‹ Le développement du capitalisme en RussieChapitre 96 sur 138 · VI. Mines de · texte numérisé non relu

VI. Mines de

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1 000 ouvr.

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vriers est in-

connu

IS

Total

Ainsi dans ce bassin (et dans ce bassin seulement) il y a des mines paysannes extrêmement petites qui, bien qu'en grand nombre, jouent un rôle absolument insignifiant dans l'ensemble de la production (104 petites mines ne fournissent que 2% de l'extraction houillère) et se distinguent par une productivité infiniment basse. Au contraire, les 37 mines les plus importantes occupent les 3/5 environ des ouvriers et fournissent 70% des extractions. La productivité du travail s'accroît selon l'importance des mines, même indépendamment de l'emploi des machines (cf. par exemple, les groupes V et III d'après la puissance des machines à vapeur et la production par ouvrier). La concentration de la production dans le bassin du Donetz grandit sans cesse : ainsi, en 4 ans, de 1882 à 1886, sur 512 expéditeurs de charbon, 21 exportaient plus de 5 000 wagons chacun (soit 3 millions de pouds), au total 229 700 Vi^agons sur 480 800, soit moins de la moitié. Or, pendant les 4 années 1891-1895 il y a eu 872 expéditeurs, dont 55 ont fait partir plus de 5 000 wagons chacun, au total 925 400 Vv-agons sur 1 178 800, soit plus de 8/10*.

Les chiffres sur le développement de l'industrie minière et métallurgique, cités plus haut, sont particulièrement importants à un double point de vue : d'abord, ils montrent très clairement la nature du changement des rapports économiques et sociaux qui s'opère en Russie dans tous les domaines de l'économie nationale ; en second lieu, ils illustrent la théorie d'après laquelle, dans une société capitaliste en développement, les branches d'industrie qui progressent avec le plus de rapidité sont celles qui produisent des moyens de production, c'est-à-dire les objets de consommation productive et non individuels. Le passage d'un régime d'économie sociale à un autre se fait surtout sentir dans l'industrie minière et métallurgique parce qu'ici les

* Chiffres de N. Avdakov : Brève revue statistrque de l'industrie houillère du Donetz. Kharkov 1896.

deux régimes ont leurs représentants typiques sous forme de deux régions bien distinctes : dans l'une on peut observer le passé précapitaliste avec sa technique primitive et routinière, lavec la dépendance personnelle de la population attachée à l'endroit où elle est fixée, avec la persistance des traditions de castes, des monopoles, etc. ; dans l'autre, la rupture complète avec toute tradition, la révolution technique, les progrès rapides d'une industrie mécanique purement capitaliste*. Cet exemple rend particulièrement évidente l'erreur des économistes populistes. Ils nient le caractère progressif du capitalisme en Russie, sous prétexte que nos entrepreneurs recourent volontiers aux redevances dans l'agriculture, à la distribution du travail à domicile dans l'industrie, à l'attachement de l'ouvrier dans les mines et la métallurgie, à l'interdiction légale de la concurrence des petits établissements, etc., etc. L'illogisme de ces raisonnements et la criante déformation des perspectives historiques sautent aux yeux. Pourquoi cette tendance de nos entrepreneurs à profiter des avantages que présentent les procédés économiques précapitalistes devrait-elle être portée au compte de notre capitalisme, et non à celui de ces vestiges de l'ancien temps qui entravent le développement du capitalisme et qui souvent se maintiennent par la force de la loi ? Faut-il s'étonner que, par exemple, les maîtres de forges du Sud aspirent à la fixation des ouvriers et à l'interdiction légale de la concurrence des petits

* L'Oural lui aussi commence, depuis quelque temps, à se transformer sous l'empire des nouvelles conditions de vie, et cette transformation sera encore plus rapide quand il sera plus étroitement lié à la «Russie» par des voies ferrées. De ce point de vue, la réunion projetée de l'Oural avec le Sud par une ligne de chemin de fer pour l'échange du minerai de l'Oural contre la houille du Donetz, aura une importance toute particulière. Jusqu'ici TOural et le Sud ne se font presque pas de concurrence, car ils travaillent pour des marchés différents et vivent principalement des commandes faites par l'Etat. Mais la manne de ces commandes n'est pas éternelle.

