Jenks. The Trust Problem, p
Il est cependant une raison de la lenteur de l’Angleterre à entrer dans le mouvement de développement des trusts sur laquelle il faut particulièrement insister. Si les industriels anglais ont attendu longtemps avant de recourir à la forme d’organisalion qui nous occupe, c’est qu'ils n’en sentaient pas le besoin. Il ne faut pas oublier, en effet, que l’Angleterre a joui pendant longtemps d’une suprématie incontestée dans le domaine commercial et industriel et que, iusqu’à une époque récente, elle n’avait aucune raison d'organiser des institutions de défense ou d'attaque sur le terrain éeonomique.
Nous croyons utile de retracer brièvement ici l'histoire de l’industrie anglaise et de montrer comment sa suprématie s’est établie, puis comment elle l’a perdue peu à peu.
Pendant longtemps, l'Angleterre fat une nation presque exclusivement agricole et, à certaines époques, l'abondance de ses récoltes lui permit même d'exporter des'céréales sur le continent. Jusqu'à l'apparition de l’industrie du coton qui se produisit vers 1750, leslainages étaientles seuls produits manufacturés qui fussent exportés.
La laine brute provenait d’ailleurs des moutons indigènes et elle était traitée par de petits artisans travaillant à domicile avec des métiers à la main.
Les événements qui marquèrent la seconde moitié du xvine siècle changèrent la face des choses.
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L’Angleterre, victorieuse sur toutes les mers, supplanta les Hollandais dans leur rôle de «rouliers de’ l'Océan » et elle se forma avec les dépouilles de la France, de l'Espagne et de la Hollande, un empire colonial immense.
Des perspectives de développement indéfini s’ouvrirent alors à son industrie et à son commerce, ses nouvelles possessions lui assurant des réserves inépuisables de matières premières et des débouchés pour ses produits.
Les grandes inventions qui virent le jour à cette époque furent accueillies avec enthousiasme et on se hâta de les utiliser pratiquement ; l'Angleterre mérita ainsi, suivant l'expression de Cunningham, le titre de « pionnier de lapplication du machinisme à l'industrie » (1).
On peut diviser en trois périodes l’ère de transformation qu’on a appelée la « révolution industrielle » :
1° Période des grandes inventions, 1764-1792 ;
2° Période de l’applicationdela vapeur, 1792-1830;
3° Période de la locomotion à vapeur, 1830-1845 ;
Dans la première période, on vit les machines se substituer peu à peu aux métiers à la main; ces transformations se produisirent d’abord dans l’industrie cotonnière, à la suite des inventions de Kay,
1. Cunningham. The growth of English Industry and Commerce, vol. II.
de Hargreaves, de J. Wyÿatt, d’Arkwright et de Crompton.
Le nombre des petits artisans commença dès lors à diminuer, la plupart abandonnèrent leur cottage et leur métier pour aller s’agglomérer dans les districts manufacturiers qui naquirent à cette époque.
Pour mettre en marche les machines, on utilisa d’abord les forces naturelles, c’est ainsi que les premières usines s’élevèrent près des chutes d’eau et des rivières, mais on reconnut bientôt l'insuffisance de ces éléments et on ne tarda pas à recourir aux applications de la vapeur découverte par Watts. Ce fut en 1785 que la première machine à vapeur fit son apparilion dans une filature de coton (1).
Les guerres de la Révolution et de l’Empire n’arrêtèrent pas l'essor industriel de l'Angleterre ; en effet, tandis que toutes les forces vives des nations continentales étaient absorbées par lesluttes gigantesques de cette époque, la Grande-Bretagne, mise par sa position insulaire à l'abri des dangers d’une invasion, continua à consacrer ses capitaux à élever des usines et à fabriquer des cotonnades et des lainages. Cela lui donna une avance d’un quart de siècle sur ses futurs rivaux.
Le Blocus continental n’eut en réalité que peu d'effets à cause des difficultés insurmontables que