‹ Le développement du capitalisme en RussieChapitre 95 sur 138 · Conclusions · texte numérisé non relu

Conclusions

La critique que nous venons de faire dans les deux derniers paragraphes de notre statistique des fabriques et usines, nous amène aux conclusions principales que voici :

1. Le nombre des fabriques en Russie augmente rapidement depuis la réforme.

La conclusion inverse qui découle des chiffres de la statistique des fabriques et usines est une erreur. La raison en est que les petites entreprises artisanales, domestiques et agricoles sont classées chez nous parmi les fabriques ; et plus nous nous éloignons de l'époque actuelle, plus nombreux sont les petits établissements s'intégrant ainsi au nombre des fabriques.

2. Notre statistique grossit de même — pour le temps passé — le nombre des ouvriers des fabriques et usines ainsi que le volume de la production de celles-ci. Cela tient tout d'abord à ce qu'auparavant on intégrait un plus grand

■nombre d'établissements ; aussi les chiffres les moins dignes

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de foi sont-ils ceux des industries contiguës aux petites industries artisanales*. En second lieu, ceLa tient à ce que, par le passé, on enregistrait parmi les ouvriers des fabriques et usines un nombre plus grand qu'aujourd'hui d'ouvriers travaillant à domicile pour des capitalistes.

3. On croit ordinairement chez nous que les chiffres de la statistique officielle des fabriques et usines doivent être comparables avec les autres chiffres de la même statistique ; qu'ils doivent être considérés comme plus ou moins authentiques, jusqu'à preuve du contraire. Or, de ce que nous avons exposé plus haut, c'est le contraire qui est vrai : toutes les comparaisons entre des chiffres de notre statistique des fabriques et usines pour différentes périodes et différentes provinces doivent être considérées comme non authentiques jusqu'à preuve du contraire.

rV. LE DEVELOPPEMENT DE L'INDUSTRIE METALLURGIQUE ET MINIERE **

Dans la période initiale du développement de la Russie après la réforme l'Oural était le centre principal de la grande métallurgie. Formant une région nettement détachée

* Si l'on prend les chiffres globaux de toutes les branches pour des périodes prolongées, l'exagération résult?nt de la cause indiquée ne sera pas très grande, car les petits établissements donnent une faible proportion du total des ouvriers et de la valeur totale de la production. Il va de soi que les données comparées sont supposées tirées de sources identiques (quant à comparer les renseignements du Ministère des Finrnces avec ceux des comptes rendus des gouverneurs ou du RecueH de la statistique militaire, il ne saurait en être question).

** Sources : Sémionov. Etude des rcns. historiques sur le comm. et l'ind. russes. T. III, St-Pb 1859, pp. 323-339. Recueil de la stat. militaire, section de l'industrie minière. Annuaire du Min. des Fin. fasc. 1, St-Pb 1869. Rec. de renf. stat. sur les mines pour 1864-1867. St-Pb 1864-1867 (éd. du Comité scient, du corps des ing. des mines). — J. Bogolioubski. Essai de stat. des mines de l'Em.pire russe. St-Pb 1878. — Revue historico-statistique de l'industrie russe, St-Pb 1883. t. I (article

jusqu'en ces derniers temps de la Russie centrale, l'Oural possède en même temps une structure industrielle originale. A la base de « l'organisation du travail » était dès longtemps le servage qui, maintenant encore, jusqu'à la fin du XIX^ siècle, se fait sentir dans des domaines très importants de la vie ouvrière. Jadis, le servage détermina la haute prospérité de l'Oural et lui fit occuper une situation dominante non seulement en Russie, mais jusqu'à un certain point en Europe aussi. Au XVIII^ siècle, le fer était un des principaux objets d'exportation de la Russie ; on en exportait en 1782 environ 3,8 millions de pouds ; en 1800-1815, 2 à 1 1/2 million; en 1815-1838 environ 1 1/3 million. Déjà « aux années 1820-1830, la Russie produisait 1 1/2 fois plus de fonte que la France, 4 1/2 fois plus que la Prusse et trois fois plus que la Belgique ». Mais ce même servage qui avait permis à l'Oural de monter si haut à l'époque du développement embryonnaire du capitalisme européen, fut cause de sa décadence à l'époque de l'épanouissement du capitalisme. L'industrie du fer progressait dans l'Oural très lentement. En 1718, la Russie produisait environ 6,5 millions de pouds de fonte ; en 1767, près de 9,5 millions ; en 1806, 12 millions; en 1830-1840, 9 à 11 millions; en 1840-1850, 11 à 13 millions; en 1850-1860, 12 à 16 millions; en 1860-1870, 13 à 18 millions; en 1867, 17,5 millions de pouds. En cent ans, l'industrie ne put doubler, et la Russie se trouva loin derrière les autres pays européens.

