‹ Le développement en photographieChapitre 50 sur 64 · CENTIMÈTRES CUBES DISSOLVENT · texte numérisé non relu

CENTIMÈTRES CUBES DISSOLVENT

AgCl

chlorure d’argent.

AgBr

bromure d’argent.

Agi

îodure d’argent.

On voit, d’après ce tableau, que la solubilité de l’iodure d’argent dans l’hyposulfite de sodium cristallisé est plus faible que celle du bromure d’argent, et que, à concentration égale du dissolvant, c’est le chlorure d’argent qui possède la plus grande solubilité.

301. — La réaction du fixage donne naissance à un hyposulfite double d’argent et de sodium, qui, suivant les circonstances de sa formation, peut contenir une molécule ou deux molécules d’hyposulfite de sodium. La formule de réaction peut donc être :

AgBr + Na2S203 = AgNaS20* + NaBr

ou bien

2AgBr + 3Na2Sa03 = Ag»Na*3(S20») + 2NaBr

Le premier de ces hyposulfites d’argent et de sodium (AgNaS303), qui prend naissance dans une solution trop diluée ou affaiblie par l’usage, est un sel très peu soluble dans une solution, même concentrée, d’hyposulfite de sodium, et

absolument insoluble dans l’eau. On doit donc, à tout prix, éviter sa formation. Certes un oxydant peutle transformer en sulfate soluble, à la condition qu’il ne donne pas naissance à une réaction secondaire. C’est le cas du persulfate de potassium. Mais il vaut toujours mieux, si possible, éviter un remède en évitant l’accident. Sous l’action simultanée de la lumière et de l’humidité, ce produit teinte en jaune brun les blancs du phototype négatif.

Lorsque la solution d’hyposulfite est suffisamment concentrée, et qu’elle est remplacée avant qu’elle atteigne la bonne limite d’emploi, c’est le second hyposulfite double [Ag2Na'i3(S203)] qui se forme exclusivement. Celui-là est éminemment soluble dans l’eau. On pourra donc l’éliminer facilement par simples lavages. De plus, il est très soluble aussi dans une solution d’hyposulfite de sodium, et il s’y dissout d’une façon constante si la concentration ne dépasse pas cependant 23 p. 100. Non seulement au-dessus de cette teneur le débromurage s'effectue très lentement, mais encore il a été constaté que la solubilité de l’hyposulfite double soluble est relativement moins grande dans une solution concentrée que dans une solution diluée.

302. — Lorsque le bain de fixage est d’une faiblesse excessive, ce qui peut avoir lieu après qu’il a servi outre mesure, la réaction du fixage, au lieu de donner naissance à l’un des deux hyposulfites doubles, ci-dessus mentionnés, amènerait simplement la formation d’un hyposulfite simple d’argent (Ag2S203), ainsi que l’indique la formule de réaction suivante :

2AgBr -f- Na2S203 = Ag2S203 + 2NaBr

Cet hyposulfite simple d’argent est insoluble et d’une parfaite instabilité. Au contact de l’eau, il se décompose spontanément en sulfure d’argent noir avec production d’acide sulfurique :

Ag2S203 + H20 = SO‘H2 = AgsS.

C’est une réaction que connaissent tous ceux qui font de la photographie, au moins par l’un de ses résultats : les taches produites sur les plaques ou sur les papiers par des doigts imprégnés d’une solution d'hyposulfite de sodium.

COMMENT ON FIXE

Quand la formation de l’hyposulfite simple d’argent a lieu au cours du fixage, le phototype peut se couvrir d’un voile formé par un dépôt de sulfure d’argent, qui compromet la stabilité de l’image. Le même accident peut avoir lieu et pour les mêmes raisons au cours du développement, lorsque, par une cause quelconque, on introduit une certaine quantité d’hyposulfite dans le développateur.

303. — Donc, pour conclure, la seule réaction véritablement utilisable est celle qui donne naissance à l’hyposulfite double soluble, hyposulfite double d’argent et de sodium à deux molécules d’hyposulfite qui provient d’un bain toujours moyennement concentré, soit, par exemple, à 20 p. 100.

Si l’on ne veut pas faire emploi de la solution à saturation étendue d’eau, comme je l’ai indiqué, on peut aisément obtenir, vile et sans pesées, un bain à bonne concentration en versant dans un vase gradué 100 centimètres cubes d’eau, et en y mettait des cristaux d’byposullite de sodium cristallisé jusqu’à ce que le liquide du verre affleure à la division de 112 centimètres cubes.

304. — Du reste, si l’on ne fait pas de solution saturée, il ne faut pas perdre de vue que toute solution d’hyposulfite de sodium s’altère peu à peu, en donnant naissance à un dépôt de soufre et à un sulfite de sodium. A l’abri de l’air on a :

Na2S203 = Na2S03 + S.

Au contact de l’air, c’est un sulfate de sodium qui se forme, avec dépôt de soufre :

Na2S203 + O = Na2S04 -J- S.

Cette altération n’a pas de conséquences trop fâcheuses, si l’on a soin d’éliminer le dépôt de soufre. Le sulfate de sodium ne gène pas le fixage. Quant au sulfite, il concourt plutôt au fixage par son action personnellement dissolvante.

305. — L’opération du fixage se fait en immergeant la plaque, face gélatine en dessus, dans une cuvette horizontale, contenant suffisamment de bain pour bien recouvrir ladite plaque. Si le phototype ne baignait pas entièrement dans le fixateur, les parties non recouvertes d’abord ne se fixe-

raient qu’après coup, et l’on courrait les risques d’avoir sur l’épreuve une ligne apparente délimitant la démarcation des deux opérations.

Il est nécessaire en outre :

1° Que le liquide soit tenu en mouvement;

2° Que l’opération du fixage se lasse, de préférence, à la lumière rouge, verte ou jaune.

306. — Le liquide doit être tenu en mouvement pour renouveler fréquemment les couches en contact avec la plaque. S’il en était autrement, les couches en contact avec de grandes parties de bromure d’argent non modifié se trouveraient rapidement épuisées, et arriveraient à produire la réaction d’une faible quantité d’hyposulfite sur un grand excès de sel d’argent, et par conséquent à former l’hyposulfite double insoluble, ou même T’hyposulfite simple d’argent. Au séchage, et sous l’action de la lumière, le premier amènerait un voile brunâtre de sulfure d’argent sur les parties où la réaction a été produite et le second un voile gris noir.

Pour éviter cet inconvénient, et la sujétion de tenir la cuvette en mouvement, il vaut mieux effectuer le fixage dans des cuvettes verticales où le bain fixateur se brassera de luinv'me, automatiquement, par suite des inégalités de densité.

b 07. — L’opération du fixage doit se faire de préférence à la lumière rouge, verte ou jaune. Il est certain qu’au moment du fixage, la plaque étant très abondamment mouillée, donc très peu sensible, ne pourrait recevoir de la lumière blanche qu’une impression légère, et pratiquement nulle, puisque ladite plaque ne doit plus être en contact avec un développateur, susceptible de faire apparaître cette impression. Mais il est non moins certain que la formation de l’hyposulfite double insoluble est favorisée par la lumière. Donc, fixer à la lumière, c’est, tout d’abord, encourir la production de ce sel nuisible, qui tachera d’une teinte brunâtre tout ou partie de l’épreuve. De plus, le débromurage s’effectuera très lentement : la dissolution de l’hyposulfite double dans le bain de fixage étant ralentie par l’action de la lumière.

Ces insuccès ne sont pas les seuls qu’il y ait à redouter par un fixage à la lumière, surtout avec l’emploi des développateurs alcalins. Lorsque le développateur est très

COMMENT ON FIXE

chargé en alcali, ou que la plaque a été insuffisamment lavée après le développement, le fixage, sous l’action de la lumière, n’est jamais absolument complet. L’hyposulfite double d’argent et de sodium décomposé par l’action combinée de la lumière et de l’alcali retenu dans la gélatine, amène sur la plaque un voile rose par transparence et vert par réflexion, constitué par un dépôt très ténu d’argent.

Un voile rose analogue à celui-ci peut être encore déterminé, dans ces mêmes conditions de fixage, par la décomposition du bromure double d’argent et de potassium formé au cours du développement, par une forte addition de bromure de potassium, et retenu dans la couche de gélatine par un lavage insuffisant après le développement.

308. — Devant la formation toujours possible et aux conséquences si désastreuses d’un hyposulfite double insoluble dans l’eau et soluble en présence d’un excès d’hyposulfite de sodium, on est en droit de se demander quand deviendra trop faible le bain de fixage constitué au taux de 20 p. 100.