établissements, si dans une autre région cette fixation et cette interdiction existent de longue date et aujourd'hui encore ; si dans une lautre région les propriétaires d'usines où la technique est inférieure et où l'ouvrier est moins coûteux et plus docile, gagnent sans peine sur la fonte, « rouble pour rouble et même parfois un rouble et demi pour un rouble »*. N'y a-t-il pas lieu de s'étonner, au contraire, qu'il se trouve encore, dans ces conditions, des gens capables d'idéaliser le régime économique précapitaliste de la Russie, et qui ferment les yeux sur la nécessité la plus immédiate et impérieuse d'anéantir toutes les institutions surannées qui entravent le développement du capitalisme** ?

D'un autre côté, les données témoignant des progrès de l'industrie métallurgique et minière ont ceci d'important qu'elles mettent en évidence le fait que le capitalisme et le marché intérieur se développent bien plus grâce à La production des objets de consommation productive que grâce à la production des objets de consommation individuelle. C'est ce qu'ignore volonbairement, par exemple, M. N. — on, en affirmant que toute la demande intérieure de produits de l'industrie métallurgique et minière « sera satisfaite probablement très vite» {Esquisses, p. 123). La vérité est que dans une société capitaliste la consommation des métaux, de la houille, etc. (par habitant) ne reste ni ne peut rester immuable ; elle doit nécessairement augmenter. Chaque nouvelle verste du réseau ferré, chaque nouvel atelier, chaque charrue acquise par un bourgeois rural accroît la demande de produits de la métallurgie. Si de 1851 à 1897 la consommiation de la fonte, par exemple, est passée en Russie

* Article d'Egounov dans les Comptes rendus et recherches sur l'ind. artisanale, t. III, p. 130.

** M. N. — on, par exemple, adresse toutes ses doléances exclusivement au capitalisme (cf. en particulier à propos des maîtres de forges du Sud, pp. 211 et 296 des Esquisses), et il fausse ainsi complètement les rapports entre le capitalisme russe et le régime précapitaliste de notre industrie minière et métallurgique.

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de 14 livres à 1 1/3 de poud par habitant, elle est appelée à augmenter encore davantage, pour approcher de la demande de fonte des pays avancés (plus de 6 pouds par habitant en Belgique et en Angleterre).

V. LE NOMBRE DES OUVRIERS AUGMENTE-T-IL DANS LES GRANDES ENTREPRISES CAPITALISTES ?

Après avoir examiné les chiffres des fabriques et usines et ceux de l'industrie minière et métallurgique, nous pouvons maintenant essayer de répondre à la question qui a tant préoccupé les économistes populistes et à laquelle ils répondent par la négative (MM. V. V., N. — on, Karycheiv et Kabloukov affirmaient que le nombre des ouvriers des fabriques et usines s'accroît en Russie — si tant est qu'il s'accroisse — moins vite que la population). Notons tout d'abord que la question doit être ou bien : la population commerciale et industrielle augmente-1-elle aux dépens de la population agricole (nous y reviendrons par la suite), ou bien : y a-t-il augmentation du nombre des ouvriers de la grande industrie mécanique ? On ne saurait affirmer que le nombre des ouvriers des petites entreprises industrielles ou des manufactures doive augmenter dans une société capitaliste en développement, car la fabrique ne cesse de supplanter les formes d'industrie plus primitives. Or, notre statistique des fabriques et usines, ainsi que nous l'avons montré en détail plus haut, ne prend pas toujours la fabriqae dans le sens scientifique du terme.