de Keppen). Rec. de rens. stat. sur l'ind. métallurgique et minière de la Russie en 1890. St-Pb 1892. Ibid., pour 1901, (St-Pb 1904) et pour 1902 (St-Pb 1£05). — K. Skflkovski. La productivité métallurgique russe en 1877. St-Pb 1879. — L'i/zd. métall. russe, éd. du Dép-t. des min. pour l'exposition de Chicago. St-Pb 1893 (par Keppen). Rec. de rens. sur la Russie pour 1890. Ed. du Com. Central de la stat. St-Pb 1890. — Ibid. pour 1896. St-Pb 1897. — Les forces productives de la Russie, St-Pb 1896, sect. VII, — Messager des Finances pour 1896-97. — Recueils de rens. stat. des zemstvos pour les distr. d'Ekaterinbourg et de Krasnooujimsk de la prov. de Perm, etc.

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OÙ la grande industrie mécanique avait suscité un développement prodigieux de la métallurgie.

Le servage fut La cause principale de l'état de stagnation de l'Oural. Les maîtres de forges étaient en même temps seigneurs terriens et usiniers ; ils fondaient leur domination non pas sur le capital et la concurrence, mais sur le monopole* et sur leurs droits de propriétaire. Les maîtres de forges de l'Oural comptent aujourd'hui encore parmi les plus gros propriétaires terriens. En 1890, les 262 fonderies de fer de l'Empire possédaient 11,4 millions de décîatines de terre (y compris 8,7 millions de forêts) et sur ce chiffre 10,2 millions appartenaient à 111 usines de l'Oural (dont 7,7 millions de déc. de forêts) . En moyenne, par conséquent, chacune des usines de l'Oural possède de vastes latifundia, d'une centaine de mille déciatines de terre. La distribution aux paysans de lots pris sur ces domaines n'est pas encore entièrement achevée. Pour se procurer la main-d'œuvre dans l'Oural on pratique non seulement l'embauchage moyennant salaire, mais aussi contre redevances en travail. Ainsi, la statistique des zemstvos pour le district de Krasnooufimsk, province de Perm, compte des milliers d'exploitations paysannes auxquelles les usines fournissent terre, pâturages, forêts, etc., gratuitement ou à prix réduit. Il est certain que cette jouissance gratuite revient en réalité très cher, puisque le salaire est extrêmement diminué en conséquence ; les propriétaires d'usines ont ainsi « leurs propres » ouvriers à bon marché, ouvriers attachés à l'entreprise**. Voici comment M. V. Bélov caractérise cette situation :

* Lors de l'émancipation des paysans, les maîtres de forges de l'Oural réclamèrent et obtinrent le maintien de la loi interdisant l'ouverture, dans le rayon des usines, d'établissements travaillant au feu. Voir quelques détails dans les Etudes, pp. 193-194. (Voir Œuvres, t. 2, pp. 418-420. N.R-)

■ **■ L'ouvrier de l'Oural « est. . . à moitié cultivateur, de sorte que le travail du fer lui est d'un bon secours dans son ménage, quoique moins rétribué que dans les autres régions métallurgiques et minières » (Mes-

« L'Oural est fort, relate M. Bélov, de son ouvrier formé par une histoire «originale». «L'ouvrier des fabriques et usines de l'étranger ou même de St-Pétersbourg se désintéresse de ces usines : aujourd'hui il est ici, demain il sera ailleurs. La fabrique tourne, il travaille ; quand le profit fait place au déficit, il met sac au dos et s'en va aussi vite, aussi léger qu'il est venu. Lui et le patron de l'usine sont deux ennemis éternels. . . Tout autre est la situation de l'ouvrier des usines de l'Oural : il est du pays, il a là tout près de l'usine sa terre, son ménage, enfin sa famille. Son bien-être est intimement lié à la prospérité de l'usine. Quand l'usine tourne bien, il s'en trouve bien aussi ; quand elle tourne mal, il s'en ressent, mais il ne peut s'en aller (sic) : il ne s'agit pas de prendre son sac (sic) ; s'en aller, c'est détruire tout son petit monde, laisser là la terre, le ménage, la famille. . . Et le voilà prêt à patienter des années, à travailler pour un demi-salaire ou, ce qui revient au même, à rester la moitié du temps sans travail pour permettre à un autre ouvrier de la localité, pareil à lui, de gagner un morceau de pain. En un mot, il est prêt à faire avec son patron toutes sortes de compromis pour rester là, près de l'usine. . . Il existe donc un lien indissoluble entre l'ouvrier de l'Oural et son usine ; leurs rapports mutuels sont les mêmes qu'autrefois, avant l'émancipation ; seule la forme de ces rapports a changé, pas plus. L'ancien principe du servage a fait place au grand principe de l'avantage mutuel »*,

