L'AMÉRIQUE D'ABORD : UN SIMPLE MOT OU UN FAIT
Le Gouvernement actuel, avec son penchant invétéré pour les discours et sa conviction que (( faire des phrases » est une façon suffisante d'agir, s'est trahi lui-même sur la formule : « L'Amérique d'abord ». Pratiquement, en effet, il a agi suivant la théorie de « FAmérique en dernier lieu », aussi bien chez nous qu'à l'étranger, aussi bien au Mexique que sur les Océans.
L'un des premiers et des plus élémentaires devoirs de toute nation digne d'être appelée civilisée est de protéger ses citoyens contre le meurtre et la violence. Depuis cinq ans au Mexique et depuis un an et demi sur mer, à cause de la grande guerre européenne, le gouvernement des États-Unis a honteusement manqué à l'accomplissement de ce devoir. On obtient un total de plusieurs centaines de vie-
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times si on établit le bilan des Américains, hommes, femmes et enfants, assassinés sur mer, d'abord par les sous-marins allemands, puis par les sous-marins autrichiens; de plus, des hommes de notre pays ont été massacrés, et des Américaines violées au Mexique, tandis que des femmes, des enfants, et même des soldats américains portant Tuniforme étaient tués ou blessés sur le territoire des États-Unis par des troupes mexicaines. Lesassassinatsd'Américains qui ont eu lieu depuis ces derniers mois ont même pris un caractère tout particulier d'acharnement. Ils montrent un profond mépris du pré sident Wilson, et une tendance à le considérer comme incapable de faire autre chose qu'écrire des notes. La mort de ces hommes et de ces femmes est due, avant tout, à la politique du président Wilson, faite de timidité et de faiblesse.
Rien d'effectif n'a été tenté pour mettre fin à ces atrocités. — Bien plus, des outrages à la personne et aux propriétés des étrangers ont été commis, à plusieurs reprises, au Mexique ; d'innocents Mexicains ont été massacrés par dizaines de mille ; et dans des cas innombra-
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blés, des femmes et des jeunes filles mexicaines ont été violées par des bandits infâmes déguisés ^n chefs civils ou militaires. Notre gouvernement a laissé ces gens se procurer des munitions pour pouvoir assassiner nos propres soldats et les citoyens paisibles du Mexique ; et le Président a actuellement proclamé qu'on ne devait pas intervenir dans ces « effusions de sang ! ))
Au cours de la dernière année, des nations neutres, inoffensives, paisibles et fidèles aux lois, comme la Belgique, des peuples paciiîques, industrieux et respectueux de l'ordre, comme les Arméniens, ont dû supporter des dommages beaucoup plus considérables que tous ceux commis depuis la fin des guerres napoléoniennes; la plupart de ces atrocités rappellent les jours de la guerre de Trente Ans en Europe, ou, pour les Arméniens, l'époque de Genghis Khan et de Tamerlan en Asie. Et cependant notre Gouvernement n'a rien fait pour aider le peuple opprimé ou pour châtier l'oppresseur.
Que ce courant d'infamie de notre part ait commencé lorsque le dernier Gouvernement s'abandonna aux partisans de la paix à n'im-
porte quel prix, et entreprit la négociation de ses stupides et déplorables traités d'arbitrage, il y a là, non pas une simple coïncidence, mais une vraie relation de cause à effet. Les individus et les nations qui prêchent une doctrine toute de sucre et de miel ont invariablement une propension à craindre de se rencontrer avec ceux qui prêchent et pratiquent la doctrine du sang et du fer. Il en est ainsi pour notre peuple, comme il en fut ainsi pour les compatriotes de Ruskin, lorsqu'il disait : « Nous avons été passifs quand nous n'aurions pas dû Têtre, et nous l'avons été par lâcheté. Dans le principe de la non-intervention que nous pratiquons actuellement, il y a autant d'égoïsme et de cruauté que dans le délire de conquêtes ; Tunique différence vient de ce que cette attitude est non seulement coupable, mais lâche ! »
Les pacifistes professionnels de la trempe de MM. Bryan, Jordan, et Ford, qui, au nom de la paix, prêchent des doctrines susceptibles d'aboutir à l'infamie en même temps qu'à un désastre complet pour leur propre pays, ne se hasardent jamais, en pratique, à dénoncer les mauvaises actions commises collectivement par
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des hommes dangereux. Les pacifistes professionnels attaquent le mal, seulement, lorsqu'ils peuvent l'attaquer sans risques pour eux-mêmes. Aussi, dans la grande crise actuelle, se sont-ils bornés à essayer d'empêcher les Etats-Unis de sauvegarder leur honneur, leur intérêt et la vie des citoyens américains à l'étranger ; dans leurs bruyantes proclamations, ils ont eu soin d'user d'un langage tel qu'il peut aussi bien s'appliquer aux peuples terriblement éprouvés, et qui défendent ce qu'ils ont de plus cher contre une oppression cynique et inhumaine, qu'aux hommes qui sont responsables de cette oppression. Ils n'osent pas parler de bon droit quand il s'agit d'un cas précis. Ils sont pleins de ménagements pour ces partisans de l'américanisme à trait d'union, qui essayent de faire de notre pays l'allié et l'instrument d'un militarisme étranger.