Pour analyser les données de la question qui nous intéresse, il nous faut prendre 1) les renseignements sur toutes les industries ; 2) des renseignements se rapportant à un long intervalle de temps. Dians ces conditions seulement, l'on peut garantir plus ou moins la comparabilité des chiffres. Nous prenons les années 1865 et 1890, la période de vingt-cinq ans qui a suivi la réforme. Faisons le bilan des

données statistiques dont nous disposons. La statistique des fabriques et usines fournit pour 1865 les renseignements les plus complets : elle compte en Russie d'Europe 380 638 ouvriers des fabriques et usines dians toutes les branches, à l'exception de la distillerie, de la brasserie, des raffineries de sucre et des fabriques de tabac*. Pour déterminer le nombre des ouvriers dans ces industries, force nous est de nous servir des seules données qui existent à ce sujet, celles du Recueil de la statistique militaire, après les corrections dont nous avons montré plus haut la nécessité. En ajoutant à ce chiffre 127 935 ouvriers occupés dians ces branches**, nous obtiendrons au total en Russie d'Europe pour 1865 (industries soumises ou non à l'accise), 508 573 ouvriers des fabriques et usines***. Pour 1890 le chiffre correspondant sera de 839 730****. Augmentation de 65%, donc supérieure à celle de la population. Il ne faut cependant pas perdre de vue qu'en réalité l'augmentation a sans doute été plus forte que ne l'indiquent ces chiffres : plus haut nous avons montré en détail que les chiffres de la statistique des fabriques et usines pour les années 1860- 1870 sont exagérés parce qu'on y a fait entrer les petites entreprises artisanales et agricoles, ainsi que les ouvriers

* Recueil de renseignements et matériaux du Ministère des Finances, 1867, n° 6. Nous avons déjà montré plus haut que pour comparer avec les données contemporaines, on doit prendre uniquement des chiffres provenant d'une source, c'est-à-dire du Ministère des Finances.

** La brasserie compte 6 825 ouvriers ; ici encore les chiffres sont exagérés, mais point de données permettant de les corriger ; l'industrie du sucre compte 68 334 ouvriers (d'après VAnnualre du Ministère des Finances) ; celle du tabac, 6 116 (après correction) et celle de la distillerie 46 660 (après correction).

**" M. T.-Baranovski cite pour 1866 le chiffre de M. Vechniakov : 493 371 {La fabrique, p. 339). Nous ignorons comment ce chiffre a été établi, qui diffère d'ailleurs très peu de celui que nous donnons.

**** D'après l'Index pour 1890. Du total de 875 764, il faut retrancher les ouvriers comptés une seconde fois dans la statistique des mines: 291 dans les bitumes, 3 468 dans le sel et 32 275 dans la fabrication des rails.

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à domicile. Malheureusement, nous ne pouvons p^as corriger entièrement toutes ces exagérations, faute de matériaux; quant à la correction partielle, nous préférons y renoncer, d'autant plus que nous donnerons piar la suite des chiffres plus précis sur le nombre des ouvriers des plus grandes fabriques.

Nous en venons à la statistique de l'industrie minière et métallurgique. En 1865 le nombre des ouvriers n'est fourni que pour l'industrie du cuivre et du fer, ainsi que pour les mines d'or et de platine ; en Russie d'Europe 133 176 ouvriers*. En 1890 les mêmes industries comptaient 274 748 ouvriers**, soit plus du double. Ce dernier chiffre représente 80,6% des ouvriers de l'industrie minière et métallurgique en Russie d'Europe pour 1890. En estimant qu'en 1865 les industries en question embrassaient aussi 80,6% des ouvriers***, nous obtiendrons pour 1865 un total de 165 203 et pour 1890 340 912 personnes. Augmentation de 107%.

Poursuivons. Parmi les ouvriers des grandes entreprises capitalistes, il faut également ranger les ouvriers des chemins de fer. En 1890 on en enregistrait en Russie d'Europe, Pologne et Caucase compris, 252 415****. Lenom-

* Sur le nombre des ouvriers de l'industrie minière et métallurgique en 1860-1870, voir: Annales statist., t. I, 1866. — Annuaire du Ministère des Finances, t. I. — Recueil de renseignements statistiques sur l'industrie minière, pour les années 1864-1867, St-Pb 1864-1867, édition du Comité scientifique des Mines.

** Recueil de renseignements statistiques sur l'industrie minière en 1890. St-Pb 1892. D'après ce recueil la Russie d'Europe compte 342 166 ouvriers, et en retranchant les ouvriers des usines de pétrole (indiqués dans Vlndex) et après correction de quelques petites erreurs, 340 912 ouvriers.

