LES ÉLÉMENTS
LA SURFACE SENSIBLE
1. L’émulsion au gélatino-bromure d’argent. — 2. Excès de bromure alcalin. — 3. Excès d’azotate d’argent. — 4. Lavage de l’émulsion. — 5. Maturation de l’émulsion. — 6. Sensibilité à la lumière. — 7. Orthochromatisation de l’émulsion. — 8. Teintures servant à l’orthochromatisation. — 9. Mélange des teintures. — 10. Courbes d’action des matières colorantes. — 11. Nécessité de l’écran jaune. — 12. A quoi on doit attribuer les effets des matières colorantes ajoutées à l’émulsion. — 13. Nécessité d’employer une surface sensible orthochromatisée.
1. — La surface sensible, employée actuellement en photographie, est le gélatino-bromure d’argent. Pour obtenir ce gélatino-bromure, on a fait dissoudre dans l’eau chaude une certaine quantité de gélatine. On lui ajoute un bromure alcalin et on mélange avec une solution d’azotate d’argent. Par double décomposition, il se forme alors ud précipité blanc de bromure d’argent :
KBr + AgAzO3 = AgBr + KAzO»
Ce précipité, étant insoluble, s’incorpore avec la gélatine
Il forme ainsi une masse désignée sous le nom d'émulsion. Tiède, elle est fluide et laiteuse.
Yerse-t-on ce liquide laiteux sur une plaque de verre, par exemple? Il se coagule rapidement, fait prise, atteint au bout d’un certain temps un état complet de dessiccation, et l’on possède alors une plaque dite sensible.
Pratiquement, la fabrication d’une plaque sensible n'est pas aussi simple que semble le comporter cette définition d’une émulsion. La réaction, représentée par la formule ci-dessus, ne saurait s’effectuer complètement qu’autant qu’on mettrait en présence le même nombre de molécules d’azotate d’argent et de bromure de potassium. L’impureté commerciale de ces sels, impureté plus ou moins grande, mais impureté existante, empêche la réalisation pratique de cette condition. L’émulsion contient donc fatalement soit un excès de bromure alcalin, soit un excès d’azotate d’argeni.
2. — Un excès de bromure alcalin diminue la sensibilité de l’émulsion, soit que sa décomposition par la lumière permette au brome dégagé de reformer du bromure d’argent en s’unissant au sous-broinure qui, comme nous le verrons, constitue l’image latente; soit qu’il se forme, au détriment du bromure d’argent de l’émulsion, un bromure double tel que AgBr,2KBr insensible à la lumière.
3. — Un excès d’azotate d’argent incite les révélateurs, employés pour le développement de l’image latente, à décomposer le bromure d’argent, en présence de l’azotate d’argent, sans le secours de lalumière, et, par conséquent, à déterminer à la surface de la plaque un dépôt uniforme d’argent métallique qui voilerait l’image. Ou bien encore cet excès, se combinant avec la gélatine, pourrait former des composés qui offriraient prise aux révélateurs et diminueraient d’autant leur action.
4. — Dans les deux cas, on doit se débarrasser de l’excès. On arrive à ce résultat par des lavages. L’émulsion, fragmentée en tout petits morceaux par un moyen mécanique quelconque, est mise dans de larges cuvettes pleines d’eau, que Ton renouvelle souvent, ou jetée sur un tamis de crin au travers duquel on fait passer de l’eau. De cette façon, tous les sels solubles de ia forme KBr ou Az03Ag ou KAzO3 sont éliminés' Seul, le bromure d’argent pur, insoluble dans
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l’eau, reste dans l’émulsion. Trois heures de lavage suffisent généralement. Il n’est pas d’ailleurs nécessaire de prolonger outre mesure l’opération.
Quelques préparateur substituent l’alcool à l’eau. Sous ce traitement, la gélatine durcit et sèche plus rapidement. Plusieurs manières existent pour détermi ner si l’émulsion est suffisamment lavée. Le moyen le plus simple consiste à mettre dans la dernière eau de lavage quelques parcelles d’azotate d’argent. S’il ne se forme aucun précipité, le lavage est bon. On fait alors égoutter l’émulsion ; on la sèche même dans de la mousseline ou du papier buvard, jusqu’à ce que l’eau soit complètement éliminée.