Ces pacifistes professionnels, grâce au président Wilson, ont entraîné les États-Unis dans la voie de la honte et du déshonneur, durant les dix-huit derniers mois. Par la faute du président Wilson, la plus puissante des nations démocratiques a refusé de reconnaître les obli-
gâtions morales du droit public international. Notre pays a éludé son vrai devoir. Une déclaration franche et loyale de notre Gouvernement, protestant contre les iniquités atroces commises en Belgique, en Arménie et en Serbie, aurait mille fois mieux valu pour l'humanité que tout ce que les pacifistes professionnels ont fait depuis les quinze dernières années. L'effet de notre inaction au Mexique a été épouvantable. Mais, en somme, plus déshonorants encore ont été les actes de notre Gouvernement dans la guerre européenne. Souvenonsnous que, dans certaines circonstances, l'inaction peut être pire que l'action la plus mauvaise ! Les phrases les plus belles deviennent écœurantes lorsqu'elles ne sont qu'une adroite dialectique, déguisant la volonté de ne rien faire de positif. Pendant trois ans, le gouvernement des États-Unis n'a fait qu'envoyer à l'Allemagne, au Mexique, à l'Autriche, des notes, des protestations diplomatiques, des avertissements et des ultimatums. Toutes ces notes étaient dépourvues de sens, et ne pouvaient empêcher quoi que ce soit. Les notes de M. Wilson ressemblent aux notes de M. Micaw-
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ber. La forme en est différente, mais comme valeur elles \ont de pair. Les notes de Micawber protestaient toujours, et M. Micawber crut toujours fermement qu'il obtiendrait un résultat en les multipliant. M. Wilson s'est nourri de la même illusion.
Pendant cette période, le Gouvernement n'a donné qu'une protection inefficace aux droits de ses citoyens naturalisés, lorsqu'ils se sont bien conduits. Et lorsqu'ils ont mal agi, il n'a pas insisté pour exiger d'eux qu'ils fissent leur devoir envers le pays auquel ils ont juré fidélité. Aux représentants du peuple allemand, aux Germano-Américains et aux Austro-Américains dont la fidélité va à l'Allemagne ou à l'Autriche et non pas aux États-Unis, il a permis de faire, à l'intérieur de nos frontières, une propagande dont l'un des résultats a été la destruction partielle ou entière de nombreuses usines, par l'incendie ou la dynamite. Une action sommaire aurait mis fin à cette guerre menée en pleine paix contre notre peuple ; mais le Gouvernement n'a pas osé agir. Un grand complot a été ourdi contre l'Amérique sur le sol américain, et ce complot a été
encouragé par la passivité du Gouvernement. L'ambassadeur autrichien, M. Diimba, écrivit au ministre autrichien des Affaires étrangères : « Nous pouvons désorganiser et tenir en échec, sinon entièrement arrêter, la manufacture de munitions de Bethlehem et du Middle West, qui est très importante. » Trois mois après cette lettre, la menace était accomplie en ce qui concernait Bethlehem, et le Gerinan Herald de Milwaukee manifestait en ces termes sa joie à propos de cet exploit (12 novembre) : « Nous nous réjouissons de tout notre cœur de la destruction de ces machines meurtrières. » Dix jours après, un mass-meeting s'intitulant germano-américain eut lieu à Milwaukee, et le même journal, le lendemain, remarquait avec une joie délirante : (( L'Allemagne a su parler fortement et distinctement à ses enfants sur un rivage étranger. ))Et, en effet, le président du meeting a dit nettement que le but de cette assemblée était de propager l'idéal allemand à travers le pays (nous avons vu plus haut comment, pour y arriver, ils employèrent les bombes et les torches) et que lui et ses amis « considéraient le
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a trait d'union» comme un honneur ». L'orateur suivant fut tout aussi explicite, lorsqu'il s'écria : « Nous sommes tous, ici, des frères allemands, quel que soit le pays oii nous vivons. » Les hommes qui font de telles déclarations ou y applaudissent sont des ennemis de ce pays. Si tant d'insolence est possible, c'est parce que le Gouvernement, reculant devant les conséquences politiques, n'ose pas soutenir l'honneur du drapeau américain et protéger la vie des citoyens américains.