*** Parmi les autres branches de l'industrie minière on en trouve oiJ le nombre des ouvriers a sans doute augmenté très peu (l'industrie du sel) ; d'autres où le nombre des ouvriers a dû augmenter beaucoup (houille, carrières) ; d'autres enfin qui n'existaient pas du tout en 1860- 1870 (par ex., l'extraction du mercure).

**** La Revue statistique des chemins de fer et des voies fluviales. St-Pb 1893. p. 22. Edition du Ministère des voies de communication.

bre des ouvriers des chemins de fer en 1865 est inconnu, mais on peut néanmoins l'évaluer avec une approximation suffisante, car le nombre des ouvriers par verste de réseau varie fort peu. En comptant 9 ouvriers par verste, nous obtenons pour 1865, un chiffre de 32 076^. Faisons le bilan de nos calculs.

Ouvriers des grandes entreprises capitalistes (en milliers)

Industrie . Fabriques minit-re Chemins

Années gt usines et métal- de fer Total

lurgique

Ainsi le nombre des ouvriers des grandes entreprises capitalistes a plus que doublé en l'espace de 25 ans, c'est-àdire qu'il s'est accru non seulement beaucoup plus vite que la population en général, mais même plus vite que la po-

Malheureusement, nous ne disposions pas de données pour mettre à part la Russie d'Europe. Parmi les ouvriers de chemins de fer nous ne comptons pas seulement les permanents, mais aussi le personnel temporaire (10447) ou ceux qui travaillent à la journée (74 504). L'entretien moyen d'un ouvrier temporaire revient à 192 roubles par an ; celui d'un journalier, à 235 roubles. La moyenne du salaire journalier est de 78 kopecks. Il s'ensuit donc que les ouvriers temporaires et journaliers sont occupés la plus grande partie de l'année, et qu'on a tort de ne pas en tenir compte, comme le fait M. N. — on {Esquisses, p. 124).

* En 1886 on comptait 9 ouvriers par verste de réseau; en 1890, 9,5 ; en 1893, 10,2 ; en 1894, 10,6 ; en 1895, 10,9 ; ce nombre a donc une tendance manifeste à augmenter. Voir Le recueil de renseignements sur la Russie pour 1890 et 1896 et le Messager des Finances, 1897, n° 39. — Faisons cette réserve que dans ce paragraphe nous nous occupons exclusivement de la comparaison des données de 1865 et 1890. Il est donc absolument indifférent que nous prenions le nombre des ouvriers des chemins de fer dans l'Empire entier ou seulement dans la Russie d'Europe ; que nous comptions 9 ouvriers par verste ou moins ; que nous considérions toutes les branches de l'industrie métallurgique et minière ou seulement celles sur lesquelles nous disposons de données pour 1865.

pulation urbaine*. Il est donc hors de doute que les ouvriers abandonnent de plus en plus l'agriculture et les petites industries** pour les grandes entreprises industrielles. Témoin les chiffres de cette même statistique à laquelle nos populistes avaient si souvent recours et dont ils abusaient tant. Mais le point culminant de l'abus qu'ils ont fait de la statistique est le procédé suivant vraiment phénoménal : on prend le rapport du nombre des ouvriers des fabriques et usines à celui de la population (!) et, se basant sur le chiffre obtenu (1% environ), on disserte à perte de vue sur le pourcentage méprisable de cette « poignée »*** d'ouvriers ! M. Kabloukov, par exemple, après lavoir repris cette évaluation de la proportion des « ouvriers de fabrique en Russie»**** par rapport à la population, continue comme suit: «En Occident au contraire (! !), le nombre des ouvriers occupés dans l'industrie de transformation. . . » (n'estil pas évident même pour le premier collégien venu que ce

* En 1863 il y avait en Russie d'Europe 6,1 millions d'habitants des villes et en 1897, 12,0 millions.

** Les données plus récentes sur le nombre des ouvriers des grandes entreprises crpitalistes sont les suivantes. Pour 1900 il existe des données sur le nombre des ouvriers des fabriques et usines dans les établissements qui ne payent pas l'accise; pour 1903, sur les entreprises qui payent l'accise. Pour 1902, nous possédons des chiffres sur les ouvriers des entreprises minières et métallurgiques. Le nombre des ouvriers des chemins de fer peut être établi à raison de 11 ouvriers pcr verste (renseignements au 1^^ janvier 1904). Voir Annuaire de la Russie. 1906 et Recueil des renseignements sur l'industrre minière et métallurgique, 1902.

