec vous, Messeigncurs ; c'est (jue, à la <,'/3lél)ratiou du deuxième centenaire de T érection de l'Kvèché de Québec, F Eglise catholique ait reçu un uonv(d éj)auoniss(mient, qu'Elle ait alors à sa tête r.onune anjourd'liui, pour la régir, un pontife aussi grand (j)]e notre glorieux Pie IX, des évoques aussi zélés que les nôtres, et nous serait- il ^jermis de dire, (les fils aussi dévoués que nous espérons l'être.

RÉPONSE PAR MGR. L'ARCHEVÊQUE DE QUÉBEC

Messi(Mirs dn clergé de Québec,

Qnand T illustre de Montmorency Laval remonta pr)ur la premièr(3 fois le Saint-Laurent,il mit un grand mois à venir depuis rile-aux-Oiseaux jus(pv à Qué- ]>ec. Il put donc contcnnpler à loisir b^s deux rives dt^ ce fleuve majestuenx dont l'immense vallée veinait d'être confiée à sa sollicitude pastorale.

Bien des fois durant ces longues heures, il a du (q)ancher son àme devant Dieu et demander une .impie bénédiction pour lui-même et sur T ICglise que la Providence destinait à être la mère de tant d'autres églises. Prière puissante qui, pénétrant les nues. a prépai'é ce que nous voyons aujourd'hui et ce qnc^ nos vœux augnrent pour l'avenir.

Bien (b^s fois, son (cil scrutateur s' arrêtant sur les forêts à perte de vue, habitées par des peuplades idolâtres qu'il fallait évangéliser, a dû verser des larmes amères sur la faiblesse des moyens dispo-

iiibles pour cette tâche surhumaine. Larmes fécondes que l'ange de cette égUse nouvelle cueillait avec amour et offrait au Seigneur comme celles du saint homme Tohie. (Tobie, XII. 12. i

Mais parce qu'il était agréable à Dicu^ il fallait que la lentaMon Réprouvât comme ce juste de Vancienne loi.

Ce que Monseigneur de Laval voyait de ses yeux, sa grande âme l'amplifiait encore et la grâce divine dont son cœur était rempli, le lui laissait entrevoir dans toute sa désespérante ,immensité. S' élançant par delà l'étroit horizon qui l'entourait, il allait jusqu'aux dernières extrémités de ce continent. Et alors, qui le sait? alors, peut être, son humilité profonde devint-elle l'occasion de quelques pensées de découragement, à la vue d'une œuvre gigantesque (xnifiée à des mains aussi débiles ! Seul, ou presque seul, comment parcourir et évangéliser cet immense ! territoire !

Mais, Dieu merci ! la grâce divine est plus forte ([ue toutes les faiblesses humaines et quand une âme généreuse se sent au fond de l'abime, c'est alors que le Seigneur se i)lait à lui tendre In main pour hi relever et la placer sur nu trône d'où elle puisse découvrir des horizons nouveaux qui la cousolent e1 r<'iiïermiss(M]l. Qui sait si, à ce moment, la même lumière» qui lui avait révélé toute la grandeur de la tâche, ne lui fit pas connaître tout ce que lui- et ses successeurs trouveraient de secours daus le dévouement des nombreux coopérateurs que cette terre nouvelle devait enfanter! C'est là, croyez-le bien, tout le secr(»t de rv v.b\v infatigabh» qu'il put déployer

(Il ira 11 1. les (Quarante- neuf années de son épiscopat. Do là cette impulsion vigoureuse donnée à une église naissante dans une colonie encore si faible et si petite que la vue de trois iroquois ennemis, passant en canot d'écorce devant le Gajj-Diamant suffisait à la mettre en émoi î

Vous connaissez votre histoire, Messieurs du clergé de Québec. La jn-emière pensée de Monseigneur de Laval, en arrivant ici, fut pour vous. Il avait besoin de coopérateurs zélés, vigoureux, prêts à affronter tous les dangers ; jusque-là les enfants de Saint-François et de Saint-Ignace avaient suffi à peine aux besoins de la colonie ; mais c'était évident que l'ancienne France ne pouvait pas toujours leur en fournir autant que l'exigerait le développement de la poxjulation catholique ; il songea donc à former lui-même un clergé canadien.