Avant de revenir sur la manière honteuse dont le Gouvernement a trahi ses devoirs envers les véritables citoyens américains, je désire dire un mot de Findifférence dont nous avons fait preuve au sujet de nos engagements envers les neutres. Le 23 août 1915, le World de New-York, reconnu unanimement comme Torgane du président Wilson, publiait en détail certains papiers secrets venant de l'ambassade d'Allemagne et relatifs aux négociations qui eurent lieu entre cette ambassade et le Président, ainsi qu'aux menées des représentants allemands en vue d'organiser une campagne pro-germanique aux États-Unis. Je
n'aurais prêté aucune attention à cette publication si elle venait d'un journal anti-gouvernemental, mais elle émane, comme je l'ai dit, de l'organe spécial du Gouvernement. Entre autres choses, cette correspondance montre qu'un individu, désigné par les initiales M. P., transmit à l'ambassade allemande un rapport secret dont voici les principaux points :
1" « La note adressée à l'Angleterre partira de toute façon, que les réponses allemandes donnent ou non satisfaction (à propos des attaques des sous-marins allemands) ;
2° « Même dans le cas où l'affaire du Lusitania serait résolue d'une manière satisfaisante, le Président s'engagera à mener jusqu'au bout la protestation contre l'Angleterre ;
3° « La continuation du difTérend avec l'Allemagne à propos du Lusitania met le Président dans l'embarras pour protester contre l'Angleterre. ))
Bien plus, le rapport disait que le Président désirait connaître les tendances de la note allemande avant qu'elle soit officiellement envoyée, et se déclarait prêt, avant que la réponse soit rédigée, à la discuter avec M. P.,
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afin d'assurer un accord lors de la réception. Or, la conduite du Président, depuis la publication de ce rapport, montre que ce M. P. ou bien parlait sous l'inspiration du Président, ou possédait le don de seconde vue et de prophétie, car raccommodement annoncé et contenu dans le message adressé à l'ambassadeur allemand est devenu une réalité. l^'AUemagne n'a jamais offert aucune compensation pour le Lusitania, mais lorsque l'Angleterre réussit à détruire les sous-marins allemands autour des îles anglaises, lorsque, par la suite, l'Allemagne se vit empêchée de continuer ce genre de guerre, elle consentit à l'abandonn-er, huit mois après le premier avertissement du Président à ce sujet. Au cours de ces huit mois, les submersibles germaniques ont coulé navire sur navire, sans souci de l'avertissement du Président, traitant avec l'indifférence méprisante qu'elles méritaient les notes successives que le Président continuait d'envoyer au lieu d'agir. Aussitôt que le Président reçut cette concession trompeuse, il fit ce que M. P. avait annoncé à l'ambassadeur d'Allemagne. Il envoya une note sévère à l'Angleterre. On publia bien haut
que cette note montrait que le Président agissait à l'égard de l'Allemagne comme à l'égard de l'Angleterre. C'était un non-sens. Intervenir à propos de commerce est un nonsens lorsque le crime règne sur les mers. La polémique avec l'Angleterre n'avait pour objet que des questions de commerce et de propriété. Avec l'Allemagne, au contraire, il s'agissait d'humanité, et la question qui se posait était de savoir si l'on protégerait la vie d'hommes, de femmes, et d'enfants innocents contre les assassinats commis sur l'Océan. Le président Wilson tenait la promesse à laquelle M. P. avait fait allusion, et cela au détriment de l'humanité, au détriment de notre réputation de fidélité et de courage. Nous voudrions maintenant savoir si M. Wilson remplira entièrement la promesse de M. P. à lambassadeur allemand et continuera, vis-à-vis de l'Angleterre, cette polémique dans laquelle il s'est engagé à outrance.
Mais ce n'est pas tout. Pendant plus d'un an, non content de garder le silence sur les atrocités odieuses qui eurent lieu en Belgique après la violation de sa neutralité par l'Allemagne, le
Président a dit publiquement qu'en face de cet abus de force, de ce conflit entre le droit et l'injustice, il était de notre devoir de « rester neutres » non seulement en paroles, mais en pensée. Le 3 août 1914, le Chancelier de l'empire d'Allemagne avouait qu'en envahissant la Belgique, l'Allemagne commettait « une violation de la loi internationale » ; et cependant, en dépit de cette déclaration et de notre inaction, le Président, par l'entremise du secrétaire d'État, employa les expressions suivantes dans sa note à l'Angleterre : « Les États-Unis assument rengagement de maintenir, contre les agissements illégaux des belligérants, l'intégrité des droits des neutres ayant reçu la sanction du monde civilisé, et ils n'hésiteront pas à employer toute leur énergie dans l'accomplissement de cette tâche ». Il est inconcevable qu'un être humain ait pu se rendre coupable d'une déclaration aussi étourdie et aussi effrontée. Comme on l'a dit avec juste raison, c'est une odieuse hypocrisie de se poser en champion des droits des neutres, lorsqu'on fait semblant d'ignorer l'homicide pour ne s'attarder qu'aux petits larcins. Dans sa correspondance avec
rAllemagne, le président Wilson avait informé cette nation que, si elle continuait à agir de la sorte, il devrait croire à « une responsabilité formelle )). Or le Président a agi de façon à montrer que, dans sa pensée, ces mots ne voulaient absolument rien dire. La façon dont il s'est conduit prouve qu'en se proclamant « le champion de l'intégrité des droits des neutres », il prononçait des paroles vides de sens.
