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VI. LE CAPITAL COMMERCIAL DANS LES PETITES INDUSTRIES PAYSANNES

On sait que les petites industries paysannes engendrent en mainte occasion des revendeurs occupés spécialement à des opérations commerciales pour la vente des produits et l'achat des matières premières et qui, d'une façon ou de l'autre, se subordonnent d'ordinaire les petits producteurs. Voyons quel lien il y a entre ce phénomène et le régime

sertion suivante de M. V. V. : «... l'association de plusieurs petits producteurs autonomes en une seule unité productive. . . n'est pas une conséquence nécessaire des conditions de la concurrence, comme le prouve l'absence, dans la majorité des métiers, d'ateliers de quelque importance avec ouvriers salariés» (p. 93). Il est sans doute bien plus facile de poser ainsi dans le vide une thèse d'ordre général que d'analyser les données tirées des recensements par feux. * Voir Œuvres, t. 2, pp. 406-412. (N.R.)

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général des petites industries paysannes et quelle est son importance.

L'opération économique fondamentale du revendeur est d'acheter la marchandise (produit ou matière première) pour la revendre. En d'autres termes, il est le représentant du capital commercial. Le point de départ de tout capital, aussi bien industriel que commercial, est la formation entre les mains de particuliers de fonds disponibles (en entendant par disponibles des sommes d'argent qu'il n'est pas indispensable d'employer à la consommation personnelle, etc.). Comment s'opère "dans nos villages cette décomposition de consistance économique, c'est ce que nous avons montré plus haut en nous basant sur les chiffres relatifs à la décomposition de la paysannerie agricole et artisanale. Ces données font ressortir une des conditions favorisant l'apparition du revendeur: la dispersion, l'état d'isolement des petits producteurs, la rivalité sur le terrain économique et la lutteentre eux. Une autre condition a trait au caractère des fonctions qu'exerce le capital commercial, c'est-à-dire à la vente des produits et à l'achat des matières premières. Le développement de la production marchande étant minime, le petit producteur se contente du petit marché local pour y écouler son produit, parfois même il le vend directement au consommateur. C'est la phase inférieure du développement de la production marchande qui se dégage à peine du métier. A mesure que le marché grandit, cet écoulement circonscrit et morcelé (qui est en plein accord avec la petite production morcelée) devient impossible. La vente sur un grand marché doit se faire en grand, par masses. Et voici que la petite production entre en contradiction irréductible avec la nécessité d'un débit en grand, de la vente en gros. Dans les conditions économiques et sociales données, dans l'état d'isolement et de décomposition des petits producteurs, cette contradiction ne pouvait aboutir qu'à ceci : les représentants d'une minorité aisée ont concentré la vente entre leurs mains.

En achetant les produits (ou la matière première) en masse, les revendeurs ont réduit les frais d'écoulement et transformé la vente au détail, accidentelle et irrégulière, en une vente en grand et régulière; et cet avantage purement économique de la vente en gros a eu pour résultat inévitable que le petit producteur s'est vu séparé du marché et impuissant devant le pouvoir du capital commercial. Ainsi, dans le cadre de l'économie marchande, en vertu de la supériorité purement économique de la vente en masse et en gros sur la vente morcelée et au détail, le petit producteur tombe inévitablement sous la dépendance du capital commercial*. Il va de soi qu'en réalité le profit des revendeurs ne se borne pas, loin de là, à la différence entre les prix de l'écoulement en masse et ceux de la vente au détail, de même que le profit du capitaliste industriel comprend souvent des prélèvements sur le salaire normal. Néanmoins, pour expliquer le profit du capitaliste industriel il nous faut admettre que la force de travail est vendue à sa juste valeur. De même, pour expliquer le rôle du revendeur, nous devons admettre que l'opération d'achat et de vente des produits est effectuée par lui conformément aux lois générales de l'échange des marchandises. Seules ces causes économiques de la domination du capital commercial peuvent donner la clef des formes variées qu'il revêt dans la réalité et parmi lesquelles on rencontre constamment (cela ne fait aucun doute) la plus

