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VI PRÉFACE

C'est grâce surtout aux études de MM. Auguste et Louis Lumière, deux savants auxquels la Science photographique est redevable d'un grand nombre de travaux importants, que la liste des développaleurs, limitée depuis longtemps à quelques substances consacrées par la pratique, s'est subitement accrue d'une quantité considérable de nouveaux représentants.

C'est la conception exacte du rôle prépondérant que devaient jouer les phénomènes chimiques dans l'étude des propriétés développatrices des substances organiques qui permit à MM. Lumière de fixer avec une rigoureuse précision les éléments de la fonction développatrice, véritable critérium des propriétés révélatrices des substances organiques. Par suite de cette connaissance exacte des groupements qui, introduits dans la molécule des substances organiques, leur confère des propriétés révélatrices, le nombre des substances douées de ces propriétés s'est accru dans de telles proportions, qu'il est devenu de plus en plus difficile aujourd'hui au débutant de faire un choix judicieux et d'accorder la préférence à une substance plutôt quà une autre.

Afin d'essaver de combler cetle lacune dans une

PUÉFACIi:. vil

certaine mesure, nous avons exposé dans la première Partie de cet Ouvrage l'état actuel de nos connaissances sur l'opération du développement ainsi que tous les travaux théoriques relatifs aux: développateurs, en insistant particulièrement sur ceux qui peuvent avoir un intérêt pratique. Nous avons en outre montré quelles étaient les conditions que devait remplir un bon développateur et comment ces desiderata étaient réalisés dans les divers révélateurs commerciaux.

Enfin, la deuxième Partie est entièrement consacrée à la pratique du développement et l'on v trouvera tous les renseignements nécessaires pour obtenir une bonne image avec les seuls révélateurs qui par leurs qualités spéciales doivent être préférés à tous les autres.

A. Seyewetz.

Lyon , le 3 août iSfjH.

DE

EN

PHOTO&RAPHIE.

Définition.

On sait qu'on appelle image latente l'image invisible que porte une plaque photographique aux sels haloïdes d'argent, lorsqu'elle a été exposée pendant un temps très court à la lumière. La modification que subissent les sels d'argent sous cette influence est non seulement imperceptible à notre œil, mais ne peut être décelée par l'analyse chimique. Elle ne peut être mise en évidence qu'en la traitant par certains réactifs appropriés appelés développateurs.

Les sels haloïdes sont les seuls sels d'argent, dont on ait jusqii'ici utilisé cette propriété* S. I

Nature de l'altération que subissent les sels haloïdes d'argent.

On a émis un grand nombre d'hypothèses relativement à la nature des phénomènes produits par la lumière agissant sur les sels haloïdes d'argent.

Les unes rapportent les modifications que subissent ces substances sensibles à des phénomènes d'ordre purement physique ; dans les autres, au contraire, on explique la formation de l'image latente par des réactions d'ordre entièrement chimique.

Théorie physique, — Dans la théorie physique, on admet généralement que la formation de l'image invisible est due à un simple phénomène moléculaire, qui rend le sel haloïde d'argent susceptible d'être réduit par les révélateurs. On suppose que sa composition après exposition à la lumière est la même que celle du composé normal, mais qu'il a seulement acquis un surcroît d'énergie qu'il conserve après l'action de la lumière et grâce auquel les développateurs peuvent le réduire.

Bien que cette théorie admise pendant longtemps permette, dans une certaine mesure, d'expliquer les diverses réactions que sont susceptibles de su-

bir les sels haloïdes d'argent qui ont été exposés à la lumière, on a trouvé aujourd'hui des arguments beaucoup plus vraisemblables qui ont permis de ramener les modifications que la lumière peut faire subir à ces substances à de simples phénomènes chimiques^

Théorie chimique. — Les arguments qui plaident en faveur de cette hypothèse sont les suivants :

1^ Les sels haloïdes cV argent ne peuvent jamais fournir seuls une image latente, mais seulement lorsqu'ils sont en présence de certains corps appelés sensibilisateurs, que Von peut considérer comme nécessaires pour absorber Vhalogène provenant de la décomposition.

Dans l'ancien procédé au coUodion humide, le NITRATE d'argent était le sensibilisateur.

Dans d'autres cas, l'excipient même du bromure d'argent joue le rôle de sensibilisateur; ainsi la gélatine, dans le procédé au gélatinobromure d'argent, est dans ce cas.