Il y a dix-huit mois, je signalais que le devoir des États-Unis était de « se faire le champion de l'intégrité des droits des neutres » — en l'espèce, des droits de la Belgique (qui avaient reçu la sanction de la Convention de La Haye, dont les États-Unis étaient l'un des signataires) — contre la conduite illégale de l'Allemagne belligérante. A ce moment, les défenseurs de M. Wilson déclarèrent que je « désirais rompre la neutralité », que je voulais que les États- Unis, méconnaissant leurs propres intérêts, se mêlent à un conflit qui, financièrement parlant, ne les regardait pas. M. Wilson lui-même annonça publiquement qu'il n'était pas de notre devoir de nous faire les champions de la neutralité belge contre « la conduite illégale de
l'Allemagne belligérante y> et que nous devions rester neutres non seulement en paroles mais en pensée. Cependant, un peu plus tard, M. Wilson, répudiant ses paroles, s'exprime exactement comme je l'avais fait et demande ce que j'avais demandé, presque dans les mêmes termes; avec cette différence que, moi, je pensais ce que j'ai dit, tandis que les actes de M. Wilson ont montré qu'il ne pensait pas ce qu'il disait lorsqu'il s'agissait d'une nation doni il a peur. M. Wilson a conseillé à ce pays d( négliger ses devoirs envers les autres commt envers ses propres citoyens assassinés, tant qu( l'offenseur était une nation puissante fournis sant à M. Wilson une grande partie de ses électeurs. Et maintenant le Président soutient vail lamment les droits des États-Unis contre une nation qui n'a point d'électeurs influents danj ce pays, et qu'on peut, croit-il, bravera propos de cargo-boats et de marchandises. Il n'osf insister lorsqu'il s'agit du massacre de femmes et d'enfants, alors que, moi, je voulais prendn le parti de l'opprimé et du faible contre le ma triomphant, je voulais que nous défendions nos propres droits, mais plus encore la vie et l'hon-
neur des hommes, des enfants, et des femmes de notre pays.
En ce qui concerne la Belgique, M. Wilson a suivi l'exemple du Lévite, qui, il y a mille neuf cents ans, laissa se débrouiller le voyageur attaqué par des voleurs près de Jéricho. Maintenant il va plus loin que le Lévite, car il conclut un accord avec le voleur, et, dans son intérêt, tache d'intimider les nations qui essaient le jouer le rôle du bon Samaritain envers la Belgique infortunée.
Un an plus tard, x\I. Wilson a finalement idopté mes idées à propos de la préparation. Il îst vrai qu'il a appliqué ces idées à contrecœur et d'une façon qui les rend inefficaces. h dénonçais depuis un an la a paix à n'importe juel prix» lorsque M. Wilson se décida à suivre non exemple, en citant, à ce propos, les paroles i'É/échiel que j'avais citées autrefois. Un an iprès moi, il s'est résigné à attaquer l'américalisme au « trait d'union », et maintenant il iccepte, au sujet du devoir de l'Amérique visi-vis des nations neutres, mes opinions, qu'il ittaquait violemment l'an dernier. D'ailleurs il l'applique mes doctrines que dans l'intérêt des
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dollars américains, et il ne montre de la fermeté qu'à rencontre des nations honnêtes. Évidemment, on peut user de fermeté lorsqu'il s'agit des dollars américains ; mais il serait plus utile encore d'y recourir lorsqu'il s'agit de vies américaines, et c'est surtout contre le principal coupable qu'il conviendrait de prendre des mesures efficaces.
