‹ Le développement de l'Afrique; traduit de l'anglais sur la 2e édChapitre 23 sur 33 · CHAPITRE XII Valeur comparative des terres africaines · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII Valeur comparative des terres africaines

Dans la carte qui accompagne ce chapitre, j'ai essayé (le déterminer, autant que nos données actuelles peuvent nous le permettre, la valeur relative des terres africaines qui, d'année en année, sont conquises à l'inlluence européenne. Ceux qui se livrent à l'étude consciencieuse de la géographie seront certainement stupéfaits des comptes rendus fantaisistes, qui, mis en circulation par de prétendues autorités, tendent à donner au public naïf une idée absolument fausse et confuse des bénéfices et des déboires auxquels la domination européenne doit s'attendre. Les écrivains même les mieux renseignés sur certaines régions bien définies de l'Afrique, se laissent entraîner par leur enthousiasme, ou s'égarent dans leur géographie, réclamant pour leurs études une application qu'il est presque impossible de déterminer. Si limitée et si im|)arfaite que soit notre connaissance de l'Afrique, elle nous permet cependant de reconnaître les caractères physiques et politiques qui différencient certaines aires géographiques dans l'intérieur de ce vaste continent. Il est, par conséquent, tout à fait impossible de chercher ce qui peut être considéré comme des régions naturellement distinctes et de les comparer les unes avec les autres. Une semblable méthode

ne peut s'appliquer qu'à un point de vue spécial et à l'examen le plus attentif. En un mot, nous sommes à même de distinguer et, par conséquent, d'apprécier les caractères principaux des étendues relativement petites.

Dans l'estimation de la valeur comparative des tenes africaines, je me suis appuyé sur l'opinion des diplomates européens que leur mission oblige de lire un peu dans l'avenir. Notre connaissance du vaste intérieur est trop imparfaite pour nous permettre même de hasarder une estimation de sa valeur virtuelle, que le temps seul peut déterminer; mais dans le principe du Hinterland, ces régions lointaines ont actuellement une valeur politique reconnue. Les forces européennes, en Afrique, sont donc employées d'une part au développement des étroites régions côtières et, d'autre part, à l'acquisition de nouveaux territoires destinés à être dans l'avenir utilisés comme « liinlorlanfl ». Nous pouvons établir la valeur des régions côtières, parce que pour la plupart elles ont été soigneusement exploitées; mais quant aux autres, nous les connaissons trop peu pour pouvoir en donner aujourd'hui plus qu'une estimation approximative.

iMa carte met sous les yeux du lecteur ce qui, selon moi, représente la valeur des terres africaines pour la puissance européenne sous le contrôle de lafjuelle elles sont placées. Avant d'exposer le plan d'après lequel cette carte a été faite, je tiens à expli(|uer les [)rincipes généraux qui ont guidé mes recherches.

.feconsidère que la valeur des possessicms coloniales ost réglée suivant (|ue la puissance suzeraine ou domi-

naril*^ s;iit en lirer parti ou qu'elle les laisse péricliler par incurie. Toutes considérations humanitaires doivent être mises de côté, comme hors de propos dans notre étude présente.

Nous savons aujourd'hui par une longue expérience et par les témoignages de l'histoire, que dans le passé et poui" quelques années encore<lans l'avenir, les terres côtières de l'Afrique ont été et doivent continuer à être les plus importantes pour l'Europe, et que leur valeur augmente en raison directe de leur proximité des rivières navigables. La possession d'une base politiijue sur la côte est, comme nous l'avons déjà dit, absolument essentielle aux opérations de l'Europe dans l'intérieur. Les enclaves isolées diminuent d'autant plus de valeur à mesure qu'elles s'éloignent des côtes ou des routes fluviales conduisant directement à la côte.