Le gélatino-bromure d’argent ainsi obtenu est fluidifié dans un bain-mari« porté à 60° C., en évitant la formation de bulles d’air. Au besoin, on la filtre. Ainsi tiède et fluide, elle peut être coulée sur le substratum qui doit lui servir de support. J’ai donné, d’autre part (1), les moyens mécaniques de procéder à cet étendage.
5. — Toutefois, dans cet état, l’émulsion serait peu sensible. Le bromure d’argent y revêt, en effet, un état moléculaire le rendant difficilement altérable par la lumière. Il s’agit donc de transformer cet état en un autre moins stable devant l’action des rayons lumineux. On obtient cette transformation, en faisant mûrir l’émulsion. Cette maturation s’effectue, soit par l’action de la chaleur, soit par celle de l’ammoniaque. A des propriétés physiques particulières, on reconnaît ces deux états du gélatino-bromure. Avant maturation, si on l’étend sur une lame de verre mince, il présente, par réflexion, une coloration jaune-serin, et, par transparence, jaune orangé. Après maturation, si on l’étend également sur une lame de verre mince, il présente, par réflexion, une coloration jaune verdâtre, et, par transparence, une coloration bleu-ardoise. En outre, après maturation, le grain du bromure d’argent n’est pas le même qu’avant la maturation. Conformément aux indications du Dr Eder, le gélatino-bromure qui posséderait un diamètre de 0mm,0008 à 0mm,0015 avant la maturation, atteindrait, après cette opération, un diamètre de 0mm,009 à 0mm,004.
(1) Voir mou ouvrage : la Pratique en Photographie , livre I. cbap vu
Dans le phénomène de la maturation, la chaleur semble jouer plusieurs rôles. Elle écarte les uns des autres les atomes du bromure d’argent et chasse de l’émulsion l’acide chlorhydrique, toujours contenu, peu ou prou, dans la gélatine. Si l’action de la chaleur est très énergique, elle écarte les atomes jusqu’au point de rendre le bromure d’argent spontanément décomposable sans le secours de la lumière. Il va donc de soi qu’au fur et à mesure de la maturation par la chaleur, l’émulsion devient sensible à une partie de plus en plus étendue du spectre solaire, jusqu’au point de ne plus être sensible du tout. Les plaques qui donnent gris, par conséquent qui rendent mal le contraste des couleurs, peuvent être des plaques dont l’émulsion est trop mûrie. Il faut donc savoir arrêter à point la maturation, c’est-à-dire, l’arrêter à un point tel que l’émulsion soit dans un bon état intermédiaire entre le bromure non mûri et le bromure modifié, et aussi pour que l’acide chlorhydrique soit entièrement chassé. Sa présence détruirait le sous-bromure d’arg ent, qui constitue l’image latente, en formant du bromure et du chlorure d’argent.
En ce qui concerne la destruction de l’acide chlorhydrique, l’ammoniaque joue le même rôle que la chaleur. Quant à ce qui est de son action sur l’état moléculaire du bromure d’argent, elle paraît fort complexe. Toutefois, Edelsen estime que l’ammoniaque dissout une petite quantité de bromure d’argent et que, pendant le lavage, ce composé se précipite sur le bromure non encore mûri pour donner naissance à un bromure à gro-s grains, très sensible aux actions lumineuses. On n’a pas encore étudié ou essayé d’expliquer pourquoi le bromure d’argent est d’autant plus sensible que ses particules sont plus grosses. Nous ne pouvons nous en référer qu’à une constatation fournie par l’expérience.
6. — Une émulsion bien préparée, mûrie à point, tout en présentant une grande sensibilité à la lumière, n’est pas cependant également sensible aux différentes radiations lumineuses. D’une façon générale, l’impression la plus énergique du spectre solaire se fait surtout sentir aux environs de la raie G, qui correspond au bleu, soit aux radiations ayant une longueur d’onde de 430 millionièmes de millimètre environ. Ce ne sont donc ni les rayons à ondes.lrès
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courtes, ni les rayons à ondes très.ongues qui agissent le plus On sait, en effet, que les longueurs d’onde des principales raies du spectre solaire visible se chiffrent comme suit :
Raie A.