Ce grand principe de l'avantage mutuel se manifeste avant tout dans un abaissement particulier des salaires. « Dans le Sud. . . l'ouvrier est payé deux fois et même trois fois plus cher que dans l'Oural », par exemple, 450 roubles

sager des Finances, 1897, n° 8). On sait que les conditions de l'affranchissement des paysans de l'Oural ont été adaptées à leur situation à l'usine ; la population minière comprenait des ouvriers qui, dépourvus de terre, devaient travailler toute l'année à l'usine, et des travailleurs ruraux qui, pourvus d'un lot, devaient exécuter des tâches auxiliaires Il existe un terme bien caractéristique qui s'est conservé jusqu'à ce jour : on dit des ouvriers de l'Oural qu'ils sont « endettés » au travail. Quand on lit, par exemple, dans la statistique des zemstvos «renseignement sur une équipe d'ouvriers travaillant par endettement, dans les ateliers de l'usine d'Artinsk », on regarde involontairement la date sur -la couverture : est-ce bien l'année 94, n'est-ce pas plutôt l'année 44 ?88

* Travaux de la Commission d'étude des industries artisanales. Fasc. XVI, St-Pb 1887, pp. 8-9 et suivantes. Le même auteur parle plus loin de la «saine industrie populaire»!

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(par an et par ouvrier) contre 177 roubles d'après des chiffres sur plusieurs milliers d'ouvriers. Dans le Sud, « les ouvriers quittent l'usine ou la mine dès qu'ils entrevoient la possibilité de trouver un gain convenable aux travaux des champs dans leur pays ou ailleurs » {Messager des Finances, 1897, n° 17, p. 265). Dans l'Oural, on ne peut même pas songer à trouver un gain convenable.

La technique retardataire de l'Oural est en relation naturelle et étroite avec le bas salaire et l'état d'asservissement de l'ouvrier de l'Oural. La fonte au bois y prédomine avec des hauts fourneaux de construction ancienne, munis de souffleries à vent froid ou faiblement réchauffé. En 1893, sur 110 hauts fourneaux, l'Oural en comptait 37 à vent froid, dans le Sud 3 sur 18. Un haut fourneau au charbon donnait en moyenne 1,4 million de pouds par an; chauffé au bois, il n'en fournissait que 217 000 pouds. En 1890 M. Keppen écrivait : « Le procédé d'affinage du fer par la forge, se maintient encore aux usines de l'Oural, pendant que dans les autres parties de la Russie il est déjà tout à fait détrôné par le puddlage »^^. L'emploi des machines à vapeur dans l'Oural est beaucoup moins fréquent que dans le Sud. Enfin, on ne saurait passer sous silence l'isolement de l'Oural, son détachement du centre de la Russie dont il est séparé par d'énormes distances et par l'absence de voies ferrées. Jusqu'à ces tout derniers temps, le transport des produits de l'Oural à Moscou s'opérait surtout par le procédé primitif du « flottage » une fois par an*.

* Cf. la description du flottage dans le récit de M. Mamine-Sibiriak Les Combattants. L'écrivain retrace vivement la vie particulière de l'Oural, proche de celle d'avant la réforme, avec la même servitude, la même ignorance, la même humilité de la population attachée aux usines, avec la même « débauche consciencieuse et puérile » des «maîtres », avec cette même absence de couche moyenne (roturiers, intellectuels) qui est si caractéristique du développement capitaliste de tous les pays, sans en excepter la Russie.

Ainsi, les vestiges les plus immédiats du régime d'avant la réforme, développement vigoureux du système des redevances, fixation des ouvriers à l'usine, médiocre productivité du travail, technique retardataire, bas salaire, prédominance de la production manuelle, l'exploitation primitive et outrée des richesses naturelles du pays, monopoles, restriction de la concurrence, isolement et repliement sur soi-même vis-à-vis du mouvement commercial et industriel général de l'époque : tel est le tableau d ensemble que présente l'Oural.