Nous avons démontré suffisamment que dans la plus grande partie de l'Afrique tropicale, il y a très peu de régions où la colonisation européenne soit possible. Ce n'est que lorsque nous entrons dans les zones sous tropicales et tempérées, ou lorsque nous atteignons les hauts plateaux, au delà d'une certaine altitude, dans des régions nécessairement éloignées des côtes, que nous trouvons des contrées propres à la colonisation par les Européens.

II en résulte donc que, si important que soit un district en lui-même, sa valeur décroît en raison de son éloignement. Aujouid'hui, les grandes routes fluviales partant des côtes et conduisant dans l'intérieur indicjuent et continueront pour quelque temps

encore à tracer les chemins par lesquels l'Europe peut aller à la con(iuête des régions éloignées. La posses sion de ces grandes voies naturelles est par consé- (]uent d'une importance politique de premier ordre. Des routes artificielles, telles que les chemins de fer, peuvent certainement être établies; mais de semblables travaux, entraînant les frais d'un capital, diminuent d'autant la valeur intrinsèque des terres qu'ils desservent. Mais la facilité des communications étant un des principaux agents dans le développement des régions éloignées, il ne faut pas perdre de vue qu'indépendamment des grandes routes fluviales, il en est d'autres qui peuvent rendre les mêmes services, par exemple, les routes par terre et par eau, comme celle du Zambèze et des grands lacs, ou le long de la région relativement salubre de l'axe montagneux du sud-est de l'Afrique.

Le point de départ de mon étude a été de déterminer les régions distinctives. Pour la plupart, elles correspondent aux surfaces de drainage et peuvent toutes être étudiées par sous-régions. Les régions suivantes ont été choisies comme terme de comparaison : le littoral méditerranéen, le nord-ouest de r.\rri(iue, le désert du Sahara, la basse Kgyple, le lilloral de la mer Kouge, le bassin du haut Nil, la Guinée supérieure, le bassin du Niger, le Soudan central, la Guinée inférieure, la pointe orientale, le bassin du Congo, le bassin du Zambèze, la côte de l'est, le bassin du N'gami, la côte du sud-ouest, le sud de l'Afrique.

Les divisions territoriales ci-dessus, nous donnant

les g^raiiiles surfaces caractéristiques qui peuvent être comparées entre elles au double point de vue physique et politique, j'ai choisi ce qui m'a semblé être les facteurs j)rincipaux déterminant [)our l'Europe la valeur de ces contrées. Mais ces facteurs n'étant pas d'une importance relative équivalente, il fallait assii^ner à chacun une juste proportion de la plus haute valeur collective.

La table ci-dessous énumère les principales conditions dont je me suis occupé, et le taux pour cent de leur valeur :

Pourcentage de la valeur coUeotive.

A Phénomènes rlimatt-riqucs :

Température, 10; cours de la lempcraturo et humidité

relative, 5; absence de malaria, 5 20

n . (!(Miimiiiiications naturelles 40

('. Kessources naturelles :

Animaux (comprenant l'éléphant ou rivoire)et végétaux,

10; minéraux, 10 20

I). Trali*! cl cominerce extérieurs :

Principalement, somme du trafic (importation et exportation) 10

E. Conditions politiques indigènes :

Religions ou crovances, 5; développement des indigènes, 10; relations avec l'Kurope, 3 20

/•'. (.MMditifms pi»li(ii|ues étrangères : Caractère et étendue de la domination européenne ou colonisation, 10; capacité de développement des institutions européennes, 10 20

Plus haute valeur. 100

Il est évident, cependant, qu'ayant ainsi établi la valeur moyenne des grandes réiçions naturelles, ces estimations seraient susceptibles de modifications considérables, si l'on voulait en faire une application

locale. Chaque groupe de valeur graduée se rapportant à une région naturelle distincte, en se rapprochant d'un autre groupe semblable, se confond de plus en plus avec lui sous la pression des forces qui, agissant en sens contraire, poussent les couches de terrains les unes contre les autres. Le résultat final est démontré sur la carte, autant toutefois qu'une semblable étude puisse être expliquée par un procédé purement mécanique; et je suis convaincu que si cela provoque les critiques des gens exclusivement intéressés à certaines iî régions particulières du continent, ceux qui s'occupent de l'étude de la géographie de l'Afrique tout entière seront tout disposés à reconnaître l'exactitude de mes appréciations.

