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Ce tableau donne le relevé des principales données sur les rapports entre les groupes supérieurs et inférieurs des koustari, qui nous serviront pour nos conclusions ultérieures. Nous pouvons illustrer les totaux pour les quatre catégories par un diagramme construit absolument de la même fiaçon que celui par lequel nous avons illustré, au chapitre II, la décomposition de la paysannerie agricole. Nous déterminons pour chaque groupe la part qu'il occupe dans le total des entreprises, dans le total des ouvriers familiaux, dans le total des entreprises ayant des ouvriers salariés, le total des ouvriers (familiaux et salariés), le volume de la production et le total des ouvriers salariés. Après quoi, nous portons sur le diagramme ces pourcentages (selon le procédé décrit au chapitre II). (Voir le diagramme, p. 387.)
Examinons maintenant les conclusions à tirer des données en question.
Commençons par le rôle du travail salarié. Dans les 33 métiers le travail salarié domine sur le travail familial : 51.% des ouvriers sont des ouvriers salariés ; pour les petits producteurs autonomes de la province de Moscou, ce chiffre est même inférieur à la réalité. Nous avons fait le calcul pour 54 métiers de la province de Moscou pour lesquels le nombre exact des ouvriers salariés est indiqué ce qui fait 17 566 salariés sur 29 446 soit 59, 65%. Pour la province de Perm, la proportion des ouvriers salariés par rapport à l'ensemble des artisans et des koustari s'établit à 24,5%, et par rapport aux seuls producteurs de marchandises, à 29,4% -31,2%. Toutefois ces chiffres globaux embrassent, nous le verrons par la suite, non seulement les petits producteurs de marchandises mais aussi la manufacture capitaliste. C'est pourquoi la conclusion que l'accentuation du rôle du travail salarié marche de pair avec l'agrandissement des entreprises, présente beaucoup plus d'intérêt. Cela apparaît également lorsqu'on compiare
DIAGRAMME DES OÏIFFRES TOTAU?i DU TABLEAU PRÉCÉDENT
■M^La ligne continue indique en pourcentages (en partant du haut) la part du groupe supérieur — le troisième — des artisans dans le total des entreprises, des ouvriers, etc., suivant 33 petites industries.
'■•"■Le pointillé indique en pourcentages (en partant du bas) la part du groupe inférieur — le premier — des artisans dans le total des entreprises, des ouvriers, etc.. suivant 33 petites industries.
Pourcentages par rapport au total
de»
entreprises
de la maind'œuvre familiale
des entre, prises à maind'œuvre salariée
des
ouvriers
de la production
des
salariés
Vi
TX,
k— *Qe;^
une catégorie à l'autre, ainsi que les différents groupes d'une même catégorie. Plus les entreprises sont grandes, et plus haute est la proportion des entreprises employant des ouvriers salariés, plus haute est la proportion des ouvriers salariés. Les populistes économistes se contentent ordinairement de déclarer que parmi les « koustari » dominent les petites entreprises à main-d'œuvre exclusivement familiale, et ils citent lassez souvent des chiffres « moyens » à l'appui. Comme il ressort des données susmentionnées, ces « moyennes » ne peuvent servir à caractériser de ce point de vue le fait en question; la prédominance numérique des petites entreprises à main-d'œuvre familiale laisse subsister ce fait capital que la petite production marchande tend à l'emploi toujours plus fréquent du travail salarié, à la fondation d'ateliers capitalistes. En outre, les données citées réfutent une autre assertion encore, non moins répandue, des populistes, à savoir que le travail salarié dans la production artisanale, sert proprement à « compléter » le travail familial, qu'on n'y a pas recours dans un but de lucre, etc.*. En 'réalité, nous voyons que parmi les petits industriels aussi, tout comme parmi les petits agriculteurs, — l'emploi croissant du travail salarié va de pair avec l'augmentation du nombre des ouvriers familiaux. Nous voyons dans la plupart des métiers que l'emploi du travail salarié va en augmentant du groupe inférieur au groupe supérieur, malgré l'accroissement du nombre des ouvriers familiaux par entreprise. L'emploi du travail salarié n'atténue pas la différence d'effectif dans les familles des « koustari » ; il l'accentue au contraire. Le diagramme fait ressortir bien nettement ce trait général des petits métiers : le groupe supérieur concentre une masse énorme d'ouvriers salariés, encore qu'il soit le mieux assuré
* Voir, par exemple, le Recueil de renseignements statistiques sur la province de Moscou, t. VI, fasc. I, p. 21.