La région minière du Sud* est à bien des égards diamétralement opposée à l'Oural. Autant l'Oural est vieux et son régime « sanctionné par les siècles », autant le Sud est jeune et encore en cours de formation. L'industrie purement capitaliste qui s'est développée ici dans les dernières décades, ne connaît ni traditions, ni distinctions de caste, ni nationalités, ni population isolée du reste du monde. Le Sud de la Russie est devenu et reste encore une région d'immigration en masse pour les capitaux, les ingénieurs et les ouvriers étrangers, et à l'époque de fièvre où nous sommes (1898) on y transporte d'Amérique des usines entières**. Le capital international ne s'est point gêné pour venir s'installer à l'intérieur de la muraille douanière, sur un sol «étranger»: ubi bene. ibi patria***. Voici les données statistiques sur le refoulement de l'Oural par le Suds'J :

* La statistique des mines entend par « Russie du Sud et du Sud- Ouest » les provinces de Volhynie, Don, Ekatérinoslav, Kiev, Astrakhan, Bessarabie, Podolie, Tauride, Kharkov, Kherson et Tchernigov. C'est à ces provinces que se rapportent les chiffres cités. Tout ce qui sera dit ici pourrait s'appliquer (à quelques changements près) à la Pologne, qui forme une autre région minière très importante depuis la réforme. ** Messager des Finances. 1897, n° 16 : la société de Nikopol-Marioupol a commandé en Amérique et transporté en Russie une fabrique de tuyaux.

*** Où l'on est bien, là est la patrie. (N.R.)

Années

Production de fonte en milliers de pouds

Houille extraite dans

l'Empire.

En millions

de pouds

Dans

l'Empire

entier

Dans l'Oural

Au Sud

Ces chiffres nous montrent clairement la révolution technique qui s'accomplit actuellement en Russie et l'immense capacité de développement des forces productives que possède la grande industrie capitaliste. La domination de l'Oural équivalait à la domination du travail servile, de la technique retardataire et de la stagnation*. Par contre, nous voyons miaintenant que la grande métallurgie fait en Russie des progrès plus rapides qu'en Europe occidentale, plus rapides même pour une part qu'en Amérique du Nord. En 1870, la Russie produisit les 2,9% de la production mondiale de fonte (22 millions de pouds sur 745), et en 1894, 5,1% (81,3 millions de pouds sur 1 584,2) {Messager des Finances, 1897, n° 22). Au cours de ces dix dernières années (1886-1896), la production de fonte en Russie a tri-

* Il est certain que les maîtres de forges de l'Oural présentent les choses un peu autrement. Voyez avec quelle éloquence ils se lamentaient dans les congrès de l'an dernier: «Les services historiques ren-

plé (de 32 500 000 à 96 500 000 de pouds) tandis que pour arriver au même résultat il a fallu à La France 28 ans (1852-1880), aux Etats-Unis 23 ans (1845-1868), à l'Angleterre 22 ans (1824-1846), à l'Allemagne 12 ans (1859- 1871, voir le Messager des Finances. 1897, n° 50). Dans' les pays jeunes le développement du capitalisme est sensiblement accéléré par. l'exemple et le concours des pays plus anciens. La dernière décade (1888-1898) est assurément une période particulière de fièvre, qui, comme toute prospérité capitaliste, mène infailliblement à une crise ; le capitalisme d'une façon générale ne peut se développer autrement que piar bonds.

L'emploi des machines dans l'industrie et l'accroissement numérique des ouvriers ont été bien plus rapides dans le Sud que dans l'Oural* :

dus par l'Oural sont universellement connus. Pendant deux cents ans toute la Russie a labouré, moissonné, forgé, bêché et haché avec les outils de ses usines. Elle a porté sur sa poitrine des croix en cuivre de l'Oural, voyagé sur des essieux de l'Oural, tiré avec des fusils en acier de l'Oural, préparé des crêpes sur des poêles à frire de l'Oural, fait sonner dans sa poche les gros sous de l'Oural. L'Oural a pourvu aux besoins de tout le peuple russe. . . » (qui n'employait presque pas de fer. En 1851, la consommation de la fonte en Russie était estimée à 14 livres environ par habitant ; en 1895, 1,13 poud et en 1897, 1,33 poud) «... en fabriquant les produits conformément à ses besoins et à son goût. Il a prodigué largement (?) ses richesses naturelles, sans courir après la mode, sans se passionner pour la fabrication des rails, des grilles de cheminée et des monuments. Et c'est pour ces services séculaires qu'il fut un beau jour abandonné et oublié » {Messager des Finances. 1897, n° 32 : « Les congrès des maîtres de forges de l'Oural »). En effet, quel mépris pour les fondements « sanctionnés par des siècles ». Et la faute en est toujours à ce malencontreux capitalisme qui a fait régner une pareille « instabilité » dans notre économie nationale. Ce serait bien autre chose si l'on pouvait vivre comme au bon vieux temps, « sans se passionner pour la fabrication des rails » et faire des crêpes sur des poêles à frire de l'Oural !

