‹ Le Devoir de l'Amérique en face de la guerre--Chapitre 5 sur 12 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

ou IL Y A UNE ÉPÉE POUR L'ATTAQUE, IL DOIT AUSSI Y AVOIR UNE ÉPÉE POUR LA DÉFENSE

Les pacifistes professionnels qui ont travaillé si activement à déshonorer le nom américain (et qui, par la même occasion, se sont montrés les tristes alliés et les instruments du mal triomphant) feraient bien d'admettre ce fait élémentaire, que le seul moyen nous permettant de vivre en paix avec les autres nations est de développer notre force de façon à pouvoir défendre nos propres droits. Par-dessous tout, ils devraient constater qu'une démocratie, plus que tout autre gouvernement humain, a besoin de se préparer d'avance à la guerre, si elle veut la paix. Quand il s'agit pour une nation de se défendre, l'entraînement militaire universel, et, en cas de besoin, le service militaire universel, représentent la plus haute manifestation de l'idéal démocratique dans un gouvernement.

Notre président JefTerson avait déclaré jadis que « la paix était sa passion », et son refus d'autoriser le pays à se préparer en vue de la guerre nous a valu des fruits bien amers pendant la guerre de 1812. Mais du moins il a su tirer profit de la leçon qui lui était ainsi donnée. En 1813, il écrivait à Monroe : « Nous devons entraîner et enrôler la totalité de nos citoyens mâles, et faire entrer d'une façon régulière l'instruction militaire dans l'éducation des collèges. Nous ne serons jamais en sûreté tant que cette réforme ne sera pas accomplie. »

En 1814, il alla plus loin encore. « Je pense, dit-il, qu'il est maintenant évident que nous ne pouvons nous défendre qu'en faisant de chaque citoyen un soldat. »

Le président Monroe, dans son discours au Congrès du 3 décembre 1822 (il y a juste quatrevingt-treize ans) s'est servi d'expressions qui, sans en changer un seul mot, pourraient s'appliquer aux besoins, beaucoup plus urgents, d'aujourd'hui. 11 disait :

« L'histoire des dernières guerres en Europe démontre qu'aucun système de conduite, si correct soit-il en principe, ne peut protéger les

puissances neutres contre les injustices des belligérants ; que la vue d'une nation sans défense et trop éprise de paix est une invitation très instante à la guerre, et qu'il n'y a aucun moyen d'éviter cette guère si ce n'est d'être toujours prêts à l'affronter. Mais s'il est, sur la terre, un peuple qui doive être de tout temps spécialement préparé à défendre les droits dont il jouit, ce peuple est, sans aucun doute, celui des États-Unis. »

A rheure présente, la question la plus importante pour notre nation est celle de la préparation. Et, tout d'abord, nous devons nous préparer contre la guerre. Naturellement cette préparation contre la guerre doit s'accompagner d'une préparation appropriée de nos forces sociales et industrielles en temps de paix. L'Allemagne, qui est, pour les autres nations, le modèle type en ce qui concerne les choses pratiques, nous l'a montré. De plus, il ne peut y avoir aucune préparation matérielle, en temps de paix ou de guerre, qui ne s'appuie sur une préparation morale et spirituelle. 11 faut d'abord préparer l'âme et Uesprit afin de préparer le corps, car la culture corporelle ne forme ni

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l'esprit, ni rame. J'ajouterai que ces différentes sortes de préparation agissent réciproquement l'une sur l'autre, dans la vie des peuples aussi bien que dans celle des individus.