* Pour le rôle du capital commercial, marchand, dans le développement du capitalisme en général, nous renvoyons le lecteur au livre III du Capital. Voir notamment 1. III, I, pp. 253-254 (trad. russe, p. 212) sur la nature du capital marchand-commiercial ; p. 259 (trad. russe, p. 217) sur la réduction des frais de vente par le capital commercial ; pp. 278-279 (trad. russe, pp. 233-234) sur la nécessité économique du fait que « la concentration dans une entreprise commerciale devance celle qui se fait dans l'atelier industriel » ; p. 308 (trad. russe, p. 259) et pp. 310-311 (trad. russe, pp. 260-261) sur le rôle historique du capital commercial considéré comme «condition» indispensable «pour le développement du mode de production capitaliste ».

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banale filouterie. En user autrement, c'est-à-dire se contenter de signaler les différents manèges des « koulaks », — comme le font d'ordinaire les populistes, — et écarter totalement sous ce prétexte le problème de la nature économique du phénomène, c'est adopter le point de vue de l'économie vulgaire*.

Pour confirmer notre thèse, d'après laquelle il existe un rapport nécessaire de cause à effet entre la petite production pour le marché et la domination du capital commercial, nous nous arrêterons un peu plus longuement sur une des meilleures descriptions de la façon dont apparaissent les revendeurs et du rôle qu'ils jouent. Nous voulons parler de l'enquête effectuée sur l'industrie de la dentelle de la province de Moscou {Les petites industries de la province de Moscou, t. VI, fasc. II). Le processus d'apparition des «marchandes» est le suivant. Aux années 1820, c'est-à-dire à la naissance de cette industrie et, plus tard, quand les dentellières étaient encore peu nombreuses, les principaux acheteurs étaient les seigneurs terriens, les « messieurs ». Le consommateur était tout près du producteur. Au fur et à mesure que le métier se répandait, les paysans commencèrent à envoyer la dentelle à Moscou « en profitant de quelque occasion », par exemple par l'intermédiaire des peigniers. Les inconvénients d'un procédé aussi primitif ne tardèrent pas à se faire sentir : «Comment le moujik, dont ce n'est pas le

* L'idée p/éconçue des populistes qui idéalisaient les industries artisanales et présentaient le capital commercial comme une sorte d'aiiomalie regrettable, et non comme un attribut immanent à la petite production pour le marché, s'est malheureusement répercutée sur les recherches statistiques. Ainsi nous avons toute une série de recensements par feux des petites industries artisanales (pour les provinces de Moscou, de Vladimir, de Perm), qui examinaient attentivement l'exploitation de chaque petit fabricant, mais laissaient de côté celle des revendeurs, la façon dont se constitue leur capital, ce qui détermine la valeur de ce capital, le montant de la vente et de l'achat du revendeur, etc. Cf. nos Etudes, p. 169. (Voir : Œuvres, t. 2, p. 391. N.R.)