Comme moyen prompt et facile de reconnaître l'exactitude de ma carte, j'ai choisi des colorations qui s'appliquent ta trois grandes généralisations :

1° Les aires de la plus forte résistance à la domination européenne, qui sont colorées en quatre teintes graduées de bleu;

2" Les aires de la plus haute valeur relative j)our les Européens, qui sont colorées en cinq teintes graduées de brun-rouge^ et ,-

5° Les régions intermédiaires et transitionnelles, colorées en deux teintes graduées de jaune. 11 faut ajouter que ces généralisations furent dessinées après que le pourcentage de la valeur avait été -T établi sur la carte, parce que ce n'est qu'alors qu'elles devinrent apparentes.

Tout à fait en dehors du pourcentage de la valeur (|ui a ('té donnée à ces régions respectives, un

simple coup d'œil sur la carte pourra, je pense, (lénionlrer la valeur actuelle des terres africaines. Afin d'en faire un tracé très exact, il ('tait essentiel d'adopter la inétliode des « lignes de contours ». Il n'en faudrait pas conclure, cependant, que chaque mille carré dans l'intérieur d'une périphérie déterminée, soit exactement de la valeur indiquée, mais simplement d'une valeur approximative. Si j'avais essayé de délerminer les aires d'égale valeur, j'aurais laissé de côté la méthode graphique que j'ai employée, et j'en aurais ailopté une dont le résultat se fût beaucoup rapproché d'une carte géologique. La méthode que j'ai choisie expose approximativement la valeur relative des terres elles-mêmes et leur valeur progressive en relation avec leur situation géographique.

On remarquera, par exemple, que les régions de plus haute valeur sont contiguës aux cotes et aux grandes routes fluviales conduisant dans l'intérieur; tandis (jue les plus faibles valeurs coïncident avec les régions les plus éloignées des cotes, ou dans lesquelles les conditions politiques et climatériques sont au plus ii;mt degré contraires à leur développement. On observera plus loin que les parties les plus saillantes des périphéries in(li(juent les directions dans lesquelles, pour les reliions de plus haute valeur (brun), le développement des teires africaines doit présenter le plus d'avantages; tandis que lorsqu'il s'agit des aires de moindre valeur (bleu), elles ont précisément la signification contraire. Lorsque les lignes de valeurs graduées se touchent, c'est pour signaler la [>résence d'un puissant obstacle physitjue ou politi(|ue.

Ces brusques transitions se remarquent principalement dans les régions avoisinant le désert et c'est surtout, comme sur la côle du sud-est de l'Afrique, lorsque les contrées de rapport se trouvent en quelque sorte contiguës à ces obstacles. Ce qui fait la grande valeur du sud de l'Afrique, c'est la salubrité relative de son climat, son organisation politique, sa forte base sur la côte et la richesse de ses ressources naturelles; tandis que l'état précaire des régions fertiles du bassin du haut Nil est dû principalement aux éléments politiques, qui peuvent d'ailleurs être renversés d'un jour à l'autre.

La simple lecture de ma carte doit donc mettre sous les yeux du lecteur les lignes de moindre résistance à la domination européenne en Afrique. Chaque région caractéristique naturelle a sa base stratégique sur la côle au pouvoir d'une ou plusieurs puissances européennes, dont les opérations dans l'intérieur peuvent être plus avantageusement dirigées. Le transit rapide et facile avec la côte est par le fait la condition essentielle au dévelop[)ementdes terres éloignées; et ce serait à l'avantage de toutes les puissances que les grandes routes lluviales fussent rendues internationales.

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