CECI EST MON TESTAMENT
« Je désire qu'il soit exécuté à la lettre et dans le plus bref délai.
« Je donne et lègue à mademoiselle Louise d'Alaris, tout mon mobilier et ma collection de monnaies et de médailles, à l'exception des legs parti-
culiers établis ci-dessous. Mademoiselle Louise d'Alaris aimera comme je l'ai aimée, Louis d'Alaris-Omega, qu'elle ne connaît pas encore, et que mon exécuteur testamentaire lui confiera après mon décès. Elle l'aimera comme la prunelle de ses yeux. Je l'en supplie, je le veux et j'y compte. Elle s'appliquera à en faire un honnête homme comme moi. Je tiens beaucoup à ce que mademoiselle Louise d'Alaris n'aliène pas ma collection. Si toutefois elle s'y résolvait, mademoiselle Louise d'Alaris la proposerait au Musée National : il est juste que la France bénéficie de mes travaux.
« Je donné et lègue en outre à mademoiselle Louise d'Alaris mon portrait peint à l'huile, par Alphonse Legros. Si cette œuvre d'art magnifiquement exécutée répugne à ma légataire universelle, elle en fera don à mon exécuteur testamentaire.
« Je donne et lègue à la ville de Paris le statère de potin de Vercingétorix, qui est entre les mains de M. Brivax, numismatiste, 4, cité Trévise.
« Je donne et lègue à la ville de Saint-Flour, en Haute-Auvergne, toutes mes autres monnaies gauloises.
« Je donne et lègue à mon ami Giuseppe Garibaldi le soc de la charrue de Lucius Quintus Cincinnatus.
« Je donne et lègue à Menotti, le fils aîné de l'intrépide chilienne Anita et du fondateur de l'indépendance italienne, le glaive de Marcus Junius Brutus.
a Je donne et lègue à mon ami Maryan Langiewiez, qui combattit en brave sur les bords du Volturne, la faulx que portait son illustre prédécesseur, Thadéus Kosciuszko à la bataille de Wraclawice. J'espère qu'après avoir versé son sang pour le triomphe de l'Italie, Maryan Langiewiez saura un jour vaincre ou mourir pour sa patrie, la grande Pologne.
« Je donne et lègue à mon ami Aristogiton Toussaint-Louverture, une tunique ayant appartenu à Spartacus et le revolver qu'avait John Brown à Harper's Ferry.
« Je donne et lègue à mon ami Abd-el-Kader un vieux Koran annoté par mon père Fritz Schalzie- Golatsch.
a Je donne et lègue à mon ami Nana-Saïb, aujourd'hui errant dans l' Asie-Mineure, le cime-
terre de Tippoo-Saëb ; qu'il s'en serve contre l'Anglais !
a Je donne et lègue à mon ami Schamyl Tare de Guillaume Tell.
« Je donne et lègue à mon ami Ta-Fu'Tsi, de Pè-King, le manuscrit d'un projet de révolution sociale en Chine.
« Je donne et lègue à mon ami Mac-Fergor, membre de la Chambre des communes, toutes mes lettres d'O'Connell.
« Je donne et lègue à mon ami Pol)'riotèpoulos le st)At d'Aristide; ce style n'a jamais écrit que des lois justes, n'a jamais gravé que de nobles pensées; que mon ami Polyriotèpoulos s'en souvienne!
« Je donne et lègue à mon ami Victor Hugo, dont l'exil bientôt cessera, mes pierres égyptiennes, sur lesquelles est hiéroglyphiée l'histoire de Rhamsès.
c( Je donne et lègue à mon ami Kossuth une copie datant de looi, delà constitution d'Etienne
de Hongrie.
« Je donne et lègue à mon ami Amaury de Ker-
Vordec le bonnet phrygien de Saint-Just ; que ce
descendant des Croisés s^en coifFe quelquefois : souvent, très souvent, le bonnet porte conseil au chef qu'il recouvre.
« Je donne et lègue à mon ami le savant helléniste Camille Nestor Rioda deux commentaires de riliade, le premier par mon père adoptif, le second par moi-même.
c( Je donne et lègue à mon ami Etienne Carjat, photographe, mon Phœbus-ApoUo.
« Je doniie et lègue à mon ami Giovanni Marras une œuvre inédite de Maximilien Robespierre; elle a pour titre : La République universelle ou l'Age d'or.
« Je donne et lègue à mon ami le sculpteur Paolo Ferratari une coupe moulée sur le sein de Laïs.
« Je donne et lègue à mon ami Alphonse de Launay, lieutenant de cavalerie en congé, des fragments de Tinfaillible Durandal et un Boucher : Les Anges en goguette.
« Je donne et lègue à mon ami Jean-Dominique- Augustin Ingres, l'illustre peintre, fidèle disciple du divin Raphaël, une monnaie ob^dionale^ frappée dans sa ville natale. L'obsidionale de
bronze porte au revers : moneta NOViE ecclesle MONTALBANENSis — 1621 — et à Tavers : jacobo