En totalisant tous ces chiffres, nous trouvons pour les 50 provinces de la Russie d'Europe, pendant la période 1900-1903 : ouvriers des fabriques et usines, 1 261 571 ; mines et métallurgie, 477 025; chemins de fer, 468 941. Total: 2 207 537. Pour tout l'Empire de Russie: ouvriers des fabriques et usines, 1 509 516 ; mines et métallurgie, 626 929 ; chemins de fer, 655 929. Tot"l : 2 792 374. Ces chiffres confirment amplement ce qui vient d'être dit dans le texte. [Note de la 2e édition.) ♦** N. —on, /. c, pp. 326 et autres.

**** Leçons d'économie rurale. Moscou 1897, p. 14.

n'est pas du tout la même chose : les « ouvriers de fabrique » ou les « ouvriers occupés dans l'industrie de transformation »). . . « est dans un rapport bien différent vis-à-vis de la population », à savoir : de 53% en Angleterre à 23% en France. « Il n'est pas difficile de voir que la différence en ce qui concerne la classe des ouvriers de fabrique (! !), chez nous et chez eux, est tellement grande qu'il ne saurait être question d'identifier le cours de notre développement avec celui de l'Europe occidentale. » Et cela a été écrit par un professeur et statisticien spécialiste ! D'un seul trait de plume il exécute avec une rare audace deux escamotages : Г aux ouvriers de fabrique il substitue les ouvriers occupés dans l'industrie de transformation ; 2° à ces derniers il substitue la population occupée dans l'industrie de transformation. Expliquons à nos savants statisticiens l'importance de ces distinctions. Il y avait en France, au recensement de 1891, 3,3 millions d'ouvriers occupés dans l'industrie de transformation, soit moins d'un dixième de la population (36,8 millions d'habitants répartis par professions et 1,3 million de non répartis). Ce sont les ouvriers de tous les entreprises et étiablissements industriels, et non seulement ceux des fabriques. Quant à la population occupée dans l'industrie de transformation, elle était de 9,5 millions (près de 26%o de la population) ; au nombre des ouvriers s'ajoutent ici les patrons, etc. (1 million) ; ensuite les employés, 0,2 million ; les membres de famille, 4,8 millions et les domestiques, 0,2 million*. Pour illustrer les rapports correspondants en Russie, nous sommes obligés de prendre à titre d'exemple tel ou tel centre, car nous n'avons pas de statistique des occupations de toute la population. Prenons donc un centre urbain et un centre rural. En 1890 la statistique des fabriques et usines comptait à Pétersbourg 51 760 ouvriers des fabriques et usines (d'après

* The Statesman's Yearbook, 1897, p. 472.

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l'Index), et d'après le recensement de St-Pétersbourg (15 décembre 1890) le nombre des personnes occupées dans l'industrie de transformation était de 341 991 (hommes ©t femmes), ainsi réparties*.

Hommes et femmes

Gagnant leur Membres de vie eux-raê- la famille et

mes domestiques Total

Patrons 13 833 37 109 50 962

Administration (employés) 2 223 4 574 6 8Э0

Ouvriers 148 111 61 098 209 2Э9

Isolés 51514 23 506 75 023

Total 215 704 126 287 341991

Autre exemple: d'après V Index de 1890, on compte dans le bourg de Bogorodskoïé, district de Gorbatov, province de Nijni-Novgorod (lequel, ainsi que nous l'avons vu, ne s'occupe pas d'agriculture et n'est « pour ainsi dire qu'une grande tannerie »), 392 ouvriers de fabriques et usines, tandis que la population exerçant une industrie, d'après le recensement du zemstvo de 1889, s'élève à 8 000 environ (toute la population se chiffre par 9 241 habitants; plus de 9/10 des familles exercent une industrie). Que MM. N. — on, Kabloukov et O'^ réfléchissent à ces chiffres î

Complément à la 2" édition. Actuellement, nous possédons les résultats du recensement général de 1897 sur la statistique des occupations de toute la population. Voici, rédigées par nous, les données pour tout l'Empire de Russie en millions**.