Revenons au cas du Lusitania. Lorsque ce vaisseau fut coulé, des centaines de femmes et d'enfants, la plupart américains, trouvèrent la mort à la suite d'une attaque brutale et criminelle, conforme à la politique établie par le gouvernement allemand. Le président Wilson resta indifférent et fabriqua, le lendemain de la catastrophe, le fameux compte rendu où il parlait d'une nation ce trop fière pour combattre » ; étant données les circonstances, c'était dire, sans aucun doute, que le meurtre de femmes et d'enfants américains pouvait être accepté par les citoyens des États-Unis comme une bagatelle, ne donnant lieu qu'à une vaine déclamation. Ces hommes, ces femmes et ces enfants furent massacrés sur le Lusitania, parce que le gouvernement allemand savait que le
gouvernement de M. Wilson n'avait pas l'intention d'appuyer ses paroles par des actes. Les événements montrèrent que sa supposition était exacte. De longs mois ont passé depuis. Des navires américains ont été coulés et torpillés, d'autres vies américaines perdues ; et le Président a écrit d'autres notes sur ce sujet, mais il n'est jamais allé plus loin. On ne peut trouver à son attitude qu'une explication : la peur qu'il a de voir l'Allemagne refuser de désavouer ses actes. Le président Wilson, sans jamais agir, s'est contenté de déclamer, sur la morale abstraite, des platitudes agréablement exprimées.
Le 21 juillet 1915, il demanda à l'Allemagne, dans une note formelle, de désavouer la destruction du Lusitania et de promettre une indemnité. Si les explications données ensuite à l'ambassadeur allemand ne répondaient pas aux intentions de M. Wilson, il est impossible de comprendre que, pendant les six mois consécutifs à renvoi de la note, aucune réponse ne soit venue d'Allemagne etqu'aucune nouvelle demande d'explications n'ait été formulée. La controverse fut reprise seulement lorsque l'Ai-
lemagne sentit que sa guerre sous-marine allait échouer, et qu'il valait mieux l'abandonner afin d'amener les États-Unis à prendre parti contre l'Angleterre, la France et la Belgique. L'Allemagne croyait, avec quelque raison, qu'en retour d'une prétendue concession au président Wilson, ce dernier jouerait son jeu allemand contre l'Angleterre. Cet espoir fut abandonné (temporairement ou non, nous ne pouvons le dire encore) seulement lorsque fut révélée, en janvier 1916, la complicité de l'ambassade allemande dans les attentats contre nos usines de munitions.
Apparemment, le président Wilson a cru que le peuple américain oublierait complètement ses morts, qu'il ferait bon marché du déshonneur et de l'abaissement des Etats-Unis, sous ce prétexte, le plus lâche de tous, que, « de toute façon, le Président nous évite la guerre ». Les gens qui se contentent d'une telle excuse affirment, d une voix tremblante, qu'ils marchent c( derrière le Président ». Ah ! oui, ils marchent « derrière lui », bien loin aussi du devoir, de l'honneur, et du risque auxquels ils tournent le dos. c( Tenez-vous auprès du Président I nous
dit-on. » Oui, tenez-vous près de lui, soutenezle, lorsqu'il agit honorablement : mais soyez contre lui lorsqu'il fait mal ! En 1856 et 1860, la seule attitude lionorable était de lutter contre Pierce et Buchanan, comme Lincoln. Si Lincoln avait immédiatement, dans un discours, déclaré que les amis de l'Union étaient « trop fiers pour combattre », s'il avait passé les quatre mois suivants à échanger des notes diplomatiques (( fermes » avec JefFerson Davis, il aurait eu le concours enthousiaste des amis passionnés de la paix, — et les États-Unis n'existeraient plus actuellement.
La presse allemande, qui est parfois terriblement franche, nous a donné, avec une charmante simplicité, le point de vue allemand, lorsqu'en commentant la note de M. Wilson à l'Angleterre la Kœlnische Volkszeitung remarque : « Si l'Amérique avait, dès le début, pris énergiquement parti contre l'Angleterre, il n'y aurait pas eu de guerre sous-marine, et le Lusitania et V Arabie n'auraient pas été coulés )).
Évidemment, il serait impossible de désirer une preuve plus éloquente de préméditation
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dans l'attaque criminelle du Lusiiania. La phrase citée plus haut prouve aussi que l'Allemagne était persuadée que cet attentat avait réussi à terroriser le président Wilson, et à le forcer d'agir contre l'Angleterre. Le D' Dernburg, parlant non seulement au nom de l'Allemagne, mais aussi au nom des partisans américains de la politique à « trait d'union », louait à ce sujet la conduite de M. Wilson, et montrait qu'il avait bien mérité de ses concitoyens. Le D' Delbriick, parlant aussi au nom de l'Allemagne, avertit d'ailleurs M. Wilson que cette note à l'Angleterre devait être suivie d'actes, afin de rendre durable le bon vouloir de l'Allemagne. L'insolence avec laquelle le gouvernement allemand fait pression sur les timides habitants de Washington n'est dépassée que par son extrême cynisme et sa brutalité. Il contraint les malheureux Belges à fabriquer des munitions avec lesquelles ils tuent leurs propres compatriotes, et proteste contre les Américains qui fabriquent des armes pour arracher la Belgique à ses assassins! Et il y a des Américains assez lâches pour accepter de telles protestations ! Et pendant ce temps, M. Henry Ford
emmène quelques-uns de ses amis pacifistes en Europe, — organisant une sorte de « partie fine en vue de la paix » ; il s'efforce d'arriver à une paix plus dégradante pour Thumanité que la pire des guerres, — une paix qui serait la consécration du mal, et foulerait aux pieds le bon droit.
