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ADRESSE DE L'UNIVERSITÉ-LAVAL

Messeigneurs,

C'est un jour bien solennel, que celui où une nombreuse société, où toute une nation, jetant un regard attentif sur les annales de son histoire, se lève pour célébrer avec enthousiasme sa glorieuse origine, et saluer avec amour humble berceau, d’où elle est sortie pour parvenir à la force et à la grandeur.

Deux siècles seulement se sont écoulés depuis le jour où le Souverain-Pontife, Clément X, érigeait le Siége Episcopal de Québec, avec son vaste territoire s’étendant de la Baie d'Hudson à l'embouchure du Mississipi Avec quelle rapidité cet immense territoire, dont la plus grande partie n’était alors parcourue que par des peuplades sauvages, s’est développé au point de vue intellectuel, moral et matériel ? vous le savez, Messeigneurs, et c’est même un sujet d'admiration

pour le monde entier. Partout les forêts orit fait place aux carapagnes habilement cultivées, à des villes riches et populeuses ; partout la barbarie a fut devant les lumières et les bienfaits de la civilisation. Mais, si nous cherchons les causes de cette prodigieuse expansion, de ces admirables progrès, nous les trouverons surtout dans l'impulsion énergique et vigourense que l’Episcopat sut donner à la culture morale, intellectuelle et religieuse de ces pays. Doué de ce coup d’æil et de cette énergie qui distinguent les véritables grands hommes, Mgr. de Laval voulut, avant tout, doter le pays d'institutions propres à former la jeunesse à la science et à la piété, et par là même lui assurer les services des hommes éminents qui ont fait la gloire de l'Eglise et de l'Etat.

Vous avez, Messeigneurs, noblement marché sur les traces de ce chef vénérable. Vous avez compris avec lui que la grandeur des nations dépend surtout de leur formation première et par suite des principes et des connaissances de ceux qui les dirigent. C’est pour cela qué nos villes épiscopales sont devenues comme autant de foyers ardents, d'où l’on a vu

rayonner au loin la lumière, la chaleur et la vie; et qu'autour de vous se sont élevés, comme par enchantement des séminaires, des colléges, qui ont été autant de centres de la vraie civilisation.

Aussi, quel magnifique spectacle n’avons-nous pas aujourd’hui sous les yeux? Là, où jadis un seul homme suffisait à diriger une église naissante, nous voyons 59 évêques, remplis de zèle, de science et de piété, veillant avec sollicitude sur les destinées de

tant de millions de catholiques, distribuant sans cesse à leurs peuples la vraie nouriture de l’intelli: gence et du cœur, cette nouriture solide, qui vivifie les nations aussi bien que les individus, la vérité el la vertu.

C'est pour vous féliciter tous ensemble de ce magnifique progrès, réalisé en si peu de temps dans notre Amérique du Nord, que nous célébrons au: jourd’hui cette belle fête, c’est aussi pour nous encourager à suivre les traces de nos devanciers et à marcher vers de nouvelles conquêtes : conquêtes pacifiques, sans doute, mais qui, par cela même, n’en seront que plus solides et plus durables.

Messeigneurs, en présence des plus illustres repré: sentants des diverses nations qui peuplent maintenant l’ancien diocèse de Québec, qu'il soit permis à l'Université-Laval de vous offrir aussi ses plus respectueux hommages. L'Université-Laval se plaît à proclamer hautement qu’elle doit son existence à l'initiative de nos chefs spirituels et les résultats qu’elle a pu obtenir, à la forte impulsion qu’ils lui ont imprifnée. Fille de la religion, elle est particulièrement heureuse de s’unir aujourd’hui aux divers membres de la hiérarchie civile et religieuse, pour déposer à vos pieds le tribut de son respect et de sa vénération. Cette Université est une preuve frappante de la vitalité qui ne cesse d'animer le christianisme. C’est, en effet, par le souffle puissant du Saint-Siége et de l'Episcopat qu'elle a été créée ; leur esprit a toujours été son guide ; c’est sous la direction et la haute surveillance des princes de l'Eglise qu’elle a l’espoir d’avoir opéré déjà quelque

bien. Avant tout. œuvre de la religion et de ses Pontifes, l'Université-Laval continuera, nous lespépérons, à travailler dans la mesure de ses forces à la gloire de la religion et au bonheur de la patrie. C’est ainsi qu'elle sera le couronnement de l'édifice. si solidement fondé par Mgr. de Laval. Et plus tard, lorsque nos arrière-neveux parcourront l’histoire de vos travaux, et qu'ils pourront en apprécier les résultats, ils s’écrieront, du moins nous en avons la confiance : l Eglise a passé par là !

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