Théoriquement, en nous reportant à la formule de réaction dans laquelle se forme l’hyposulfite double soluble, nous constatons que 1 gramme de bromure d’argent exige 0sr, 42 d’hyposulfite de sodium cristallisé pour donner naissance à l’hyposulfite double. Or, une plaque normale 18 X 24 peut contenir environ 1 gramme de bromure d’argent. Donc, 100 centimètres cubes d’une solution d’hyposulfite de sodium cristallisé à 20 p. 100 pourraient fixer 47 plaques 18 x 24.

Mais il y a souvent plus loin de la théorie à la pratique, que de la coupe aux lèvres.

En admettant que le volume du bain ne s’épuise pas et que la quantité d’eau contenue dans la couche de gélatine remplace exactement la quantité de fixage que cette même gélatine est forcée d’absorber, nous aurons, d’ores et déjà, une dilution de la solution par cet apport d’eau, donc affaiblissement du bain, et affaiblissement qui arrive en surcroît de celui provenant naturellement de la réaction du fixage. De plus, après la débromuration d’un certain nombre de plaques, le bain de fixage se colore plus ou moins, suivant le développateur employé, et pourrait teindre plus ou moins légèrement la couche de gélatine.

Au demeuran-t, quand un bain a fixé dix à douze phototypes, on s’aperçoit qu’il n’agit, plus que très lentement. Cette lenteur suffit, en général, pour le faire rejeter. Aussi bien fait-on. Le bain est assez facile à constituer, et les produits qui le composent sont assez peu chers, pour qu’on n’aille pas bénévolement courir les risques de le voir arriver au point où l’excès d’hyposulfite nécessaire ne sera plus en quantité suffisante. Toutes choses étant égales d’ailleurs, il est même d’une bonne pratique dépasser consécutivement la plaque dans deux bains de fixage.

309. — En principe, le débromurage est terminé lorsque la plaque, regardée à l’envers, ne présente plus trace de la couche blanche de bromure d’argent et que, vue par transparence, on n’y constate plus de stries. Toutefois, à ce moment précis, l’hyposulfite double, seulement soluble dans un excès d’hyposulfite, peut parfaitement ne pas être entièrement dissous. C’est pourquoi, d’ordinaire, l’on recommande de laisser auelque temps encore la plaque dans le bain. J’estime, pour ma part, qu’il vaut beaucoup mieux la retirer et, sans la laver , l'immerger dans un second bain d’hyposulfite de sodium au même titre que le premier. On est alors bien plus certain que, dans ce second bain, l’excès d’hyposulfite nécessaire existera, et que l’hyposulfite double sera mieux éliminé. Dans ces conditions, on aura toujours un bon fixage.

310. — Néanmoins, nous ne devons pas perdre de vue que les hyposulfites, en général, sont des produits très instables, par cela même qu’ils contiennent du soufre en excès. Donc, mis en présence de corps étrangers, il peut y avoir précipitation immédiate de ce soufre, sous la forme d’une fine poussière jaune susceptible, de s’incorporer à la gélatine. J’ai eu maintes fois des correspondants me demandant pourquoi leurs phototypes, quoique ayant séjourné dans le bain de fixage beaucoup plus de temps qu’il n’en fallait pour être débromurés, restaient peu opaques et présentaient l’aspect de plaques non fixées. Leur insuccès ne venait pas d’une autre cause : décomposition de l’hyposulfite et précipitation du soufre dans la gélatine.

311. — Pour remédier à cet inconvénient, on a cherché à communiquer un peu plus de stabilité à la solution d’hy-

Représentation d’un phototype négatif de l’auteur,

COMMENT ON FIXE

posulfite. Le meilleur moyen trouvé jusqu'à ce jour, est d’ajouter à la solution du sulfite de sodium et un acide faible, ou simplement un sulfite de sodium acide, monosodique, le bisulfite de sodium NaHSO3, dont l'action, au point de vue stricte du fixage, reste absolument nulle.

Dans ces conditions, la formule du bain de fixage se com-

pose de :

Eau 1 000 cm3

Hyposulfite de sodium cristallisé 200 gr.

Bisulfite de sodium cristallisé 50 gr.

On peut à la rigueur remplacer les 50 grammes de bismfile de sodium cristallisé par 50 centimètres cubes de bisulfite de sodium liquide à 37° Baumé, que l’on trouve dans le commerce à un prix très minime. Toutefois, le bain présente une composition beaucoup moins normale; le bisulfite liquide du commerce étant une sorte de résidu de cornue, dont la composition n'est pas toujours bien nettement définie. C’est pour y remédier, dans la mesure du possible, que j'indique son titre en degrés Baumé.

Le plus pratique peut-être est d’acidifier soi-mème du sulfite de sodium. On en a toujours sous la main pour les différentes manipulations photographiques, aussi bien qu’un acide quelconque. La meilleure formule que je connaisse est la suivante :

Eau 1 000 cm3 .

Hyposulfite de sodium cristallisé 200 gr.

Sulfite de sodium anhydre 20 —

Acide tartrique 10 —

312. — Quelle que soit la formule à laquelle on s’arrête, on ne devra jamais omettre de faire fondre les différents produits dans l’ordre indiqué par la formule choisie. En procédant autrement, on amènerait presque sûrement la décomposition de l’hyposulfite et une précipitation immédiate du soufre. La meilleure façon de composer un tel bain est de faire dissoudre, d'abord, l’hyposulfite dans la moitié de la quantité d’eau indiquée, et ensuite le sulfite et l’acide dans 1 autre moitié. Après dissolution complète, on verse la solution de sulfite acidifié dans la solution d’hyposulfite. Si l’on faisait le contraire, la précipitation du soufre seilectuerait aussitôt.

313. — Personnellement, je préfère employer, comme acide, l’acide citrique ou l’acide acétique. L’un et l’autre sont d’excellents clarificateurs de la gélatine. De plus, ils ramollissent un peu la gélatine, ce qui facilite la pénétration du bain de fixage, et rend aussi plus rapidement éiiminable par l’eau les produits qu’elle contient.

Voici diverses manières d’opérer :

manière. — Vous faites une solution d’acide citrique à un titre quelconque, ou vous prenez un flacon d’acide acétique cristallisable et, sur la solution de sulfite de sodium que vous avez en service — généralement, c’est mon cas du mcins, une solution de sulfite de sodium anhydre à 15 p. 100, — vous prélevez une quantité quelconque x. Prenant alors les 3/4 de celte quantité x , vous y verserez, goutte à goutte, et en agitant avec une baguette de verre, l’acide que vous avez choisi, et vous n’arrêtez l’addition qu’au moment où vous constatez, à l’odorat, un dégagement persistant d’acide sulfureux. Vous versez alors dans le liquide le dernier quart de x tenu en réserve, et vous formez ainsi une excellente solution de sulfite acide, qui se conserve bien.

Pour constituer un bain de fixage acide, vous prendrez :

Solution d'hyposulfite de sodium cristallisé à saturation. x cm3.

Eau 2 x —

et vous lui ajouterez autant de fois 25 centimètres cubes de la solution de votre sulfite acide qu’il y a de 100 centimètres cubes dans le bain formé.

2e manière. — Si vous ne voulez pas faire à l’avance du sulfite acide, vous ajouterez alors au bain d’hyposulfite de sodium ci-dessus, seulement 20 centimètres, cubes d’une solution de sulfite de sodium anhydre à 15 p. 100 par chaque 100 centimètres cubes du bain formé, et aussi par chaque 100 centimètres cubes de ce même bain, suivant la température vous ajouterez 3 à 5 centimètres cubes soit d’une solution d’acide citrique à 25 p. 100, soit d’acide acétique cristallisable.

Je dis suivant la température, car pendant les grandes chaleurs 5 centimètres cubes peuvent être une proportion trop forte, vu l’action ramollissante qu’ont sur la gélatine l'acide citrique et l’acide acétique.

COMMENT ON FIXE

Avec l’une ou l’autre de ces méthodes, on n'est pas tenté de faire dissoudre un sel acide dans le bain, ce qui, je le Tépète, peut amener la précipitation immédiate du soufre.