— Longueur (Tonde : 760,4.
— Couleur : rouge limite.
— rouge.
— orangé
— jaune.
— vert bleu.
— bleu.
- violet.
— violet limite.
Donc, lorsqu’un photographe aura devant lui des motifs à colorations multiples et nettement accentuées, il lui sera impossible d’obtenir les valeurs justes avec sa plaque sensible. Un simple paysage, avec ciel bleu, verdures sombres, blés mûrs et toits de tuiles rouges, se traduira par une
2 3 4 5 6 i 89 10 tî 12
Radiations colorées et raies du spectre solaire.
1. Rouge. — 2. Rouge orangé. — 3. Orangé. — 4. Jaune orangé. — 5. Jaune. — 6. Jaune vert et vert jaune. — 7. Vert franc. — 8. Vert bleu. — 9. Bleu cyané. — 10. Bleu franc. — 11. Bleu violet. — 12. Violet.
image présentant, dans ses tonalités, des dégradations ou des oppositions très différentes de celles que l’œil du spectateur percevait devant un tel paysage.
Il devient donc intéressant de chercher à obtenir une surface sensible fournissant la représentation des couleurs avec des opacités de teintes proportionnelles, autant que possible, à l’effet que ces couleurs, à l’état naturel, produisent sur l’œil. Cette sensibilité proportionnelle à celle de l’œil, pour les différentes couleurs, est ce qu’on nomme Y orthochromatisme. Il faut donc chercher à orthochromatiser convenablement la surface sensible, à augmenter sa sensibilité au vert au jaune, à l’orangé et au rouge
?. — Industriellement, on atteint ii ce but en incorporant au gélatino-bromure certaines teintures, soit par trempage de la plaque dans ces teintures, soit par l’introduction directe de ces teintures dans l’émulsion elle-même.
Dans le cas du trempage, la plaque est plongée, deux ou trois minutes seulement, dans le bain de teinture, mise à égoutter, puis immergée une demi-minute environ dans de l’eau distillée. Par ce lavage, on enlève l’excès de solution colorée, qui, au cours du séchage, pourrait produire des taches sur la surface de la plaque.
Dans le cas de l’introduction dans l’émulsion, on ajoute à celle-ci, quand elle est encore liquide, quelques centimètres cubes d’une solution aqueuse de la matière colorante, à un titre connu, en ayant soin de disséminer uniformément la teinture dans toute la masse. La quantité de matière colorante doit être faible. Généralement 0gr,004 de matière colorante solide suffisent pour 1 00 centimètres cubes d’émulsion. Certaines teintures même ne doivent être ajoutées qu’à raison de un dix-millième de gramme.
8. — Les principales matières colorantes employées pour l’orthochromatisation de la surface sensible sont :
1° L 'éosine. Elle n’a pas tout à fait les mêmes effets suivant sa teinte, h' éosine à teinte bleue , qui porte aussi les noms d’éosine à l’iode ou de tétraiodofluorescine, sensibilise pour le vert, le vert jaune et le jaune, sans toutefois diminuer sensiblement l’action des rayons bleus. L 'éosine à teinte jaune , qui porte aussi les noms d’éosine au brome ou de tétrabromofluorescine, sensibilise pour les mêmes rayons, sur une moins grande étendue cependant. Le maximum d’effet de l’éosine peut être placé entre les raies F et D, avec une tendance d’autant plus prononcée vers D que la couleur de la teinture est plus foncée. La diminution de la sensibilité aux rayons bleus étant, comme je l’ai dit, très peu sensible avec l’éosine, il faudra nécessairement, pour atteindre à l’orthochromatisme, employer l’éosine jaune.
2° Les érythrosines , surtout l’érythrosine dite Rose Bengale,. sensibilise pour l’orangé, en diminuant un peu la sensibilité aux rayons bleus. Son maximum de sensibilisation se trouve compris entre les raies C et D.