Dès ce moment fut fondé le séminaire qui, depuis deux siècles, a fourni tant de pasteurs à des églises, nées de celle de Québec, tant de fondateurs à des établisements du même genre, tant de coopérateurs hdèles aux évoques de ce siège, et qui, de nos jours, a accompli le vœu de son illustre fondateur en ouvrant à la jeunesse canadienne cette grande source de bienfaits qu'on appelle l' Université-Laval.

Voilà votre histoire, messieurs, vous êtes les enfants de la promesse faite à notre premier évoque ; vous êtes aussi les enfants de sa douleur, de sa persévérance indomptable, de son courage à toute épreuve ; car vous savez que ces murailles vénérables qui forment aujourd'hui ce qu'on appelle le vieux

aéininaire, oui été deux fois visitées par l' incendie durant les dernières années de Monseigneur de Laval, mais au milieu de ces cruelles épreuves, il a su retrouver toute l'énergie de sa jeunesse pour reconstruire le berceau fumant de cet enfant de prédilection qu'il appelait avec amour et orgueil : Mon clergé.

A mesure que cet arbre, fécondé par les larmes, les prières, les sueurs et les sacrifices de Mgr. de Laval, a poussé de nouveaux rejetons, chaque pasleur d'un diocèse naissant a voulu imiter son exemple et avoir le droit de dire comme lui : Mon clergé f Dieu seul connaît ce qu'il leur en a coûté, mais rien de grand ne se fait en dehors de la souffrance et de la croix, et ils recueillent ou recueilleront dans la joie ce qu'ils avaient semé dans la tristesse. Une phalange nombreuse de prêtres entoure chaque pasteur et le seconde dans ses travaux apostoliques.

A vous, ^lessieurs du clergé de Québec, à vous le poste d'honneur au milieu dp cette phalange; à vous comme le dit notre adresse, le bonheur de (continuer la garde autour du premier sanctuaire du catholicisme au Canada ; à vous de chanter les louanges de Dieu dans la Basilique de Notre-Dame de Québec ; à vous de continuer les glorieuses traditions de votre passé ; à vous de préparer pour les siècles futurs des fils aussi, dcvours que vous mêmes, à vous enfin, dans les bénédictions du Père céleste, la part du premier-né pour porter dignement le drapeau confié à votre vaillance.

C'est le vœu de tous ces vénérables Prélats qui sont ici; c'est le mien, soyez-en sûrs; et si je pouvais

«lécoLivrir dans mon cœur quelque petit recoin qui lie fût pas déjà à vous, je vous le livrerais et le donnerais en bonne forme en présence de cette nuée de témoins vénérables venus de si loin pour j)rendre part à notre joie et à notre reconnaissance.

ADRESSE DES CITOYENS CANADIENS-FRANÇAIS LUE PAR l'hON. m. TH. FOURNIER.

A Sa Grâce Monseigneur T Archevêque de Québec, et à Nos Seigneurs les Archevêques et Evoques des Diocèses autrefois compris dans le Diocèse de Québec

Messeigneurs^

Votre présence dans la plus ancienne métropole «•atholique de l'Amérique du Nord pour célébrer le deuxième centenaire de la fondation de ce diocèse, grand encore aujourd'hui et si vaste à son origine, a fait naître dans les cœurs de tous les citoyens catholiques de Québec des sentiments d'allégresse et de reconnaissance qu'ils ont l'honneur de vous «exprimer.

Descendants de la famille qui eut pour premier père spirituel l'illustre de Laval-Montmorency, nous sommes encore au foyer paternel, et c'est pour nous une joie indicible d'y accueillir, après deux siècles révolus, les vénérables pasteurs des nombreuses églises qui reconnaissent ce digne et courageux pontife pour leur ancêtre dans la foi.

I/Aiiieriqur- du Nord n'iifenue aiijoiirdliui prrsqiraulaîii (révècjnes (jii'il y avait alors de preti-es, pres([ii aiitaut de pivtres qu'il y avait alors de chefs de t'auiille catholiques ; les églises, les séminaires, les ('{)uv(^nts, les hospices, les ordres l'eligieux, les maisons d'éducation et de charité se sont multipliés sur la surface de ce continent ; mais en venant ici vous y trouviez les premières fondations, le tronc même de cet arbre aux rameaux si nombreux et qui produit de si beaux fruits de religion, de science et de vertu.

Les luttes de nos ancêtres pour conserver et propagei- la foi sont encore les vôtres et les nôtres ; pour une partie d'entre vous et pour nous elles ont seulement changé de forme ; pour un grand nombre, elles sont encore identiquement les mêmes.

