INTRODUCTION
Les transformations de l'industrie au cours du xixe siècle ont ouvert une ère de concurrence à outrance. L'établissement de la liberté du travail, le développement du machinisme et ses perfections incessantes, la concentration des entreprises ont augmenté la productivité d’une façon inouïe.
D'autre part, la nécessité de trouver des débouchés a amené le développement des communications et les frais de transport ont été considérablement réduits.
Le commerce ne connait plus de distances ni de frontières et la concurrence, de locale ou régionale qu’elle était autrefois, est devenue mondiale, Aussi
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moyens d'informations perfectionnés dont nous disposons aujourd'hui, est-elle devenue pratiquement impossible et les crises de surproduction et l’avilissement des prix qui en résultent se reproduisent constamment.
«L'économie politique, dit M. Andrew Carnegie, enseigne que les marchandises ne peuvent pas être produites au-dessous du prix de revient. C'était sans doute vraiau temps d'Adam Smith, mais cela ne l’est plus aujourd'hui. Quand un article était produit par un petit manufacturier employant généralement chez lui deux à trois compagnons et un ou deux apprentis, il lui était facile de limiter ou même d'arrêter sa production. Aujourd’hui, avec la manière dont sont conduites les entreprises manufacturières dans d'énormes établissements qui représentent un capital de 5 à 10 millions de dollars et avec des milliers d'ouvriers, il! en coûte bien moins à un de ces manufacturiers de continuer la production avec une perte de tant par lonne ou par yard que de la ralentir. L’arrêter serait désastreux.
«Pour produire à bon marché, il est essentiel de marcher à plein. Vingt chapitres de dépenses sont des charges fixes et l’arrêt ne peut qu’augmenter la plupart d'entre elles. C’est ainsi qu'un article est produit pendant des mois et j'ai connu des cas où cette situation a duré des années non seulement l'adaptation de l'offre à la demande, malgré les
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sans profit industriel et sans intérêt pour le capital, mais avec une perte continue du capital engagé. A chaque inventaire annuel lc manufacturier constatait la diminution de son capital etnéanmoins s’arréter eût été plus désastreux... (1) »
Aux maux engendrés par la concurrence coupegorge (cut throat),il était naturel que les producteurs cherchent un remède. Puisque la concurrence menaçait de les ruiner en abaissant les prix, au-dessous même, parfois, du coût de production, pourquoi ne pas essayer d’y mettre un frein en concluant des ententes pour limiter la production ou relever les prix avilis ?
Nous voyons ainsi que iles ententes entre producteurs sont le résultat de la nécessité et le produit d’une évolution (2).
L’attention publique a été particulièrement attirée sur les trusts qui occupent le sommet de la hiérarchie de ces ententes, à cause de leur ampleur et de la puissance dont ils disposent.
La question des trusts a donné lieu dans ces dernières années à une littérature très abondante. Cependant les auteurs qui ont traité ce sujet ont étudié ‘tout spécialement les trusts dans leur pays d’origine,
1. Cité par Claudio Janet. | 2. « Government and cooperation are in all things thelaws of life, anarchy and competition the laws of death » (Ruskin).
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en Amérique et il semble que, dans les ouvrages en question, une part très restreinte ait été réservée à l'examen du mouvement de développement des trusts qui semble s’accentuer depuis une dizaine d'années en Angleterre.
Cette étude nous paraît pourtant présenter un intérêt particulier car, s’il est démontré que les trusts peuvent se former et prospérer en Angleterre, pays libre-échangiste, cela prouve qu’on ne doit pas altribuer leur formation, dans tous les cas, à des éléments artificiels, comme l'exemple de plusieurs grands trusts américains aurait pu porter à le croire.
Le but du présent travail est précisément d’essayer de résoudre cette question en étudiant les conditions dans lesquelles les trusts se forment et fonctionnent en Angleterre.