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LES ARCS DE TRIOMPHE-—LE VIEUX QUÉBEC— ÉVOCATION

Québec, 30 septembre 1874.

Notre vieille capitale offre en ce moment un aspect inaccoutumé de vie, un air de fête solennelle, qui surprend même les gens les plus indifférents à ces

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sortes de démonstrations publiques. La population en liesse acclame le dtüx-centième anniversaire de l'heureux jour où, sortant du berceau, la petite colonie de la Nouvelle-France obtenait l'honneur d’être érigée en diacèse.

De ioutes les décorations qui frappent le plus agréablement le regard, viennent en premier lieu les arcs de triomphe qui s'élèvent dans le voisinage de cathédrale et sur l’ancienne place-d’armes où paradaient jadis nos guerriers aieux.

Le dessin des neuf principaux est dû au crayon de M. Eugène Taché, qui a eu l’heureuse idée d'offrir, en chacun d'eux, un échantillon des différents styles de l'architecture chrétienne, représentant les diverses phases par lesquelles l’ Eglise à passé.

Ainsi, le premier, qui se trouve près du Bureau de Poste, est une reproduction aussi fidèle qu’on la peut faire, avec les matériaux employés, des catacombes avec leurs couloirs sombres, étroits et enfouis sous terre, et qui rappellent les commencements pénibles de l’Eglise, temps d'angoisse et de périls, où les premiers chrétiens cherchaient dans les souterrains de Rome un abri contre les persécutions.

Si nous remontons maintenant vers la place d'armes, le second qui s’offre à notre vue est de style latin. Jci le ceintre s'étend plus à l’aise, les colonnes se dégagent plus élégantes, l’ornementation apparaît aux regards qui la peuvent maintenant admirer. Car les disciples du Christ sont sortis victorieux de terre et adorent le vrai Dieu, sous le ciel vaste, dans les :emples purifiés de la vieille Rome païenne.

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* Ce troisième est de style bysantin et réveille au souvenir le séjour de l’église chrétienne à Constantinople. Ornementation plus recherchée, grâce étrange dans le ceintre semi-ogival et dans la lourde forme des piliers ; ce n’est déjà plus le style latin, mais ce n’est pas encore l'architecture arabe. Ce n’est qu'un aperçu du premier plan des frontières de l'Orient.

Celui qui se dresse près de l'Ecole Normale est pur roman. Les lignes graves et sereines du plein ceintre indiquent la tranquilité, le repos de l'Eglise reine de l'Italie et déjà maitresse d’une partie de l’Europe.

Près du vieux Palais de Justice, et en descendant vers la rue du Trésor, l’ogive est le principe des deux arcs qui suivent. Le premier est ogival-italien et le second gothique-français. Tous les deux sont d’origine contemporaine et remontent à la seconde moitié du moyen-âge. La foi un instant attiédie s’est ranimée sous le souffle puissant de Pierre | Hermite ; et toute la chevalerie chrétienne s’est élancée, au cri de Dieu le veut, pour aller reconquérir le tombeau du Sauveur. Après avoir longtemps guerroyé contre l’'Infidèle, avec des alternatives de victoires et de défaites, après avoir inondé l'Orient du plus noble sang de l’Europe, les barons chrétiens rapportent de leur lointaine expédition le souvenir de l’admirable style arabe, et l’on voit bientôt s'élever en Italie et surgir sur la Gaule convertie ces ravissantes cathé.dralés gothiques dont les faisceaux de colonnes, har: diment élancées vers le ciel témoigneront, jusqu’ à la fin des âges, de la foi chevaleresque de ces À ré du

temps héroïque des croisades. à a

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Encore ogival, mais multiforme, hérissé, touffui, efflorescerit. le septième appartient au gothique flamboyant des quatorze et quinzième siècles. Toute l'Europe est chrétienne, et les prières joyeuses des fidèles s’élancent vers le ciel en trilles étincelants, à travers le foullis des arabesques et des üentelures de pierre des sveltes cathédrales.

Ici, dans la rue Buade nous passons au style de la Renaissance qui est un mélange de tous les genres précédents joint au style grec. Vu les goûts raffinés de l’époque, l'architecture prend une physionomie plus recherchée, et les monuments d'alors révêtent la même profusion d’ornements que l’on remarque dans les toilettes somptueuses et sur les riches habits des galants seigneurs de la cour du brillant François ter, Cependant déjà l’on commence à remonter aux sévères traditions de l’antiquité, qui finiront par triompher tout à fait avec le style classique dont nous avons un modèle dans le dernier arc érigé à droite du parvis séculaire de la basilique. Majestueux et serein, dans son unité architecturale, le style classique est l'emblème de l’unité religieuse dans laquelle le christianisme tend rapidement à embrasser toutes les populations du globe.

C’est une excellente idée que d’avoir ainsi groupé ces arcs de triomphe entre l'évêché, la cathédrale et le vieux château. Car ce petit espace de terrain, resserré entre l’église et l’état, a vu se dérouler les destinées de la Nouvelle-France. C’est là le point culminant, le centre sur lequel viennent converger tous les rayons lumineux de notre histoire.