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métier, pouvait-il aller de maison en maison ? » On confia la vente à l'une des dentellières qu'on dédommageait du temps perdu. « C'est elle encore qui rapportait de quoi faire la dentelle. » C'est ainsi que les inconvénients de la vente isolée amènent la séparation du commerce comme fonction spéciale, exercée par une seule personne recueillant les produits de plusieurs ouvrières. L'intimité patriarcale de ces ouvrières entre elles (parenté, voisinage, appartenance au même village, etc.) fait qu'au début elles essaient de s'associer pour la vente, en la confiant à l'une d'entre elles. Mais l'argent fait aussitôt une brèche dans les relations patriarcales et engendre aussitôt les phénomènes que nous avons constatés plus haut en analysant les données de masse sur la différenciation de la paysannerie. La production en vue de la vente apprend à évaluer le temps en argent. La nécessité s'impose de dédommager l'intermédiaire pour son temps et sa peine ; elle s'habitue à cette nouvelle occupation et en fait petit à petit sa profession. « De tels voyages, maintes fois renouvelés, forment le type de la marchande » {1. c, p. 30). La personne qui a fait plusieurs fois le voyage de Moscou, y noue des relations suivies indispensables pour la régularité de l'écoulement. « Il se forme pour elle une habitude, une nécessité de vivre des gains de cette vente par commission. » En sus du prix de la commission, la marchande « s'arrange pour céder plus cher la matière, le coton, le fil », empoche ce qu'elle a reçu en plus du prix convenu de la dentelle ; les marchandes affirment qu'elles ont reçu moins que ce prix : « C'est à prendre ou à laisser. » « Les marchandes commencent ... à faire venir des marchandises de la ville et les vendent avec un profit notable. » La commissionnaire se transforme donc en une commerçante indépendante qui commence déjà à monopoliser la vente et à user de son monopole pour se soumettre complètement les ouvrières. A côté des opérations commerciales, on voit apparaître l'usure, les prêts d'argent aux ouvrières, l'achat de

la marchandise aux ouvrières à des prix réduits, etc. « Les ouvrières. . . payent 10 kopecks par rouble de commission. . . se rendant parfaitement compte que la marchande gagne encore davantage, en vendant la dentelle plus cher. Mais elles ne savent simplement pas comment arranger les choses autrement. Quand je leur disais d'aller à Moscou à tour de rôle, elles répondaient que ce serait pis, ne sachant pas à qui vendre к miarchandise, tandis que la marchande connaît tous les endroits. Elle vend le produit fini et rapporte les commandes, le fil, les dessins, etc. ; la marchande leur avance toujours de l'argent ou leur consent des prêts, et on peut lui vendre à elle-même une pièce en cas de besoin. D'une part, la marchande est un intermédiaire utile indispensable et, de l'autre, elle devient petit à petit un personnage qui exploite fortement le travail d'autrui, une femme-koulak » (p. 32) . Ajoutons que les types de ce genre se forment entre les petits producteurs eux-mêmes : « Toutes mes questions ont toujours montré que les marchandes avaient été dentellières elles-mêmes et connaissaient donc le métier. Elles sont issues du milieu de ces mêmes dentellières. Elles ne possédaient à l'origine aucun capital et c'est seulement peu à peu qu'elles ont commencé à vendre l'indienne et autres marchandises, à mesure qu'elles s'enrichissaient par la commission » (p. 31)*. Il n'est donc pas douteux que dans le cadre de l'économie marchande le petit producteur dégage nécessairement de son milieu non seulement des fabricants plus aisés en général, mais aussi et en particulier des représentants du capital commercial**. Or, dès l'instant que ces

* Cette formation de revendeurs parmi les petits producteurs euxmêmes est un phénomène général constaté presque toujours par les enquê'eurs quand ils abordent la question. Voir, par exemple, la même remarque sur les «donneuses», d ns la ganterie (Les petites industries de la province de Moscou, t. VII, fasc. II, pp. 175-176). sur les revendeurs de Pavlovo (Grigoriev, /. c, p. 92) et nombre d'autres.

*♦ Déjà Korsak a indiqué très justement le lien entre le caractère onéreux de la vente au détail (et de l'achat au détail de la matière pre-