Mais il y a certains faits élémentaires qui doivent être compris par notre nation avant que nous puissions adopter aucune ligne de conduite politique. Le plus important de ces faits est qu'il est inutile de parler de réforme et de justice sociale, d^égalité et de prospérité dans les affaires industrielles, au dedans d'une nation, à moins que celle-ci puisse se protéger contre une attaque du dehors. Il est oiseux de s'inquiéter d'aucun problème social ou industriel, aux États-Unis, à moins que les Etats- Unis ne consentent à s'entraîner, à se préparer, de façon à être sûrs que leur propre peuple et non une nation d'envahisseurs et d'oppresseurs étrangers aura le dernier mot dans la solution de ces problèmes. Les États-Unis n'ont pas un ami au monde, à cause de leur faiblesse et de leur « neutralité », comparable à celle du Lévite qui s'éloigna prudemment lorsqu'il vit sur le sol un homme blessé par des voleurs, près de Jéricho (et encore, le Lévite,

lui, ne s'était-il pas vanté de sa neutralité). En outre, les Etats-Unis devraient se décider à adopter une ligne de politique bien définie. Des gens inintelligents disent que la doctrine de Monroe est passée de mode, sans prendre la peine de comprendre ce qu'elle est. En réalité, abandonner cette doctrine serait amener un désastre écrasant. Dans son essence, la doctrine de Monroe revient à dire que nous ne permettrons pas à des puissances militaires étrangères de prendre pied chez nos voisins d'Amérique, pour, selon toute probabilité, diriger de là une attaque contre nous. Nous devons donc nous déterminer à garder et à défendre le Canal de Panama et ses abords, à maintenir Tordre et à sauvegarder la civilisation dans les territoires adjacents à la Mer des Antilles, et veiller à ce qu'aucun de ces terri- ! toires, petits ou grands, ne soit envahi par une nation de l'Ancien Continent qui se servirait de lui contre nous. Le devoir primordial, naturellement, est d'assurer des conditions de vie possibles au Mexique. Tolérer les conditions où se débat le Mexique depuis cinq ans, c'est offrir une prime à toute intervention européenne ;

car lorsque nous manquons à notre devoir envers nous-mêmes, envers les Mexicains honnêtes et respectueux des lois, et envers tous les Européens étrangers établis au Mexique, nous ne pouvons espérer échapper d'une façon durable aux conséquences de notre faiblesse.

Les événements de Tannée 1914 ont montré que toute tendance à empêcher une agression de nations militaristes sans scrupules par des traités d'arbitrage, conventions de la Haye, et autres choses analogues ne sont actuellement rien que déclamation creuse. Aucune personne vivant hors d'un asile de fous ne peut plus, aujourd'hui, prendre ces choses au sérieux. Les ligues pour le maintien de la paix pourront exister, dans Tavenir, d'une façon définitive, je l'espère; mais cela ne sera pas possible tant que des nations comme la nôtre seront « trop fières pour combattre » et pas assez fières pour tenir leurs promesses. Jusque-là c'est une preuve de stupidité ou de perfidie, que de croire possible la réussite de telles ligues.

Nous devons d'abord préparer notre propre force. Ensuite, puisque nous avons accepté les obligations que comporte la convention de la

Haye, nous devons satisfaire aux devoirs qui incombent à tous les pays entrant dans une ligue pour la paix. La convention de la Haye se composait d'une série de traités que nous avions signés ainsi que la Belgique et l'Allemagne. D'après notre constitution, un traité semblable fait partie de la ce suprême loi du Pays », et nous lie vis-à-vis de nous-mêmes et vis-à-vis des nations qui y ont adhéré avec nous. Aussi ne devions-nous pas signer à la légère ce traité, mais au contraire l'examiner longuement, et exiger, lorsqu'il a été établi, que les autres nations s'y conforment. Les Conventions de la Haye faisaient partie de la ce Suprême loi de notre pays ». Par conséquent, TAllemagne a violé la Suprême loi de notre pays lorsqu'elle a lésé brutalement la Belgique ; et nous avons permis cela sans un mot de protestation.

