‹ Le Devoir de l'Amérique en face de la guerre--Chapitre 8 sur 12 · LE DEVOIR INTERNATIONAL ET L AMÉRICANISME · texte numérisé non relu

LE DEVOIR INTERNATIONAL ET L AMÉRICANISME

munitions de guerre aux nations qui ont eu le courage de lutter pour faire rendre justice à la Belgique, servent le démon et non le Seigneur. '

Quant à ces Américains d'occasion, ils nous ont appris, entre autres choses, qu'en cherchant à concilier la fidélité au pays natal et la fidélité due à la patrie d'adoption, on en vient, pratiquement, non seulement à mépriser, mais à haïr le drapeau des États-Unis. Lorsque deux drapeaux sont arborés sur la même hampe, il y en a toujours un qui se trouve plus bas que Fautre ; et ces Américains ne manquent pas de placer le drapeau des États-Unis au-dessous de l'autre. Qu'il soit de naissance ou d'origine allemande, le citoyen américain, s'il est un bon Américain et rien d'autre, s'il s'attache loyalement et sans restrictions à notre pays et à son drapeau, est Tégal des autres Américains. Il a droit à la même considération et au même traitement que ceux dont les ancêtres abordèrent ici sur le Mayflowei\ ou s'établirent sur les rives du James, il y a trois siècles. J'ai des Allemands dans mon ascendance et j'en suis aussi fier que de tout autre sang qui coule dans

mes veines. Mais, je sais un Américain, Américain sans plus !

Ceux qui revendiquent le nom de Germano- Américains, et, à ce titre, ont créé un mouvement Tan dernier, ont montré qu'ils ne sont nullement des Américains, mais des Allemands installés en Amérique. Ils ont agi contrairement à l'intérêt de ce pays. Celui qui chante Deiitschland Uber Ailes pense absolument ce qu'il chante. Il veut dire qu'il préfère l'Allemagne au drapeau étoile, à l'honneur des États-Unis, aux intérêts des Américains en général.

Les Américains d'origine allemande constituent l'un des éléments principaux de la population des États-Unis; et je persiste à croire que l'immense majorité d'entre eux a une âme foncièrement et exclusivement « américaine ». Moi-même, je l'ai dit, j'ai du sang allemand dans les veines. Un grand nombre de mes plus intimes amis, un grand nombre des hommes que je respecte et honore le plus dans notre vie publique sont, pareillement, des Américains d'origine allemande. L'un d'eux, — il descendait d'un colonel de l'armée de Blucher, — a été l'un des membres de mon ministère, oii il

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siégeaità coté d'un autre Américain descendant de l'un des frères de Napoléon. Mais tous les deux étaient simplement des Américains. L'ouvrage scientifique dont je m'enorgueillis le plus d'être l'auteur, jeTai écrit en collaboration avec un naturaliste, — mon fidèle compagnon dans mes chasses d'Afrique — dont les parents étaient Allemands : mais mon collaborateur, lui, est un Américain et pas autre chose! L'homme qui était le plus proche de moi au point de vue politique pendant les dix années de mes fonctions de Gouverneur et de Président sortait, également, de souche allemande : mais lui-même n'était qu'un parfait Américain. Quelques-uns des meilleurs soldats et officiers de mon régiment, depuis mon ce brosseur » jusqu'à l'un de mes capitaines, étaient de naissance ou de famille allemande : mais eux-mêmes étaient, uniquement, des Américains. Enfin, parmi les ecclésiastiques, philanthropes, publicistes, et autres excellents citoyens de toute condition avec lesquels je travaille en cordiale sympathie, beaucoup sont de provenance allemande et quelques-uns sont nés en Allemagne, — ce qui ne m'empêcha pas dem'entendre avec eux aussi

pleinement qu'avec des compatriotes issus d'anciens colons américains. Et si cette entente est possible, c'est que ces hommes et ces femmes sont, tout comme moi, des Américains, et pas autre chose.

Je suis, pour les citoyens américains d'origine ou de naissance allemande, comme je suis pour n'importe quel autre Américain. Mais je ne suis en aucune façon pour les Germano- Américains ni pour toute autre espèce d'Américains à étiquette. Lorsque j'étais Président, j'eus l'occasion d'approcher de très près nombre d'officiers de l'armée et de la marine. Le colonel George Washington Goethal a fait plus et mieux que n'importe quel Américain. Or il est d'origine hollandaise. Mais il n'est pas plus Hollando-Américain que moi : il est Américain tout court. Parmi nos attachés navals et militaires se trouvaient Lee, Grant, Sheridan, Osterhaus, descendants tous de généraux qui ont combattu dans les armées de l'Union ou de la Confédération. Deux d'entre eux étaient de vieille souche révolutionnaire, écossaise ou anglaise. Le grand-père du troisième était né en Irlande, et celui du quatrième en Allemagne.

