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les détenus , cette diathèse machinale qu'on retrouve identiquement chez les fous, et qui manifeste d'une manière si claire le trouble apporté dans les facultés de l'âme par la suspension des fonctions de relation, tout cela constitue autant de faits qui sont sans doute une conséquence forcée de l'emprisonnement tel qu'on le pratique, mais qui, loin d'être circonscrits dans l'enceinte des établissements pénitentiaires, débordent sur la société et s'y répercutent en effets de toute sorte.
Déjà on a commencé de s'aviser qu'il y a quelque chose à trouver pour conjurer les effets de cette corruption inhérente au casernement des malfaiteurs, et qu'on pourrait appeler le « typhus pénitentiaire » : on a établi dans un certain nombre de prisons des « quartiers de préservation », dont le nom même fait voir à quel danger on cherche un remède. Mais en se bornant à discuter les procédés d'exécution des peines sans étudier les rapports et les conséquences dont nous venons de donner quelques exemples, on néglige des données qui suivant nous sont bien autrement importantes que celles auxquelles on se restreint.
Devant les faits considérables que nous rappelons, et d'une manière bien incomplète encore, est-ce qu'il n'est pas permis de se demander si ces 800 existences supprimées, ces 372,000 détenus, ces 50,000 prison-
niers, la misère de ces 20,000 familles, c'est-à-dire de ces 60,000 femmes et enfants, cette somme de travail perdu, cette perte de procréation, cette dégénérescence du reproducteur consécutive à l'emprisonnement, les 96 millions que cela coûte, tant d'argent, tant de maux, sont absolument nécessaires et inévitables, et si tout cela ne pourrait pas être, sinon supprimé, au moins diminué ou un peu mieux aménagé?
Ainsi rien que pour l'argent, lorsqu'on songe à ce qu'on pourrait faire en instruction et autres dépenses moralisantes avec 96 millions par an, presque deux millions par semaine, on serait tenté de se demander si la société n'aurait pas bénéfice à supprimer purement et simplement la justice criminelle et les prisons, et à donner, tous les ans, pour deux mille francs de terre, de capitaux, d'instruments de travail, d'instruction, à 20,000 familles pauvres. . .
Supprimer la justice criminelle serait une absurdité qu'évidemment on ne peut pas discuter. Nous ne pouvons pas savoir ce qu'il adviendra du droit de punir dans quelques milliers de siècles : mais aussi loin que nous puissions porter nos prévisions, nous ne concevrons jamais un état social où le crime n'existe pas, ni où il puisse rester impuni.
Mais reprenons les quantités de vie, de travail, de moralité et d'argent, que la répression coûte annuel-
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lement à un État comme la France ou l'Angleterre, et partageons par moitié, par exemple : qui pourra affirmer que cette moitié ne suffirait pas. à assurer là répression du mal dans la limite de ce qui est nécessaire ? On peut contester sur la proportion, on peut môme prétendre que ce qu'on dépense ne suffit pas et qu'au contraire il faudrait faire davantage, mais il n'est au pouvoir de personne de donner une preuve à l'appui de son opinion, et on se retrouve en présence de ce fait colossal que, pour réprimer les méfaits de 222,325 hommes, on emploie 172,393 agents de police judiciaire, on supprime 15 millions de journées de travail libre, on détient 50,000 hommes, on met 20,000 familles dans la misère; que, sur 100 hommes qu'on corrige on en démoralise 34; que, pour acheter, toutes ces calamités, la société paye 96 millions, et que cela recommence tous les ans.
Si l'expérience donnait quelque lumière sur la question, on pourrait y prendre un point d'appui : mais une expérience qu'on n'a pas étudiée n'a pas plus de valeur qu'une statistique brute.
Il y a môme plus, c'est que, jusqu'à présent du moins, l'histoire paraît avoir constaté qu'en général la rigueur et la fréquence des châtiments produisent toujours une recrudescence dans la criminalité ; que l'insuffisance de la répression produit le môme effet,
<Toù la conséquence qu'il y a une moyenne à rechercher.
De son cOté, la statistique comparée de la justice criminelle dans les divers États de l'Europe constate que les pays où le régime disciplinaire est le plus rigoureux sont ceux où les récidives sont le plus fréquentes.
On peut donc affirmer que si Ton instituait des recherches expérimentales, d'abord sur ce que nous appellerons la proportion économique de la répression dans chaque État, puis sur la comparaison de ces résultats pour toute l'Europe, on dégagerait de cette expérience des données qui existent, qui ont toujours existé, mais qui n'ont jamais ru le jour, et dont l'apparition devrait nécessairement avoir une Influence considérable sur la législation criminelle. Gela est certain.