Dix-huit mois ont passé depuis le moment où, la guerre étant déclarée, il devint évident pour tout homme désireux de voir en face les faits que les problèmes militaires et navals étaient infiniment plus sérieux que nous ne le pensions, que les traités étaient absolument impuissants à protéger aucune nation à moins d'être

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soutenus par la force armée, et que la nécessité de se préparer à la guerre était beaucoup plus urgente que nul, en ce pays, ne Tavait jamais soupçonné. On a- eu la preuve flagrante que l'opinion publique internationale, lorsqu'elle n'est pas secondée par la force, n'a aucune influence sur la conduite d'une puissante nation militaire. Celui qui croit encore au pouvoir de l'opinion publique et défend cette théorie, propage une erreur absolument dangereuse et antipatriotique. Q est trop évident que Fopinion publique, durant les derniers dix-huit mois, n'a pu apporter aucun adoucissement aux atrocités ou prévenir les violences des puissances agressives, qui ne se sont arrêtées qu'au moment exact où elles ont senti qu'il y avait derrière l'opinion publique une force dont on userait si la provocation était trop grande. L'opinion publique a été absolument vaine lorsqu'il s'est agi de la Belgique, de l'Arménie, et de la Pologne. Aucun homme ne peut assurer le contraire avec sincérité, s'il prend la peine d'examiner les faits.

Pendant dix-huit mois, en face du cataclysme mondial, nous, en tant que nation, sommes

restés inertes sans nous préparer en aucune façon. C'est un fait qu'il n'y a pas eu un soldat, un canon, un bateau ajoutés à l'armée ou à la marine américaines jusqu'à présent, et que nous n'avons pas fait le moindre pas vers une préparation nécessaire. Une telle myopie nationale, une telle folie nationale sont presque inconcevables. Nous avons reçu des avertissements qui auraient dû nous amener à organiser un plan de défense. Nous avons absolument dédaigné ces avertissements, et, jusqu'à présent, les mesures prises officiellement sont à peine les mesures de demi-préparation.

Nous devons considérer notre politique miliaire nationale comme un tout. Nous devons tablir un plan stratégique bien réfléchi, basé ur nos intérêts nationaux durables, amélioré ans cesse par le travail effectué durant des nnées par des hommes expérimentés. La maine est notre première ligne de défense, mais ! faut se souvenir qu'on ne peut s'en servir jour sa défense que comme d'une arme offensive. Se contenjer de parer les coups ne réussit limais au point de vue défensif. L'attaque est k vraie méthode de défense efficace. Depuis

quelques années, nous nous sommes servis de la marine comme d'un palladium en soutenant qu'elle suffirait à nous protéger. La seule force ayant une réelle valeur est la force offensive, au cours de n'importe quelle guerre, même défensive. La liberté d'action de la flotte est le secret d'une réelle puissance maritime. Cette puissance ne pourra être atteinte que quand nous aurons à notre disposition une institution militaire effective nous permettant, lorsque nous serons menacés, de repousser n'importe quelle armée débarquant sur notre côte. Ceci est fondamental. C'est seulement en créant une armée suffisante que nous pourrons employer notre flotte dans ses fonctions légitimes. Les plans de la marine doivent toujours correspondre à ceux de l'armée ; et les uns et les autres aux plans du gouvernement qui ne doit jamais, dans aucune circonstance, ébaucher aucun projet d€ politique étrangère sans considérer ce que notre situation militaire est et peut devenir. Pour qu6 notre marine soitlibre, nous avons besoin d'amples défenses sur nos côtes, qui doivent êtn couvertes par une centaine de mille hommes et il nous faut, en outre, une armée mobil»

mÊ

régulière de 150.000 hommes. Le programme proposé parle gouvernement est un programme de trompe-l'œil. Le Congrès n'a jamais consenti à adopter les plans proposés par le Ministère de la Guerre. Jusqu'en 1911, cependant, la différence entre ce dont nous avions besoin et ce qui existait, bien que réelle, n'apparaissait pas dans toute son énormité. Mais lorsque l'extraordinaire développement des marines étrangères exigea impérieusement que nous élargissions notre propre programme et que nous le développions beaucoup plus sérieusement que jamais, le Congrès arrêta entièrement l'achèvement de la marine ! Pour l'instant, ce qui est urgent est de tendre fortement, tout de suite, toutes les forces du gouvernement, de façon à ce que, cette année, nous commencions à travailler à une demi-douzaine de formidables vaisseaux de guerre et à d'énormes cuirassés rapides et armés. Que nous les construisions dans des chantiers publics ou privés n'est pas d'une grande importance, si on tient compte de l'urgence que présente l'achèvement de ces vaisseaux, qui doiventêtre commencés non pas l'été prochain, mais dans trente ou soixante jours.