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Mais ils étaient tous des Américains et rien d'autre. Le général Wood, descendant d'une famille de rebelles d'autrefois, organisa à Cuba le mouvement républicain; le général Barry, d'origine irlandaise, commanda l'armée qui délivra Cuba; et l'un était aussi bon Américain que l'autre. Parmi les amiraux sur lesquels je me reposais, on comptait : De Wey, Evans, Taylor, et Cameron Winslow, de souche anglaise ou hollandaises anciennes, O'Neil et Schroeder, Fun d'origine irlandaise, l'autre d'origine allemande. Ces deux derniers étaient d'aussi bons Américains que les quatre premiers. C'eût été un crime aussi bien qu'un malheur de chercher à établir une différence entre eux, comme d'ailleurs entre les autres officiers de notre armée et de notre marine, pour des questions de naissance, d'origine nationale, ou de croyance.

Je n'ai jamais connu un meilleur Américain que Jacob Riïs : il était né en Danemark. Parmi les Américains en qui je crois, il y a des juifs, des catholiques, des protestants ; des hommes de vieille souche américaine, et d'autres d'origines récentes allemande, anglaise, française, irlandaise, italienne, scan-

dinave, magyare et slave; mais tous sont Américains, méritent d'être traités comme tels, et ne demandent pas autre chose. Je m'élève contre les Germano-Américains qui cherchent à se servir des citoyens de notre pays dans Tintérêt d'une puissance étrangère; ils montrent par là qu'ils sont indignes d'être des Américains. Je m'élèverais de même contre l'Américain d'origine anglaise, française, Scandinave ou irlandaise, qui se rendrait coupable d'une conduite analogue. La lettre suivante, que j'écrivais récemment, me fera comprendre : «J'en suis désolé, mais je ne puis signer cette pétition. Je ne l'approuve pas. Vous demandez aux Américains de se proclamer Anglo-Américains, et de sympathiser avec l'Angleterre parce que l'Angleterre est notre mère- patrie, et afin de faire acte de cette politique que vous appelez « se tendre la main au-dessus des mers ». Je ne pense pas que cette attitude convienne aux Américains. L'Angleterre n'est pas plus ma mère-patrie que l'Allemagne mon pays d'origine. Les États-Unis, voilà et ma mèrepatrie et mon pays d'origine et mon propre pays ! Je suis de ces Américains dont les ancê-

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très sont venus de différents pays d'Europe. La proportion des Américains de cette espèce ira toujours croissant. Je ne crois pas en laméricanisme d'occasion. Je ne crois ni aux Germano-Américains, ni aux Irlando-Américains ; je ne crois pas davantage aux Anglo-Américains. Je n'approuve pas les Américains d'origine allemande lorsqu'ils s'organisent en vue d'obliger les Etats-Unis à conclure une alliance pratique avec l'Allemagne, sous prétexte que leurs ancêtres vinrent d'Allemagne. Je n'approuve pas davantage les citoyens américains d'origine anglaise, lorsqu'ils forment des ligues, danslebutdobligerles Etats-Unis à s'allier à l'Angleterre pour la seule raison que leurs ancêtres vinrent d'Angleterre. Nous autres, Américains, nous voulons être un peuple bien défini : si nous descendons de toutes les nations européennes, nous répudions toute attache avec elles. Le vieux stock révolutionnaire était surtout anglais, mais il ne Tétait pas exclusivement, puisque, parmi les descendants des révolutionnaires de New-York, de Pensylvanie et de Géorgie, beaucoup ont, comme moi, des traces de sang hollandais, français, écossais, irlan-

dais, belge, allemand, dans leurs veines. Depuis un siècle et un quart que nous sommes une nation, il est veau beaucoup plus d'immigrants d'Allemagne, d'Irlande, et probablement de Scandinavie, qu'il n'en est venu d'Angleterre. Nous avons le droit de leur demander, à eux et à leurs fils, qu'ils deviennent des Américains et rien d'autre ; mais nous ne devons pas exiger qu'ils soient des Anglais transplantés. Moimême, je le proclame, je ne suis pas un Anglais transplanté. Je suis uniquement un citoyen des États-Unis.

(( Dans les affaires internationales nous devons traiter chaque nation d'après sa conduite, et tenir compte du fait qu'une proportion plus ou moins grande de son sang coule dans les veines de nos propres citoyens. J'ai pris parti pour la Belgique publiquement et sans restrictions, et je voudrais que les États-Unis en fassent autant, parce que j'estime que tel est notre devoir, et que la conduite de l'Allemagne à l'égard de la Belgique exige qu'en cette affaire nous nous rangions du côté des opprimés pour leur faire rendre justice. J'ai publiquement approuvé l'Angleterre en raison de son

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attitude vis-à-vis de la Belgique ; oui, je l'ai publiquement approuvée lorsqu'elle a cru devoir défendrela Belgique, même au prixd'une guerre. Mais cela ne prouve pas que je sois partisan de se (( tendre les mains par-dessus les mers », en signe d'alliance, avec TAngleterre. Je n'ai jamais usé d'une telle expression, en temps de guerre ou en temps de paix et je ne l'admets que si elle indique une amitié cordiale, nous unissant à une autre nation dont les actes s'accordent avec notre conception de la justice et du droit. »

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