314. — Le bain de fixage acide, s’il n’est pas à proprement parler indispensable, est cependant d'une pratique excellente, surtout lorsqu’on a employé un des révélateurs de la série aromatique. Avec ces révélateurs, l’alcali, sauf dans des cas restreints, est toujours nécessaire. Or, lorsque le phototype négatif a été lavé un peu sommairement, et qu’il existe encore des traces d’alcali dans la gélatine, au moment de l’immersion dans le bain de fixage, cet alcali peut décomposer les sels doubles d’argent et mettre en liberté des sels insolubles qui s’agglomèrent à la gélatine et lui communiquent le voile jaune. Le même effet peut avoir lieu, mais avec production d’un voile rose, si le développateur était trop chargé en sulfite et qu’il en reste des traces dans la gélatine. De plus, dans un bain de fixage ordinaire et toujours apiès un lavage sommaire de la plaque, le développement continue un peu et devient, par cela même, une cause de voile.

Avec le bain acide, ces inconvénients sont détruits. Son acidité sert à neutraliser les principes alcalins encore contenus dans la gélatine. Donc, arrêt brusque du développement ; destruction des traces néfastes d’alcali.

315. — Quelques auteurs ont préconisé, pour atteindre à ce but, d’immerger la plaque, à sa sortie du développateur, dans une solution faible d'acide tartrique. Les principes alcalins sont détruits, mais un autre inconvénient surgit. Si la plaque est insuffisamment débarrassée de toute trace d’acide, elle amène, au moment où on la plonge dans le fixage, une formation de soufre pulvérulent, qui se précipite dans la masse de gélatine et forme ce voile jaunâtre opaque qui laisse croire que le phototype n’a pas été débromuré, ou ne peut pas se débromurer.

316. — D’autres ont conseillé l’immersion, après déve loppement, dans une solution d’alun. J’ai été du nombre de ceux-ci, lorsque j’ai envisagé le cas du développement en voyage, alors que l’on avait peu ou pas d’eau à sa disposition Mais je me suis empressé d’ajouter que cette méthode rapide, propre et pratique, ne pouvait être absolument recom

mandable comme procédé journalier, à cause de l’alcali, gui, en restant dans la gélatine, peut causer quelques accidents.

Celui-ci, en effet, peut décomposer l’alun en précipitant de l’alumine en gelée. Ce dernier corps retient, il est vrai, très énergiquement toutes les matières colorantes provenant des sous-produits du développement, mais il peut arriver que le précipité adhère à la couche de gélatine d’une façon néfaste, et aussi que l’acide carbonique, dégagé, quoique faible, pousse au décollement de la gélatine.

Je sais bien que l’on a la ressource de tenter la dissolution de l’alumine par une solution diluée d’acide chlorhydrique; néanmoins le phototype court grand risque de se trouver compromis. Aussi, lorsqu’on le peut, vaut-il toujours mieux laver le phototype à grand eau avantde fixage. On fera bien, même, en été surtout, et pour éviter des décollements possibles de la gélatine au fixage., d’employer pour ce lavage de l’eau aussi froide que possible, et même de le prolonger en laissant après la plaque immergée pendant quelques minutes dans de l’eau très froide.

317. — Afin de mettre à profit les propriétés tannantes de l’alun, et dans ce même but : éviter les décollements possibles : on a maintes fois préconisé, et l’on préconise encore, l’addition d’une certaine quantité d’alun au bain de fixage. Je ne saurais trop vous mettre en garde contre cette manière d’opérer. Elle doit être condamnée comme étant nuisible, ou tout au moins inefficace.

Les aluns sont des sulfates doubles, l’un des métaux pouvant être l’aluminium, le chrome, le fer, etc., etc.; l’autre métal, le potassium, le sodium, etc., etc. L’alun dit ordinaire, celui que Ton emploie le plus communément, est un sulfate double d’aluminium et de potassium APK2:S40)‘, avec une partie plus ou moins grande d’eau de cristallisation. Lorsqu’on le met en présence de l’hyposulfite de sodium, il le décompose par l’entremise de son sulfate d’aluminium : Al2(SOy. Il y a précipitation de soufre S et précipitation d’alumine Al-’03,avec dégagement d’acide sulfureux SO\ formation de sulfate de sodium Na2SOk et libération du sulfate de potassium K2SO\ La formule de réaction est donc :

AHK*(SO*)‘ + 3(NaaS203) = 3S + Al O3 4- KaSO* + 3(Na3SO») + 3(SOa)

COMMENT ON FIXE

Comme vous le voyez, la réaction est complète. L’hyposulfite et l’alun n’existent plus dans le bain. Pour que le fixage ait lieu, il faut mettre de l’hyposulfite en excès, mais alors l’alun n’existant plus ne saurait agir avec efficacité.

Toutefois, en employant le mélange au moment même de sa constitution, l’alun agirait; mais on remarquera que la plaque se trouvant au sein du liquide pendant que la réaction s’effectue, la transparence des phototypes peut être compromise par une association de la gélatine avec les précipités de soufre et d’alumine.

Si le mélange est fait à chaud, la réaction est immédiate ; donc immédiate aussi, la disparition de l’alun.

Si le mélange est fait à froid, la réaction ne se produit que lentement, 'et la formation des précipités nuisibles s’effectue d’une façon continue. Dans l’un et l’autre cas, le soufre et l’alumine troublent le bain. On ne saurait faire appel au filtrage. La ténuité des précipités est telle qu’ils traversent les pores des meilleurs filtres. Je le répète donc, l’addition d’alun au bain de fixage est dangereuse, ou tout au moins inefficace.

318. — - Il reste incontestable cependant que l’alun offre certains avantages. L’alun tanne suffisamment la couche de gélatine pour empêcher son altération ultérieure, et il jouit de certaines propriétés décolorantes. Aluner les phototypes n’est donc pas une mauvaise pratique. Pour effectuer cette pratique au mieux du possible, on doit employer une solution pure et simple d’alun de potassium (l’alun ordinaire) et l’employer à saturation : environ 6 à 9 grammes d’alun pouriOO centimètres cubes d’eau. Laplaque dûment fixée est bien rincée pour la débarrasser de la majeure partie de l’hyposulfite qu’elle contient et qui se décomposerait au contact de l’alun ; puis on la plonge dans la solution d’alun et on l’y laisse séjourner dix à quinze minutes. Un séjour plus long amènerait un alunage à fond qui rendrait la gélatine imperméable et par conséquent inefficace le lavage final. On pourrait y remédier un peu en acidifiant le bain d’alun légèrement par de l’acide acétique ou citrique qui ramollit la couche de gélatine.

On doit tenir compte cependant de l’eau empoyée au lavage. Si elle renferme des sels de chaux, la plaque con-

tiendra toujours alors une petite quantité de carbonate de calcium qui formera, avec le sulfate d’aluminium de l’alun, de l’acide carbonique, du sulfate de chaux et du sous-sulfate d’aluminium insoluble et qui se précipite, décolorant la plaque en entraînant avec lui toutes les matières en suspension dans le bain et dans la couche de gélatine. Réaction avantageuse. Mais ce qui l’est moins c’est le séjour de ce précipité sur la surface de la plaque, par conséquent possibilité de son association avec la gélatine. Pour éviter cet inconvénient, un excellent moyen s’offre à nous : employer le bain d’alun en cuvette verticale.

319. — Depuis quelques années, on a proposé de substituer, partout où l’alun était indiqué, le formol du commerce qui est une solution à 40 p. 100 d’aldéhyde formique CH40-j-H20. Son pouvoir tannant est considérable ; considérable aussi, son pouvoir désinfectant.

Je ne suis pas très parlisan de cette manière de faire. Avec elle, le but est presque toujours dépassé et la gélatine trop durcie, si bien qu’àla longue, lorsqu’on est appelé à faire des tirages fréquents avec un phototype formolisé, et surtout si l’on est appelé à faire ces tirages au soleil, on voit la gélatine se détacher peu à peu de son support. Du reste, le formol est très efficacement employé pour le pelliculage des phototypes. Nous le retrouverons au chapitre traitant de cette opération, et c’est là, à mon sens, sa véritable place plutôt que dans les opérations du fixage.

320. — L’hyposulfite de sodium que nous employons couramment contient, comme nous l’avons vu, une assez grande quantité d’eau de cristallisation. Na2S203-f-5(H20) = 248. Depuis quelque temps, on trouve dans le commerce un hyposulfite de sodium anhydre Na2S203 = 458, sous la forme d’une poudre blanche un peu granulée. On peut l’employer dans toutes les formules de fixage indiquées, en avant soin de tenir compte du rapport des poids moléculaires. En conséquence, pour 1 gramme d 'hyposulfite

de sodium indiqué, on ne devra prendre que d’hyposul-

fite de sodium anhydre, soit 0sr,64 environ.

