‹ Le Deuxième centenaire de l'érection du diocèse de QuébecChapitre 83 sur 114 · RÉPONSE A CETTE ADRESSE PAR MGR. LANGEVIN · texte numérisé non relu

RÉPONSE A CETTE ADRESSE PAR MGR. LANGEVIN

Messieurs,

En ma qualité d'enfant de cette bonne ville de Québec, Mgr. l'Archevêque me charge de répondre à la magnifique adresse que vous venez de présenter aux prélats réunis en cette solennelle occasion. Il ne fallait rien moins que ce motif pour me décider, moi l'un des derniers de mes frères dans l'épiscopat, à leur servir d'organe en ce jour.

Messieurs, vous vous réjouissez de la présence au milieu de vous d'un si grand nombre d'archevêques et d'évéques. Soyez persuadés que, de notre côté, c'est avec le plus grand empressement que nous avons répondu à la gracieuse invitation de notre premier pasteur. C'est avec bonheur que nous avons reçu son appel ; il nous a semblé entendre la voix d'un patriarche convoquant à une fête de famille ses enfants dispersés aux quatre coins du ciel, et de toutes parts nous sommes accourus, autant qu'il a •té possible, pleins de joie et d'allégresse; les uns (les immenses plaines du Nord-Ouest, ou des glaces du McKenzie et de l'Athabaska; les autres des rivages lointains du Pacifique ; ceux-ci de la fertile vallée du Mississipi ou des rives de nos grands lacs,

ceux-là des contrées brumeuses du golfe Saint- Laurent,

Représentants des nombreuses branches d'une même famille, nous sommes venus nous asseoir à la table hospitalière de notre mi're commune. Ses épreuves et ses joies ont été nos épreuves et nos joies, sa gloire et son triomphe, fruits de deux siècles de lutte, font aujourd'hui tressaillir nos cœurs, et nous émeuvent jusqu'au plus profond de nos entrailles.

Ici, comme vous le dites si bien, messieurs, et comme nous le sentons tous en ce moment, ici sont les racines fortes et vigoureuses, ici s'élève le tronc majestueux de ce bel ai-bre, dont les rameaux s'étendent d'une mer à l'autre, couvrant de leur ombre les diocèses de la moitié d'un continent. Cet arbre il a été souvent exposé à la fureur des vents; il a subi bien des orages : mais, parla protection divine, il apparaît aujourd'hui plus ^^ordoyant que jamais, tout couvert de feuilles, de fleurs et de fruits. De ses racines fécondes sont sorties sur toute la surface de l'Amérique du Nord des rejetons puissants qui, eux à leur tour, forment comme une immense foret de diocèses, de paroisses et de missions. Les germes de ces plants si florissants ont dû être arrosés do sueurs, du sang même de nos piu-es dans la foi : nous, leurs enfants, nous récoltons dans la joie ce qu'ils ont semé dans les larmes, suivant le texte sacré que vous citez si à propos.

Une particularité nous frappe comme vous, Messieurs, dans cette imposante réunion. Nous venons des climats les plus opposés. Nous parlons des langues

difTérontes, nous appartonons à des nationalités, à des gouvernements divers, nous ne nous sommes peut-être jamais rencontrés, et, cependant, à l'exemple des premiers chrétiens, nous n'avons tous ensemble qu'un seul cœur, qu'une seule àme. Ah î c'est que nous marchons tous sons le même étendard, le drapeau de la croix, symbole du sacrifice, qui a déjà flotté sur tant de champs de bataille, et auquel est assuré la victoire définitive: c'est que nous obéissons tous à un même chef, à un pontife vénéré qui, sous la direction de l' Esprit-Saint (qu'il s'appelle Clément X ou Pie IX) ne peut jamais égarer ceux qui le suivent; c'est que, officiers;^ ou soldats, nous formons tous partie de cette grande armée qui se nomme l'Eglise catholique, apostolique et romaine, phalange invincible, encore plus forte par son unité de foi et de discipline (]ue par \v nombre de ceux qui la composent.

Cette Union intime des églises, filles et petites-filles de la glorieuse métropole de Québec, va se trouver encore resserrée par ces trois jours de fête et de réjouissance.

Nous l'avons rovne celte vill(> de Chaniplain. si majestueuse (^t si pittoresque lont à la fois : nous avons parcouru ses rues et ses places publiques, muets témoins de tant de scènes, tantôt pieuses, tantôt héroïques, et aujourd'hui si artistement décorées ; nous nous sommes rassemblés dans l'enceinte de cette vénérable basilique, où reposent pêle-mêle les cendr(^s de saints pontifes, de zélés et intrépides missionnaires, de glorieux généraux, pendant que ces voûtes antiques retentissaient des plus mélodieux

accords ; nous avons contemplé les gracieux ornements dont l'avaient revêtue des mains habiles ; nous avons visité successivement avec le plus vif intérêt les sanctuaires et les maisons d'éducation ou de charité dont les humbles fondements ont été posés sur ce Cap-Diamant, il y a plus de deux siècles, et nous en avons admiré les prodigieux développements ; nous avons constaté avec bonheur l'état de prospérité de ce séminaire, l'œuvre de prédilection de l'immortel Laval de Montmorency, dont le nom et la vie sont si étroitement liés avec cette solennité ; nous avons, pour ainsi dire, déposé nos mitres sur le tombeau de cette illustre jjrélat, de celui que tous nous honorons comme notre père spirituel, en présence d'un clergé nombreux et dévoué, d'un peupla croyant et fidèle.

Partout, messieurs, nous avons retrouvé les choses qui fait un pays grand, paisible, modèle : l'attachement à la religion, l'amour de la patrie, de la langue et de la mémoire de nos anrétrv^s,le juste orgueil des souvenirs historiques ; partout aussi nous avons répété du fond du cœur, et nous le redirons encore avant de nous séparer de vous, messieurs ;

«Qu'il est bon, qu'il est doux pour des frères de vivre sous le même toit, d'habiter ensemble, au moins quelques heures, la maison paternel h^ ! »

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