2^ On peut détruire V image latente formée sur une préparation sensible en faisant agir sur elle un halogène qui régénère le sel haloïde primitif ,

On peut probablement expliquer ainsi facilement pourquoi on a pu remarquer que dans certains cas spéciaux, des plaques impressionnées et conservées

pendant un temps très long ne sont plus développables.

L'halogène qui avait été absorbé par le sensibilisateur, peut de nouveau être cédé à la longue au sel haloïde d'argent qui reprend alors sa composition primitive. C'est sans doute pour ce motif qu'il a été possible d'augmenter considérablement la durée de conservation de l'image latente dans les cas précédents, en lavant la couche sensible après qu'elle a été exposée à la lumière. On élimine ainsi le brome ou l'iode absorbé par le sensibilisateur.

3^ On a pu enfin, dans certains cas particuliers, caractériser la présence de V halogène dans le sensibilisateur.

Si nous nous rallions à la théorie chimique, il faut que nous puissions expliquer d'une façon vraisemblable le changement de composition que subit le sel d'argent en perdant une partie de son élément halogène. Diverses hypothèses ont été émises :

Théorie des photosels de Carey Lea, — La plus rationnelle, à notre avis, est celle de Carey Lea, qui suppose que le bromure d'argent se transforme partiellement, par l'action de la lumière, en sous-bromure (Ag-Br ou Ag^Br) qui peut s'unir en proportions variables avec le bromure non

altéré pour donner des composés analogues aux Ipques qu'il désigne sous le nom de photosels, „ Le bromure d'argent est, en effet, susceptible de former de véritables combinaisons avec des quantités variables, même très petites, de matières colorantes et de divers sels métalliques.

Préparation des photosels, — M. Gare}' Lea a obtenu de nombreuses variétés de photosels en réduisant partiellement les sels haloïdes d'argent par le sulfate ferreux, le sucre de lait, Vhypo^ phosphite de soude, etc.

Rapports entre V action de la lumière et celle des phoLosels, — Il paraît y avoir des rapports étroits entre ces pliotosels et les produits de l'action de la lumière sur les sels haloïdes d'argent, car on peut, dans tous les cas, reproduire les phénomènes auxquels donne lieu Faction de la lumière, au moyen des réactifs susceptibles de donner naissance aux photosels.

^ Kmsi^V hypophosphite de sodium, agissant pendant un temps court sur une plaque au gélatinobromure d'argent, peut, de même qu'une faible action de la lumière, ne pas produire d'action apparente sur le sel haloïde d'argent, mais provoquer la réduction de l'argent par le révélateur. Lorsqu'on

traite une plaque au gélatinobromure d'argent, après exposition à la lumière, par l'acide nitrique, ce dernier corps n'a pas pour effet d'empêcher, mais seulement de ralentir la réduction de l'argent par le révélateur.

Dans le cas où l'action de la lumière a été remplacée par celle de l'Iiypophosphite de soude, le même phénomène de retard dans la réduction se produit.

Enfin, on peut également obtenir par l'action de l'hypophosphite de soude, comme nous le verrons plus loin, la production d'un phénomène auquel donne lieu une action prolongée de la lumière sur la substance sensible et qui, pendant longtemps, avait été considéré comme un des arguments de la théorie physique.

C'est la réversibilité de V image.

Réversibilité de l'image.

On appelle ainsi la propriété singulière que présentent les halosels d'argent de fournir par développement des images inverses de celles qu'une exposition normale permet d'obtenir. Ce phénomène s'explique facilement si l'on observe l'action progressive de la lumière sur les sels haloïdes d'argent.

On a remarqué, en effet, que l'intensité de l'image que fait apparaître le développateur n'est pas proportionnelle à la durée d'exposition à la lumière ou à l'intensité de la source lumineuse, mais qu'elle présente un maximum correspondant à une durée d'exposition déterminée et relativement courte, à partir duquel la quantité de sel d'argent susceptible d'être réduit par le développateur décroît rapidement pour devenir presque nulle.