3° La cyanine, ou bleu de quinoléine, sensibilise l’orange
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et surtout le rouge, en diminuant sensiblement l’action aux rayons bleus. Son maximum d’effet se trouve cependant compris, comme pour l’érythrosine., entre les raies G et D.
4° Le violet méthyle et le violet Hoffmann sensibilisent surtout pour l’orangé, toujours avec un maximum d’effet entre les mêmes raies.
5° Le vert à l'iode , provenant du violet Hoffmann, sensibilise également pour l’orangé, mais son maximum se trouve compris entre les raies C et B. Ce vert à l’iode est la teinture qui donne la gamme de sensibilisation la plus étendue.
6° L ’alizarine, à l’état de bisulfite bleu, sensibilise pour le rouge entre les raies A et C avec maximum entre les raies C et B. La sensibilisation s’étend même dans l’infra-rouge si l’on ajoute à la teinture quelques gouttes d’azotate d’argent.
7° La chlorophylle , surtout celle extraite du myrte ou du plantain, sensibilise très nettement le rouge, l’orangé et le vert.
9. — On pourrait croire, qu’en effectuant des mélanges de ces différentes teintures, on obtiendrait un produit susceptible de faire bénéficier l’émulsion des propriétés sensibilisatrices de chacune des matières colorantes entrant dans ce mélange. Certes, cela a lieu, mais le plus souvent dans des conditions telles que les résultats ne sont pas satisfaisants. Il n’y a guère que l’érythrosine et lacyanine qui donnent un mélange dont les actions colorantes des deux produits se superposent.
10. — En résumé, les courbes représentant les actions des matières colorantes ajoutées, d’une façon ou d’une autre, à la couche sensible, passent par deux maxima: le maximum ordinaire du gélatino-bromure d’argent ne variant pas de position, demeurant toujours voisin de la raie G, mais étant plus ou moins diminué selon la nature de la matière tinctoriale employée ; le maximum nouveau, dû à cette même matière tinctoriale et qui, d’une façon générale, affecte la partie du spectre solaire présentant précisément la même couleur que cette matière. Il en résulte donc, avec diminution de la sensibilité aux rayons bleus, exaltation de sensibilité aux autres rayons. Ce qui tend à amener l’ortho-
chromatisme dans toute la série des couleurs du spectre. Néanmoins, la diminution n est ni égale aux valeurs ni en rapport complet des valeurs. L’on doit encore diminuer la sensibilité au bleu en faisant usage d’un écran translu-
Courbes de sensibilité aux radiations colorées des différentes plaques de la marque Lumière.
eide jaune, plus ou moins foncé, suivant la matière colorante employée pour l’orthochromatisation.
11. — Du fait de cette interposition d’un écran, la durée du temps de pose se trouve un peu augmentée. Toutefois nous avons maintenant dans le commerce des plaques orthochromatiques aussi sensibles que les plaques ordinaires. Je citerai, pour exemple, les plaques de la maison Lumière: orthochromatiques série A et panchromatiques. Leur sensibilité générale est la même que pour les plaques ordinaires de celte maison, étiquette bleue. Sans écran elles permettent donc l’instantanéité et offrent cet avantage sur les plaques ordinaires, de mieux piquer l’image, de conserver les blancs plus purs, parce que la matière colorante retarde, dans la couche sensible, la diffusion des rayons bleus et violets. Nous avons donc tout intérêt à nous servir, dans tous les cas, de ces plaques orthochromatiques. Toutefois, lorsque
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nous voudrons leur faire rendre toute leur valeur orthochromatique, il faudra recourir à l’emploi d’un écran translucide jaune.
12. — A quoi devons-nous attribuer les effets des matières colorantes ajoutées à l’émulsion?
« 1° Nous savons qu’une couche sensible est impressionnée précisément par les radiations qu’elle absorbe. Il suffit donc d’étudier la position et l’intensité des bandes du spectre d’absorption de la couche sensible teinte pour en conclure l’action photographique des diverses radiations sur cette couche. Le spectre d’absorption de la couche sensible teinte est le résultat de la matière tinctoriale. Or, le spectre d’absorption du composé sensible présente nécessairement une forte bande obscure dans la partie la plus réfrangible du spectre, là où se trouvent les radiations qui l’impressionnent le plus, tandis que le spectre d’absorption de la matière tinctoriale n’est nullement obscurci dans cette région et présente seulement une bande foncée dans la partie du spectre correspondant à sa couleur par transparence.
