Maintenant, quelle est la valeur de l’image latente
(1) Abnby, Philosophical Transactions, 1893.
IMAGE LATENTE
si ia surlace sensible, au lieu d’avoir reçu le minimum de lumière, en a reçu le maximum, dans sa totalité ou dans une de ses parties?
Dans le chapitre précédent, nous avons vu les effets du dépassement de ce maximum sur la totalité du composé halogène de l’argent. Ces effets ont été groupés sous le titre de surexposition. Mais, étant donnée une opposition si violente entre les différentes parties du sujet photographié, il peut arriver que certaines parties de la plaque seulement se trouvent surexposées, très surexposées même, tandis que d’autres parties n’ont reçu qu’une part tout juste nécessaire et suffisante. On dit, dans ce cas, qu’il y a solarisation des parties surexposées, lesquelles, en général, correspondent, dans l’espèce, aux parties les plus lumineuses du su jet. En réalité, elles ont subi le phénomène de la surexposition, tendant vers l’état neutre, voire vers l’état inverse qu’elles peuvent atteindre. Je ne dirai pas que ce soit là un cas fréquent, mais cependant, dans les consultations qui me sont journellement demandées, il m’est arrivé de recevoir de quelques correspondants des épreuves où l’image présentait simultanément des parties négatives et des parties positives, montrant ainsi, jusqu’à l’extrême, le phénomène de solarisation.
Le plus souvent, la solarisation est loin d’arriver à cet effet extrême. Elle se contente ou de produire un empâtement de l’image ou une diminution de vigueur de cette image. Elle flotte dans la phase décroissante de l’action photographique s’étendant du maximum de l’action lumineuse au premier état neutre.
Les partisans de la théorie chimique expliquent la solarisation en supposant que le sous-bromure se trouve peu à peu ramené à l’état de bromure, et que, par conséquent, le révélateur ne saurait pas plus agir sur ce bromure reconstitué que sur le bromure normal.
Les partisans de la théorie dynamique, admettant qu’au delà du maximum d’action de la lumière il y a décomposition réelle du bromure d’argent, attribuent la diminution de l’intensité de l’image latente à la quantité croissante des produits oxydants. Ces produits insolubiliseraient la gélatine et empêcheraient ainsi tout contact du révélateur avec le bromure
modifié, et en outre neutraliseraient la puissance du révélateur en l’oxydant.
45. — Q uoi qu’il en soit, l’image imprimée par la lumière sur une surface sensible reste toujours à l’état latent, donc invisible. Pour la rendre perceptible à nos yeux, il faut employer des agents qu’on nomme révélateurs. Suivant que les molécules de la matière sensible, modifiée par la lumière, entrent en relation avec les molécules des révélateurs, il se produit des réactions diverses. Ou les molécules modifiées attirent les molécules soit d’une vapeur métallique, soit d’un métal tenu en dissolution dans le révélateur et facilement précipitable, et déterminent, par conséquent, un dépôt métallique sur toutes les parties de la surface sensible qui ont subi l’action de la lumière ; ou les molécules modifiées agissent par attraction sur les molécules du révélateur et sont décomposées en libérant de l’argent métallique. Dans le premier cas, les révélateurs agissent physiquement; dans le second cas, ils agissent chimiquement.
46. — Avec les révélateurs physiques, la révélation de l’image se produit à la surface de la couche sensible, et cette image apparaît en relief sur la couche. Il semble fort probable que dans l’action du révélateur physique il y a, en outre de l’attraction spéciale dont je viens de parler, une action électrique, et que la précipitation du métal se fait, comme dans les dépôts galvanoplastiques, sous l’influence de l’électricité. Les révélateurs physiques sont plus particulièrement employés dans les procédés de Daguerre ou dans les différents procédés au collodion, c’est-à-dire dans des procédés où les couches sensibles sont très minces.