C'est à partir de ce moment seulement que l'on commence à percevoir à Fœil le noircissement du sel d'argent. Ce noircissement direct qui, au début, paraît proportionnel au pouvoir actinique de la source lumineuse et, pour une même source, proportionnel à la durée d'exposition, n'augmente bientôt plus que d'une très petite quantité et, finalement, reste stationnaire, quelle que soit la durée d'exposition à la lumière (^). Cette limite du noircissement direct de même que le maximum que l'on observe dans l'action du développateur sur l'image latente ne sont pas identiques pour les diverses substances sensibles. Ils diffèrent aussi pour un même sel haloïde d'argent, suivant les conditions dans lesquelles il a été préparé ; mais on

(*) Lumière (Auguste et Louis), Bulletin de la Société française de Photographie, année 1888, p. 209.

peut affirmer que Vintensité du noircissement direct est d'hantant plus faible que la substance sensible est susceptible de recevoir une impression latente pendant un temps plus court. En d'autres termes, une substance qui, comme le gélatinobromure d'argent, donne une image latente après un temps d'exposition à la lumière excessivement court, ne fournira qu'une image faible par impression directe, tandis que le chlorure d'*argent, qui ne donne une image latente cju'après un temps notablement plus long que celui nécessaire pour le bromure, fournira par noircissement direct une image beaucoup plus intense que celle obtenue avec ce dernier.

Représentation graphique de l'action de la lumière sur les sels haloïdes d'argent.

On peut représenter graphiquement ces phénomènes par des courbes {fig, i) dans lesquelles les temps sont les abscisses et les intensités des actions développées, d'une part, et des noircissements directs, d'autre part, les ordonnées.

Ces courbes ne sont qu'une représentation très approchée du phénomène, et l'action décroissante n'a lieu qu'avec une extrême lenteur, si bien que pour atteindre le maximum de croissance avec

les plaques Lumière extra- sensible s il faut un temps de pose trois mille six cents fois plus grand que celui nécessaire pour cwoir un bon positif. Donc, en représentant ce temps minimum

Fis-. I.

Intensité des actions développées et des noircissements directs.

A. Courbe représentant l'impression latente du bromure d'argent.

B. Courbe représentant l'impression directe du bromure d'argent.

C. Courbe représentant l'impression latente du chlorure d'argent.

D. Courbe représentanl l'impression directe du chlorure d'argent.

par une seconde, celui nécessaire pour atteindre le minimum de réduction serait de 36oo secondes^ ^ ) ou une heure.

On se rend facilement compte du phénomène de réversibilité dont nous avons parlé plus haut en se reportant à la propriété que nous venons de signaler pour les sels haloïdes susceptibles de fournir une image latente. En effet, les parties noires d'une

(*) Lumière (A. et L.), Bulletin de la Société française de Photographie, année 1888, p. 209.

image impressionnent beaucoup plus lentement la surface sensible que les parties vivement éclairées. Ces dernières pourront donc, après une exposition suffisante, avoir déjà provoqué le maximum de réductibilité du sel d'argent, lorsque les portions impressionnées parles noirs de l'image n'en seront encore qu'à la période de croissance. On pourra donc par une exposition suffisante obtenir une réduction faible pour les parties de la surface sensible impressionnées par les noirs, d'où inversion de l'image normale.

Réversibilité produite sans action de la lumière. Expériences de Carey Lea.

Carey Lea a montré, d'une façon très rationnelle, qu'il était possible de produire le phénomène de la réversibilité de Vimage sans faire intervenir l'action de la lumière, en additionnant, par exemple, du bromure d'argent préparé dans l'obscurité d'une quantité déterminée de sousbromure, Ag^Br, obtenu à l'état de pureté par le procédé connu (^). En incorporant au bromure d'argent des quantités variables de sous-bromure, on peut reproduire identiquement les phénomènes

(^) Carey Lea, Bulletin de la Société belge de Photographie, année 1887.

que détermine Taction de la lumière sur le bromure d'argent.

D'après Carey Lea, ce serait donc à la présence dCune quantité plus ou moins grande de ce sous-bromure formé par V action de la lumière cjue seraient dus ces divers phénomènes.

Quantité minimum de lumière pouvant impressionner le bromure d'argent.

Il était intéressant de savoir si dans la production de l'image latente une quantité quelconque de lumière, si faible soit-elle, peut agir sur le bromure d'argent et si une série d'impressions lumineuses discontinues, insuffisantes pour provoquer isolément une réduction de sel d'argent par le développateur, peuvent s'ajouter pour donner lieu par développement à un résultat identique à celui que produirait une action lumineuse continue agissant un temps égal à la somme des actions discontinues.