* St-Pétersbourg d'après le recensement de 1890. St-Pb 1893. Total des groupes de petites industries II-XV. Le nombre de personnes qui y sont occupées s'élève à 551 700, dont 200 748 dans le commerce, les transports, les restaurants-tavernes. — Par « isolés », il faut entendre les petits producteurs travaillant seuls sans ouvriers salariés.

** Relevé des résultats de l'étude du premier recensement général de la population pour l'Empire, 28 janvier 1897, Edition du Comité Cen-

Professions

Gagnant Membres

leur vie de la m , ,

eux- famille lotai mêmes

Hommes et femmes

a) Fonctionnaires et militaires 1,5 0,7 2,2

b) Clergé et professions libérales .... 0,7 0,9 1,6

c) Rentiers et pensionnaires 1,3 0,9 2,2

d) Détenus, prostituées, prof, indéterm.,

professions inconnues 0,6 0,3 0,9

Total de la population improductive ... 4,1 2,8 6,9

e) Commerce 1,6 3,4 5,0

f) Voies de communication et transports 0,7 1,2 1,9

g) Emplois privés, domestiques, journaliers 3,4 2,4 5,8

Total de la popul. à demi productive . . 5," 7,0 12,7

h) Agriculture 18,2 75,5 93,7

i) Industrie 5,2 7,1 12,3

Total de la populaticn productive .... 23,4 82,6 106,0

Total 33,2 92,4 125,6

Inutile de dire que ces chiffres confirment pleinement ce que nous avons dit plus haut de l'absurdité du procédé des populistes, qui consiste à comparer le nombre des ouvriers de fabriques et usines à la population totale.

Il est intéressant avant tout de grouper ces chiffres sur la répartition de toute la population par professions, pour illustrer la division du travail social en tant que base de toute la production marchande et du capitalisme en Russie. De ce point de vue toute la population doit être divisée en

tral de la statistique, t. II, tableau XXI, p. 296. J'ai établi les groupes de professions comme suit : a) 1,2 et 4 ; b) 3 et 5-12 ; c) 14 et 15 ; d) 16 et 63-65; e) 46-62; f) 41-45; g) 13; h) 17-21 ; i) 22-40.

trois grandes sections. I. Population agricole. II. Population industrielle et commerciale. III. Population improductive (ou plutôt : ne participant pas à l'activité économique). Un seul des neuf groupes précités (a-i) ne peut être rapporté directement et sans réserve à aucune de ces trois sections fondamentales. C'est le groupe g : emplois privés, domestiques, journaliers. Il doit être réparti approximativement entre la population industrielle et commerciale et la population agricole. Nous avons rapporté à la première celle des deux parties de ce groupe qui est marquée comme habitant les villes (2,5 millions) et à la seconde celle qui habite les districts (3,3 millions). Cela fait, nous obtenons le tableau suivant de la répartition de toute la population de la Russie :

Population agricole de la Russie .... 97,0 millions » industr. et commerciale . . . 21,7 » » improductive 6,9 »

Total 125,6 millions

De ce tableau il ressort nettement que d'une part la circulation des marchandises et par suite la production marchande a pris solidement pied en Russie. Celle-ci est un pays capitaliste. D'autre part, il apparaît qu'au point de vue de son développement économique, elle est encore très en retard sur les autres pays capitalistes.

Poursuivons. Après l'analyse que nous en avons faite dans cet ouvrage, la statistique des professions de la population entière de la Russie peut et doit être utilisée pour se former une idée approximative des catégories fondamentales entre lesquelles se partage 'toute la population de la Russie d'après sa position de classe, c'est-à-dire d'après la position qu'elle occupe dans le régime social de la production.