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Notre nation doit se rappeler qu'une demipréparation équivaut à un manque complet de préparation. Un grand nombre de personnes bien intentionnées sont dans le même état d'esprit qu'un philanthrope qui m'écrivait, l'autre jour, qu'il était partisan d'un peu de préparation, mais seulement d'un peu. C'est comme si l'on construisait un pont sur une rivière, mais seulement à mi-chemin. Je suis navré d'avoir à dire que cette attitude paraît être celle qu'a prise aujourd'hui notre gouvernement, en remplacement de son attitude d'il y a un an, quand il déclarait toute préparation inutile et immorale.

S'il est inutile de se préparer, ne le faisons pas du tout, mais, dans le cas contraire, préparons-nouscomplètement ! Il y a quelques années, je remplissais des fonctions d'inspecteur dans un pays d'élevage. Naturellement, je m'étais préparé par avance à mon devoir. Je portais sur moi ce qui était alors le meilleur type de revolver, un 45 mm., self cocker. On m'avait conseillé de ne jamais m'en servir, à moins que cela ne fût absolument nécessaire ; et j'obéissais à ce conseil. Mais si, dans l'inté-

rêt de la « paix », on m'avait commandé de m'armer seulement d'un revolver de 2*2 mm., j'aurais promptement résigné mon poste.

Il y a deux nécessités immédiates auxquelles nous devons faire face : 1" c'est que notre marine devienne dans le plus bref délai possible la seconde du monde, comme développement et comme puissance. Nous n'avons pas besoin qu'elle soit la première, parce que la Grande-Bretagne n'est pas une puissance militaire, et parce que nos relations avec le Canada sont sur une telle base d'amitié permanente qu'un conflit n'est pas à prévoir. Mais l'Empire Britannique ne pourrait que rester «neutre », si nous étions engagés dans quelque guerre avec une grande puissance européenne ou asiatique. ^"^ Notre armée régulière doit être augmentée, jusqu'à contenir au moins un quart de million d'hommes, avec de grandes réserves pouvant être amenées, de suite, dans les rangs, au cas d'une soudaine attaque contre nous. Des précautions doivent être prises relativement au nombre des officiers ; au point de vue administratif, il faut combiner une efficacité aussi grande que possible avec une économie rigide

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qui commencerait par la suppression de beaucoup de postes militaires et maritimes inutiles. Or, les propositions du gouvernement ne satisfont à aucune de ces deux nécessités. Je suis sincèrement heureux de constater un changement dans l'attitude qu'affirmait le message présidentiel de décembre 1914, attitude qui tendait à laisser la nation non préparée, et impuissante à défendre son honneur et son intérêt vital contre des adversaires venus du dehors. Mais je regrette non moins sincèrement que le gouvernement n'ait pas mieux compris la situation véritable, et ne se soit pas mis en état de présenter un plan de défense réel et substantiel, au lieu d'un programme chimérique. Depuis les trois dernières années, notre marine est tristement déchue de la situation qu'elle occupait parmi celle des autres nations. Le gouvernement actuel propose un plan qui serait exécuté principalement par le prochain gouvernement, et qui replacerait sous un délai de vingt ans, la marine dans l'état où elle se trouvait il y a de cela dix ans, de sorte que ce plan est tout bonnement, en réalité, une façon adroite d'éviter d'agir en ce moment. Or cela

ne saurait être admis. Notre gouvernement peut et doit, dès cette année, faire les préparatifs nécessaires pour rendre à notre marine, dans le plus bref délai, son rang dans le monde. Le travail doit commencer de suite, sur une vaste échelle. Ceci est dime importance primordiale.