MM. Lumière (^) ont résolu la question en employant un disque tournant très rapidement devant une plaque sensible au gélatinobromure, de façon qu'à chaque tour la plaque se trouve exposée à une lumière artificielle pendant , \ , de seconde.

( J ) Bulletin de la Société française de Photographie, février 1887.

L'expérience a montré que l'effet produit par la lumière est le même, que l'exposition ait lieu pendant 6 secondes de suite ou 6 secondes en 24000 fois. Comme la source lumineuse employée par MM. Lumière ne donnait après 6 secondes de pose qu'une réduction du bromure d'argent à peine perceptible, on peut conclure que le gélatinobromure d'argent est sensible à une lumière 24000 fois moins intense que celle qui donne une image à peine visible avec les révélateurs connus.

Influence de la matière organique sur la sensibilité du bromure d'argent.

La matière organique qui sert de substratum à l'halosel d'argent ne paraît pas exercer sur celui-ci d'action chimique particulière, mais pourtant sa nature influe sur l'état physique du sel d'argent, duquel dépend la plus ou moins grande sensibilité de ce dernier à la lumière.

On sait, en effet, pour le bromure d'argent, par exemple, que plus il est sensible à la lumière, plus il est constitué par de gros grains. En outre, dans la maturation de l'émulsion, c'est-à-dire dans le chauffage de cette émulsion, ou bien dans sa digestion avec les alcalis, dans le but d'augmenter le

THÉORIE DU DÉVELOPPEMENT. l3

plus possible la sensibilité à la lumière, on constale que les grains de bromure d'argent grossissent de plus en plus à mesure que cette sensibilité augmente.

On a reconnu que, dans Fémulsion au gélatinobromure d'argent la plus sensible, on pouvait, par des lavages suffisants, éliminer totalement la gélatine et isoler le bromure d'argent pur. Ce fait paraîtrait indiquer que la gélatine ne forme pas de combinaison avec le sel d'argent, comme on pourrait être tenté de le croire, a priori, en considérant que tous les excipients organiques ne sont pas susceptibles de donner des émulsions ayant la même sensibilité à la lumière.

D'autre part, si l'on essaye d'incorporer dans du collodion le bromure d'argent le plus sensible préparé au sein de la gélatine, on constate qu'il n'est plus possible de l'émulsionner, car les grains devenus trop gros se déposent dans le collodion et la sensibilité est amoindrie.

Le même phénomène se produit quand on essaye d'augmenter par la maturation, comme dans la gélatine, la grosseur des grains de bromure d'argent émulsionnés dans du collodion, dans le but d'augmenter la sensibilité. Dès que les grains ont atteint une grosseur déterminée, l'émulsion ne persiste plus. Or, comme le grossissement des grains de

l4 PREMIÈRE PARTIE.

bromure d'argent détermine l'augmentation de la sensibilité, celle-ci se trouve alors limitée par la nature même de l'excipient, le bromure d'argent ne restant plus émulsionné dès que les grains ont atteint une grosseur déterminée.

Enfin il n'est pas possible d'augmenter la sensibilité à la lumière des halosels d'argent, en les additionnant de substances organiques réductrices : le glucose, les acides oxalique, tartrique, etc., exercent une action nulle sur cette sensibilité.

Théorie du développement de l'image latente.

Si l'on n'est pas encore fixé d'une façon certaine sur la nature des réactions que nous venons de décrire, il n'en est pas de même de celles qui constituent le développement de l'image latente. On sait, en effet, qu'elles sont dues à un phénomène de réduction totale du sel haloïde d'argent ayant subi l'action de la lumière qui met en liberté l'argent métallique. On le démontre facilement. Les révélateurs sont donc des réducteurs.

Si nous prenons le bromure d'argent et que nous supposions que la lumière l'ait ramené à l'état de sous-bromure Ag-Br, Faction du développateur pourra être représentée par l'équation

Ag2Bi = 2 Ag -f- Br.

THÉORIE DU DÉVELOPPEMENT. l5

Pour expliquer la réduction par le développateur d^une quantité relativement grande de bromure d^ argent après une très courte exposi-tion à la lumière, on peut supposer que l'argent libéré dans la réduction du sous-bromure s'unit aux particules de bromure les plus voisines pour donner un sous-bromure moins facilement réductible que le premier renfermant vme moins grande quantité d'argent,

2AgBr-+- Ag = Ag'*îBr2.