La possibilité d'une telle classification — approximative, bien entendu, — nous est assurée par le fait que nous

connaissons la division générale de la paysannerie en groupes économiques fondamentaux. Or, toute la masse de la population agricole de la Russie peut être considérée comme constituant la paysannerie, le nombre des propriétaires fonciers étant en somme tout à fait minime. De plus, bon nombre de propriétaires fonciers ont été classés comme rentiers, fonctionnaires, hauts dignitaires, etc. Quant à la masse de 97 000 000 de paysans, il faut y distinguer trois groupes essentiels : le groupe inférieur, soit les couches prolétariennes et semi-prolétariennes de la population ; le groupe moyen ou petits propriétaires pauvres et le groupe supérieur ou petits propriétaires aisés. Les principaux indices économiques de ces groupes en tant qu'éléments de classe distincts ont été plus haut l'objet d'une analyse détaillée. Le groupe inférieur est formé par la population non possédante qui vit principalement ou pour moitié de la vente de sa force de travail. Le groupe moyen est formé par les petits propriétaires pauvres, car le paysan moyen n'arrive guère à joindre les deux bouts que dans les meilleures années, mais le principal moyen de subsistance ici est la petite exploitation « indépendante » (soi-disant indépendante, bien entendu). Enfin, le groupe supérieur est représenté par les petits propriétaires aisés qui exploitent un nombre plus ou moins important d'ouvriers, de journaliers possédant un lot de terre et, en général, d'ouvriers salariés de toute espèce.

La part approximative de ces groupes est de 50%, 30% et 20% du total. Jusqu'ici nous prenions toujours la proportion des feux ou des exploitations. Voyons maintenant la proportion par rapport à la population. Ce faisant, nous augmentons le groupe inférieur et diminuons le groupe supérieur. Mais c'est assurément ce qui s'est produit en Russie depuis dix ans, comme en témoigne incontestablement la ruine de la paysannerie, la diminution du nombre

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des paysans sans chevaux, les progrès de la misère et du chômage dans les campagnes, etc.

La population agricole comprend donc environ 48,5 millions de prolétaires et semi-prolétaires; environ 29,1 millions de petits propriétaires pauvres avec leurs familles, et environ 19,4 millions de petits propriétaires aisés.

Et voici une autre question : comment répartir la population industrielle et commerciale et la population improductive. Cette dernière renferme des éléments appartenant manifestement à la grande bourgeoisie : tous les rentiers (« qui vivent des revenus de leurs capitaux et de leurs biens immeubles » : la première section du 14^ groupe de notre statistique, 0,9 million) ; ensuite une partie des intellectuels bourgeois, les gros fonctionnaires militaires, civils, etc., 1 million 1/2 environ. A l'autre pôle de cette population improductive se trouvent les soldats, matelots, gendarmes, agents de police (environ 1,3 million), les domestiques et de nombreux gens de service (un demi-million au moins), près d'un demi-million de mendiants, vagabonds, etc., etc. On doit ici se borner à une répartition approximative par groupes se rapprochant le plus des types économiques fondamentaux : 2 millions environ seront classés parmi les prolétaires et semi-prolétaires (en partie, lumpenprolétaires), près de 1,9 million parmi les petits propriétaires pauvres et environ 1,5 million parmi les petits propriétaires aisés, en comprenant dans ce dernier nombre la majeure partie des employés, du personnel administratif, intellectuels bourgeois, etc.

Enfin, c'est dans la population industrielle et commerciale qu'on trouve, sans doute, le plus de prolétaires, et c'est là que l'abîme est le plus profend entre ces derniers et la grande bourgeoisie. Mais le recensement ne donne aucune indication sur la division de cette population en patrons, isoles, ouvriers, etc. Il ne nous reste donc qu'à choisir comme échantillon les données citées plus haut

sur la population industrielle de Pétersbourg, répartie d'après le rôle qu'elle tient dans la production. En se basant sur ces chiffres, on peut classer environ 7% parmi la grosse bourgeoisie, 10% parmi la petite bourgeoisie aisée, 22% parmi les petits patrons pauvres el 61% parmi le prolétariat. Dans l'ensemble de la Russie la petite production industrielle est assurément bien plus vitale qu'à Pétersbourg, mais en revanche nous ne rapportons pas à la population semi-prolétarienne une masse d'isolés et de koustari travaillant à domicile pour le compte des patrons. Les rapports que nous prenons ne différeront donc, somme toute, que peu de la réalité. Pour la population industrielle et commerciale, nous avons dénombré environ 1,5 million de gros bourgeois, environ 2,2 millions de petits producteurs aisés, environ 4,8 millions de petits producteurs nécessiteux et près de 13,2 millions de prolétaires et semiprolétaires.