47. — Lorsque la couche sensible présente une certaine épaisseur relative, bien entendu, elle contient des quantités d’argent assez notables pour que l’on puisse prendre en elle l’argent métallique nécessaire et suffisant pour faire apparaître l’image. Le révélateur, dans ce cas, est un réducteur agissant chimiquement, c’est-à-dire décomposant le bromure d’argent dans le voisinage des molécules d’argent de l’image latente.
En admettant la théorie chimique de la formation de l’image latente, le sous-bromure d’argent dont elle est constituée se trouve décomposé par le révélateur qui s’empare do
IMAGE LATENTE
son brome, et la décomposition continue à se propager de proche en proche. Il semblerait cependant, si l’on considère la netteté générale des contours de l’image photographique, que cette propagation soit limitée aux parties de la couche sensible comprises dans le cercle d’inÜuence des molécules d’argent de l’image latente. Néanmoins, dans les cas d’une forte action de la lumière en juxtaposition avec une faible action, cas des contre-lumière par exemple, la propagation paraît s’étendre dans l’intérieur de la couche.
En admettant la théorie dynamique de la formation de l’image latente, le bromure modifié présentant une union moins intime entre le brome et l’argent, que celle qui existe dans le bromure d’argent normal, le révélateur peut s’emparer plus facilement du brome et amener la décomposition du bromure d’argent modifié.
Avant d’entrer dans l'étude des différents révélateurs et de leur mode d’action, c’est-à-dire du développement de l’image latente, je crois utile de rappeler ici quelques principes de chimie. Ils auront l’avantage de remettre en mémoire de ceux qui connaissent cette science les notions nécessaires et suffisantes pour suivre, le cas échéant, les réaction ? dont il pourrait être parlé, et d’en apprendre assez à ceux qui ignorent la chimie, pour qu’ils puissent s’intéresser à ces réactions et les comprendre.
IY
RAPPEL DE CHIMIE
48. La théorie atomique. — 49. L’atome et l’élément. — 50. La moléco ; et la modification allotropique. — 51. La combinaison. — 52. Le mélange.
— 53. Les lois de combinaison. — 64. Le symbole. — 55. La valeur numérique. — 56. Tableau des éléments avec leur symbole, leur poids moléculaire et leur valence. — 57. Fonction chimique : acide, base, sel.
— 58. Composés binaires. — 59. Composés oxygénés. — 60. Composés ternaires. — 61. Poids moléculaires. — 62. Poids atomiques. — 63. Formules de réaction. — 64. Atomicité ou valence des atomes. — 65. Formules de constitution. — 66. Les positions ortho, para et méta. — 67. Représentation graphique des formules de constitution. — 68. La chimie organique. — 69. Classification des substances organiques. — 70. Hydrocarbures. — 71. Alcools. — 72. Éthers. — 73. Aldéhydes. — 74. Acides organiques. — 75. Amines. — 76. Amides. — 77. Phénols.
— 78. Alcaloïdes végétaux. — 79. Fonctions mixtes.
48. — Si l’on prend un corps quelconque et qu’on le divise en parties de plus en plus petites, il arrivera fatalement un moment où ce fractionnement atteindra une limite que les efforts humains ne pourront dépasser, qu’ils fassent appel aux moyens mécaniques ou aux moyens chimiques. L’infiniment petite particule demalière, résultat de cette division et impossible a diviser, se nomme atome.
Telle est, en langage courant, la base sur laquelle est édifiée la chimie moderne, et il est assez curieux de relever que cette base a été jetee au v° siècle avant Jésus-Christ, par Démocrite et Leucippe, dans un traité ayant pour titre l' A lomistique.
Au point de vue strict de la science, ce n’est peut-être pas tout à fait ainsi qu’il faudrait envisager la question, et l’on serait sans doute mieux dans le vrai de la matière en supprimant, comme le voulait Dumas, le mot atome de la chimie. Malgré son conseil, atome y est, y reste et nous le garderons. 11 est si commode pour la discussion.