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en ouvriers familiaux. « La coopération familiale » apparaît donc comme la base de la coopération capitaliste *. Il va sans dire, bien entendu, que cette « loi » ne s'applique qu'aux plus petits producteurs de marchandises, qu'à la phase embryonnaire du capitalisme ; elle montre que la tendance des paysans est de se transformer en petits bourgeois. Dès qu'on voit s'organiser des ateliers occupant un nombre assez important d'ouvriers salariés, le rôle de la «coopération familiale » doit inévitablement s'amoindrir. Nos données montrent, en effet, que la loi en question n'est pas applicable aux grands groupes des catégories supérieures. Quand un producteur autonome devient un vrai capitaliste, occupant de 15 à 30 ouvriers salariés, le rôle du travail familial dans ses ateliers s'abaisse au niveau d'une grandeur insignifiante (par exemple, dans le groupe supérieur de la catégorie supérieure les ouvriers familiaux ne forment plus que 7% de la totalité des ouvriers). Autrement dit: puisque les industries artisanales ont des proportions si minimes que la «coopération familiale» y joue un rôle dominant, cette coopération familiale est le gage le plus sûr du développement de la coopération capitaliste. Ici, par conséquent, s'affirme de toute évidence la dialectique d^la production marchande, qui transforme « la vie par le travail de ses mains » en une vie fondée sur l'exploitation du travail d'autrui.
Passons aux données relatives à la productivité du travail. Les chiffres concernant la somme de la production par ouvrier dans chaque groupe montrent qu'à mesure que les entreprises grandissent, augmente également la productivité du travail. Ce fait s'observe dans l'immense majorité des métiers et dans toutes leurs catégories sans exception. Le diagramme illustre fort bien cette loi, en montrant que la
* La même conclusion découle des données relatives aux « koustari» de Perm ; voir nos Etudes, pp. 126-128. (Voir Œuvres de Lénine. t. 2. pp. 345-347. Л^. R.)
part de la somme totale de la production, qui revient au groupe supérieur, est plus grande que sa part dans le nombre total des ouvriers ; pour le groupe inférieur ce rapport est inverse. Le volume de la production par ouvrier dian? les établissements des groupes supérieurs dépasse de 20% à 40% celle du groupe inférieur. Ces grandes entreprises ont, il est vrai, une période de travail plus longue, et travaillent parfois sur des matériaux plus précieux, mais cela ne supprime pas le fait que la productivité du travail dans les grands ateliers est de beaucoup supérieure à celle des petits ateliers *. Il ne saurait d'ailleurs en être autrement. Les grandes entreprises comptent 3 à 5 fois plus d'ouvriers (familiaux et salariés) que les petites. Or, l'application plus large de la coopération ne peut qu'augmenter la productivité du travail. Les grands ateliers sont toujours mieux aménagés au point de vue technique, ils sont munis des meilleurs instruments, outils, dispositifs, machines, etc. Dans la brosserie, par exemple, « un atelier bien réglé » doit occuper jusqu'à 15 ouvriers ; dans la crocheterie, 9 à 10. Dans l'industrie du jouet la plupart des koustari se contentent, pour sécher leur marchandise, de poêles ordinaires ; de plus riches ont des fours spéciaux et les plus gros, des bâtiments spéciaux, des séchoirs. Dans le jouet métallique, on trouve des ateliers spéciaux chez 8 patrons sur 16, ou par groupes : 1) 0 ateliers chez 6 artisans; II) 3 ateliers chez 5 artisans et III) 5 ateliers chez 5 artisans. Sur 142 miroitiers et encadreurs, 18 avaient des ateliers spéciaux, soit par groupes : I) 3 ateliers chez 99 ; II) 4 chez 27 et III) 11 chez 16. Dans la fabrication des cribles, le tressage se fait à la main
* Pour l'amidonnerie, qui entre dans notre tableau, nous disposons de données sur la durée de la période de travail dans les entreprises de grandeur différente. Comme nous l'avons vu plus haut, un ouvrier d'une grande entreprise fournit, pendant une période égale, une plus grande quantité de produits qu'un ouvrier de petite entreprise.
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(I groupe), mais le tissage à la machine (IP et III* groupes). Chez les tailleurs, le nombre de machines à coudre par patron est le suivant: I groupe 1,3; II 2,1, III 3,4 et ainsi de suite. Dans son enquête sur l'industrie du meuble, M. Issaïev constate que l'exploitation individuelle comporte les inconvénients suivants : Г outillage incomplet ; 2° production moins variée, les objets encombrants ne trouvant pas de place dans l'isba ; 3° prix d'achat de la matière première au détail plus élevé (30 à 35%) ; 4° nécessité de vendre à meilleur marché à cause du manque de confiance dans le petit producteur autonome et, en partie, par besoin d'argent *. On sait que des phénomènes absolument analogues ne s'observent pas seulement dans le meuble, mais aussi dans l'immense majorité des petits métiers paysans. Il faut enfin ajouter que la valeur des objets fabriqués par ouvrier augmente non seulement en allant du groupe inférieur au groupe supérieur dans la plupart des métiers, mais aussi en allant des petits métiers aux grands. Dans la P^ catégorie des métiers un ouvrier produit en moyenne pour 202 roubles ; dans les 2^ et 3% pour environ 400 roubles ; dans la 4% pour plus de 500 roubles (le chiffre de 381 doit être, pour les raisons indiquées plus haut, augmenté de 1,5 fois). Cette circonstance indique le rapport entre l'augmentation du coût de la matière première et le processus d'éviction des petites entreprises par les grandes. Chaque pas que la société capitaliste fait dans son développement s'accompagne nécessairement d'une augmentation du prix de produits tels que le bois, etc., et accélère ainsi la ruine des petites entreprises. De ce qui précède il ressort que même dans les petits métiers paysans les entreprises capitalistes d'une grandeur relative jouent un rôle énorme. Tout en formant une faible
* Le petit producteur lutte contre ces inconvénients en allongeant sa journée et en intensifiant le travail (/. c, p. 38). En économie marchande le petit producteur ne se maintient, dans l'agriculture comme dans l'industrie, qu'en restreignant ses besoins.