Les commencements, ce qu'il y a de plus difficile en toute choses, sont aussi ce qu'il y a de plus glorieux ; V Ecriture nous le dit :'le laboureur récolte dans la joie le fruit de la semence arrosée de ses pleurs; les noms de plusieurs d'entre vous, fondateurs de nouvelles églises, seront un jour révérés à l'égal de celui de Monseigneur de Laval par des populations peut-être plus nombreuses qut» l'ensemble de celles qui sont représentées dans cette sohmuité.

A peine un d(Hni-si(H'le s'est-il écoule depuis qu'aux enfants de la France, la hlle aînée de l'Eglise, sont venus se joindre ceux de l'héroïque Irlande clKU'chaut sur nos rives une libiu'té wVigieuse que leur pays ne possédait point : et déjà, leur nombre est assez grand pour qu'ils puissent

Taire eiilondro leur voix niiprrs de la iiôlr(\ ot S(^ niniiifcstcr comiue une noble et vigoiirovise section «le r église du Canada. D'un autre côté, depuis une vingtaine d'années seulement, nos compatriotes ont commencé à éniigrer aux ?]tats-Unis et à se répandre dans les vastes contrées de F Ouest, sur les traces des missionnaires et des pionniers qui les ont coui[uises à la civilisation : et déjà, dans toutes les parties de T Amérique, ils forment un élément important de la catholicité. Une imposante démonstration faite sur le sol de la vieille patrie, nous a l)rouvé dernièrement avec quel amour jaloux ils avaient conservé nos traditions religieuses et nationales. Bien d'autres nationalités contribuent à former cette église du Nouveau-Monde qui s'accroil avec tant de rapidité, au milieu de tant d'obstacles : puissent-elles rester toujours iniies dans la foi et la charité, fidèles aux conseils de leurs guides spirituels: (^t que votre modestie, Messeigneurs, nous permette de rajouter, toujours prêtes à suivre les grands et nobles exemples que vous leur donnez !

Puisse, Messeigneurs, cette démonstration porter dans vos diocèses n^spectifs ces fruits de grâce el d'union chrétienne que vous avez tant à cœur d'avoir prospérer ; puisse le ciel exaucer vos vœux et les nôtres et conserver dans toute la famille catholique de l'Amérique cet esprit de persévérance et de sacrifice qu'il l'a toujours distinguée ; tout en la préservant des dangers qui menacent aujourd'hui, sur tant de points, l'Eglise notre mère.

Unie ]>our la défense des droits du Souverain

— ÎTG —

Po[itif(\ cette famiile a de toutes parts répondu a ver zèle aux appels qui lui ont été faits dans ces jours d'épreuve, et c'est avec un légitime orgueil que nous voyons aujourd'hui le grand et immortel Pie IX récompense!' la fidélité et le dévou(nnent de cette partie de la chrétienté pnr les faveurs dont il vient ile combien^ notre vénérable métropole.

Permettez-uous, Messeigneiirs. de féliciter particulièrement le digne Archevêque de Québec et de ridée géuéreuse (ju'il a si noblement conçue et si heureusement exécutée et des honneurs conférés à r ancienne cathédrale et nouvelle basilique de Notre- Dame de Québec, sanctuaire aimé et vénéré dès les premiers tem[)s de la colonie, conservant dans sa majestueuse enceinte avec les grands souvenirs de notn^ histoire, avec les nobles emi)i'eintes de Part chrétien les preuves journalières de la piété constante de notre [jopulatioii.

Daignez. Messeigneurs, agréer nos reniercim<Mits [)onr r honn(Mir((U(M'(^tte mémoralde r;uuiion confère à noire cité, et acc(*j)tei' les vœux r(>spectueux (iu(* nous formons pour votre bonheur et ])Our la prospérité des piMiples nombreux confies <à \()s soins. Veuillez leur dire ({ne nnlh^ j)art une sympathie ]>lus entière et plus viv(> ne l(»s accompagn»^ dans hmrs (M)mbats et l(Mirs épreuves ; cpie nnlb» jiai-i des prièn's [)lus ferventes ne s'élèvent- pour leur triomphe, et demandez hnir de nous continuer et d'augmenter, s'il se [leut, cette réciprocité d'inlention o[ de sacrifice ({ui forme le lien saci-é de lonî"s h^s jiarlies de l'église

miiilaiitr, unio sous un mèrno chef et sous un même drapeau dont il a été dit, et dont il sera toujours dit : «Sous cet insigne, la victoire ! »

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