321. — Pour éviter les lavages prolongés, que nécessite toujours le fixage à l’hyposulfite de sodium, on a cherché à

COMMENT ON FIXE

employer, à ses lieu et place, l’hyposulfite d’ammonium plus facilement éliminable. Ce produit a l'inconvénient de répandre dans le laboratoire une odeur ammoniacale fort désagréable. De plus, sa fabrication n’étant pas courante, il présente des variations notables dans sa composition. Les phototypes s’éclaircissent parfaitement bien dans une solution d’hyposulfite d’ammonium; mais il est bon, pour éviter après le séchage des cristallisations semblables à celles que l’on observe sur des phototypes fixés avec un bain d’hyposulfite de sodium trop vieux, d’ajouter au bain une petite quantité de chlorate de potassium. La formule du bain de fixage devient alors :

Eau 1 000 cm3.

Hyposulfite d’ammonium 150 gr.

Chlorate de potassium 10 gr.

On assure qu’un lavage relativement sommaire, à l’eau courante, suffit pour l’élimination coihplète de l’hyposulfite d’ammonium. C’est possible. L’avenir le dira... si ce produit entre dans la pratique. Ce qui ne me paraît pas certain.

322. — Moins certaine encore m’apparaît la substitution, tant vantée, de la thiosinnamine AzlihCS. AzH(C3H5) = 11 6 ou allylsulfo-urée, à l’hyposulfite de sodium. Reportez-vous au tableau précédemment établi pour le degré d’action des solutions, plus ou moins concentrées, d’hyposulfite de sodium cristallisé sur les différents halogènes de l’argent, et comparez-le au tableau ci-dessous, concernant la thiosinnamine.

SOLUTION DE THIOSINNAMINE aux concentrations suivantes.

100 CENT AgCl.

MÈTRES CURES D AgBr.

ISSOLVENT

Agi.

Vous y verrez que si la solution de thiosinnamine à 40 p. 100 possède, à peu de chose près, sur le chlorure d’argent le même pouvoir dissolvant que la solution d’hypo-

sulfite de sodium, ce pouvoir s’affaiblit en présence du bromure d’argent, et tend à disparaître en présence de l’iodure d’argent. En outre, une très légère quantité d’alcali, dans un bain à la thiosinnamine, détermine immédiatement la formation d’un sulfure d’argent.

Ajoutons à ces désavantages le prix encore très élevé de la thiosinnamine, et nous verrons que ce produit n’est vraiment pas susceptible de remplacer l’hyposulfite de sodium.

Pour en terminer avec le fixage, il nous reste encore à voir le temps pendant lequel on peut impunément laisser une plaque dans le bain, les différentes manières d’éliminer chimiquement l’hyposulfite de sodium contenu dans la plaque, et les façons de constater cette élimination.

323. — L’hyposulfite de sodium n’a pas ou n’a qu'infiniment peu d’action sur l’argent métallique en masse. Il en va tout autrement lorsqu’au lieu d’argent en masse, il s'agit d’argent à l’état de division extrême, comme c’est le cas de l’argent constituant l’image photographique Le métal, dans ce cas, est parfaitement bien attaqué et même réduit par l’hyposulfite de sodium. Le fait a été reconnu depuis de longues années. Cependant, dernièrement encore, Al. Sexto» soumettait te cas à un nouvel examen et en arrivait aux mêmes conclusions. Toutefois, dans les solutions à concentration nécessaire et suffisante pour le fixage de l’image photographique, l’attaque ne commence guère qu’après une heure d’immersion dans le bain de fixage. On peut donc, sans crainte de voir l’image se ronger, laisser la plaque pendant une demi-heure et plus dans les différents bains de fixage. Cette prolongation de la durée du fixage a donc l’incontestable avantage d’assurer la fixation et la débromuration complètes de l’image, en même temps que sa stabilité, puisqu’elle permet aux hyposulfites doubles incolores, par conséquent invisibles, de se dissoudre tout à leur aise, en présence de l’excès d’hyposulfite contenu dans le bain de fixage. Passé une heure, l’attaque se fait sentir. Si bien qu’au bout de vingt-quatre ou de quarante-huit heures, on n’aperçoit plus qu’une très légère image jaune pâle, qui semble résister à l’action de l’hyposulfite et paraît devoir donner raison à

GOMMENT ON FIXE

ceux qui soutiennent que même dans le phototype négatif l’image est double, c’est-à-dire quelle se compose d’une première image formée par de l’argent métallique, image chimique, et d’une seconde image formée par la matière organique, image organique. Il pourrait bien se faire, à tout prendre, que ce soit cette seconde image qui permette d’effectuer le développement après fixage et en plein jour, dont je vous parlerai à propos du renforcement.

324. — Quant à l’élimination de l’hyposul fi te de sodium des phototypes négatifs, élimination d’où dépend la bonne conservation des images photographiques, on cherche souvent, en dehors des lavages, à l’effectuer par des moyens chimiques. Le bain d’alun est un de ces moyens. Mais nous avons vu qu’il faisait courir certains risques au phototype. L’eau de Javel donne, à mon avis, des résultats meilleurs et plus certains, comme pourraient d’ailleurs en donner tous les corps oxydants, susceptibles de transformer en sulfate double et sans réaction secondaire les hyposulfites insolubles.

L’eau de Javel est un hypocblorite de potassium ou de sodium mélangé à du chlorure de calcium. Elle agit comme oxydant grâce au chlore quelle contient. Ce chlore décompose l’eau en donnant de l’acide chlorhydrique et de l’oxygène, lequel oxyde l’hyposulfite et le convertit en bisulfate de potassium, qui s’oxyde lui-même au contact de l’hyposulfite pour former un tétrathionate de soude, sel très soluble, donc facilement éli minable par les lavages. Ces lavages seraient-ils insuffisants? le tétrathionate de soude ne compromettrait pas ultérieurement l’image, par sa présence dans la couche, n’ayant aucune influence réductrice sur l’argent déposé. Le seul danger serait peut-être qu’il se formât au cours de la réaction une petite quantité de chlorure d’argent, qu’on se verrait alors obligé d’éliminer par un nouveau fixage. J’avoue cependant que, dans la pratique, l’emploi de l’eau de Javel ne m’a jamais paru nécessiter ce fixage ultérieur. Je fais usage d’ordinaire d’un bain composé de 15 parties d’eau de Javel pour 100 parties d’eau, et j’y immerge la plaque, à sa sortie du bain de fixage, pendant 1/2 minute à 1 minute.

Malheureusement, l’eau de Javel étant devenue une den-

rée d’épicerie, il existe autant d’eaux de Javel différentes que de fabriques différentes. Les proportions indiquées ne doivent donc être admises que pour l’eau de Javel de composition normale. Au demeurant, on peut augmenter la proportion d’eau jusqu’à la porter à 1 000 parties au lieu de 100. 11 suffit d’arriver au point où l’eau à laquelle on ajoute l’eau de Javel commence à laisser percevoir l’odeur caractéristique de ce produit. Aussitôt qu’après usage l’odeur disparait, on rajoute un peu d’eau de Javel.

Si l’on veut éviter l’emploi des eaux de Javel commerciales, on peut fabriquer soi-même ce produit.

Voici deux moyens simples :

Le premier consiste à faire les deux solutions suivantes :

Vous mélangez A et B. Par double décomposition, il se forme un abondant précipité de carbonate de calcium qu’on élimine par filtration.

Le second moyen consiste à faire bouillir pendant quinze minutes environ :

Eau distillée 1 000 cm3.

Bicarbonate de sodium 400 gr.

Quand les quinze minutes d’ébullition sont écoulées, vous introduisez dans la solution 100 grammes de chlorure de calcium, en ayant soin d’éviter qu’il se forme des blocs. Refroidi et filtré, ce liquide est prêt à servir. Toutefois il est un peu moins énergique que le premier.

C’est à la production du bisulfate de potassium que l’on doit souvent de voir, dans une solution trop concentrée d’eau de Javel, l’image descendre et se ronger. En Allemagne, on a introduit la préparation industrielle de ce corps, sous le nom d ’ant/iion, comme éliminateur de l’hyposullite de sodium.

Cette préparation s’effectue par électrolyse. On soumet à

Eau distillée

Chlorure de calcium. . . .

Eau distillée

Carbonate de potassium

1 000 cm3.

8o gr.

1 000 cm3.

300 gr.

COMMENT ON FIXE

un courant électrique une dissolution de sulfate de potassium. 11 se dégage de l’hydrogène à l’électrode négative, et il se forme du bisulfate de potassium à l’électrode positive. Ce produit, employé en solution à 1/200% donne de bons résultats.

