HALO
Influence sur les conditions de travail
Les Trusts anglais semblent se préoccuper beaucoup de l'opinion publique, en ce qui concerne leurs rapports avec les ouvriers et quoique plusieurs d’entre eux, dans le but de réaliser des économies, aient fermé quelques usines, ils hésitent généralement à recourir à cette mesure quand elle doit priver de travail un certain nombre d'ouvriers.
C'est pour l'Angleterre un grave problème que de trouver un remède au chômage qui existe chez elle à l’état endémique, aussi les industriels ne se soucient-ils pas de s’exposer à l’accusation d’aggraver volontairement cette situation.
Il semble que la plupart des producteurs qui ont formé des trusts aient espéré que la production serait rendue ainsi beaucoup plus régulière et que par suite les ouvriers pourraient être employés d’une façon plus stable et recevoir de meilleurs salaires.
The Bradford Dyers' Association, par exemple, a augmenté les salaires de son personnel. Déjà, avant la formation du trust, les patrons vivaient en bons termes avec les {rade-unions. Il existe maintenant un comité mixte composé d’unégal nombre de patrons et d'employés, ce comité fixe d’avance le taux des
salaires pour l’année suivante et aucune modifica-
tion ne peut être apportée à la convention sans un préavis de trois mois (1).
Il nous semble intéressant d'étudier dans quelques détails un système qui a été introduit par M. Smith, de Birmingham, dans l’industrie de la fabrication des literies (2).
Ce système avait pour but d'établir une étroite solidarité d'intérêts entre patrons et ouvriers et si l'on avait cru les partisans de M. Smith, l’application de ce projet dans toutes les industries aurait sans doute amené la solution de la question sociale.
M. Smith, dans l'exposé de son système, déclare tout d’abord que la base sur laquelle les prix doivent être fixés est, à son avis, celle du coût de production et il considère comme un criminel celui qui avilit les prix aux dépens de ses concurrents.
Le coût de productiou doit donc être déterminé. C’est là une opération plus difficile qu'on le pense. Les différents fabricants se réuniront et examineront les diverses dépenses qui doivent entrer en ligne de compte. Il faudra y comprendre, non seulement le coût des matières premières et les salaires des ouvriers, mais encore l'intérêt du capital engagé, le | loyer des bâtiments, les traitements des directeurs,
1. Report of the Industrial Commission, p. 33. 2. Report of the Industrial Commission, p. 19 et E. J. Smith. « The New Trades Combinalion Movement ». Passim.
mr 10) 4m
même si les directeurs sont eux-mêmes les capitalistes.
Chaque fabricant s'engage alors à ne pas vendre ses produits au-dessous du coût de production. Quand l’accord sera établi sur ce point, la partie la plus difficile de la tâche sera accomplie. Il reste maintenant à établir une union d'intérêts entre patrons et ouvriers.
Pour cela M. Smith préconise :
1° La formation d’une association parmi les ouvriers s’il n’en existe pas encore ;
2° La signature d’un contrat entre l’association patronale et le syndicat ouvrier. Les patrons s’engageront à n’employer que des ouvriers syndiqués et les ouvriers de leur côté prendront l’engagement de ne travailler que pour des patrons appartenant à l’association ;
3° La détermination du taux des salaires et des conditions de travail. Les patrons s’engageront à ne pas les modifier ou au moins à ne pas les modifier au détriment des ouvriers, aussi longtemps que l’A[liance sera en vigueur.
4 Le paiement d’un bonus supplémentaire sur les salaires qui sera payé le premier jour de paye après la publication de la nouvelle liste des prix. Le taux de ce bonus restera le même toute la durée du contrat, mais tout bonus supplémentaire payéen conséquence d'une augmentation des profits sera soumis à une
échelle mobile. Le bonus sera fixé en proportion de ce que les salaires représentent dans le prix de vente d’un article.
5° L'établissement d’un comité des salaires et de conciliation composé d’un nombre égal de patrons et d'ouvriers.