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derniers ont fait leur apparition, l'éviction de la vente isolée, au détail, par la vente en gros devient inévitable*. Voici quelques exemples qui montrent comment de plus grands producteurs autonomes, qui sont en même temps des revendeurs, organisent la vente. Les bouliers-compteurs fabriqués par les artisans de la province de Moscou (voir les statistiques dans notre tableau, annexe 1) sont vendus principalement dans les foires de toute la Russie. Pour vendre soimême à la foire, il faut avoir d'abord un capital assez important, le commerce de foire ne se faisant qu'en gros et, ensuite, un agent qui achète les produits sur place et les expédie au marchand. A ces conditions répond « uniquement le paysan-commerçant », koustar, qui possède un capital considérable et s'occupe du montage des bouliers (c'est-à-dire de l'^ajustage des boules dans les cadres) et de leur vente ; ses 6 fils « s'occupent exclusivement du commerce », de sorte qu'il est obligé d'embaucher deux ouvriers pour cultiver son lot de terre. « Il n'est pas étonnant, observe l'enquêteur, qu'il ait la possibilité, avec ses marchandises, de figurer. . . dans toutes les foires, tandis que les marchands de moindre importance écoulent ordinairement leur marchandise dans le voisinage » {Les petites industries de la province de Moscou, t. VII, fasc. 1, 2^ partie, p. 141). En ce cas, le représentant du capital commercial s'est encore si peu différencié de la grande masse des « moujiks-laboureurs » qu'il a même conservé son lot concédé et une nombreuse famille patriarcale. Les lunetiers de la province de Moscou se trouvent sous la dépendance absolue de ceux à qui ils vendent leurs produits (montures de lunettes).

mière) et « le caractère général de la petite production morcelée » (Korsak : Des Formes de l'industrie, pp. 23 et 239).

* Très souvent, les grands producteurs autonomes, dont nous avons parlé en détail plus haut, sont en même temps des revendeurs, par exemple, l'achat de produits des petits fabricants par les grands est chose très courante.

Ces revendeurs sont en même temps des artisans layant leurs ateliers à eux ; ils avancent la matière première aux koustari pauvres qui sont tenus de remettre « au patron » le produit, etc. Les petits producteurs autonomes avaient essayé de vendre eux-mêmes leurs produits à Moscou, mais sans résultat : il n'y avait pas intérêt à vendre au détail, pour quelque 10 ou 15 roubles {ibid., p. 263). Dans la dentellerie de la province de Riazan, les marchandes se font un bénéfice de 12 à 50% du gain des ouvrières. Les marchandes « sérieuses » ont établi des relations suivies avec les centres d'écoulement et expédient la marchandise par la poste, ce qui épargne les frais de déplacement. A quel point la vente en gros est indispensable, c'est ce que montre le fait que pour les commerçants même une vente de 150 à 200 roubles ne les dédommage pas de leurs frais {Travaux de la commission artisanale, t. VII, p. 1184). Voici comment est organisée la vente des dentelles de Bélev : il existe dans cette ville trois catégories de marchandes : 1° les distributrices des petites commandes visitent elles-mêmes les ouvrières et livrent la marchandise aux marchandes en gros. 2" Les marchandes qui font elles-mêmes des commandes ou achètent La marchandise aux revendeuses et la transportent dans les capitales, etc. 3° Les marchandes en gros (2 ou 3 «firmes») traitent déjà avec des commissionnaires, auxquels elles expédient la marchandise et dont elles reçoivent de grosses commandes. Les marchandes de province sont « presque dans l'impossibilité » de transporter la marchandise jusqu'aux grands magasins. «Ceux-ci préfèrent avoir affaire aux revendeurs en gros, qui leur fournissent des lots entiers de dentelles. . . Les dessins les plus différents ; les marchandes doivent donc s'adresser à ces « fournisseuses » ; -< c'est de ces dernières qu'elles apprennent les conditions de la vente ; ce sont ces fournisseuses qui fixent les prix ; bref, en dehors d'elles, pas de salut » (Travaux de la commission