Le phototype, fixé et rincé pendant deux ou trois minutes sous le robinet, est plongé durant cinq minutes dans la solution de bisulfate. Tout le temps que dure cette immersion, la cuvette est 'constamment balancée. Les cinq minutes expirées, on rince de nouveau et l’on immerge encore cinq minutes dans une solution neuve de bisulfate de potassium au même titre que la précédente. On rince abondamment et toute trace d’hyposulfite de sodium doit avoir disparu.

Quelques auteurs ont préconisé l’emploi de l’azotate de plomb, en formant le bain par une addition de Y à VI gouttes d’une solution saturée de ce sel à 300 centimètres cubes d’eau. Une immersion de dix minutes dans cette solution et un lavage d’une heure éliminent l’hyposulfite. On a aussi indiqué 1 ou II gouttes d’acide azotique dans 100 centimètres cubes d’eau. Cette solution est versée à la surface de la plaque pendant 1/2 minute à 1 minute.

Je n’insiste pas sur ces deux derniers procédés. Ils sont assez efficaces, mais exigent une très grande surveillance, si l’on ne veut pas voir, tout à coup, les détails de l’image disparaître. Je préfère vous parler plus longuement d’un procédé nouveau proposé par M. Mercier, et beaucoup moins dangereux. C’est le procédé au sel iodé.

Le sel iodé peut se préparer en mélangeant dans un moe tier de porcelaine 3 grammes d’iode avec 30 grammes de sel marin et en y ajoutant ensuite, toujours en mélangeant intimement, 30 grammes de carbonate de sodium. Pour l’usage, on fait dissoudre ce mélange dans un litre d’eau. On devra attendre qu’il soit devenu complètement incolore. Ce qui demande vingt-quatre heures en moyenne. On peut activer cette décoloration par un chauffage au bain-marie, ou par une légère addition d’ammoniaque.

La préparation de ce sel est assez délicate ; mais on en trouve de tout préparé dans le commerce, avec les doses que l’on doit prendre pour un litre d’eau. Un litre de la solution de sel iodé au taux de 2 p. 100 peut éliminer l’hyposui-

fite de sodium d’une surface représentée par 20 épreuves 13 X 18. Le phototype, après fixage, est rincé pendant cinq minutes pour éliminer le plus gros de l’hyposulfite, et plongé pendant une demi-heure dans la solution de sel iodé. Il suffit ensuite de rincer quelques minutes à l’eau claire.

325. — Mais comment peut-on contrôler l’élimination de l’hyposulfite? Beaucoup de moyens ressortent des travaux de MM. Abney, Carey-Lea, Davanne, Vogel et autres. Je vais les passer rapidement en revue.

lodure d'amidon. — Le procédé le plus ancien. Dans une dizaine de centimètres cubes d’eair distillée, on fait bouillir un fragment d’amidon et on lui ajoute une goutte de la teinture d’iode du commerce. On constitue ainsi l’iodure d’amidon, réactif d’un bleu intense. Il nous permet de reconnaître la présence de moins de 1 /125000e d’hyposulfite de sodium, disent les uns; 1/130000° affirment les autres.

Pour opérer, on emplit un tube à essais avec la dernière eau de lavage dans laquelle on précipite une goutte d’iodure d’amidon. L’eau se teinte en bleu et garde sa couleur si elle ne contient pas d’hyposulfite. Elle se décolore, au contraire, rapidement, si l’eau contient encore des traces de ce produit supérieures aux proportions que je viens d’indiquer.

Azotate d'argent. — A l’eau recueillie dans le tube à essais on ajoute un petit cristal d’azotate d’argent, et l’on fait bouillir. La solution brunit s’il existe des traces d’hyposulfite à plus de 1/100000°.

Permanganate de potassium. — On reconnaît, avec ce réactif, l’hyposulfile à 1/160000°. On fait une solution de :

Eau distillée 1 000 cm3.

Carbouate de potassium 10 gr.

Permanganate de potassium 1 gr.

Une goutte ajoutée à l’eau du tube à essais la colore eu violet rose permanent, s’il n’y a pas d’hyposulfite; mais qui se transforme en une teinte brunâtre ou verdâtre dès que l’hypoculfite existe encore

Hydrogène naissant. — On prétend que l’hydrogène nais-

COMMENT ON FIXE

saut décèle l’hyposulfite à 1 /200000e. C’est peut-être un peu de prétention. La dernière eau de lavage est mise dans un flacon à large ouverture et traitée par le zinc et l’acide sulfurique purs. L’orifice du flacon est recouvert d’une feuille de papier humectée d’une solution d’acétate de plomb. S’il y a de l’hyposulfite dans l’eau, l’hydrogène naissant le transformera en hydrogène sulfuré qui noircira l’acétate de plomb.

Chlorure ferrique. — - Seul, en solution à 2, fi p. 100, il communique à l’eau une coloration brun pourpré s’il y a de l’hyposulfite, et un précipité bleu si l’on ajoute une solution de ferricyanure de potassium à la solution de chlorure ferrique.

Acide chromique. — En présence de l’hyposulfite, une solution d’acide chromique donne un précipité vert d’hydrate de sesquioxyde de chrome.

S esquichlorure de ruthénium. — On reconnaît avec lui jusqu’à l/250C9e d’hyposulfite. Ajouter à une solution fraîche de sesquichlorure de ruthénium quelques gouttes d’acide chlorhydrique, puis, après, quelques gouttes d’ammoniaque. On fait bouillir avec l’eau de lavage. S’il y a de l’hyposulfite, il se forme une coloration rouge-saumon.

Chlorure de palladium. — Avec un peu d’ammoniaque on rend alcaline l’eau d’essai. On ajoute deux gouttes de chlorure de palladium et l’on fait bouillir. En présence de traces d’hyposulfite, le liquide passe du jaune au brun chaud. Réactif très sensible.

Électrolyte. — Plonger dans l’eau d’essai deux feuilles d’argent réunies au pôle de deux éléments Bunsen. Avec de l’hyposulfite, l’argent de l’électrode positive jaunit. Réaction rapide et très sensible.

Le goût. — Il y a bien un moyen extraordinairement simple, employé par les vieux photographes. Il consiste à goûter l’eau, qui, avec l’hyposulfite, laisse sur la langue la perception d'une saveur désagréable. Pratique et simple.

le procédé ; mais, avouons-le, d’une sensibilité relative.

326. — Au surplus, il faut bien l’avouer aussi, toutes ces réactions, si efficaces soient-elles, nous disent bien s’il existe encore de l’hyposulfite dans la dernière eau de lavage, mais ne nous apprennent pas s'il reste dans la couche de gélatine de l’hyposulfite double insoluble, qui est le produit dont on attend tous les maux.

Dans la pratique courante, les divers moyens chimiques d’élimination, et de contrôle de cette élimination, ne s’emploient guère. On se contente du simple lavage. De fait, ii est parfaitement suffisant dès que le fixage a été effectué dans de bonnes conditions. Toutefois, une question s’impose:

Combien de temps doit-on laver? et, même, comment doit-on laver ?

Depuis la naissance de la photographie, on a lavé à l’eau courante ou à l’eau stagnante, en changeant cette dernière un certain nombre de fois pendant un laps de temps, plutôt long que court, en se fondant sur les lois ordinaires de la diffusion. Quant à effectuer des expériences quantitatives à ce sujet, personne n’avait cru nécessaire de les entreprendre.

Ces temps derniers, MM. Haddon et Grundy s’étant livrés à des travaux très minutieux sur le lavage des épreuves sur papier albuminé, l’éveil a été donné aux chercheurs et leur activité stimulée. Tout récemment, M. J. Gaedicke a entrepris certaines expériences très intéressantes au sujet du lavage des plaques photographiques.

Tout d’abord, il était intéressant de savoir si vraiment la solution fixatrice pénétrait dans la gélatine et pouvait s’en éliminer par les lois ordinaires de la diffusion, étant donné la constitution même de la gélatine et son épaisseur relative. A tout prendre, cette matière organique pouvait parfaitement bien exercer une action chimique en plus de l’action physique de l’osmose. Les expériences quantitatives de M. J. Gaedicke ont démontré que la diffusion se faisait parfaitement bien selon les lois ordinaires, et que la bonne vieille pratique journalière avait sa raison d’être. En conséquence, comme dans les lois ordinaires de la diffusion d’un liquide, la rapidité de l’élimination de l’hyposulfite de sodium est dépendante de la différence de densité existant

COMMENT ON FIXE

entre la solution incorporée dans la gélatine et celle qui la baigne directement.

il en résulte, tout naturellement, que le phénomène atteint son maximum d’effet quand la gélatine renferme une solution concentrée d’hyposulfite, et qu’elle baigne directement uans l’eau pure.