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Remontons, si vous le voulez, le cours des deux siècles passés—au premier octobre 1674—et reconstruisons dans notre pensée le Québec du 17e siècle.

Plaçons-nous au commencement de la rue à laquelle le comte de Frontenac, Louis de Buade, vient de donner son nom.

Nous sommes en face de la maison de Noël Morin, située à peu près à l’endroit où s'élève le presbytere actuel. Après avoir salué le vénérable prélat qui y réside, M. l’évêque de Québec, Monseigneur de Laval, nous avançons vers la rue du Fort en promenant nos regards sur la Basse-Ville qui étale à nos pieds ses quatre-vingts maisons où réside la majeure partie de la population de l’humble capitale. Car à l’exception du château et de quelques rares demeures éparpillées le long des rues Buade, Saint- Louis, de la Fabrique, des Pauvres ou du Palais et Saint-Jean, la Haute-Ville est toute occupée par les communautés religieuses. . En glissant sur les toits de la ville basse, notre œil s'arrête un instant, rêveur, sur le Magasin, première habitation construite à Québec par Champlain, et que le grand incendie de 1682 doit dévorer avec toutes les maisons environnantes.

En face de la place-d’armes cramponné au bord de la falaise et arrêté par les fondations qui servent à soutenir aujourd’hui la terrasse, se dresse le sévère château Saint-Louis commencé par le glorieux fondateur de Québee, et continué et agrandi par M. de Montmagny et ses’successeurs. C’est là que réside le fier vieillard qui, dix-huit ans plus tard, ne voudra répondre aux Anglais le sommant de se rendre, que

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par la bouche de $es canons victorieux. Salut à toi ! illustre gouverneur, qui fis rejaillir sur la colonie, par ta belle défense de 1690, un rayon de la gloire dont ton auguste maître, Louis XIV, inonda la France du grand siècle !

Comme de nos jours, c’est en vain que l’œil chercherait, sur l'extrémité de la place-d’armes, l’église et le couvent élevés par les Récollets seulement en 1693. : Après deux siècles de bienfaisance, l’ordre des pauvres frères disparaîtra du pays par suite de l'incendie de leur communauté, dont notre Homère, M. de Gaspé, nous racontera les détails, pour en avoir été témoin dans son enfance.

Sans sortir de la place-d’armes, nous apercevons à droite le petit clocher qui s'élève modestement au-dessus du monastère des Ursulines, entre lequel et notre regard ne s’interposent encore ni la cathédrale anglicane ni les maisons de la rue des Jardins. La brise du matin nous apporte les tintements grèles de la cloche qui appelle à la prière les courageuses filles de sainte Ursule, et les pauvres enfants sauvages à l'éducation desquelles ces nobles femmes ont voué leur existence.

Chapeaux bas ! Messieurs, et tout en nous découvrant en face d’un si beau dévouement, invoquons les deux saintes fondatrices de cette institution sous les murs de laquelle elles dorment dans la paix du Seigneur: Mme de la Peltrie depuis le 18 novembre 1671, et la Mère de l'Incarnation. depuis le denis jour. d'ayril de l’année 1672.

‘En débouchant de ” rue du Fort s sur a grande

place de l'église, s’étend à notre gauche le collége des Jésuites qui rappelle aussitôt à notre mémoire le nom de ces glorieux martyrs, Brébœuf, Jogues, Daniel, Lalement, et autres, dont les noms sont entourés d’une auréole immortelle.

Là-bas, vers la rivière Saint-Charles qui coule ses eaux paisibles dans la vallée encore couverte d'arbres séculaires dont les feuilles rougissent sous les premières étreintes de l’automne, et s’élevant sur le bord de la falaise qui domine l'endroit où lon bâtira le palais de l’Intendant, après l'incendie de 1682, — vous apercevez le couvent des dames Hospitalière de l'Hotel-Dieu. Encore une institution dont le noble but mérite notre admiration. Combien de sanglots de souffrance l’ardent baiser de la Charité n’a-t-il pas étouffés sur la bouche des pauvres malades, pour le changer en un sourire !

Sur la droite se montre, encore bien modeste, la maison sur laquelle Monseigneur de Laval concentrait alors tant d’espérances. Inclinons-nous encore ici devant cette institution devenue si grande, et mère féconde des nombreux colléges auxquels nous tous, Canadiens-Français, sommes redevables d’avoir conservé le seul héritage que nous pouvions sauver de la tourmente qui nous sépara violemment de la: mèrepatrie, la langue et la réligion de notre chère France.

Enfin, en face de nous, toujours avec son vieux, lourd et haut clocher mauresque, déjà jauni sous les âcres morsures du temps, mais sans le portique et la la tour qui là parent aujourd’hui, se dresse la grande église comme on ? eppelass au dames da de Monsoigneur de Laval.

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