La quantité plus faible d'argent que libère ce composé sous l'action du révélateur donnera, avec les particules de bromure d'argent les plus voisines, un sous-bromure moins riche en argent et plus difficilement réductible que le précédent,

3AgBr-i- Ag = Ag^Br^ ....

On aura donc, d'après cette hypothèse, successivement les sous-bromures suivants :

Ag^Br, Ag3Bi2, Ag^BiS, Ag^Br^

de plus en plus difficiles à réduire par le révélateur et finalement non réductibles à la limile du développement.

L'action réductrice du révélateur peut s'exercer soit en fournissant directement l'hydrogène néces-

saire pour réliminalion du brome comme dans les révélateurs organiques :

R radical organique,

R<' 4-2Ag^-Br R ^2HBr + AgS

Sous- Produit Révé- bromure de réduction

lateur. d'argent. du révélateur.

soit comme cela a lieu dans les révélateurs minéraux oxygénés, en absorbant Foxjgène de Feau dont rhydrogène fixe le brome du bromure.

R'= radical minéral, R'O + IPO 4- 2 Ag2Br =: R'02 4- aHBr -4- Ag^ Sel Sel au minimum. au maximum.

Action du révélateur et action de la lumière.

Il résulte de cette théorie du développement que le révélateur ne continue pas, à proprement parler, le travail de la lumière, mais il le rend seulement apparent.

Dans la plaque dont la pose a été courte, la lumière a impressionné un moins grand nombre de particules de bromure d'argent que dans une plaque ayant posé longtemps, et la quantité d'argent susceptible d'être libérée par le révélateur varie toujours dans le sens de la courbe que nous avons indiquée dans un paragraphe précédent, sans que

l'énergie du réducteur puisse jamais se substituer à Faction de la lumière et modifier la quantité d'argent susceptible d'être réduite dans l'image.

Du moins, c'est ce que la pratique nous a appris jusqu'ici, car aucun révélateur, quelle que soit la rapidité avec laquelle son énergie réductrice se manifeste, ne peut rien tirer de plus que les autres d'une plaque insuffisamment posée,

Classement des réducteurs.

Tous les réducteurs ne sont point des développateurs. A ce point de vue, on peut distinguer trois classes de réducteurs :

1^ Ceux qui sont sans action sur les halosels d'argent exposés à la lumière;

2° Ceux qui ne réduisent les halosels d'argent qu'après exposition à la lumière;

3^ Ceux qui sont susceptibles de réduire les halosels d'argent aussi bien dans l'obscurité qu'à la lumière.

11 est évident que les corps appartenant aux première et troisième classes ne peuvent être utilisés comme développateurs. Nous citerons, au nombre des premiers, l'acide sulfureux, l'acide hypophosphoreux et les hypophosphites, et, parmi les der-

PUEMIÈRE PARTIE.

niers, le chlorure stanneux. Quant à ceux de la deuxième classe, ils ne sont susceptibles d'être utilisés que s'ils réalisent les conditions suivantes :

Conditions pratiques que doit réaliser un développateur.

Ne pas décomposer l'eau directement, sans quoi l'hydrogène ne pourrait agir sur le sel d'argent, mais, d'autre part, ces réducteurs doivent être suffisamment avides d'oxygène pour que la décomposition de l'eau puisse se produire sous l'influence du brome du bromure d'argent;

2^ Les produits d'oxydation du développateur ne doivent pas détruire l'image latente. En outre, ils ne doivent pas tendre à provoquer une réaction inverse de celle du révélateur, car l'action peut devenir prédominante et arrêter le développement.

Ainsi, si nous plongeons une plaque photographique, après exposition à la lumière, dans une solution ammoniacale de chlorure cuivreux, le développement s'eff'ectue avec production de chlorure cuivrique. Or, ce chlorure cuivrique détruit l'image latente et tend à donner avec l'argent réduit du chlorure cuivreux et du chlorure d'argent.

2GuGl2+ 2Ag = Gu2Gl24- 2 AgGl,

réaction inverse de celle qui constitue le développement (^). Ces deux réactions inverses peuvent avoir lieu simultanément, c'est la prédominance de l'une d'elles qui détermine le résultat final. Ceci explique le manque d'intensité des clicliés développés à l'aide du chlorure cuivreux ammoniacal.

Au début, avant qu'il ne se soit produit une quantité suffisante de sel cuivrique, la réduction du bromure d'argent est énergique, mais bientôt elle devient de plus en plus difficile et finit par cesser complètement, lorsque le chlorure cuivrique formé est en quantité suffisante pour produire une action compensatrice.