Mais il est également essentiel d'amener l'armée à la hauteur des besoins nationaux. Le plan proposé, consistante créer une garde nationale composée de volontaires ayant un demi-entraînement ou même un quart d'entraînement, — car c'est à quoi se bornerait ce qu'on nomme d'une façon absurde l'armée continentale, — serait, si on l'essayait, très coûteux, très nuisible à la garde nationale existant actuellement, et tout à fait inutile au point de vue des besoins réels du pays. Il serait infiniment plus sage de dépenser le même argent pour augmenter la puissance delà garde nationale actuelle, et pour la soumettre à un contrôle national. Mais cela même ne serait encore qu'une demi-mesure, et n'atteindrait pas jusqu'à la racine des choses. Le gouvernement n'a voulu demander l'adoption d'aucun des systèmes militaires ayant eu un suc-

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ces remarquable en Suisse, en Australie, en Argentine, sans parler de l'Allemagne. Au lieu de cela, on nous a proposé un système que l'Angleterre a eu grand tort d'essayer, et qui, dans la crise actuelle, a bien montré son inefficacité. L' (( armée continentale » qu'on nous propose n'a rien de commun avec celle de Washington, qui était une armée régulière, dont la force était assurée par un service d'une année. Ce n'est pas autre chose que l'armée « territoriale » anglaise, en laquelle l'Angleterre amis uneconfiance qu'elle paie aujourd'hui durement, car le courage splendide et le sacrifice volontaire des Anglais qui combattent si héroïquement ne pourront détruire complètement les effets du manque de préparation.

L'extension de l'armée régulière, telle que Fa projetée notre gouvernement, est tout à faitincapable d'aboutir à un résultat réel. C'est une de ces demi-mesures qui n'ont aucune utilité pratique, n'étant conçues qu'à un point de vue purement politique. Ou bien notre nation doit se préparer àlaguerre, ou bien elle ne le doit pas : mais, si elle le doit, il faut qu'elle se prépare sérieusement et efficacement. Certes, il serait

insensé de proposer la suppression complète de notre Corps de Pompiers de New-York ; mais plus insensé encore serait, par exemple, d'entretenir des pompes à incendie qui ne pourraient pas lancer leur eau plus haut que le premier étage des maisons. Et c'est exactement à quoi correspond le nouveau projet militaire du gouvernement.

J'espère d'ailleurs fermement que la masse des citoyens des États-Unis, puisque leurs chefs officiels refusent de les guider, s'éveilleront d'eux-mêmes aux besoins de leur pays et conduiront ces soi-disant chefs. Agissons donc de suite pour devenir la deuxième puissance navale du monde! Agissons cette année et non l'année prochaine! Agissons maintenant! La marine est notre première ligne de défense. Au point de vue national, il est criminel de la négliger.

En ce qui se rapporte à l'armée, prenons d'abord l'avis des personnes expérimentées. Puis, formons une armée régulière d'un quart de million d'hommes. Par rapport au pays, elle ne sera pas plus considérable que la police de New- York relativement à la ville de New- York. Sur le papier, nos forces actuelles sont de

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100.000, hommes et nous avons aux États-Unis une armée mobile composée seulement de 30.000 hommes. Or, il nous en faut 10.000 de plus, rien que pour assurer la défense de nos côtes chez nous, et 5.000 pour couvrir celles de nos colonies. Nous avons besoin de 20.000 hommes encore pour posséder une armée mobile capable d'affronter un raid contre nos possessions d'au delà des mers. Chez nous, il nous faut une armée mobile de 150.000 hommes, de façon à nous éviter de voir New- York ou San- Francisco saisis àl'improviste par quelque puissante nation militaire qui viendrait nous faire la guerre. Un quart de million d'hommes dans l'armée régulière est le minimum capable d'assurer la défense de la nation en cas d'agression soudaine.

