STATISTIQUE ET BUD0BT DE LA RÉPRESSION
sans compter les militaires et les marins, vit séquestrée de F existence commune dans les maisons d'arrêt, de justice et de correction.
724,000 individus entrent annuellement dans ces établissements ou en sortent.
Il résulte de ce mouvement un total annuel de 15 millions de journées de détention. En prenant pour moyenne de la vie humaine le chiffre de cinquante ans, qui serait fort exagéré, la détention supprime annuellement une quantité de vie libre dont la somme représente 800 existences d'hommes. Il y faudrait ajouter encore, outre 30,000 journées employées au traiisfèrement des inculpés ou condamnés, tout le temps perdu en voyages, démarches, comparutions devant la ju&tice, et même pour se dérober aux poursuites»
Tout ce temps perdu représente une somme de travail perdu par les inculpés, par les condamnés et par les agents qui les arrêtent et les gardent. Il faur drait faire le même compte à. l'égard des témoins et autres coopérateurs de la justice, pour qui la taxe est loin de représenter la. valeur de chaque journée perdue.
Il faut observer que longtemps avant et après la poursuite, et très longtemps, parfois toujours, après l'exécution de la peine, le condamné cesse de travailler.
Il y a ensuite les familles. Sur 50,000 détenus, 20,000 ont femme et enfants : voilà 20,000 familles, soit 60,000 individus, qui, pour la plupart, tombent à la charge de la commune ou de personnes charitables pendant toute la durée de la détention du père.
En évaluant tout cela à 15 millions, nous pensons qu'on resterait au-dessous de la vérité.
Les frais de transfèrement et de détention dans les maisons d'arrêt, de justice et de correction, sans compter les colonies pénitentiaires et les prisons militaires, s'élèvent à environ 30 millions.
En portant leur traitement à 100 francs en moyenne, 172,393 agents de police judiciaire coûtent plus de 17 millions.
Enfin il faut mettre à la charge du budget du droit de punir une large part, au moins la moitié, des 38 millions du budget du ministre de la justice, soit 19 millions, où seraient compris les frais de justice criminelle.
Ainsi nous arrivons, et par des évaluations grossièrement insuffisantes, à faire comme suit le compte de ce que la répression coûte à la France :
STATISTIQUE ET BUDGET DE LA RÉPRESSION h 45
Travail perdu et misère 30,000,000
Frais de transfèrement et de détention 30,000,000
Traitement des agents de la police judiciaire 17,000,000
Frais de justice et personnel judiciaire 19,000,000
Total 96,000,000
Tous les crimes ne sont pas susceptibles d'être évalués en argent. Tout au plus pourrait-on trouver, dans le chiffre des dommages-intérêts attribués aux parties civiles, les éléments d'une appréciation d'ailleurs très complexe, et encore à condition qu'on pût dresser une statistique de ces décisions embrassant plusieurs années. Il n'existe aucun document de ce genre sauf pour les vols, et on peut voir dans le tableau LIX du compte rendu de l'administration de la justice criminelle pour 1867 que la valeur approximative des objets volés, dans les affaires où il y a eu poursuite, a été pour cette année-là de 3,610,381 fr.
Pour compléter à d'autres points de vue cet aperçu général, rappelons que 172,393 agents sont employés à la police judiciaire, ce qui, sans compter la magistrature, forme une proportion d'un agent par deux prévenus.
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Le degré d'instruction est aussi un élément digne d'examen : sur 50,000 détenus, 1,500 ont reçu une éducation supérieure ; 21,600 savent lire; 5,000 lire et écrire ; 21,900 sont complètement illettrés..
Le régime intérieur des prisons doit donner lieu à des études spéciales. 80,000 punitions disciplinaires y sont annuellement infligées, et constituent tout un ordre de répression dont il faut tenir compte, puisque des maladies spéciales à l'état de détention, un processus particulier pour les maladies antérieures, des cas d'aliénation mentale enfin, sont l'effet de ce régime.
Au point de vue de la moralité, de l'hygiène,, de. la propagation de l'espèce, même, l'emprisonnement continu de 50,000 individus pendant l'année» le sejour plus ou moins prolongé, dans les prisons, de 734,000 personnes qui y entrent ou qui en sortent 'dans le même espace de temps ; la réunion des détenus dans un nombre d'établissements nécessairement limité : la corruption qui naît de cette inévitable conr centration du mal en autant de foyers qu'il y a? de salles communes ; le silence ; la continence forcée ; la suspension des rapports de famille ; les angoisses d'affection, comme, par exemple, lorsqu'une, mers sait son enfant à l'agonie et se dit qu'on ne lui donnera pas même une heure pour aller l'embrasser ; enfin, et c'est ce qui saisit le plus lorsqu'on observe