IX. La valeur des terres africaines (') semble pro
(' Voir, cil regard, mon article tt ma rarto dans le Scottùh (feo(irnphical Magazine (vol. VU, p. 191), intitulé : « La valeur compai'ée des
mettre sulïisammeiil pour assurer les béiiélices que l'on doit attendre de leur développement dans ces régions où abondent l'ivoire ou les minéraux. Toutes ces régions peuvent rendre immédiatement au capital. Cependant, à défaut de ces ressources, ou en l'absence d'un gouvernement européen actif et énergique, le capital nécessité par l'exploitation de nouvelles contrées ne produira probablement pas d'intérêts dans un avenir très rapproché. Le transport rapide et facile à la côte est la première condition essentielle au développement lucratif des terres africaines éloignées, dont la valeur est considérablement augmentée par leur proximité des rivières navigables. Ce serait donc un avantage pour toutes les puissances, si toutes les grandes routes fluviales étaient proclamées internationales.
X. 11 est reconnu que le commerce est le facteur prépondérant dans la politique africaine, et la suprématie commerciale est le but principal de l'entreprise européenne.
XI. L'exploitation commerciale de l'Afrique doit donc déterminer ses destinées politiques. Les terres africaines peuvent et doivent être exploitées de façon à rapporter. Les premières difTicullés à vaincre viennent principalement du trafic des esclaves, du trafic des boissonsalcooliques etde l'inhabileté des indigènes au travail. Le développement final de l'Afrique comme champ à l'entreprise eui'opéeinie dépendi'a de la sohition de tous ces problèmes.
lerrcs afrifiiincs)), <|iij i-\|)li({iic nwc inu-lipics th'lails les /oiics <le plus forU; résislaiiic à la iloiiiinatioti i-iiri)p*''riiii(>, ri les rr^riuiis Ifs plus inipoi'Iaiites comiiir \aliur jmiii- 1rs puissances europécnni's.
XII. Los compac^nies priviléi^iécs ont toujours défié toute concunence dans toutes leurs tentatives de dévelojjpenient, parce que le commerce est l'élément civilisateur par excellence en Afrique et parce que les compagnies peuvent avancer hardiment partout où le pavillon national ne peut pas toujours s'avenlurer. Mais pour cette même raison, et parce que les intérêts des indigènes pourraient être sacrifiés à ceux des actionnaires, il est indispensable que les compagnies soient placées sous le contrôle de leurs gouvernements respectifs.
XIII. Les progrès delà découverte etde l'exploration, dus, pour la plus grande partie aux travaux accomplis pendant ces cent dernières années, ont été inspirés d'abord par le désir d'atteindre dans l'intérieur un certain but dont les richesses réelles ou chimériques étaient l'objet des convoitises de tous les Européens; secondement, d'acquérir le monopole commercial sur ces régions fortunées, d'ouvrir des roules pour y accéder, et enfin de civiliser la contrée. Le but commercial inspira, en effet, l'action de beaucoup d'entrepreneurs européens en Afrique. En même temps, des savants voyageurs de toutes les nationalités, mais surtout anglais, allemands, français, portugais et italiens, découvraient et exploraient diverses régions de l'Afrique. Les Allemands dans le nord équatorial de l'Afrique et les Anglais dans toutes les régions au sud (le l'équatour ont été les principaux explorateurs; mais la liste des nombreux explorateuis anglais est celle qui contient le plus de noms parmi les hommes les plus distingués et dont les succès ont été les plus
grands. Les importantes découvertes hydrographiques n'ont pas suivi le procédé naturel, qui consisterait à tracer les systèmes fluviaux en allant de la côte vers l'intérieur, mais bien par le procédé inverse. De ce que les régions actuellement inconnues ou inexplorées de l'Afrique se trouvent derrière les possessions européennes des côtes, il est indispensable que les puissances ûxent leurs frontières intérieures; quant à l'exploration età l'exploitation des régions intérieures, la marche de l'exploration dans l'avenir sera dirigée vers ces régions et précédera la colonisation et l'établissement politique. Il reste d'ailleurs, en Afrique, un vaste champ, non seulement au savant et à l'explorateur, mais aussi pour le pionnier avide de découvertes. Nous avons vu que les petites expéditions, ou les explorateurs isolés, accompagnés seulement d'une petite escorte personnelle, avaient obtenu jadis les meilleurs résultats; dans l'avenir, ces mêmes expéditions auront plus de chances de réussite que les grandes expéditions armées, lorsqu'il sagira d'ouvrir de nouveaux champs à l'entreprise européenne.
XÏV. La domination européenne s'étend d'une façon intermittente à travers la plus grande partie du continent; mais ce n'est que dans les régions tempérées et sur quelques points isolés de la zone côtière que s*est exercée l'occupation effective. Dans l'Afiique tropicale, l'administration politi(|ue européenne est restreinte aux tern's côtières et aux parties inférieures des vallérs des grands fleuves.
Mais, bien que les obstacles à l'extension de l'autorité européenne ne soient pas insurmontables, il est
certain (jue les limites actuelles à celte extension doivent être scrupuleusement observées, afin de permettre, à un moment donné, de les franchir en partie ou complètement. Au lieu des essais administratifs faits au hasard, les puissances européennes feraient mieux d'adopter un programme régulier, basé sur les meilleurs principes que l'expérience et la science nous enseignent, si elles veulent mener à bien le dévelopj)ement des terres africaines.
XV. Enfin, nous avons pu voir que le partage des territoires africains entre les puissances européennes, commencé réellement après la Conférence de Berlin de 1884-1885, s'est accompli si rapidement qu'aujourd'hui, toute l'Afrique au sud de l'équateur est aux Européens; tandis que, d'autre part, au nord de l'équateur, très peu de frontières intérieures ont pu encore être fixées. En d'autres termes, l'Afrique païenne est aujourd'hui exclusivement dominée par l'Europe, tandis que l'Afrique musulmane reste pour la plus grande partie sous l'autorité des Arabes ou des chefs indigènes. Nous avons fait remarquer de plus que du sud au nord, le long du granfl axe continental, qui peut être considéré comme la grande route par laquelle la civilisation européenne s'avancera vers le nord, les territoires sont sous l'autorité de l'Allemagne, du Portugal et surtout de la Grande-Bretagne.
En examinant le passé et en envisaureant l'avenir de concml'Afrique, je me suis attaché aux principes généraux qui doivent régir le dévelo[)pem<'nt du continent, suivant ce que l'on peut considérer comme ses lignes naturelles. Mes arguments soulèveront naturellement
certaines critiques, mais c'est précisément la discussion de cet important sujet qu'il est indispensable de provoquer aujourd'hui parmi de plus compétents que moi. Provoquer la critique a été l'un des buts que je me suis proposés en écrivant cet ouvrage, et je crois avoir fourni matière aux attaques sur presque tous les points.
L'Afrique ne peut être développée par les procédés de hasard qui ont été employés jusqu'à présent. Ses conditions et ses besoins diffèrent de ceux des autres continents. Ces conditions devraient être comprises et ces besoins satisfaits par toutes les puissances qui ont des intérêts en Afrique. Le desideratum le plus pressant est la reconnaissance par les puissances européennes d'une communauté d'intérêts et l'adoption par elles d'un programme commun. Jusque-là, nous ne pourrons guère espérer que la domination européenne en Afrique — dans l'Afrique tropicale du moins — puisse s'exercer soit au profit des indigènes, soit à l'avantage de l'Europe.