Le président sera un patron et le vice-président un ouvrier. Toutes les questions concernant l'élévation ou la baisse des profits ou la fixation de nouveaux prix seront d’abord soumises à ce comité et toutes les difficultés s’élevant entre patrons et ouvriers seront portées devant lui. Si les avis sont également partagés, un arbitre devra être nommé ;
6° Les patrons conserveront pleins pouvoirs en ce qui concerne la direction et la discipline intérieure de leurs usines.
Cependant toutes les questions relatives aux salaires ou aux conditions de travail devront être portées devant le Comité ;
70 Quoique le comité n’ait pas le pouvoir de modifier les salaires déterminés à l’époque de la formation de l’Alliance, chaque partie au contrat aura le droit, en cas de circonstances exceptionnelles, de provoquer une délibération du Comité.
Après la formation de l'Alliance, une grève ne sera possible qu’à la suite d’une décision prise d’un commun accord par les deux parties, il en serait de même pour un lock-out.
Deseille 14
On s’occupera ensuite de constituer un fonds de réserve et de garantie au moyen de cotisations pré levées sur tous les membres, il ne sera pas nécessaire d’ailleurs que cette cotisation soit entièrement payée, chaque membre sera autorisé à ne payer en espèces qu’une partie de sa contribution et à engager son crédit pour le surplus.
D'autre part, une Section spéciale d'investigation sera chargée d'examiner les plaintes élevées contre des membres de l'Alliance accusés ou soupçonnés d’avoir manqué de parole. Dans les cas où ces plaintes seront reconnues exactes, le délinquant sera frappé d’une amende proportionnelle à la nature et à l'importance de l'infraction.
Les intermédiaires seront rémunérés par une allocation spéciale suffisante pour leur permettre de vendre au même prix et aux mêmes conditions que les fabricanis.
Les gros acheteurs pourront, deux fois par an, envoyer au secrétaire de l'Alliance un relevé de leurs achats et réclamer une prime proportionnelle,
Le plan de M. Smith fut mis d’abord à exécution dans l’industrie de la literie. En juillet 1900, il y avait 56 fabricants de literie en Angleterre ; sur ce nombre 90 faisaient partie de l’alliance et 6 lui étaientopposés.
L'Alliance a été en vigueur pendant dix ans environ, mais après des vicissitudes diverses, elle a été dissoute.
Le succès qui avait, au début, semblé couronner les tentatives de M. Smith avait poussé certains industriels à demander à ce dernier d'organiser des Alliances similaires dans leurs branches d'industrie respectives, mais le mouvement ne s’est pas aussi répandu que l'avaient espéré ses initiateurs.
Dans ces sortes d’associations, nous l'avons vu, il y à entente des fabricants et des ouvriers dans le but d'augmenter les profits et d'élever les salaires aux dépens des consommateurs. Cet objet, il est vrai, peut être atteint sans élever sensiblement les prix au moyen des économies réalisées à la suite de la formation de l’association, économies qui permettent d’abaisser le coût de production. Cependant tel n’est pas toujours le cas et M. Smith lui-même déclare que c'est seulement lorsqu'une Alliance se trouve en mesure d'élever les prix dans une certaine proportion qn’on peut la considérer comme étant en voie de réussite, et il est d'avis que les consommateurs n’ont pas à se plaindre tant que les profils réalisés restent dans des limites raisonnables.
Le taux des profits qui a été adopté pratiquement par la Bedstead Combination représentait environ 10 0/0 du coût total de production.
Beaucoup de personnes ont prédit que les alliances auraient la vie courte parce qu’on ne pouvait
espérer que les ouvriers observent strictement leurs
éngagements etrefusent de travailler pour les patrons qui n’entreraient pas dans l’association.
Mais il semble que le principal point faible des Alliances est qu’elles ne tiennent pas compte des intérêts des consommateurs. Si ce système se généralisait et était appliqué dans toutes les branches d'industrie, tous les objets nécessaires à l’existence augmenteraient de prix et ce que les ouvriers gagneraient d’un côté comme producteurs, ils le perdraient de l’autre comme consommateurs.