CONCLUSION
Arrivés au terme de cette étude, il nous reste à examiner quel est l’avenir qui semble réservé aux trusts en Angleterre.
Il est vraisemblable que, tant que l’Angleterre restera fidèle au libre-échangisme, les raisons qu’ontles producteurs de se grouper et de s'organiser en trusts pe feront que devenir plus pressantes.
La fusion des entreprises autrefois concurrentes a en effet dans ce pays, nous l’avons vu, un double avantage. Elle permet d’abord de réunir en un faisceau solide les forces vives de l’industrie anglaise pour résister aux attaques des producteurs étrangers qui, à la faveur de la liberté d'importation sans restrictions, écoulent à vil prix sur le marché anglais leur surplus de production. D’autre part, par Îles économies qu’elle permet de réaliser, économies qui abaïissent le coût de production, elle permet aux industriels anglais de lutter sur les marchés neutres pour conserver leurs débouchés et en acquérir de nouveaux, ce qui est pour eux, on le sait, une ques-
tion vitale puisqu'ils fabriquent principalement pour l'exportation.
Cependant, l'absence même de barrière douanière est un grand obstacle au développement des trusts anglais.
Un trust, dans un pays libre-échangiste, peut sans doute réaliser plusieurs avantages appréciables ; il peut plus facilement profiter de la hausse des cours ou offrir une résistance plus solide à la baisse des prix que quand l’industrie n'est pas organisée, il peut abandonner la fabrication des articles qui sont vendus à perte ou en élever les prix à un niveau rémunérateur, il peut conserver pour lui-même, ou au moins conserver plus longtemps que sous un régime de concurrence sans restriction, le résultat des économies provenant des perfectionnements réalisés dans la production et ;la distribution, au lieu d’être obligé d’en faire profiter immédiatement les consommateurs.
En dehors de cela, ses pouvoirs sont limités et il ne peut élever les prix au-dessus d’un certain niveau, car il a toujours à tenir compte de la concurrence potentielle de l'étranger. C'est pour avoir négligé cette considération élémentaire que la Salt Union aboutit à une chute lamentable.
Quand un Trust est dépourvu de l'appui d’un tarif douanier, son succès dépend essentiellement de la manière dont ilest dirigé et administré : nous avons vu par l'exemple de la Calico Printers’ Asso-
ciation combien cet élément est important. La direction du Trust est autrement difficile et délicate que celle d’une seule entreprise et il est à prévoir que dans l'avenir on aura à se préoccuper de la nécessité de donner une éducation spéciale aux futurs « capitaines d'industrie ».
On peut maintenant se demander ce qu'il adviendrait si l'Angleterre, s’engageant dans la voie où veulent la pousser les Tariff Reformers, se décidait à renoncer au système libre-échangiste et établissait des droits protecteurs. Il est incontestable que, dans cette éventualité, la formation de nouveaux trusts serait favorisée et que la situation de ceux qui existaient déjà serait singulièrement consolidéé. Peutêtre même verrait-on les trusts anglais en arriver à se livrer aux mêmesabus que les trustsaméricains et les cartels allemands et à pratiquer également le dumping. Ce serait alors sur les marchés neutres une guerre à mort. La situation deviendrait rapidement intolérable et une crise générale s’ensuivrait. Les différents pays industriels se décideraient peut-être alors à réunir une conférence pour examiner les moyens de remédier aux ‘abus du protectionnisme, comme l'avait proposé le ministre des Finances de Russie, au moment de la conférence de Bruxelles sur les sucres.
Il est certain que le moyen le plus efficace serait, sinon l'adoption du libre-échange universel, du moins
la revision générale des tarifs douaniers et leur réduction à un niveau modéré, ce qui empêcherait les Trusts de bénéficier d'avantages artificiels.
Si ce résultat devait se produire, on ne peut que souhaiter que les partisans de la Tarifj Reform voient bientôt triompher leurs idées.
Vu : le Président de la thèse, SOUCHON Vu: le Doyen,