Un phénomène analogue se produit, mais dans une plus faible proportion, dans l'action développatrice énergique du triamidophénol (1.2.4.6) et de la triamidorésorcine (i .2.3.4-5) que leur constitution désignait comme devant être des révélateurs très actifs. Par oxydation, ces corps donnent naissance à des composés amidés qui détruisent l'image latente (^), et l'action réductrice

(*) Lumière (A. et L.), Les Développateurs organiques en Photographie et le paramidophénol ; 1898 (Paris, Gauthier- Villars et fils).

Lumière frères et Seyewetz, Bulletin de la Société française de Photographie, année 1897.

puissante qui se manifeste au début du développement cesse après très peu de temps.

Les autres conditions pratiques auxquelles doit satisfaire un développateur sont les suivantes :

3^ Présenter une solubilité dans Feau aussi grande que possible;

4^ Donner des solutions incolores ou peu colorées et de plus des produits d'oxydation sans action sur l'image latente, ne colorant pas d'une façon persistante le substratum de la substance sensible;

5^ Fonctionner autant que possible en l'absence de corps tels que les alcalis qui altèrent la gélatine ou exercent une action caustique sur Tépiderme;

6^ En outre, un bon développateur devra posséder des propriétés telles qu'il soit facile, par l'addition d'un réactif, d'augmenter ou de diminuer à volonté son activité réductrice, pour qu'il permette de tirer parti le plus avantageusement possible des clichés surexposés ou manquant de pose.

Classement des développateurs.

On peut diviser les développateurs de l'image latente en deux grandes classes :

1^ Les dé\^eloppateurs minéraux appartenant à la Chimie inorganique. Ils sont en nombre très

limité et fonctionnent toujours en solution neutre ou acide.

1^ Les développateurs or ganiq ues j qui sont des corps classés dans la Cliimie organique et plus particulièrement dans la série aromatique. Ils fonctionnent le plus souvent en solution alcaline et sont connus pour cette raison plus généralement sous le nom de développateurs alcalins^ mais un certain nombre d'entre eux peuvent exercer pourtant leur action réductrice sur les halosels d'argent, lorsqu'on les emploie en solution neutre. Ils ne sont néanmoins pratiquement utilisables qu'en solution très faiblement alcaline,

1° DÉVELOPPATEURS MINÉRAUX.

Les réducteurs minéraux pratiquement utilisables comme développateurs sont en très petit nombre, parce que le plus généralement leurs produits d'oxydation tendent à donner une réaction inverse de celle du développement. C'est ce qui a lieu, comme nous l'avons montré plus haut, pour le chlorure cuivreux.

Avec les sels cliroîneux, par exemple, on a à redouter les mêmes inconvénients. L'acide hydrosulfureux et les hydrosul fîtes développent bien et ne présentent pas ce défaut, mais, par contre, ils

PRKMIERE PARTIE.

sont tellement instables, qu'ils ne sont pas pratiquement utilisables. Un seul parmi les sels minéraux, Voxalate ferreux^ a trouvé jusqu'ici une application pratique dans le développement de l'image latente.

Développement à Voxalate ferreux, — Lorsqu'on plonge une plaque sensible au bromure d'argent, par exemple, après exposition à la lumière, dans une solution d'oxalate ferreux (sulfate ferreux et oxalate de potasse), le brome du bromure d'argent décompose l'eau du révélateur et en absorbe l'hydrogène en formant de l'acide bromliydrique. L'oxygène se porte surl'oxalate ferreux qu'il transforme en oxalate ferrique, avec mise en liberté du sesquioxyde de fer qui se dissout dans l'acide bromhydrique pour former du bromure ferrique. L'équation de la réaction peut donc être représentée par la suivante :

Fe2Br6^ 6 Ai?

Comme l'oxalate ferreux est insoluble dans l'eau, on le dissout dans Toxalate de potassium.

Pour éviter l'altération du sulfate ferreux, on l'additionne de o, 5 pour loo d'acide tartrique qu'on dissout dans la liqueur qui est ensuite exposée à la lumière. L'acide tartrique s'oxyde aux dépens

-l-6AgBr =

\coo/

du sel ferriqiie qui se forme et le ramène à l'état ferreux (?).