En plus, nous devons assurer une réserve à cette armée régulière, une réelle réserve d'hommes enrôlés. Nous devons posséder assez d'officiers, tant dans l'active que dans la réserve, pour être capables de commander à un million et demi d'hommes en cas de guerre. Et, en attendant, faisons tout notre possible pour rendre efficace notre garde nationale, comme

aussi pour organiser plusieurs camps d'entraînement tels que celui de Plattsburg. Renonçons au régime anti-démocratique d'une armée de volontaires, qui n'aboutirait qu'à créer une troupe inutile, en rivalité désastreuse avec notre garde nationale !

Nous devrions aussi commencer de suite à développer et à contrôler efficacement nos usines de munitions. Leur faire la guerre est la faire aux États-Unis eux-mêmes; ceux qui agissent ainsi et ceux qui les y encouragent doivent être traités comme des criminels. Les usines existantes devraient être aidées par tout moyen légitime^ et des mesures devraient être prises pour les amener à continuer après la guerre. Mais il est regrettable que ces usines soient situées aussi près du bord de la mer. Sans délai, on devrait procéder à l'établissement d'autres usines de munitions dans l'intérieur du pays. L'Allemagne pourrait nous servir de modèle pour développer et régulariser le rendement des munitions. Étudions attentivement ce qu'elle a fait, puis adaptons à nos propres besoins les plans qui lui ont réussi, en y ajoutant les mesures que notre

propre expérience nous indique comme utiles.

Mais souvenons-nous constamment qu'un puissant matériel est inutile, si nous ne préparons, d'abord, un personnel suffisant pour le manœuvrer. Ceci s'applique aussi bien aux cuirassés qu'aux sous-marins, à l'artillerie de campagne qu'aux aéroplanes. Nous avons besoin d'une flottille de sous-marins du meilleur modèle. Nous avons besoin de développer énormément notre corps d'aviation. Je me demande combien de nos concitoyens se sont aperçus qu'à l'heure actuelle la totalité des officiers et des hommes de l'aviation française surpasse en nombre toute l'armée active des États-Unis.

Tels sont les besoins qui peuvent et doivent être immédiatement satisfaits. Mais je crois de tout mon cœur que nous devons, en outre, adopter un système de service universel analogue à ceux de la Suisse ou de l'Australie, et approprié, naturellement, à nos propres besoins. Un tel service est le véritable système démocratique. Dans une république libre, les droits doivent être subordonnés aux devoirs. Aucun homme n'a le droit de voter lorsqu'il élude ses obligations vis-à-vis de l'état en temps de paix ou en

temps de guerre. Le bon citoyen doit remplir entièrement ses devoirs de citoyen ; et il ne peut le faire que s'il est prêt à combattre pour le bien commun de tous, à l'heure où la nation est en face d'un péril mortel. Le suffrage militaire universel implique le service universel aussi bien pendant la paix que pendant la guerre. Le public vante le mérite des volontaires; j'admire aussi les volontaires qui s'engagent pour se battre, mais non ceux qui envoient les autres se battre à leur place. Le service universel est la seule manière susceptible d'assurer une démocratie réelle, une véritable et juste égalité. Chaque jeune homme valide devrait être fier de protéger la nation contre une attaque, et tous devraient être requis pour ce faire, et pour s'y préparer.