Ces constatations nous amènent à établir cette première réglé de lavage : Renouveler sans cesse l'eau de lavage en contact avec la plaque.

D’autre part, les expériences ont démontré :

i° Que si la solution fixatrice doit descendre, elle se diffuse pius vite dans une membrane de gélatine que si elle doit remonter. Le phénomène est dû à ce que la solution d’iivposulfite, étant plus dense que l’eau, descendra, si elle en trouve le moyen, tout au fond de la cuvette ;

2° Que si la solution d’hyposulfite doit remonter, elle ne saurait effectuer cette action que par capillarité.

Or ce genre d’action, même dans les meilleures conditions, demeure toujours très lent. Il l’est même d’autant plus que feau de lavage n’est ni remuée ni changée. En effet, la solution d’hyposulfite ayant traversé la couche de gélatine reste alors à sa surface, l’eau de lavage et la solution se trouvant, à un moment donné, posséder, à leur point de contact, un degré de concentration semblable. La diffusion dans ce cas est arrêtée ou tout au moins atteint son minimum d’intensité.

De ces faits il résulte, en toute évidence, qu’une plaque posée face en dessus, dans une cuvette horizontale, se lave moins bien et moins vite que si elle a été posée face en dessous. Ce dernier dispositif est assez difficile à bien réaliser, surtout lorsqu’il s’agit du lavage d’un assez grand nombre de plaques. Aussi préfère-t-on les mettre dans une cuvette verticale où, comme je l’ai dit, l’eau se renouvelle à la sui • face de la gélatine par le fait des différences de densité du liquide. La seconde règle de lavage, qui ressort de ces constatations, se trouve donc identique à la première : Renouveler sans cesse l'eau de lavage en contact avec la plaque.

Une question secondaire se pose encore :

La gélatine sépare-t-elle les constituants d’une solution d’hyposulfite de sodium lorsque cette solution la traverse»

ou, plus simplement, la gélatine retient-elle plus d’hyposulfj Le que l’eau dans laquelle ce produit a été dissout?

Les expériences de M. J. Gaedicke, sur ce point tout particulier, ont démontré qu’aucune action sensible n’est exercée par la gélatine, et que cette substance laisse passer parfaitement bien une solution d’hyposulfite de sodium sans en changer la composition.

11 s’ensuit que l’eau courante demeure toujours le meilleur éliminateur de l’hyposulfite de sodium. Malheureusement, très grand est le nombre des amateurs qui n’ont pas toujours l’eau courante à leur disposition. S’ensuit-il que leurs plaques demeurent vouées, par avance, aux accidents fâcheux provenant d’un lavage insuffisant? Nullement. Ils peuvent se contenter de lavages effectués, dans des cuvettes ordinaires, sous la réserve cependant que ces lavages soient effectués dans certaines conditions.

Voici la méthode à employer :

Immédiatement après le fixage, la plaque est rincée sous le robinet, dans le but de lui enlever la plus grande partie de l’hyposulfite adhérent à la surface. On la place, ensuite, dans une cuvette ordinaire contenant une quantité d’eau suffisante pour la baigner. Une plaque 13X18, par exemple, n’exige pas plus de 100 centimètres cubes d’eau. La cuvette doit être constamment balancée, ou pour le moins balancée de temps à autre, pour éviter que la densité de la couche en contact avec la gélatine n’atteigne la densité de la solution d’hyposulfite contenue dans cette même gélatine. Au bout de cinq minutes , on renouvelle l’eau. Inutile de la laisser davantage; elle a pris, à ce moment, tout l’hyposulfite qu’elle a pu prendre. Lorsqu’on a répété six fois cette manipulation, tout l’hyposulfite éliminable est éliminé : on voit donc que le lavage est complet en une demi-heure , trois quarts d' heure au plus.

D’après les expériences de M. J. Gaedicke, la première eau de lavage enlève 80 p. 100 d’hyposulfite, et la deuxième environ 12 p. 100.

Si l’on agit par voie de cuvette verticale et d’eau courante, on peut admettre que le lavage soit effectué en un temps plus

uurt. Sans chercher à délimiter ce temps, qui reste évidemment variable suivant l’épaisseur de la couche de gélatine,

COMMENT ON FIXE

nous sommes, d’ores et déjà, certains qu’une demi-heure suffira amplement. Donc, lorsqu’on indique une heure de lavage à l’eau courante, on ne se trompe pas sur l’efficacité du lavage, si toutefois les plaques n’ont pas été alunées après le fixage.

Une plaque, immergée immédiatement après le fixage dans une solution saturée d’alun, demande au moins vingt. changements d’eau en cuvette horizontale, pour donner les résultats obtenus par six changements d’eau sur une plaque nonalunée. Le lavage complet exige donc une heure trois quarts environ, au lieu d’une demi-heure. C’est à considérer, et de cette considération nous tirons cette troisième règle de lavage : Dans le cas où l'on désire , après fixage , employer un bain d’alun , soit pour son action tannante , soit pour son action clarifiante sur la gélatine , on devra tripler ou quadrupler la durée du lavage , ou bien ne faire usage de la solution d'alun qu’après l' élimination de l'hyposulfîte de sodium.

Cette possibilité d’obtenir un très bon lavage dans un temps relativement court se montre d’une importance capitale, non pas tant au point de vue de la rapidité des manipulations photographiques, qu’au point de vue de la sécurité du phototype négatif. A combien d’opérateurs n’est-il pas arrivé — et je suis du nombre — de laisser, même après un passage plus ou moins long d’eau courante, leurs plaques séjourner dans la cuve à laver plusieurs heures, souvent une nuit entière?

327. — Au point de vue d’un bon lavage, nous venons de voir que cette pratique est inutile. Au point de vue de la sécurité du phototype, elle se montre éminemment dangereuse. Les eaux dont on dispose, souvent, surtout dans des grandes villes comme Paris, sont loin d’être d’une pureté remarquable. Elles contiennent des bactéries de toutes sortes en nombre fort respectable, et ces bactéries se reproduisent avec une rapidité incroyable dans une eau relativement stagnante et avec une très minime élévation de température. D’une façon générale, on a reconnu que si de l’eau prise à un des grands réservoirs de Paris contient au moment de la prise un certain nombre de bactéries, ce nombre croîtra d’heure en heure, suivant une progression géomé-

trique dont la raison esl 2. Ainsi, par exemple, 1 centimètre cube qui, au moment de la prise, contiendrait 57 bactéries, pourrait en contenir 456 trois heures après.

Or, parmi ces bactéries, il en est qui agissent d’une façon désastreuse sur la gélatine. M. Cameré avait signalé le fait, en indiquant le Cloditrix dichotoma, comme étant particulièrement funeste. 11 se présente sous la forme d’un filament

Dans une gorge de la schynige platte

Représentation d’un phototype négatif de l’auteur ayant subi les attaques du Cloditrix dichotoma.

imperceptible, s’attache à la gélatine, et là où il s'attache la gélatine fond, coule, et se détruit peu à peu.

Du resle, la gravure ci-dessus donne assez exactement la marche complète du phénomène. D’abord la gélatine, au commencement de la solubilisation, se laisse plus activement pénétrer par le développaleur, ce qui produit sur l’image une petite tache nébuleuse noirâtre. La solubilisation s’effectuant davantage, et la plaque étant maintenue verticalement dans une cuve à laver, la partie solubilisée coule, formant une traînée verticale sur l’image, dégage la place où se tapit le microbe dissolvant, jusqu’à laisser le verre complètement à nu, à l’endroit même où il s’est attaché au phototype, et la partie à nu du verre présente même la forme du microorgauisme.

