RES
nes, le commerce était entièrement transatlantique. L'Atlantique était la seule voie entre l'Europe et le reste du monde. Liverpool, au bord de l'Atlantique, était, pour toute l'Europe, le ponton d'embarquement el de débarquement : derrière ce ponton, lAngleterre avait le monopole des affaires. L'isthme tranché créa ou ressuscila un commerce méditerranéen qui n’était plus forcé d’avoir l'Angleterre pour entrepôt. Dans la Méditerranée même, ce commerce peut charger ou décharger ses marchandises à Odessa, Trieste, Gênes, Marseille et Barcelone... » (1).
De nombreux industriels insistèrent sur l'éveil de l'Allemagne à la vie industrielle et sur le développement de la concurrence américaine et l'attention de la Commission fut particulièrement attirée sur ce point.
Les délégués de Birmingham se plaignirent d’être supplantés par les Américains et les Belges dans le commerce des armes de guerre. Ilsavaient autrefois, disaient-ils, le monopole des vis et des clous, mais depuis quelque temps les Allemands leur faisaient sur ce terrain une concurrence acharnée et leurs produits se vendaient dans les boutiques mêmes de Birmingham (2).
1. V. Bérard. L’Angleterre et l'Impérialisme, p. 146. 2. blue Book, C. 4715, p. 32 ets.
A leur tour, les délégués de Sheffield déclarèrent que les verres à vitre allemands, les rails d’acier, les essieux, les roues de wagon de provenance allemande chassaient les produits anglais des marchés neutres et trouvaient même un débouché en Angleterre. Ils ajoutaient que les machines et les outils agricoles dont le commerce avait fait autrefois la prospérité de Sheffield étaient remplacés partout par les produits américains, aussi bien en Russie que dans les colonies anglaises comme le Canada et l'Australie (1).
Toutes ces révélations émurent l'opinion anglaise et le mouvement de réaction contre le libre-échange, qui avait commencé en 1881 avec la création de la National Fair Trade League s’accentua davantage.
Les plus optimistes ont dû reconnaître que l’on n’était pas en présence d’une crise passagère, car depuis 1885, tandis que les exportations de l’Angleterre n'ont augmenté que lentement, celles de ses rivaux ont fait des progrès de plus en plus remarquables (2).