L. c, V. I,p. 75-76. Trad. russe, I, p
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décompose effectivement en capital variable et plus-value, tandis que celle-là renferme de plus le capital constant. Cette erreur a déjà été dénoncée dans l'analyse de la valeur, faite par Marx qui a établi une distinction entre le travail abstrait créant la nouvelle valeur, et le travail concret, utile, qui reproduit sous la nouvelle forme d'un produit utile, la valeur préexistante ^^.
Il importe surtout d'expliquer le procès de reproduction et de circulation de tout le capital social, lorsqu'on veut résoudre le problème du revenu national dans la société capitaliste. Chose extrêmement intéressante, c'est que A. Smith n'ait pu, en traitant cette dernière question, maintenir sa théorie erronée qui exclut le capital constant du produit total du pays. « Le revenu brut (gross revenue) de tous les habitants d'un grand pays comprend la masse totale du produit annuel de leur terre et de leur travail ; tandis que leur revenu net (neat revenue) embrasse ce qui leur reste, déduction faite des frais d'entretien, d'abord, de leur capital fixe, en second lieu de leur capital circulant, c'est-à-dire que le revenu net comprend ce qu'ils peuvent, sans toucher à leur capital, convertir en stock, en vue de la consommation directe, ou dépenser pour les moyens de subsistance, les commodités ou les amusements ». (A. Smith, livre II : D£ La natu.rp,, de l'accumulation et de l'emploi des stocks, chap. II, vol, II, p. 18. Trad. russe, II, p7 kîl.y^insi, du p"roduit total du pays, A. Smith excluait le capital, en affirmant que ce dernier se décomposerait en salaire, profit et rente, c'est-à-dire en revenus (nets) ; mais dans le revenu brut de la société il inclut le capital, en le séparant des objets de consommation (^revenu net). C'est à cette contradiction que Marx prend Smith en défaut : comment le capital peut-il être dans le revenu, si le capital n'a pas été dans le produit? (Cf. Das Kapital, II, p. 355). Sans s'en apercevoir lui-même, A. Smith reconnaît ici trois parties constituantes dans la valeur du produit total : non seule-
ment le capital variable et la plus-value, mais aussi le capital constant. Dans la suite de son analyse A. Smith se heurte encore à une autre distinction très importante, qui joue un rôle considérable dans la théorie de la réalisation. «Tous les frais d'entretien du capital fixe, dit-il, doivent être évidemment éliminés du revenu net de la société. Les matières nécessaires pour maintenir en bon état les machines utiles, les instruments d'industrie, les bâtiments d'exploitation, etc., pas plus que le produit du travail nécessaire pour donner à ces matières une forme convenable, ne peuvent jamais faire partie de ce revenu net. Le prix de ce travail, à la vérité, peut bien faire partie de ce revenu net, puisque les ouvriers qui y sont employés peuvent placer la valeur totale de leurs salaires» d^ans leur fonds de consommation directe. » Mais dans les autres formes de travail, le «prix» (du travail) «et le produit» (du travail) «sont compris dans ce fonds de consommation directe, à savoir : le prix du travail s'intègre au fonds des ouvriers, et le produit s'intègre au fonds d'autres personnes ». (A. Smith, ibid.). Ici apparaît le sentiment de la nécessité de distinguer deux formes de travail : l'une fournit les objets de consommation pouvant rentrer dans le « revenu net » ; l'autre fournit « des machines utiles, des instruments d'industrie, des bâtiments, etc. », c'est-à-dire des objets qui ne peuvent jamais s'intégrer à la consommation individuelle. De là à reconnaître que, pour expliquer la réalisation, il faut absolument distinguer deux formes de consommation : la consommation individuelle et la consommation productive (servant à la production), il ne reste plus qu'un pas à faire. Et c'est le redressement de ces deux erreurs de Smith (l'exclusion du capital constant de la valeur du produit et la fusion de la consommation individuelle et de la consommation productive), qui a permis à Marx de construire sa remarquable théorie de réalisation du produit social dans la société capitaliste.
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Quant aux autres économistes, qui se placent entre A. Smitli et Marx, ils ont tous repris l'erreur d'Adam Smith*, ce qui les a empêchés d'avancer d'un pas. Nous aurons encore à parler plus loin de la confusion qui règne, de ce fait, dans les théories du revenu. Dans le débat qui s'était institué entre Rioardo, Say, Mill, etc., d'une part, et Malthus, Sismondi, Chalmers, Kirchmann, etc., de l'autre, sur la possibilité d'une surproduction générale de marchandises, les deux camps sont restés sur le terrain de la théorie erronée de Smith. Aussi, comme le fait justement remarquer M. S. Boulgakov, « ce débat, les points de départ étant faux et le problème lui-même mal formulé, n'a pu aboutir qu'à une logomachie vaine et scolastique » (/. c, p. 21. Voir l'exposé de'cette logomachie chez Tougan- Baranovski : Les crises industrielles, etc., St-Pétersbourg 1894, pp. 377-404.)