« Si nous supposons que l’on superpose les deux spectres, les bandes d’absorption ne coïncideront donc pas et la bande obscure de l’un des spectres sera éclairée par une partie lumineuse de l’autre, de sorte que le spectre d’absorption de la couche teinte ne présentera pas de bandes absolument obscures. En particulier, la bande du spectre d’absorption de la couche sensible, voisine de la raie G, sera moins intense dans le spectre de la couche teinte que dans le spectre de la couche non teinte, ce qui indique, ainsi que nous voulions le démontrer, que la sensibilité de la couche pour les radiations bleues est diminuée.
« Remarquons, en outre, qu’une autre cause empêche la coïncidence des deux spectres. En effet, les matières colorantes employées pour teindre les plaques appartiennent, en général, à la classe des corps dits à couleurs superficielles, dont la couleur par réflexion diffère de la couleur par transparence. Or, la dispersion produite par un corps est anomale, c’est-à-dire que ces corps réfractent plus fortement les rayons rouges que les rayons violets (Kundt).
« Dans ce cas, le spectre d’absorption de la matière cololante est inverse, et c’est la partie rouge de ce spectre qui
éclaire la bande de la partie bleue du spectre du composé sensible.
« 2° Cherchons à expliquer, en second lieu, comment une couche sensible, par le fait qu’elle contient une matière colorante, peut éprouver, sous l’influence des radiations longues correspondant à la couleur de la teinture, une altération qui, toutes choses égales d’ailleurs, n’aurait pu être produite sur une couche ordinaire que par des radiations à courte période.
« Les radiations absorbées par la matière colorante doivent activer singulièrement le mouvement vibratoire de ses molécules. Celles-ci, étant en contact immédiat avec les molécules sensibles, leur communiquent ce mouvement et déterminent ainsi leur modification. On voit donc que la matière colorante joue le rôle d’un intermédiaire qui reçoit les vibrations lumineuses et les communique à la matière sensible.
« Le Dr Yogel explique cette transmission du mouvement vibratoire de la manière suivante :
« Les matières colorantes pourraient convertir les radiations qu’elles absorbent en radiations de diverses longueurs d’ondes ; les unes longues produisant une élévation de température et une extinction ,photothermique de la radiation ; les autres plus courtes et capables de déterminer des décompositions chimiques avec extinction photochimique de la radiation. Ces ondes courtes pourraient être synchrones du mouvement des molécules de bromure d’argent et amplifieraient le mouvement de ces molécules au point de les modifier. Remarquons, à l’appui de cette théorie, que les matières colorantes que l’on ajoute aux couches sensibles jouissent bien de la propriété d’altérer les longueurs d’onde des radiations; ces matières colorantes sont, en effet, ou fluorescentes, ou capables de produire une dispersion anomale (1). »
Cette explication du D* Yogel a rencontré des incrédules et des adversaires. Le capitaine Abney, entre autres, a fait remarquer, non sans justesse, que la transformation des radiations absorbées par la matière colorante en radiations
(1) A. de la Baume-Pluvinel, la f ormation des images photographique». Paris, 1891, in-18 jésus (Gauthier-Villarsh
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plus réfrangibles paraît d’une admission difficile. En effet, si nous nous en rapportons à la loi de Stokes, nous savons que si un corps peut émettre des radiations différentes de celles qu’il reçoit, la réfrangibilité des radiations émises demeure toujours inférieure, ou tout au plus égale, à la réfrangibilité de la lumière excitatrice.
Le capitaine Abney estime d’ordre chimique l’action des radiations sur la matière colorante. Pour cela, il se fonde sur la nature même des teintures employées. Les unes sont fugitives , c’est-à-dire altérées par la lumière; les autres sont fixes.