* M. Bogolioubski estime qu'en 1868 on employait dans l'industrie métallurgique et minière 526 machines à vapeur d'une puissance de 13 575 chevaux.

Années

Machines à vapeur et CV employées dans la grande métallurgie

Nombre de mineurs (sauf ceux qui 9ont occupés à l'extraction du sel)

Total pour la Russie

Oural

Sud

Total pour la Russie

Dans l'Oural

Dans le Sud

ra >

B-ra

ra >■ S-cc

Le nombre des chevaux-vapeur a donc augmenté seulement de 2,5 fois dans l'Oural, et de six fois dans le Sud ; le nombre des ouvriers de l'Oural a augmenté de 1 2/3, et dans le Sud de presque quatre fois*. C'est donc la grande industrie capitaliste qui fait croître rapidement le nombre des ouvriers en même temps qu'elle élève énormément la productivité de leur travail.

En parlant du Sud il faut mentionner également le Caucase qui se caractérise aussi par un développement prodigieux de l'industrie métallurgique et minière ^après la réforme. La production de pétrole qui, en 1860-1870, n'atteignait pas le million de pouds (557 000 en 1865), était en 1870 de 1,7 million de pouds ; en 1875, de 5,2 millions ; en 1880, de 21,5 millions; en 1885, de 116 millions; en 1890, de 242,9 millions ; en 1895, de 384,0 millions ; en 1902, de

* En 1886 le nombre des ouvriers dans la sidérurgie s'élevait d?ns l'Oural à 145 910; en 1893 à 164 126; dans le Sud, à 5 956 et 16 467, soit une augmentation de 1/3 (approximat.) et de 2 3/4 fois. Pour 1902, pas de renseignements sur le nombre de machines à vapeur et leur puissance. Quant aux ouvriers mineurs (sauf ceux qui sont occupés à l'extraction du sel) ils étaient en 1902 dans toute la Russie au nombre de 604 972. dont 249 805 dans l'Oural et 145 280 dans le Sud.

637,7 millions de pouds. Presque tout le pétrole est extrait dans la province de Bakou, et la ville du même nom, « de petite ville sans importance est devenue pour la Russie un centre industriel de premier ordre, avec 112 000 habitants »*. Le développement énorme des industries d'extraction et de traitement du pétrole a entraîné en Russie une consommation intensive de ce produit qui a détrôné le produit américain (accroissement de la consommation individuelle depuis que le produit, grâce au traitement industriel, est devenu meilleur marché), et une consommation encore plus grande des résidus pétroliers comme combustible dans les usines, les fabriques et les chemins de fer (accroissement de la consommation productive)**. Le nombre des ouvriers occupés dans l'industrie minière et métallurgique du Caucase s'est également accru avec une extrême rapidité, de 3 431 en 1877 à 17 603 en 1890, c'est-à-dire qu'il a quintuplé.

Pour illustrer la structure industrielle du Sud, examinons les chiffres de la production houillère du bassin du Donetz (où les mines sont en moyenne plus petites que dans les autres régions de la Russie). En groupant les mines d'après le nombre d'ouvriers, on obtient le tableau que voici*** :

* Le Messager des Finances, 1897, n° 21. En 1863, il y avait à Bakou 14 000 habitants; en 1885. 45 700.

** En 1882, plus de 62% des locomotives étaient chauffées au bois ; en 1895/96, 28,3% au bois, 30% au pétrole, 40,9% au charbon [Forces productives, XVII, p. 62). Après avoir conquis le marché intérieur, l'industrie pétrolière se lance à la recherche de marchés extérieurs, et l'exportation du pétrole en Asie augmente très rapidement [Messager des Finances, 1897, n° 32), malgré les prophéties a priori de certains économistes russes qui aiment à disserter sur l'absence de marchés extérieurs pour le capitalisme russe.

*** Chiffres empruntés à la liste des mines du Recueil de rens. sur l'ind. min. et métallurgique en 1890.

Groupes de mines d'après le nombre des ouvriers

Bassin du Donetz

Par mine

u ai

Nombre de

charbon extrait(enmilliers de pouds)

Machines à vapeur

Machines à vapeur

—1 ai ftbB

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