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artisanale, t. X, pp. 2823-2824). On pourrait multiplier à l'infini ces exemples. Mais ceux que nous avons cités suffisent pour faire voir à quel point la vente isolée et au détail est absolument impossible dans une production pour les grands marchés. Etant donné la dispersion des petits producteurs et leur pleine décomposition*, la vente en gros ne peut être organisée que par le gros capital, qui réduit ainsi les koustari à une dépendance et à une impuissance complètes. On peut juger par là de l'absurdité des théories populistes courantes qui recommandent devenir en 'aide au petit producteur autonome en « organisant la vente ». Du point de vue purement théorique les théories de ce genre se ckssent parmi les utopies petites-bourgeoises basées sur l'incompréhension du lien indissoluble entre la production marchande et l'écoulement capitaliste**. Quant aux données de la réalité russe, les auteurs de ces théories les ignorent tout simplement : ils ignorent la dispersion des petits producteurs de marchandises et leur complète décomposition ; ils ignorent le fait que c'est de leur milieu que sont sortis et que sortent encore les « revendeurs » ; que dans la société capitaliste l'écoulement du produit ne peut être organisé que par le grand capital. On conçoit que, après avoir éliminé de ses calculs tous ces aspects d'une réalité désagréable mais qui n'est pas à contester, il

* M. V. V. affirme que le petit producteur autonome soumis au capital commercial «subit, de par la nature des choses, des pertes absolument superflues». {Esquisses de l'industrie artisanale, p. 150.) M. V. V. ne croit-il pas que la décomposition des petits producteurs est «absolument superflue», «de par la nature des choses», c'est-à-dire la nature de l'économie marchande où vit le petit producteur ?

** Ce qui est grave, ce n'est pas tant le koulak que le manque de capitaux parmi les artisans, déclarent les populistes de Perm (Esquisses de l'industrie artisanale de la province cfe Perm, p. 8). Mais qu'est-ce qu'un koulak, sinon un petit producteur autonome possédant un capital ? Le malheur est que les populistes se refusent à analyser le processus de décomposition des petits producteurs, qui fait sortir de leur milieu des entrepreneurs et des « koulaks ».

ne soit plus difficile de laisser vagabonder son imagination in's Blaue hinein* **.

Nous n'avons pas le moyen de nous laisser aller ici à des descriptions détaillées quant à la façon dont se manifeste le capital commercial dans nos industries artisanales, ni quant à la situation pitoyable et désespérée qu'il créé pour le petit producteur. D'ailleurs, nous aurons encore à caractériser.

* Dans le vide. (N.R.)

** Parmi les démonstrations pseudo-économiques des théories populistes, il faut citer leurs dissertations sur l'insignifiance du capital «fixe» et «circulant» nécessaire au «producteur autonome». Le fil de ces rnisonnernents extrêmement répandus est le suivant. Les industries artisanales sont d'une grande utilité pour le paysan, il est donc désirable de les implanter. (Nous ne nous arrêtons pas à cette idée ridicule qu'on puisse venir en aide à la masse des paysans qui courent à leur ruine, en transformrnt un certain nombre d'entre eux en petits producteurs de marchandises.) Mais pour implanter ces métiers, il faut savoir quelle est l'échelle du « capital », dont le petit producteur a besoin pour conduire l'affaire. Voici un des nombreux calculs de ce genre. Le « capital » fixe nécessaire à un artisan de Pavlovo, nous apprend sentencieusement M. Grigoriev, se chiffre par 3 à 5 roubles, 10-13-15 roubles, etc., en y comprenant le coût des instruments de travail, et le « capital » circulant par 6 à 8 roubles, de même que les fr^is d'entretien et le coût de la matière première pour une semaine. « Ainsi, l'échelle du capital fixe et circulant (sic) dans la région de Pavlovo est si minime qu'il est très facile de s'y procurer des instruments et des matériaux nécessaires à une production indépendante» (sic) (/. c, p. 75). En effet, rien de plus «facile» que de raisonner de la sorte. D'un trait de plume, le prolétaire de Pavlovo est métamorphosé en « capitaliste ». Il a suffi pour cela de nommer « capital » son entretien d'une semaine et ses instruments de quatre sous. Quant au capital réel des gros revendeurs qui ont monopolisé la vente, lesquels peuvent seuls être « indépendants » de facto, et qui manient des capitaux se chiffrant par milliers de roubles, ce capital réel l'puteur en a tout simplement fait abstraction ! Drôles de gens en vérité que ces habitants cossus de Pavlovo ! de génération en génération ils ont accumulé par tous les moyens inavouables et continuent encore d'accumuler des capitaux se montant à des milliers de roubles, cependant que d'après les récentes découvertes il suffit d'un « capital » de quelques dizaines de roubles pour être « indépendant » !