Lorsqu’une couleur fugitive est ajoutée à une couche sensible, il y a décoloration sous l’action de la lumière, donc oxydation de la couleur, et celte oxydation ne peut se faire qu’au détriment de la matière sensible. Le bromure d’argent subit par conséquent une réduction partielle, et, ultérieurement, le révélateur n’aura plus qu’à achever ce commencement de développement de l’image.
Lorsqu’une couleur fixe est ajoutée à la matière sensible, il n’y a pas de décoloration sous l’action de la lumière, donc pas d’oxydation. Dans ce cas, la couleur s’unirait au bromure d’argent pour former avec lui une combinaison mécanique, analogue à la formation des laques. 11 semble, en effet, qu’il y ait réellement combinaison et non mélange, car la couleur, quoique soluble dans l’eau, ne saurait être séparée du bromure d’argent par des lavages même prolongés. Cette combinaison serait décomposable par la lumière au même titre qu’une couleur fugitive.
Se fondant sur cette formation d’une combinaison, M. R. Col son estime qu’il est naturel de penser que le nouvel arrangement moléculaire qui en résulte est tel que le mouvement vibratoire lumineux puisse y déterminer plus facilement le travail préliminaire, cause de l’image latente.
« Lorsqu’une teinture sensibilise pour une lumière d’une certaine couleur, l’examen spectroscopique montre que les rayons de cette couleur sont, en effet, absorbés par le composé, ce qui se traduit, dans le spectre, par une bande obscure à la place que cette couleur doit occuper. Il y a donc travail absorbé par la teinture et transformation en impression
latente. Cette condition d’absorption est nécessaire, mais n’est pas suffisante, car beaucoup de substances qui ont la propriété d’absorber certaines radiations ne sont pas capables d’y rendre sensible le gélatino-bromure. Cela tient sans doute à ce que l’association des molécules de la teinture à celles du gélatino-bromure n’est pas assez intime pour que les vibrations imprimées aux premières par la lumière puissent entraîner les secondes, surtout si les premières ne subissent pas de décomposition chimique sous l’action de ces radiations. L’énergie absorbée, qui doit toujours se retrouver sous une forme quelconque, se manifeste alors probablement sous la forme calorifique (1). »
13. — Quoi qu’il en soit, il demeure acquis que les plaques photographiques ordinaires ne sauraient nous donner, avec justesse, les images des objets diversement colorés. L’épreuve finale diffère très notablement de la gamme des éclats visuels des couleurs, attendu que la courbe de l’action photographique du spectre diffère très notablement de la courbe de son intensité lumineuse. En ajoutant des teintures aux émulsions, on parvient à corriger ce défaut en grande partie, donc à reproduire des images dites orthochromatiques, c’est-à-dire reproduisant avec justesse, ou avec une justesse très approchée, la valeur des couleurs.
Un simple coup d’œil jeté sur un spectre môntre que le maximum de son intensité lumineuse se trouve aux environs de la raie D. En créant, par conséquent, un maximum d’action photographique en D et en réduisant autant que possible le maximum d’action photographique ordinaire qui se trouve dans le voisinage de la raie G, on obtient une courbe photographique du spectre se rapprochant à très peu près de la courbe de son intensité lumineuse.
Conclusion: notre surface sensible doit être composée d’une émulsion au gélatino-bromure d’argent dûment orthochromatisée.
(1) R. Colson, la Plaque nhotographique. Paris, 1897, in-8 [G. Carré et C. Naud).
L'IMPRESSION
14 las halogènes de l’argent. — 15. Lebromuie d’argent. — 16. Fonction de ia surface sensible. — 17. La lumière grand agent de l’impression. — 18. Sensibilité de la surface sensible. — 19. Le phototype négatif et sa valeur. — 20. Problème du temps de pose. — 21. — Coefficient d’éclat.
— 22. Coefficient d’éclairage. — 23. Coefficient de clarté. — 24. Numération des diaphragmes. — 25. Coefficient de sensibilité. — 26. Coefficient de distance. — 27. L’impression normale. — 28. Impression insuf. fisante. — 29. Impression dépassée. — 30. La surexposition. — 31. Valeurs fausses données par l’impression normale. — 32. Modification des valeurs par la surexposition. — 33. Modification des valeurs par le voile préalable. — 34. Modification des valeurs par une surface réfléchissante.