minorité dans l'ensemble des entreprises, elles concentrent cependant une part fort importante de la totalité des ouvriers et une part plus grande encore de la somme de la production totale. Ainsi, dans 33 métiers de la province de Moscou, les 15% des entreprises du groupe supérieur concentrent 45% de la production totale, tandis qu'aux 53% d'entreprises du groupe inférieur il ne revient que 21% du total de la production. Il va de soi que la répartition du revenu net doit être beaucoup moins régulière encore. Les données du recensement des industries artisanales de Perm de 1894-1895 mettent parfaitement ce fait en évidence. En groupant à part les plus grandes entreprises de 7 métiers on obtient le tableau suivant des rapports entre petites et grandes entreprises * :
Entreprises
Nombre d'ouvriers
Revenu global
Salaires
Revenu net
ce
ce
Roubles
Roubles
Roubles !
Toutes les
entrepri-
ses
Grandes en-
treprises
Autres
* Voir nos Etudes, pp. 153 et suivantes (Voir Œuvres, t. 2, pp. 376 et suivantes. N.R), où nous fournissons les chiffres relatifs à chaque métier. Notons que ces chiffres concernent tous les petits producteurs autonomes agricoles travaillant pour le marché.
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Une part infime de grandes entreprises (moins d'un dixième), occupant environ Vs de la totalité des ouvriers, concentre près de la moitié de la production et environ les 2/5 du revenu (y compris le salaire des ouvriers et le revenu des patrons). Les petits patrons touchent un revenu net de beaucoup inférieur au salaire des ouvriers des grandes entreprises ; nous avons montré ailleurs que ce phénomène n'est pas une exception, mais une règle générale pour les petites industries paysannes*.
En résumant les conclusions qui découlent des chiffres analysés, nous devons dire que le régime économique des petites industries paysannes n'est pas autre chose qu'un régime petit-bourgeois typique, pareil à celui que nous avons constaté plus haut chez les petits agriculteurs. L'extension, le développement, le perfectionnement des petites industries paysannes ne peuvent se faire dans cette atmosphère économique et sociale, qu'en dégageant une minorité de petits capitalistes, d'une part, et une majorité d'ouvriers salariés ou de petits producteurs indépendants qui mènent une vie plus dure et plus mauvaise encore que les ouvriers, d'autre part. Nous observons donc dans les plus petits métiers paysans les germes les plus évidents du capitalisme, de ce même capitalisme que tant d'économistes à la Manilov^^ présentent comme n'ayant rien de commun avec la « pro-
* Les chiffres du texte témoignent que dans les petites industries pays;innes les entreprises dont la production dépasse mille roubles jouent un rôle énorme et même prédominant. Rappelons que notre statistique officielle a toujours classé ces entreprises et continue de les classer dans la catégorie des « fabriques et usines ». [Cf. Etudes, pp. 267, 270. (Voir Œuvres, t. 4, pp. 5, 9. N.R.),ei le chapitre VII, § II]. Si donc nous croyions permis à un économiste d'user de la terminologie traditionnelle courante, au-delà de laquelle nos populistes ne sont pas allés, nous serions en droit d'établir la « loi » suivante : les « fabriques et usines », qui ne figurent pas dans la statistique officielle à cause de son insuffisance, jouent un rôle prédominant parmi les entreprises artisanales, paysannes.
LES PREMIERES PHASES DU CAPITALISME DANS L'INDUaTRIE 395
duction populaire ». L'importance des faits analysés est aussi grande du point de vue de la théorie du marché intérieur. Le développement des petits métiers paysans fait que les producteurs plus aisés accroissent la demande des moyens de production et de la main-d'œuvre, puisant cette dernière dans les rangs du prolétariat rural. Le nombre des ouvriers salariés travaillant chez les artisans ruraux et les petits fabricants autonomes dans la Russie entière doit être assez imposant si la seule province de Perm, par exemple, en compte près de 6 500 *.