COMMENT ON FIXE

Me servant dans mon laboratoire d’eau de Seine prise à Cboisy-le-Roi, c’est-à-dire avant son entrée dans Paris, j’ai été bien longtemps sans connaître, au cours de mes travaux personnels,, l’horrible dissolvant de la gélatine. Mais ne voilàt-il pas qu’un jour, après un mois d’absence, pendant lequel l’eau avait séjourné dans nus tuyaux de conduite sans le moindre écoulement, je me mets à développer des épreuves très précieusement rapportées de l’Oberland Bernois. La curiosité aidant, je développe tout d’abord dix-huit plaques de photo-jumelle 6,5 X 9, sur lesquelles je faisais, à ma manière, ma Perrette avant le bris de son pot. Le fixage terminé, je constatai, non sans une pointe de satisfaction, que mes espérances n’élaient point vaines, et comme il était un peu tard dans la soirée je fis ce que j’avais maintes fois fait : je laissai mes dix-huit plaques séjourner toute la nuit dans la cuve à lavage. Le lendemain matin, je fus Perrette après le bris de son pot. Toutes les dix-huit plaques, sans exception, étaient atteintes par le Cloditrix dichotoma. Quelques-unes, même, par des colonies complètes de ce désobligeant microbe.

Résultats remarquables d’une expérience pas du tout voulue, oh mais! pas du tout voulue. Et comme les Fables de La Fontaine ne sont que la reproduction extra-fidèle de notre pauvre humanité, je me métamorphosai de Perrette en Corbeau, et jurai, mais un peu tard, qu’on ne m’y reprendrait plus.

Servez-vous donc de ma triste expérience, si je ne puis me servir de mes pauvres phototypes, et puisqu’il ne faut que trois quarts d’heure au plus pour un bon lavage, soit à l’eau courante, soit à l’eau renouvelée, retardez d’autant sur votre sommeil ou vos autres occupations, plutôt que de laisser séjourner une nuit durant vos plaques dans de l’eau stagnante. Le Cloditrix dichotoma pourrait, un beau matin, vous avoir joué de fort vilains tours. Pendant une douzaine d’années j’ai opéré sans le voir; il a suffi, d’un matin pour que je fisse sa fâcheuse connaissance. Ce matin-là est de trop dans ma carrière photographique. Que sainte Véronique vous garde d’en avoir un semblable !

COMMENT ON RENFORCE

328 En quoi consiste le renforcement. — 329. Règle de renforcement — 330. Le renforcement considéré comme une opération complémentaire du développement. — 331. Manière d'agir d’un renforçateur. — 332. Renforcement chimique et renforcement physique — 333. Renforcement par le bichlorure de mercure et l’ammoniaque. — 334. Substitution du sulfite de sodium à l’ammoniaque. — 335. Substitution de l’oxalate ferreux à l’ammoniaque. — 336. Mode opératoire du renforcement. — 337. Constitution de la solution de bichlorure de mercure. — 338. Lavage après blanchiment. — 339. Constitution de la solution d’ammoniaque. — 340. Constitution de la solution de sulfite de sodium. — 341. Constitution de la solution d’oxalate ferreux. — 342. Précautions à prendre spéciales au noircissement par l’oxalate ferreux. — 343. Renforcement parle bi-iodure de mercure. — 344 Constitution du bi-iodure de mercure. — 345. Défectuosités du renforcement au bi-iodure de mercure. — 345bisRenforcement au ferrocyanure d’uranium. — 346. Mode opératoire du renforcement au ferrocyanure d’uranium. — 347. Manière d’agir d’un renforçateur physique. — 348. Mode opératoire du renforcement à l’argent. — 34S. Renforcement physique après renforcement chimique. — 350. Les nouvelles formules de renforcement physique et le développement en plein jour, après fixage. — 351. Renforçateurs divers. — 352. Enlèvement du voile du phototype avant renforcement. — 353. Destruction des traces d’hyposulfite. — 354. Rapport entre l’intensité de l’image primitive et son intensité après renforcement. *— 355. Causes d’insuccès.

328. — Lorsqu’on ne s’est pas avisé d’opérer par sousexposition ou surexposition invraisemblables, et que l’on a procédé méthodiquement et rationnellement au développement, on obtient toujours un phototype négatif susceptible de donner, pour le moins, un tirage suffisant et le plus souvent suffisamment améliorable, par un des tours de main couramment employés dans les tirages photographiques, tels que verre dépoli, feuille de papier, verres colorés, etc. Mais si l’on a trop sous-exposé ou surexposé, ou bien que l’on ai t mal conduit le développement, on peut quelquefois corriger le phototype négatif et le rendre propre à un bon, même à un très bon tirage, par un procédé dit renforcement et qui

COMMENT ON RENFORCE

consiste à juxtaposer ou à substituer à chaque molécule d’argent formant J’image une ou plusieurs molécules d’un composé plus opaque.

Dans la Pratique en Photographie , j’ai dit que mieux valait ne pas employer ce remède in extremis , et je l’ai dit parce que l’ouvrage s’adresse surtout à des nouveaux venus en photographie qui ne trouveraient dans cette méthode qu’une source constante de déboires, attendu qu’ils l’appliqueraient, le plus souvent, à tort et à travers.

329. — Le renforcement, je le répète, ne corrige que quelquefois un phototype défectueux, et ce quelquefois se résume en cette règle :

Un phototype négatif ne saurait être renforcé utilement , qu autant que l'image se présente parfaitement complète dans tous ses détails.

Donc, un phototype sous-exposé, ne présentant pas de détails dans les ombres, ne peut ni ne doit être renforcé. Or, ce sont surtout ces phototypes-là que les débutants veulent renforcer. Le renforcement, en effet, ne saurait faire venir sur la plaque ce que l’insuffisance de la pose ou du développement n’ont pu y faire venir. Il est renforcement, rien que renforcement, c’est-à-dire que son rôle n’est que d’accentuer ce qui existe sur la plaque. Or, comme un phototype manquant de détails dans les ombres se montre, par cela même, trop accentué déjà, on augmente son défaut en usant du renforcement. Comme condition primordiale au renforcement, nous devons donc posséder un phototype très détaillé, mais présentant trop d’uniformité soit par un excès de pose, soit par un développement insuffisamment prolongé. Dans ce cas, le renforcement n’est plus une opération absolument m extremis, mais une opération auxiliaire intéressante et utile.

330. D’habiles praticiens pourraient même couramment s’en servir comme opération complémentaire du développement. J’entends par ces mots, qu’ils pourraient toujours ne développer que légèrement, mais complètement leurs phototypes, pour les faire monter ensuite à leur valeur propre au tirage auquel on les destine. Si j’emploie le conditionnel, c’est que, si habile que l’on soit, on n’est pas toujours rigoureusement certain encore d’atteindre à cette valeur, bien que l'on travaille à la lumière du jour au lieu de travailler à la

lumière rouge ou verte. Le jour où nous aurons une méthode de renforcement nous permettant d’atteindre à coup sùr le but visé, nous pourrons fondre l’opération du renforcement dans l’opération du développement.

331. — Ce jour, malheureusement, n'est pas encore arrivé, soit que l’on renforce à fond, soit que l’on renforce partiellement. Le renforçateur, en effet, n’agit pas d’une façon absolument égale sur la couche de gélatine. Plus complète est son action sur les molécules d’argent se trouvant à la partie supérieure de la couche, que sur les molécules voisines du verre, et il est extrêmement difficile d’apprécier, à l’œil, cette inégalité d’action. Tout ce que nous pouvons dire, c’est que le renforçateur augmentant l’intensité des noirs du phototype et amplifiant les contrastes de l’image, un renforcement à fond conviendra aux phototypes gris et uniformes manquant de vigueur, tandis qu’un renforcement partiel conviendra mieux aux phototypes simplement un peu trop doux.

332. — J ai dit que le renforcement juxtaposait ou substituait à chaque molécule d’argent formant l’image une ou plusieurs molécules d'un composé plus opaque. C'est ce que l’on nomme le renforcement chimique. Le renforcement peut aussi, encore, ctre la juxtaposition de nouvelles molécules d’argent aux molécules d’argent réduit formant limage. C’est ce qu’on nomme te renforcement physique. Dans le procédé au gélatino-bromure d’argent, la première méthode est beaucoup plus employée que la seconde, qui était tort en usage au temps du collodion humide. Toutefois, on tend beaucoup, comme nous le verrons, à revenir au renforcement physique.

333. — Dans le renforcement chimique, le métal que l'on juxtapose le plus souvent à l’argent de l’image est le mercure. Etudions donc avec lui le mécanisme du renforcement. Le mercure est employé à l’état de bichlorure ou chlorure mercurique HgCl'C Lorsque l’on plonge un phototype négatif dans une solution de chlorure mercurique, l'argent de l’image s’empare d’une partie du chlore pour former du chlorure d’argent, et le chlorure mercurique passe à l étal de chlorure mercureux. La réaction peut s’écrire :

HgCl2 + Ag

HgCI + AgCI

COURENT ON HENFOUCE.

mieux :

HgCl* -f Ag = AgHgCl*.

c’est-à-dire qu'il se forme un chlorure double d'argent et de mercure.