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dans le chapitre suivant, la domination du capital commercial à la phase supérieure de son développement, quand (se faisant l'auxiliaire de la manufacture) il organise en grand le travail à domicile pour le capitaliste. Nous nous bornerons ici à indiquer les principales formes que revêt le capital commercial dans les petites industries. La première et la plus simple est l'achat des produits par le marchand (ou le patron d'un grand atelier) aux petits' producteurs. Quand ces achats sont peu développés ou que la concurrence est grande entre les revendeurs, la vente de la marchandise au marchand peut ne différer en rien de toute autre forme de vente ; mais dans un très grand nombre de cas le revendeur local est la seule personne à qui le paysan puisse vendre constamment ses produits, et c'est alors qu'il profite de sa situation de monopole pour réduire de façon excessive le prix qu'il paye au producteur. Dans la seconde forme, le capital commercial se combine avec l'usure : le paysan, qui est toujours pressé d'argent, en emprunte au revendeur et le rembourse avec la marchandise qu'il produit. Dans ce cas (très répandu) la vente se fait toujours à un prix artificiellement réduit, ne laissant souvent au petit producteur autonome même pas ce qu'aurait pu gagner un ouvrier saliarié. De plus, le rapport de créancier à débiteur conduit inévitablement à la dépendance personnelle de ce dernier, à son asservissement, à ce que le créancier abuse des moments de gêne particulière du débiteur, etc. Dans к troisième forme du capital commercial les produits sont payés en marchandises, ce qui est un des procédés habituels des revendeurs ruraux. Cette troisième forme a ceci de particulier qu'elle n'est pas propre uniquement aux petites industries, mais bien à toutes les phases peu développées de l'économie marchande et du capitalisme. Seule la grande industrie mécanique, qui a collectivisé le travail et rompu délibérément avec les survivances patriarcales, a détrôné cette forme d'asservissement et l'a frappée d'interdiction dans les gran-

des entreprises industrielles par voie législative. La quatrième forme du capital commercial est que le marchand rembourse le petit producteur autonome en marchandises dont celui-ci a besoin pour sa production (matière première, ou matières auxiliaires, etc.). La vente des matériaux dont le petit producteur a besoin pour sa production peut d'ailleurs devenir pour le capital commercial une opération indépendante, parfaitement analogue à celle de l'achat des produits. Mais si le revendeur qui achète ies produits du koustar commence à le rembourser en matériaux bruts dont il a besoin, cela marque un très grand pas dans le développement des rapports capitalistes. Après avoir coupé le producteur du marché des produits finis, le revendeur le coupe maintenant du marché des matières premières et se le soumet ainsi définitivement. De cette forme-là il ne reste plus qu'un pas jusqu'à cette forme supérieure du capital commercial, alors que le revendeur distribue aux koustari la matière première pour être travaillée contre un prix déterminé. L'artisan se transforme ainsi de facto en ouvrier salarié travaillant à domicile pour le compte du capitaliste ; le capital commercial du revendeur se métamorphose en capital industriel*. Le travail capitaliste à domicile est ainsi créé. Dans les petites industries, il se rencontre plus ou moins sporadiquement ; appliqué en masse, il se rapporte à la phase suivante, la phase supérieure du développement capitaliste.

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