En mettant ensemble la population agricole, industrielle et commerciale, et la population improductive, nous obtenons la répartition approximative suivante de toute la population de la Russie, d'après sa position de classe.

Population totale Hommes et femmes

Grosse bourgeoisie, propriétaires fonciers, hauts fonctionnaires, etc.

Petits propriétaires aisés Petits propriétaires pauvres Prolétaires* et semi-prolétaires

irès

de

mi

liions

Total environ 125,6 millions

Nous ne doutons pas que nos économistes et politiciens cadets et cadétisants n'élèvent des voix indignées contre

* Ils sont au nombre de 22 millions au moins. Voir ci-dessous.

une représentation aussi «simpliste» de l'économie russe. C'est qu'il est si commode, si avantageux de déguiser dans une analyse détaillée la profondeur des antagonismes économiques et de se plaindre en même temps de la « grossièreté » de la conception socialiste de Vensemble de ces antagonismes. Une telle critique de la conclusion à laquelle nous sommes arrivés n'a certes aucune valeur scientifique.

Il peut y avoir, bien entendu, au sujet du degré d'approximation de tels ou tels chiffres, des divergences de détails. De ce point de vue il est intéressant de noter l'ouvrage de M. Lossitski : Etudes sur la population de la Russie d'après le recensement de 1897 [Mir Boji, 1905, n° 8). L'auteur a fait usage des chiffres bruts du recensement sur le nombre des ouvriers et des domestiques. Se basant sur ces données, il a estimé la population prolétarienne de la Russie à 22 millions ; la population paysanne et les propriétaires terriens à 80 millions ; les patrons et les employés du commerce et de l'industrie, à 12 millions environ et la population n'exerçant aucun métier à 12 millions environ.

Le nombre des prolétaires, d'après ces données, se rapproche sensiblement de nos conclusions^'. Nier l'existence d'une masse énorme de semi-prolétaires parmi les paysans pauvres vivant d'un « gagne-pain auxiliaire », parmi les koustari, etc., ce serait se moquer de tous les chiffres concernant l'économie de la Russie. Il n'est que de se rappeler les 3 1/4 millions de feux sans chevaux de la seule Russie d'Europe, les 3,4 millions de feux à cheval unique, l'ensemble des renseignements de la statistique des zemstvos concernant l'affermage, le « gagne-pain », les budgets, etc., pour ne plus douter de l'effectif énorme de la population

* Il serait déplacé ici d'entrer dans les détails de la st tistiqne des ouvriers et des domestiques, dont s'est servi M. Lossitski. Cette statistique pèche, de toute évidence, par une diminution très appréciable du nombre des ouvriers.

semi-prolétarienne. Admettre que la population prolétarienne et semi-prolétarienne forme la moitié de la paysannerie, c'est plutôt diminuer qu'exagérer son importance. Et hors de к population agricole, la proportion des couches prolétariennes et semi-prolétariennes est assurément plus grande encore.

Ensuite, si l'on ne veut pas noyer dans les détails le tableau économique d'ensemble, il faut classer parmi les petits patrons aisés une partie notable du personnel administratif du commerce et de l'industrie, des employés, des intellectuels bourgeois, des fonctionnaires et ainsi de suite. Ici, nous en avons usé peut-être avec beaucoup trop de prudence en évaluant l'effectif de cette population à un chiffre trop élevé : peut-être faudrait-il augmenter le nombre des petits patrons pauvres et diminuer celui des patrons aisés. Du reste, de telles dfvisions ne prétendent pas à une absolue précision statistique.

La statistique doit illustrer les rapports économiques et sociaux établis par une ample analyse et ne pas se transformer en une fin en soi, comme il arrive trop souvent chez nous. Déguiser l'importance numérique des couches petitesbourgeoises dans la population de la Russie serait purement et simplement falsifier le tableau de notre réalité économique.

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