‹ Le développement de la constitution anglaiseChapitre 29 sur 63 · XXXVIII INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XXXVIII INTRODUCTION

juste, que le plus obscur fasse entendre tout au moins l'écho de sa voix dans les grandes délibérations de la nation : c'est en même temps un devoir et un d7'oit pour la société aussi bien que pour lui (23). Sa part de raison dans la raison générale, se joignant à toutes les autres, contribuera à fixer la portion de justice et de vérité qui servira de loi, jusqu'à ce que cette loi, à la suite d'une enquête nouvelle, soit complétée ou corrigée par une autre. Mais, à aucun titre, de cette intervention légitime, obligée, ne peut naître une souveraineté, en dehors de la justice cherchée en commun et que la société poursuit sans relâche, parce qu'il est possible d'en approcher^ jamais d'y atteindre.

M. Freeman se rattache à l'école de Rousseau, celle qui prédomine chez nous. 11 est vrai qu'avec le sens pratique qui n'abandonne jamais le théoricien anglais le plus téméraire, il n'hésite pas à s'en affrafichir lorsqu'elle le gêne. On le verra refuser plus d'une fois, dans son livre, de la suivre jusqu'au terme rigoureux de ses déductions. Toutefois, la souveraineté absolue de l'individu brille à ses yeux comme un dogme auguste ; il la célèbre avec transport. Ce sera là son plus beau titre auprès des esprits qui nourrissent les mêmes convictions. Pour moi, je ne puis m'extasier, ainsi qu'il fait, devant des

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hommes, parce qu'ils ne se soumettent qu'à leurs intérêts ou à leurs caprices formulés en lois. Je réserverais plutôt mon admiration pour ceux qui inclinent spontanément leur volonté , reconnue injuste, devant l'idéal de la Raison. Après cette critique, qui peut aussi passer pour un éloge, suivant le point de vue auquel on se met et le camp où Ton se range,j'en hasarderai d'autres. Je pourrais, par exemple, relever l'injustice flagrante avec laquelle Tautcur, tout plein qu'il est de sentiments religieux, juge le cathoHcisme et la papauté, si ce n'était là un terrain sur lequel un Anglais se montrera toujours intraitable. Mais où je ne voudrais pas désespérer de ma cause, c'est en essayant de le ramener à une appréciation plus équitable et moins partiale de notre race.

Lorsque M. Freeman oppose les Teutons aux Welches, les races latines, qui ne seraient pas aptes à la Hberté, aux races germaniques, qui en auraient fait leur monopole, je lui pardonne sa prédilection enthousiaste pour les aïeux dont le sang coule dans ses veines; mais j'en appelle de son patriotisme exalté à sa science môme et à sa droiture. Est-il possible détenir pour non avenus les bienfaits indéniables dont le monde moderne — à part l'Angleterre, s'il faut l'excepter — est redevable à la

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civilisation romaine? Et qu'a donc fait de plus pour l'humanité la civilisation germanique? Sans Rome, eût-elle même existé (24) ? Qui affirmera que les libertés rudes et sauvages qu'abritaient les forêts du Nord eussent jamais été si fécondes, si elles n'avaient senti les souffles du Midi ? Est-il certain que les institutions saxonnes, livrées à elles-mêmes dans l'île britannique et échappant à l'action très-complexe du continent latin, eussent enfanté la constitution libérale dont la nation anglaise est sijustement fière ? De célèbres historiens, hors de notre pays, ne nous ont-ils pas enseigné que l'élément aristocratique des sociétés modernes de l'Europe y aurait paru sous les auspices des Germains mômes, dont la liberté, après tout, n'aurait été qu'un individualisme égoïste et farouche? Les Romains, au contraire, au su de tous^ n'avaient-ils pas savamment organisé le régime communal dans toute l'étendue de leur empire? Et dans la Grande-Bretagne, ces autochthones, des Celtes, primitivement soumis par les envahisseurs saxons, paraissaient-ils donc si étrangers à tout sentiment de liberté ? Et l'Irlande, où l'ancien droit celtique constate l'usage d'assemblées générales sur une bruyère ou une colline, comme dans la Suisse mêrrie, dont M. Freeman fait, en débutant, un tableau si poétique et si flatteur? Et ces popu-

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