Accélérateurs, — Les accélérateurs sont, comme on le sait, des substances qui augmentent la rapidité de réductibilité du bromure d'argent par le développateur.

Une même substance ne peut pas être indifféremment utilisée comme accélérateur pour les divers révélateurs.

Avec l'oxalate ferreux, par exemple, on accélère le développement en plongeant quelques instants la plaque dans une solution d'hyposulfite de soude à o, 5 pour 100, avant de la soumettre à Faction du révélateur.

On n'est pas encore bien fixé sur la nature de cette réaction, pourtant on l'attribue à l'action réductrice qu'exerce l'hyposulfite de soude sur le bromure et l'oxalate ferrique qui sont tous deux d'énergiques retardateurs du développement.

Avec les développateurs organiques, on accélère le développement en augmentant le degré d'alcalinité de la liqueur. On sait, en effet, que les matières organiques, facilement oxydables, comme les phénols ou les aminés, absorbent beaucoup plus facilement l'oxygène en présence des alcalis qu'à l'élat neutre ou en présence des acides.

Retardateurs. — ConLraîrement aux accélérateurs, un certain nombre de corps ralentissent le développement. Au nombre de ceux-ci, nous citerons naturellement les oxydants comme Peau oxygénée, le permanganate de potassium, les sels ferriques, etc. Employés en grande quantité, ils peuvent même empêcher complètement le développement de l'image latente. Les acides qui tendent à former des sels avec l'argent réduit sont aussi des modérateurs. Il en est de même des substances qui peuveiit reformer du bromure d'argent avec l'argent réduit.

Ainsi, le brome, les bromures ferriques et oui- K^riques ']0\ieYil le rôle de modérateurs.

D'après certains auteurs, les bromures alcalins^ qui eux n'existent qu'à l'état de protobromure, agiraient d'une tout autre manière : ils formeraient avec le bromure d'argent des bromures doubles plus difficilement réductibles par le développateur que le bromure d'argent seul; ainsi le bromure de potassium donnerait naissance au composé

AgBr, 2KBr.

Cette hypothèse n'a pas encore reçu de sanction expérimentale. L'action retardatrice du bromure de potassium, qui est très marquée pour le développateur au fer, est bien moins sensible pour les

révélateurs organiques, probablement à cause de leur plus grand pouvoir réducteur.

1^ DÉVELOPPATEURS ORGANIQUES.

Historique, — Parmi les révélateurs organiques, l'acide pyrogallique fut le premier mis en usage. Vers 18^2, il fut l'objet d'études nombreuses de la part du Vogel (^), de Carey Lea {^), de Suthon, mais son emploi ne se généralisa pas tout d'abord à cause de son prix élevé. Vers la même époque, R. Wagner (^) signala les propriétés développatrices delà pjrocatéchine.

Enfin, Carej Lea et Tabersky (^) reconnurent à l'hématoxyline un pouvoir réducteur suffisant pour développer l'image latente. A l'avènement du procédé au gélatinobromure d'argent, de nouvelles substances furent expérimentées. En 1880, le capitaine Abney(^) utilisa le premier les propriétés de l'iiydroquinone qui fut aussitôt étudiée par Eder, Totb, Pizzighelli, puis, plus récemment, par Balagny.

(*) YoGEL, Photographie News, septembre 1872. (^) Carey Lea, British Journal of Photography, janvier iSGçj,

(') Wagner (H.), Dinglers polyt. Journal, t. CXL, p. 375. (^) Bulletin de la Société française de Photographie, p. Soi; 1869.

(') Abney, Photographie News, p. 345; 1880.

La pjrocatéchine et la résorcine ont également été proposées comme développateurs. MM. Lumière ont reconnu depuis peu que cette dernière substance ne développe pas à l'état pur. En réalité, le développement n'a lieu que grâce à de petites quantités d'isomères contenus dans la résorcine expérimentée Le Eder a aussi reconnu des propriétés développatrices à la phénylhydrazine (^). Il a remarqué également que la phloroglucine possède des propriétés révélatrices bien moins énergiques que son isomère, l'acide pyrogallique.

On a démontré depuis qu'il y a là une inexacti^ tude et que la phloroglucine pure ne possède pas le pouvoir développateur. Plus tard, le Andresen, de Berlin, fit breveter l'emploi des paraphénylènes diamines pour révéler l'image latente. Sous le nom d'iconogène, il a désigné l'acide amido [5 naplitol monosulfonate de sodium

NH2

auquel il a découvert d'intéressantes propriétés

(^) Lumière (A. et L.), Revue générale des Sciences pures et appliquées, juillet 1891.