La question de la dépense est tout à fait de second ordre, quand il s'agit de mesures dont dépendent la vie ou la mort de la nation. Cinq années de plus, et il sera sans doute trop tard pour dépenser quoi que ce soit. Nous ferons bien, pour le moment, d'adopter, avec une légère modification, une devise populaire parmi nos ancêtres d'il V a un siècle : « Des millions pour la

défense, mais pas un centime de tribut pour l'oppresseur ou pour Tassaillant. »

On me dit que les femmes sont opposées à la guerre, et, par là même, qu'elles s'opposent aussi à la préparation à la guerre. J'en appelle, moi, amoureux de la paix, en mon propre nom et au nom de ma femme, dont les fils devront aller à la guerre, dont les filles, durant une guerre, devront travailler et souffrir autant que les fils, j'en appelle à chaque homme et femme sensés habitant ce pays. Nous redoutons la guerre ; mais, avec Washington et Lincoln, il y a des choses que nous redoutons plus encore que la guerre. C'est pourquoi nous désirons nous préparer contre la guerre. Je voudrais que tous lisent un article du numéro de novembre du Woman^s Home Companion que ma femme me montra récemment. L'auteur n'a pas signé, elle dit être « une pauvre vieille femme de soixante-treize ans » qui vit « dans une petite ville de province dans le Kansas ». Elle parle de son mari, John, un habile mécanicien qui fit la guerre en 1861, et plus tard devint aveugle à la suite de ses blessures, de telle sorte que sa vie fut une lutte très dure. Elle dit qu'elle vou-

drait qu'on fît tout pour éloigner de nous la guerre, que par conséquent elle aimerait voir (( des forts, des sous-marins, une flotte puis santé et tous les jeunes gens forcés d'être soldats ». Elle termine en disant : « J'ai moi-même forcé mon fils à être soldat. Si un million d'autres mères, si chaque mère dans le pays faisait de même, nous serions en sûreté pour toujours ». Le vœu de cette femme, qui est aussi le mien, n'a d'ailleurs rien de nouveau. Il n'est que l'application aux conditions actuelles des conseils donnés par le Président George Washington lorsque, dans son discours du 21 janvier 1790, il a soumis un plan de préparation militaire universelle. Ce plan demandait un entraînement militaire pour tous les jeunes hommes du pays, ajoutant que : « chaque homme ayant l'âge nécessaire et la force physique suffisante est obligé, par le contrat social, de remplir personnellement sa part d'obligation militaire pour la défense de l'état ». Tout ceci équivalait à un service universel obligatoire. Et, de plus, le plan préconisé par Washington stipulait qu'aucun homme en âge d'être soldat ne pourrait voter à moins de fournir un certificat prouvant qu'il

s'étaitacquitté de son servicemilitaire. Washington n'estimait pas que les pacifistes professionnels eussent droit au vote.

Je plaide pour le service universel, parce que ce serait une manière excellente de nous amener rapidement à une véritable conscience sociale, parce qu'il nous aiderait énormément au point de vue industriel, et parce qu'il nous mettrait à même de pouvoir nous défendre, si cela devenait nécessaire. Ceci est une partie, et une partie vitale, de la doctrine du grand américanisme. Le travail indispensable avant tout autre pour notre nation, à cette heure, est de réédifier notre propre caractère national. Découvrons nos propres âmes, regardons en face la situation actuelle du monde, la façon dont elle réagit sur nous et sur les autres pays. Nous devons avoir une politique intérieure bien définie, et une politique étrangère très nette. Lorsque nous concluons des traités, parlons franchement; soyons prudents quand nous faisons des promesses, et tenons fidèlement celles que nous avons faites ! Tâchons d'être clairvoyants, après mûre réflexion adoptons une politique déterminée, au dedans

comme en dehors de nos frontières, et préparons-nous à la suivre! Cessons d'essayer de nous duper au moyen d'une vantardise à bon marché, ou d'une sentimentalité encore plus vaine !

Montrons, d'une façon pratique, que nous craignons Dieu et ne craignons pas de faire notre devoir ! C'est seulement à ce prix que nous pourrons nous tenir debout devant le monde, le cœur haut, l'àme libre, assez forts pour être les pères d'une race d'hommes qui feront de ce pays ce qu'il semblait être dans la vision prophétique des grands hommes qui l'ont fondé et de ceux qui l'ont sauvé.

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