Une autre conséquence directe de notre indifférence dans l'affaire du Lusitania fut l'abominable torpillage de VAncona. Le bilan de cette attaque sous-marine se chiffre par la mort de plus de deux cents personnes, pour laplupart des femmes et des enfants, et, dans le nombre, neuf Américains. Naturellement, il n'est d'aucune importance de savoir si le méfait fut accompli par un sous-marin autrichien ou allemand. Souvenez-vous du Liisitanial La mort de ces pauvres femmes, de ces pauvres enfants de VAncona et des différents autres navires coulés dans des circonstances analogues est due à notre lâcheté dans le cas du Lusitania^ à la lâcheté du peuple américain encouragé par son Gouvernement. Si ce Gouvernement avait agi comme il l'aurait dû, comme le demandaient tous ceux qui croyaient à l'honneur
américain, VAnco7îa n'aurait pas été coulé, on n'aurait plus assassiné sur mer des femmes et des enfants. Et cependant le Gouvernement attend anxieusement, nerveusement, un prétexte quelconque, une excuse vulgaire qui lui permette d'éviter d'agir; il ne s'est résigné à l'action que le jour où le gouvernement autrichien a pris un ton insolent ; et même alors, le Président n'a pas osé parler du cdi?> du. Lusitania, Les votes autrichiens sont peu importants et assez divisés dans notre pays; militairement parlant, l'Autriche ne peut nous menacer en aucune manière ; mais il en va autrement de l'Allemagne et des Germano-Américains professionnels. Aussi le président Wilson feint-il d'oublier le premier et le plus formidable offenseur, celui quïl redoute ; il cherche à distraire l'attention en agissant contre l'Autriche, dont il a moins peur. A propos du Lusitania, le Président a écrit notes sur notes, toutes en termes éloquents, mais toutes également stériles dans leur futilité, parce qu'il se refusait à agir, et que l'Allemagne savait qu'il n'agirait point. VAncona fut la conséquence directe de cette politique de timidité évasive, exactement
comme le Lusitanïa avait été la conséquence de la politique ce d'attente vigilante ». Après le torpillage de \ Ancona^ vint celui du Persia^ après celui du Persia, on eut les preuves de l'activité du représentant officiel de FAUemagne von Papen dans la campagne de meurtres et d'incendies dirigée contre nos usines de munitions. Je blâme le Gouvernement, mais je blâme encore plus le peuple américain, qui demeure indolent et encourage ses représentants à laisser impuni le meurtre de femmes, d'enfants, et de non-combattants, plutôt que se décidera adopter une politique qui peut, il est vrai, mettre en péril la vie de quelques soldais.
Le Gouvernement a récemment inauguré une campagne qui s'inspire d'une nouvelle formule : « Notre sûreté d'abord ! » Ce qui signifie que des dirigeants placent l'honneur et le devoir au second rang, ou plutôt, ne leur donnent aucun rang. La sûreté avant tout. C'est avec de tels aphorismes que, dans un naufrage, les hommes se conduisent comme des lâches, et se précipitent vers les bateaux de sauvetage en écrasant les femmes et les enfants. Il n'est pas devise plus ignoble pour une nation généreuse
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et aimanl la justice. Les compatriotes de Washington et de Lincoln, de Jackson de Grant, de Lee et de Farragut, devraient rougir de honte en voyant leurs représentants se désintéresser des femmes et des enfants massacrés, négliger les torts causés aux faibles et les dangers courus par notre propre peuple, pour penser seulement au meilleur moyen d'arranger les choses sans être obligé de prouver son courage ou son patriotisme. C'est un jour néfaste pour un peuple, que celui où il permet à ses représentants de pratiquer l'évangile de la lâcheté et l'oubli égoïste et complet de leur devoir. Et souvenons-nous que cette politique de déshonneur et de discrédit n'assure même pas la sécurité qu'elle recherche! La politique du Gouvernement ne nous a pas attiré le respect des autres : elle a été une prime offerte au meurtre. Elle n'a pas assuré la paix qui, soit dit en passant, l'aurait probablement été par une politique ferme et énergique. La paix est compromise, à l'heure actuelle, parce que la faiblesse et la timidité disposent à renouveler des actes susceptibles de conduire n'importe quel pays à la guerre.