— 35. Modifications des valeurs par les écrans colorés. — 36. Constitution des écrans colorés.
14. — Incorporés dans une substance colloïde telle que le collodion, l’albumine, la gélatine ou autre, tous les composés halogènes de l’argent peuvent constituer une surface sensible. On entend, par composés halogènes de l’argent, le chlorure, l’iodure et le bromure d’argent. Cette désignation leur a été donnée parce que le chloré, l’iode et le brome entrent dans la composition des sels extraits de l’eau de mer. Halogène : qui donne naissance aux sels. Désignation d’une exactitude douteuse au point de vue de la chimie moderne, qui veut qu’un sel soit la combinaison de deux corps composés, dont l’un joue le rôle d’élément électro-négatif ou d’acide et l’autre celui d’élément électro-positif ou de base, ce qui n’a pas lieu avec le chlorure, l’iodure ou le bromure d’argent. Désignation existante et en conformité avec la chimie ancienne, comprenant sous la dénomination de sel tout corps cristallin soluble dans l’eau.
15. — Dans le chapitre précédent, je n’ai envisagé et n’ai voulu envisager, dans ces différents halogènes de l’argent, que le bromure d’argent, parce que c’est lui qui, incorporé dans la gélatine constitue, sinon l’unique surface sensible
de la photographie moderne, du moins la surface sensible le plus généralement employée.
16. — Cette surface sensible est beaucoup plus vivement affectée par les actions lumineuses que ne l’est le pourpre rétinien, formant la surface sensible de notre rétine. La plaque photographique peut doue recevoir des impressions trop faibles pour produire un effet sur notre sens de la vue. Au cours de l’établissement de la carte du ciel par la photographie, les astronomes se sont bien aperçus de cette sensibilité de la plaque photographique, puisqu’elle leur faisait voir des planètes là où les conséquences de la loi sur la gravitation universelle leur indiquaient qu’il devait y en avoir, mais là où aussi les plus puissants télescopes n’avaient pu leur en faire découvrir. Par cela même qu’elle fait voir, la surface sensible ne se contente donc pas de recevoir, elle enregistre , c’est-à-dire quelle conserve trace des impressions reçues, et elle conserve avec une exactitude scrupuleuse, une fidélité remarquable dans les détails.
La surface sensible va plus loin encore. Non contente de recevoir et d’enregistrer les faibles impressions, elle les accumule. Alors que la surface sensible de notre vision se sature de l’impression qui l’affecte, la surface sensible de la plaque photographique emmagasine cette impression. Néanmoins, il existe pour elle une limite inférieure, au-dessous de laquelle l’impression ne peut se produire. Conséquence fatale de l’inertie de la matière, laquelle ne saurait être vaincue que par un effort supérieur à une certaine valeur.
17. — Le grand agent de l’impression de la surface sensible est la lumière, c’est-à-dire une des formes de l’énergie, et non la forme la moins puissante. On la fait agir sur la plaque photographique par l’intermédiaire d’un objectif en se servant d’une chambre noire ou d’un obturateur (1). La valeur de l’impression dépend de la quantité et de la qualité de la lumière reçue.
18. — Je viens de vous dire qu’en conséquence fatale de l’inertie de la matière il existait, pour la surface sensible, une limite inférieure de sensibilité. En vous rappelant C3
HJ Voir mon ouvrage : la Pratique en pJiotor/rcip/iie.
L'IMPRESSION
que je vous ai dit, dans le chapitre précédent, au sujet de la maturation de l’émulsion, vous vous convaincrez que cette limite peut être reeulee très loin. Non cependant d’une manière infinie, car la surface sensible n’offrirait plus une sécurité de conservation suffisante pour la pratique. La surface sensible peut donc recevoir une action très petite de la lumière et enregistrer l’image produite par cette action. Toutefois, l’image enregistrée ne saurait être, ultérieurement, lisible et utilisable qu’autant que l’intensité et la durée de l’action lumineuse auront été suffisantes. Ln tant qu’intensité, l’effet d’une lumière faible est moindre que celui d’une lumière forte. La différence est d’autant plus apparente que la surface sensible possède une sensibilité plus faible. Ces phénomènes ont même lieu, et dans le même sens, sous l’action du produit de l’intensité par la durée.
