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Industries textiles

En tête des industries pour le traitement de la laine se trouve la draperie avec, en 1890, plus de 35 000 000 de roubles de production et 45 000 ouvriers. Les données historico-statistiques concernant cette production montrent une diminution sensible du nombre des ouvriers : de 72 638 en 1866 à 46 740 en 1890*'. Pour saisir la portée de ce phénomène, il ne faut pas perdre de vue que jusqu'aux années 60 inclusivement, la draperie avait une organisation particulière, originale : elle était concentrée dans des entreprises relativement importantes qui, néanmoins, n'appartenaient point à l'industrie capitaliste de fabrique, mais étaient basées sur le travail des serfs ou des paysans temporairement redevables. Vous trouverez, par conséquent, dans les revues de l'industrie des « fabriques et usines » pour les années 1860-1870, la division des fabriques de drap en 1) fabriques appartenant aux seigneurs terriens ou nobles et 2) fabriques appartenant aux marchands. Les premières fabriquaient surtout le drap d'uniforme, les commandes de

* Dans tous les cas, à moins de réserve spéciale, nous prenons pour 1866 les données de l'Annuaire, pour 1879 et 1890 celles des Index; la Revue historico-statistique (t. II) fournit des rensignements sur la production de draps par année de 1855 à 1879; voici le nombre moyen des ouvriers par périodes de 5 ans, de 1855-1859 à 1875-1879: 107 433 ; 96 131 ; 92 1 17 ; 87 960 et 81 458.

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l'Etat étant réparties également entre les fabriques d'après le nombre des appareils. Le travail obligatoire était cause d'une technique retardataire et de l'emploi d'un nombre d'ouvriers infiniment supérieur à celui des fabriques des marchands, basées sur le travail salarié*. La plus forle diminution du nombre des ouvriers dans la draperie s'observe précisément dans les provinces à prédommance des domaines seigneuriaux. Ainsi, dans 13 de ces provinces (mentionnées dans la Revue des manufactures) le nombre des ouvriers est tombé de 32 921 en 1866 à 14 539 en 1890, et dans les 5 provinces de marchands (Moscou, Grodno, Livonie, Tchernigov et St-Pétersbourg) de 31 291 à 28 257. On voit par là que nous avons affaire ici à deux tendances opposées qui traduisent cependant toutes les deux le développement du capitalisme : d'un côté, la décadence des établissements seigneuriaux à caractère de possession allodiale ; de l'autre, la transformation des entreprises des marchands en fabriques purement capitalistes. Un grand nombre d'ouvriers de la draperie des années 60 n'étaient pas du tout des ouvriers de fabrique au sens propre du terme ; c'étaient des paysans dépendants qui travaillaient pour le compte de seigneurs terriens**. La draperie est un exemple

* Voir la Revue des diverses branches de l'industrie manufacturière en Russie, t. I, St-Pétersbourg 1862, notamment pages 165 et 167. Cf. aussi Recueil de la statistique militaire, pp. 357 et suivantes. De nos jours, on rencontre rarement dans les listes des fabricants de drap, les noms fameux de la noblesse qui, après 1860, y formaient l'immense majorité.

** Voici une paire d'exemples tirés de la statistique des zemstvos. Au sujet de la draperie de N. Gladkov, district de Volsk, province de Saratov (306 ouvriers en 1866) nous lisons dans le recueil de la statistique des zemstvos sur ce district (p. 275) que Ton forçait les paysans à travailler à la fabrique du maître. «On travaillait à la fabrique jusqu'au mariage, après quoi on devenait corvéable. » Dans le village de Riassy, district de Ranenbourg, province de Riazan, existait en 1866 une fabrique de drap de 180 ouvriers. Les paysans

de ce phénomène original de l'histoire russe qui consiste dans l'application du travail des serfs à l'industrie. Comme nous nous bornons ici à l'époque qui a suivi l'abolition du servage, nous pouvons nous contenter de ces brèves indications sur le reflet de ce phénomène dans la statistique des fabriques et usines*. Pour juger du développement de la grande industrie mécanique dans cette branche d'industrie, citons encore les chiffres suivants tirés de la statistique des machines à vapeur : en 1875-1878 on comptait dans les filatures de laine et les fabriques de drap de la Russie d'Europe 167 établissements mécaniques avec 209 machines à vapeur d'une puissance de 4 632 chevaux; en 1890, 197 établissements avec 341 machines à vapeur d'une puissance de 6 602 chevaux. Par conséquent, l'application de la vapeur n'a pas progressé très vite, ce qui s'explique en partie par les traditions des fabriques seigneuriales, en partie par l'éviction du drap par les tissus moins coûteux de laine peignée ou mélangée**. Dans le tissage de la Laine il y avait en 1875-1878 7 établissements mécaniques avec 20 machines à vapeur d'une puissance de 303 chevaux, et en

faisaient leur corvée à la fabrique, qui fut fermée en 1870 {Recueil de rens. statist. sur la province de Riazan, t. II, fasc. 1, Moscou 1882, p. 330).