Ce n'est pas tout. L'Allemagne et rAutriche ne nous ont pas seulement fait la guerre sur mer, elles l'ont poursuivie jusque dans notre propre pays. Elles ont, par l'intermédiaire de leurs représentants, encouragé les grèves et les violences dans nos usines. La presse a publié la nouvelle que, dans les consulats des empires centraux et dans les journaux étrangers contrôlés ou inspirés par ces consulats, on avait présenté le règlement de notre Gouvernement sur la naturalisation, et sur l'antagonisme des droits qui en résulte, comme un avertissement donné aux émigrants ouvriers, pour leur rappeler qu'ils restent toujours citoyens de leur ancien pays, et qu'ils doivent obéir aux ordres donnés par leurs représentants. Le D"^ Joseph Goricar, autrefois austro-hongrois, consul à San Francisco, a été destitué de son poste pour avoir refusé de prendre part au complot ourdi en vue de détruire les usines de munitions de cette région. Un pareil mouvement équivaut à la guerre, mais à une guerre d'assassinats et non à une guerre franche. Voilà le résultat direct de l'apathie du Gouvernement !
Certainement, l'un de nos besoins les plus
urgents est de nous défendre contre les conspirateurs armés de torches et de bombes. Ceux qui s'emploient à cette besogne de meurtre sont beaucoup plus dangereux que les ennemis étrangers ordinaires. Lesjournaux qui excusent leurs actes ou les leur pardonnent devraient être promptement exclus des Etats-Unis. Ceux qui, par derrière, couvrent ces criminels, — les dirigeants allemands et autrichiens, — ont, de fait, déclaré la guerre à notre pays, et sont beaucoup plus dangereux que s'ils recouraient à la force des armes. Et le président Wilson a tenté d'excuser non seulement les nations qui nous veulent du mal, mais encore ceux qui, parmi nous, se disant citoyens américains, sont demeurés fidèles à leurs pays d'origine au point d'être maintenant nos ennemis I II les a, par ses actes, encouragés à essayer de faire de notre pays une sorte de pension de famille polyglotte, où chaque clan de pensionnaires étrangers pourrait impunément prêcher la déloyauté, favoriser le crime et la trahison.
Il est pénible d'avoir à récapituler les crimes commis depuis plus d'un an, tandis que les États- Unis restaient tranquilles. Miss Cavell a étéfu-
sillée pour des actes que des milliers de femmes, du Nord au Sud, ont accomplis pendant notre guerre civile; si Abraham Lincoln ou Jefferson Davis avaient jamais osé mettre à mort une seule de ces femmes, un formidable cri d'exécration se serait élevé chez les hommes des deux partis. Mais on n'a pas hésité à tuer Miss Cavell, et aucune désapprobation n'est venue de notre Gouvernement. La Belgique a été rayée de la liste des nations, par un acte de déloyauté internationale sans exemple dans les temps modernes : mais le Gouvernement se garde bien d'en parler, et les hommes delà trempe de MM. Bryan, Jordan et Ford, tout en implorant la paix d'une voix pleine de sanglots, n'osent même pas faire une timide allusion à l'infamie qui a été commise. Souvenez-vous qu'il est impossible de mettre raisonnablement en doute la réalité des violences épouvantables exercées contre les Belges, qu'il est également certain que ces violences ont été méthodiquement commises sur l'ordre du gouvernement allemand, qui voulait terroriser ses ennemis et ceux, parmi les neutres, qui font preuve de la même indifférence etdumêmeégoïsme que nos
gouvernants! Si quelqu'un en doute, qu'il lise, dans la Tribune de New-York du 25 novembre 1915. le compte rendu écrit par M. Arthur H. Gleaton, témoin de ces atrocités sans nom! Plus tard la Serbie a connu à son tour, des affres d'une angoisse mortelle. Les Arméniens ont été massacrés et torturés, leurs femmes ont été violées, et ces crimes rappellent ceux des Apaches indiens du vieux temps. Le Gouvernement n'y peut rien, même s'il désirait agir : car le silence qu'il a gardé à propos de la Belgique, la crainte honteuse qui l'empêche d'intervenir lorsqu'il y va de rintérêt de nos propres citoyens assassinés par des Mexicains au Mexique et par des Allemands et des Autrichiens sur mer, rendraient toute protestation oiseuse et ridicule de sa part.
Dans le cas des Arméniens, quelques-uns des pacifistes et des admirateurs de la neutralité se sont aventurés à former des comités et à parler, — sans d'ailleurs agir, — des ce atrocités arméniennes ». Ils n'ont rien dit jadis des atrocités belges ; mais ils consentent à parler, sans agir, en faveur de l'Arménie. L'explication est bien simple. On avait peur du vote des Allemands :
mais il n'y a pas chez nous d'électeurs turcs, et la Turquie n'effraie personne.