19. — L’image obtenue par la lumière et que complétera le développement est une épreuve dite négative , dans laquelle les lumières sont opaques et les ombres transparentes. On la nomme ■phototype négatif ou plus simplement phototype ou encore cliché dans le langage co urant. Ce photo type sert d’intermédiaire entre le sujet et l’image définitive de ce sujet dite positive ou 'photocopie positive. Or, pour que ce phototype se présente en fonction de l’éclat et de la tonalité du modèle, il faut déterminer le produit de l'intensité et de la durée de l'action lumineuse ^de manière que les transparences des diverses parties du phototype soient inversement proportionnelles aux éclats des parties correspondantes de l'objet.
20. — Le problème ainsi posé peut-il être pratiquement résolu? Certainement, surtout si, comme je l’ai indiqué, on lait usage d’une surface sensible orthochromatisée présentant une courbe d’action photographique se rapprochant, à très peu près, de la courbe de l’intensité lumineuse du spectre solaire.
Il est pratiquement résolu par l’eïnploi d’une formule nous donnant la durée du temps de pose égale au produit de cinq facteurs qui sont : 1° le coefficient d’éclat; 2° le coefficient d’éclairage ; 3° le coefficien t de clarté ; 4° le coefficient de sensibilité; 5° le coefficient de distance. Ces coefficients peuvent être déterminés d’une façon suffisamment approximative pour fournir un bon travail
21. — 1° Coefficient d’éclat. — Il provient des éclats intrinsèques actiniques des différents éléments constituant le sujet et qui doivent être reproduits sur le phototype négatif avec leurs valeurs relatives inversement proportionnelles. On peut le déterminer expérimentalement. Pour cela, on fixe la durée du temps de pose la plus convenable pour obtenir de bonnes reproductions des sujets considérés en se plaçant dans des conditions identiques d’éclairage, de distance, de sensibilité de plaque et de clarté de l’objectif. La durée du temps de pose étant ainsi fixée, on la divise par le produit des coefficients d’éclairage, de distance, de sensibilité et de clarté. Le quotient donne le coefficient d’éclat.
22. — 2° Coefficient d’éclairage. — Il représente l’inverse de l’intensité actinique du faisceau qui éclaire le sujet. Des actinomètres peuvent amener à le reconnaître et à l’exprimer. Toutefois, comme ces appareils sont rarement très précis et qu’ils gênent considérablement la pratique, on préfère établir le coefficient d’éclairage en se fondant sur des résultats acquis par l’expérience. Ainsi est-on convenu de prendre pour unité du coefficient d’éclairage la plus grande intensité que peut acquérir un faisceau de rayons solaires, à Paris, le 21 juin à midi. Ce coefficient étant 1 pour le plein soleil, devient 4 à l’ombre, par un ciel serein, varie de 4 à 10 pour un ciel gris et couvert, et atteint 12 à 16 par ciel bleu à l’ombre pour un atelier normalement éclairé.
Ce coefficient se modifie, suivant la hauteur du soleil audessus de l’horizon. Le 21 juin, à midi, à Paris, sa hauteur culminante atteint 66°. En d’autres termes, le coefficient d’éclairage n’est plus l’unité à un autre moment et se modifie suivant le mois et l’heure du jour. On détermine facilement sa valeur pratique en se servant des travaux actinométriques de Bunsen et Roscoe.
23. — 3° Coefficient de clarté. — 11 représente l’inverse de la clarté et dépend, par conséquent, de l’ouverture du diaphragme employé. Cette ouverture doit être calculée en fonction du foyer. Pour cela, on divise la distance focale de l’objectif, prise en millimètres, par le diamètre du diaphragme employé pris également en millimètres. Ce quotient est élevé au carré et divisé soit par iû si l’on adopte le