Mais le chlorure double est blanc. Le résultat visible de la réactior. lorsqu'on regarde le phototype par réflexion, est la disparition ^raduAle de l image et le blanchiment de toute la couche de gélatine. À ce moment, si l'on regarde le phototype par transparence, on aperçoit limage aussi complète qu elle était avant, mais se détachant en blanc-crème sur le ton 1 blanc opalin de la gélatine. Dans un tel état, elle se prêterait mal à un bon tirage. Pour l'y rendre propre, il faut convertir cette imaze blanche en une image noire. Plusieurs moyens soflrent à nous. Le plus répandu, mais non le meilleur, est le procédé à l'ammoniaque.

La plaque une fois blanchie et très abondamment lavée, pour être débarrassée du chlorure mercureux en excès, est plongée dans une solution d'ammoniaque très diluée. Une réaction double se produit : d’une part l'ammoniaque dissout le chlorure d'argent; et d’autre part, elle forme avec le chlorure mercureux un produit ammonié de composition assez mai d ét: nie. dénommé chlorure de mercurosammonium ClAztPüg2, et d'un noir opaque. Ce dernier produit, en se substituant à l'argent de l image, intensifie le phototype. La réaction peut s écrire i

2HgCl -f- 2AzH* = AzH«Cl + ClA2H*Hgs

De cette réaction deux points sont à retenir :

1° U y a un affaiblissement du phototype par la formation et l’élimination du chlorure d'argent. Donc la substitution du composé ammonié à l'argent de l’image n'est pas proportionnelle à la valeur de 1 "image ;

2- Le cdorure de mercurosammonium est d'une stabilité problématique, si bien que. toutes les conditions étant égales d'ailleurs, un phototype renforcé de la sorte peut se détruire très vite, ou se conserver parfaitement bien.

De ces points retenus, il résulte qu'il est impossible de prévoir, aussi bien que de régler, l’aecroissement d'opacité et la stabilité réalisée. Ceci est assez grave. L'image origi-

nelle, en effet, ayant été en partie détruite par la formation du chlorure d’argent éliminé par l’ammoniaque, le phototype se trouve irrémédiablement détruit en cas d’insuccès ou de non-stahilité du renforcement.

334. — Au point de vue de la stabilité, on remplace très avantageusement la solution ammoniacale par une solution de sulfite de sodium, qui convertit le chlorure double d’argent et de mercure, en un dépôt métallique de mercure noir, comme l’indique l’équation suivante :

AgHgCl2 + Na2303 + H20 = Ag + Hg + Na2S0‘ + 2HC1.

Le mercure substitué à l’argent, et plus opaque que lui, renforce l’image. Toutefois, il ne faut pas oublier que dans cette opération l’image originelle d’argent a également été affaiblie. Sous l’influence d’un excès de sulfite de sodium, il y a dissolution d’une partie du chlorure d’argent et du chlorure mercureux du sel double. La réaction finale serait donc :

4AgHgCl2 = 3HgCl2 -t- 2AgCl + Ag2Hg.

Donc, pas plus que dans le cas précédent, on ne peut prévoir ni régler l’accroissement d’opacité; pas plus que dans le cas précédent, non plus, on ne peut, en cas d’insuccès, revenir à l’image originelle. On ne gagne que de la stabilité C'est bien quelque chose. Toutefois, le renforcement par cette méthode est toujours faible. Il peut même conduire à un affaiblissement, attendu que le dépôt de mercure est d’un noir bleu assez actinique, et, si on le substitue à un dépôt moins actinique d’argent brunâtre , comme cela a lieu avec certains révélateurs, l'image se trouve affaiblie au lieu d'être renforcée.

335. — A côté de ces deux méthodes de noircissement, si répandues dans la pratique courante, il en est une troisième bien préférable. Elle consiste à faire agir sur la plaque un révélateur. Sous cette action, le chlorure double d’argent et de mercure abandonne ses métaux, et le mercure s’amalgamant à l’argent renforcera le phototype, sans qu’il y ait eu, au départ, déperdition dans la valeur de l’image originelle, puisqu’elle aura rigoureusement gardé sa quantité primitive d’argent.

COMMENT ON RENFORCE

VA

En principe, tous les révélateurs de la série aromatique peuvent être employés, avec succès plus ou moin< grand. Cependant, il faut leur préférer l’oxalate ferreux dissous dans un excès d’oxalate de potassium. Les différentes expériences, conduites à ce sujet par Chapman Jones, et aussi par le capitaine Abney, semblent ne laisser aucun doute sur ce point. La réaction peut s’écrire :

AgHgCl2 + 2FeC*0‘ -4- K.2C20* = Ag + Hg 4- Fe2(C20*)3 + 2KC1

Donc, argent et mercure mis en liberté, avec formation d’oxalate ferrique et de chlorure de potassium. La quantité d’argent, formant l’image originelle, restant rigoureusement la même avant et après renforcement, l’opération peut être répétée à plusieurs reprises pour arriver à l’opacité désirée. Ce qui ne saurait avoir lieu dans les deux premières méthodes, au moins aussi efficacement.

336. — La pratique de ces méthodes de renforcement reste des plus simples. Elle ne demande qu’un peu de soin dans les différentes mahipulations et surtout dans les lavages. On peut affirmer que les insuccès, si insuccès il y a, proviennent d’un manque d’attention et surtout de lavages trop parcimonieux, étant donné, bien entendu, que le phototype à renforcer ne contient aucune trace d’hyposulfite. Il est préférable aussi qu’il n’ait pas été aluné. Le durcissement de la couche de gélatine par l’alun rendant souvent inégale la pénétration, donc l’action des différents bains. Néanmoins, l’alunage du phototype n’est pas toujours une difficulté insurmontable. Du reste, on détruit assez efficacement l’effet de l’alun sur la plaque, en immergeant celle-ci, pendant quelques minutes, dans une solution d’acétate de fer à 4 p. 100.

Le renforcement peut s’effectuer immédiatement après le dernier lavage. Pour ma part, je préfère n’effectuer cette opération qu’apres séchage, par cette raison bien simple, qu’il vaut toujours mieux tirer tout d’abord une photocopie positive d’un phototype négatif quelconque, afin de voir dans quel sens et jusqu’à quel degré lo phototype doit être travaillé.

Dans ces conditions, la gélatine demande à être préalablement ramollie, par une immersion de quelques minutes dans

une cuvette pleine d’eau, avant de procéder au renforcement. Pour débarrasser le phototype de toute trace graisseuse, pouvant provenir d’un contact des doigts, et le débarrasser aussi de toute trace d’hyposulfite, s’il en existe encore, il est bon, après ramollissement préalable, de le plonger pendant une demi-minute ou une minute dans une solution d’acide azotique fumant à 2 centimètres cubes pour 1 000 centimètres cubes d’eau. Si l’on veut, pour plus de sécurité, prolonger cette immersion, il faudra surveiller attentivement le phototype, car son image pourrait s’affaiblir et sa pellicule se soulever.

337. — La solution de bichlorure de mercure peut être faite à saturation dans de l’eau distillée. Cependant, comme cette solution possède une assez grande énergie, mieux vaut faire la solution suivante :

Eau distillée '. 1 000 cm*.

Bichlorure de mercure 30 gr.

Sel de cuisine 30 g r.

L’eau distillée est de toute nécessité si l’on veut avoir une solution qui se garde, car, même dans l’obscurité, elle ne saurait se conserver si elle était faite avec de l’eau ordinaire. De plus, le sel de cuisine, que l’on peut remplacer par quelques gouttes d’acide chlorhydrique, aide à la dissolution du chlorure mercurique. La solution ainsi faite est moins active qu’une solution à saturation, et permet mieux de suivre le blanchiment du phototype.

Au début de l’opération, c’est-à-dire, lorsqu’on l’a rincé après le bain d’acide azotique, et plongé dans la solution ci-dessus, le phototype prend une teinte gris-perle, laissant voir l’image en noir. Progressivement, cette teinte devient de plus en plus blanche, avec effacement complet de l’image, puis tourne au blanc-crème, pour ne plus changer. On peut dire, en principe, que le renforcement sera d’autant plus accentué, que l’on s’approchera plus près de ce ton blanc-crème, et ces variations d’état, dans le blanchiment du phototype, sont d’autant plus faciles à surveiller, que la solution mercurique agit plus lentement et que l’on travaille à la pleine lumière du jour.

Page 1