* Voir Nissélovitch. Histoire de ta législation des fabriques et usines de l'Empire russe. Parties I et II. St-Pétersbourg 1833-1884. — Л. Sémionov. Etude des renseignements historiques sur le commerce extérieur et l'industrie russes, St-Pétersbourg 1858-1859, 3 parties. — V. Sémevski. Les paysans sous le règne de Catherine If, St-Pétersb. 1881. — Recueil de rens. stat. sur la province de Moscou. Sect. de stat. sanitaires, t. IV, Ire partie (relevé général), Moscou 1890, article de A. Pogojev : « Des fabriques de possession allodiale de la prov. de Moscou» — M. Tougan-Baranovski. La fabrique russe. Saint-Pétersbourg 1898, t. I.

** Cf. Les progrès de l'industrie russe d'après les travau.K des commissions d'experts. Saint-Pétersbourg 1897, p. 60.

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1890, 28 établissements mécaniques avec 61 machines à vapeur d'une puissance de 1 375 chevaux*.

Notons encore parmi les industries traitant la laine celle du foulage des feutres, qui met particulièrement en relief l'impossibilité de comparer les données de la statistique des fabriques et usines d'une époque à l'autre : en 1866 on comptait 77 fabriques avec 295 ouvriers ; en 1890, 57 avec 1 217 ouvriers. Sur le premier chiffre les petits établissements de moins de 2 000 roubles de production donnent 60 établissements avec 137 ouvriers ; sur le second, 1 établissement avec 4 ouvriers. En 1866, on comptait 39 petits établissements dans le district de Sémionov, province de Nijni-Novgorod, où la foulerie est encore aujourd'hui très répandue, mais considérée comme industrie « artisanale », et non comme une industrie de « fabrique et usine » (voir chapitre VI, § II, 2).

Une place particulièrement importante parmi les industries textiles appartient au traitement du coton : cette branche fait travailler actuellement plus de 200 000 ouvriers. Nous observons ici une des plus grandes erreurs de notre statistique des fabriques et usines : la confusion entre les ouvriers de fabrique et ceux qui sont occupés à domicile à la façon capitaliste. Le développement de la grande industrie mécanique a consisté ici (comme dans beaucoup d'autres cas) à attirer les ouvriers à domicile dans la fiabrique. On conçoit combien le tableau de ce processus sera déformé si on range parmi les « fabriques » les comptoirs de distribution let les ateliers familiaux et si les ouvriers à domicile sont confondus avec les ouvriers de fabrique ! Nous avons

* Dans ce cas comme dans ceux qui vont suivre, les données des machines à vapeur sont empruntées aux Matériaux pour la statistique des machines à vapeur dans l'Empire de Russie, édition du Comité Central de la statistique. Saint-Pétersbourg 1882; pour l'année 1890, du Relevé des données relatives à l'industrie des fabriques et usines ; le nombre des établissements mécaniques est tiré de l'Index.

compté qu'en 1866 (d'après VAnnaaire) il y avait jusqu'à 22 000 ouvriers à domicile, qui figuraient parmi les ouvriers de fabrique (ce chiffre est loin d'être complet, car VAnnaaire a omis, p^ar hasard sans doute, les remarques concernant la province de Moscou sur le « travail aux villages », si abondantes pour la province de Vladimir). En 1890 nous n'avons trouvé (d'après l'Index) qu'environ 9 000 ouvriers de ce genre. Il est clair que les chiffres de la statistique des fabriques et usines (59 000 ouvriers aux fabriques de cotonnades en 1866 et 75 000 en 1890) atténuent le fait de l'augmentation effective du nombre des ouvriers de fabrique*. Voici les chiffres indiquant les différentes entreprises qui ont été à diverses époques classées parm' les « fabriques » de cotonnades**.