Dans de telles circonstances, nos pacifistes font preuve d'une véritable folie antipatriotique lorsqu'ils parlent sans cesse de paix, sans oser se montrer les champions du bon droit et préconiser une préparation militaire qui, seule, permettrait aux États-Unis d'obtenir justice pour eux-mêmes et de la demander pour les autres. M. Taft, qui accepte la Présidence « de la ligue pour fortifier la paix», doit naturellement savoir que, tant que les États-Unis n'auront pas une armée de 2 ou 3.000.000 d'hommes, ils ne pourrontrien faireen vue de renforcer lapaix, dansune crise comme celle qui sévit actuellement. Pourtant, si j'en crois la presse, M. Taft déclare que formerune armée permanente dedeuxcent mille hommes serait faire du « militarisme », et manifester des intentions agressives; et que, par conséquent, il faut s'y opposer. Notre pays ne sera jamais capable d'accomplir ses destinées ou de jouer unrôle noble dans le monde s'il ne fait pas justice du tort que lui cause, matériellement et moralement, l'ignoblepropagande pacifiste dont sont responsables des hommes comme M. Taft et
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d'autres, qu'ils soient capitalistes, socialistes, professeurs, politiciens, ou publicistes. Les États- Unis n'ont pas un ami au monde. Leur conduite sous la direction de leur représentant officiel, depuis cinq ans et surtout depuis les trois dernières années, leur a aliéné le respect et leur a assuré le mépris de toutes les grandes nations civilisées. Les traités de paix, l'éloquence vaine du Président, et le bas matérialisme qui cherche un bénéfice dans l'oubli du devoir, ne nous seront, maintenant, d'aucun secours. Pendant cinq ans, nos dirigeants à Washington ont cru que le peuple des Etats-Unis ne songeait qu'à gagner aisément de l'argent, à se dérober aux risques et à l'effort, sans penser qu'un homme (( trop fier pour se battre » est, en général, toujours traité comme étant bon à recevoir des coups de pied. Nous avons maintenu la paix alors que nos femmes et nos enfants étaient massacrés. Nous avons détourné les yeux du malheur de nos frères.
Tous les associés de M. Henry Ford, dans cette propagande pacifiste conduite par des messieurs du type de Bryan ou de Jordan pourraient méditer avec profit ces pensées de
M. L.-S. Martin : « Il n'y a pas grand bien à attendre de celui qui ne possède pas un idéal qu'il préfère à sa propre vie, même à la vie la plus agréable. Vous travaillez à rendre la vie agréable, mais la guerre, Henry, aide à la rendre noble ; et si elle ne l'est pas, alors peu importe, Henry, qu'elle soit agréable ou non ! C'est la vieille leçon du Calvaire, répétée à Mons, à Yprès, à Liège et à Namur. Qu'il y ait beaucoup ou peu de gens dans le monde, qu'ils soient gras ou maigres, qu'ils soient des intellectuels ou non, cela ne constitue pas une différence vitale : ce qui est essentiel, c'est qu'il y ait des hommes prêts à mourir pour un sentiment qui, à leur avis, fait toute la différence entre une porcherie et un paradis. Les hommes ne vivent pas que de pain. »
Si la masse n'a aucun idéal, elle périra. Qui n'a pas au cœur la force de mourir noblement pour une grande cause n'a pas le droit de vivre. Laissons la haine aller à ceux qui soutiennent des guerres injustes et, au moyen de violences inhumaines, oppriment des êtres loyaux et inoffensifs! Rendons honneur à ceux qui prêchent la paix sans cesser de placer le bon droit au-
dessus de la paix! Mais honte à ceux qui nous enseigneraient qu'on ne doit point mépriser la nation qui, faute de préparation, se rend incapable de défendre la justice et de subir l'épreuve d'uneguerre juste, engagée par un peuple courageux dont les âmes communient dans un idéal élevé !
Est-ce que ces pacifistes professionnels ont perdu toutes les qualités viriles ? Ignorentils ce qu'est la noblesse de Tâme? Leurs paroles sont un affront à la mémoire de Washington, leurs actes une répudiation de Tœuvre tout entière de Lincoln. Sont-ils à ce point enfoncés dans un matérialisme sordide, qu'ils ne tressaillent pas lorsqu'ils lisent L'homme sans patrie d'Edward Everett Haie? Il est vraiment étrange que, malgré leurs cœurs timides et froids, ils ne ressentent aucune émotion en lisant ces simples vers de Lowell :
Mieux vaut que tous nos vaisseaux et tous leurs équi-
[pages Sombrent pour pourrir dans la vase et dans l'oubli de
[l'Océan, Que chaque drapeau déchiré continue à flotter dans un
[dernier défi,
Que chaque canon réduit au silence témoigne du cou-
t rage d'un héros !
Car s'accrocher à la paix est l'acte d'un lâche. Donnez-moi plutôt la paix d'un homme mort et d'un
[brave !