(^) Eder (D''), Photographische Correspondeiiz, p. igi;

révélatrices. C'est aussi le Andresen qui a reconnu le premier le pouvoir développa teur du paramidopliénol; mais ses propriétés remarquables lui échappèrent, elles ne furent mises en lumière que plus tard ).

C'est à Eder qu'on doit l'introduction du sulfite de soude dans la préparation des développateurs alcalins. Cet auteur avait observé combien l'oxydation des substances révélatrices est rapide, et avec quelle facilité elles absorbent l'oxygène de l'air en perdant leurs propriétés lorsqu'elles sont employées en solution alcaline. Par l'emploi du sulfite de soude, on arrive à ralentir considérablement cette action.

Il y a avantage à remplacer dans la préparation des révélateurs, par le sulfite de soude anhydre Na^SO^, le sulfite cristallisé dont la composition n'est pas constante et qui se transforme facilement en sulfate au contact de l'air (2).

Travaux de MM. Lumière sur la fonction développatriee.

La liste des développateurs organiques était limitée au petit nombre de corps que nous venons

(^) Lumière (A. et L.), Bulletin de la Société française de Photographie, 1890.

(-) Lumière (A.) et Seyewetz (A.), Bulletin de la Société française de Photographie, avril 1898.

5i8 PREMIÈRE PARTIE.

de citer, lorsque fut publié par MM. Lumière frères (') un Mémoire sur la fonction développa- Irice, c'est-à-dire sur les relations qui existent entre la constitution moléculaire des développateurs et leurs propriétés révélatrices. Jusqu'ici, comme nous menons de le voir, l'essai des corps de la Chimie organique, au point de vue de leurs propriétés révélatrices, n'était guidé par aucune loi. Tout était livré au hasard, le seul critérium qui permettait de prévoir la propriété révélatrice était le pouvoir réducteur des corps; mais, au nombre de ceux susceptibles de s'oxyder facilement, quelques-uns seulement possédaient la propriété de révéler l'image latente.

Les progrès réalisés dans Tétude des matières colorantes ayant été déterminés par l'examen comparatif des relations existant entre la constitution de ces substances et leur pouvoir colorant, des études analogues furent entreprises dans le but de rechercher s'il était possible d'établir des rapprochements entre la constitution des corps et leur pouvoir développateur.

Pour atteindre ce but, les auteurs ont examiné méthodiquement l'influence qu'exercent, sur le dé-

(^) Lumière (A. et L.)^ Revue générale des Sciences pures et appliquées, juillet 1891.

veloppement de l'image latente, les diverses fonctions chimiques des substances organiques.

Après avoir classé et comparé les résultats obtenus, ils furent conduits ii en déduire une série de lois que, jusqu'à présent, l'expérience a pleinement confirmées.

Ces lois permirent non seulement de reconnaître immédiatement, parmi le- milliers de corps de la Chimie organique, ceux doués de propriétés révélatrices, mais aussi de nier celles d'un certain nombre de substances, comme la résorcine, la phloroglucine, auxquelles on les avait attribuées à tort, par suite d'impuretés renfermées dans ces corps ).

Voici les conclusions auxquelles les auteurs sont arrivées :

1^ Pour qu'une substance de la série aromatique soit un développateur de l'image latente, il faut qu'elle renferme soit deux groupes hjdroxylés, soit deux amidogènes, ou bien un hydroxyle et un amidogène dans le noyau aromatique.

2® Cette condition ne suffit que dans la parasérie et, généralement, dans l'ortho-série ; elle n'a aucune valeur dans la méta-série. C'est lorsque les

(') Lumière (A. et L.), Les Développateurs organiques en Photographie; 1898 (Paris, Gauthier-Yillars et fils).

PREiMîÈRE PARTIE.

groupemenls hydrox^és et amidés sont en position para que le pouvoir développateur est maximum.

Ainsi, aucun des phénols monoatomiques ne développe l'image latente, et parmi les trois phénols diatomiques dérivés de la benzine, Thydroquinone et la pjrocatéchine seuls sont des révélateurs, l'hydroquinone étant le plus énergique des deux.

Les homologues de ces corps développent également : par exemple, la toluhydroquinone

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