Dont:

Années

Total des fabriques de cotonnades

fabriqu

;s comptoirs

ateliers familiaux

* Cf. Tougan-Baranovski, /. c, p. 420. Sémionov estimait qu'en 1859 le nombre total des tisserands manuels occupés par les capitalistes dans les villages s'élevait en 1859 à 385 857 environ {l.c, III, p. 273) ; il y ajoutait encore 200 000 ouvriers, occupés dans les villages «par d'autres productions de fabrique» (p. 302, ibid.). Actuellement, comme on l'a vu plus haut, le nombre des ouvriers travaillant à domicile pour les capitalistes est infiniment plus important.

** Est considéré comme atelier familial l'établissement dont la production est inférieure à 2 000 roubles. Les données de l'enquête spéciale sur les fabriques et usines des provinces de Moscou et de Vladimir, faite en 1868 par le Comité Central de la statistique, indiquent plus d'une fois que le total de la production des petits tissages n'est autre chose que le prix payé pour le travail. Parmi les comptoirs on compte les établissements qui distribuent du travail à domicile. Le nombre de ces entreprises indiquées pour 1886 est loin d'être complet, à cause d'omissions évidentes pour la province de Moscou.

Ainsi, la diminution du nombre des « fabriques », donnée par « la statistique » indique en réalité l'éviction des comptoirs et des ateliers f-amiliaux par la fabrique. Illustrons le fait par l'exemple de deux fabriques :

Fabrique I. Garéline à

Fabrique I. Térentiev

Ivanovo-Voznessensk

i, Uhouia

Nombre

Nombre

d'ouvriers

d'ouvriers

Années

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4^ en

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Ainsi, pour juger des progrès de la grande industrie mécanique dans la branche en question, le plus commode est de prendre les chiffres concernant le nombre des métiers à tisser mécaniques. En 1860-1870 il y en avait environ 11 000* ; en 1890, environ 87 000. La grande industrie mécanique s'est donc développée avec une extrême rapidité.

* Recueil de la statistique militaire, p. 380. Revue de l'industrie manufacturière, t. II, St-Pétersb. 1863, p. 451. En 18S8 on comptait dans l'industrie des cotonnades 100 630 métiers à tisser mécaniques (dans tout l'Empire, probablement). Les progrès de l'industrie russe, p. 33.

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En 1875-1878, on comptait dans la filature et le tissage 148 établissements mécaniques avec 481 machines à vapeur d'une puissance de 20 504 chevaux ; en 1890, 168 avec 554 machines d'une puissance de 38 750 chevaux.

Notre statistique commet exactement la même erreur au sujet de l'industrie de la toile, en signalant à tort une diminution du nombre des ouvriers de fabriques et usines П7 171 en 1866 et 15497 en 1890). En réalité, en 1866, sur les 16 900 métiers appartenant aux fabricants de toile, 4 749 seulement se trouvaient dans leurs ateliers et les 12 151 métiers restants étaient chez les ouvriers en chambre*. Le nombre des ouvriers de fabrique s'est donc trouvé agrandi en 1866 d'environ 12 000 ouvriers à domicile et en 1890 de 3 000 seulement (calcul fait d'après V Index). Quant au nombre des métiers à tisser mécaniques, il a augmenté de 2 263 en 1866 (chiffre établi d'après le Recueil de la stalistique militaire) à 4 041 en 1890, et celui des broches de 95 495 à 218 012. Dans l'industrie linière, filature et tissage, il y avait en 1875-1878, 28 établissements mécaniques avec 47 machines à vapeur d'une puissance de 1 604 chevaux, et en 1890, 48 avec 83 machines d'une puissance de 5 027 chevaux ^'^Ч

Enfin, il faut noter encore parmi les industries textiles : la teinturerie, l'impression et l'apprêtage, où la statistique des fabriques et usines confond avec les fabriques les plus petits ateliers occupant 1 à 2 ouvriers et ne produisant que pour quelques centaines de roubles***. On conçoit qu'il en résulte une extrême confusion qui masque les

* Recueil de la statistique militaire, pp. 367-368. Informations provenant de l'intendance.

** Dans la soierie on comotait en 1879 495 métiers à tisser mécaniques et 5 996 à bras {Revue historico-statistique) et en 1890, 2 899 métiers mécaniques et plus de 7 500 métiers à bras.

*** En 1879, par exemple, on comptait dans ces industries 729 fabriques, dont 466 occupaient 977 ouvriers, avec une production de

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progrès rapides de la grande industrie mécanique. Voici les chiffres sur ces progrès : dans le lavage, la teinturerie, le blanchissage et l'apprêtage de la laine, il y avait en 1875-1878, 80 établissements mécaniques avec 255 machines à vapeur d'une puissance de 2 634 chevaux ; en 1890, 189 avec 858 machines à vapeur d'une puissance de 9 100 chevaux.

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