‹ Le devoir de punir. Introduction a l'histoire et à la théorie du droit de punirChapitre 39 sur 71 · DE LA RÉFORME DES LOIS PÉNALES · texte numérisé non relu

DE LA RÉFORME DES LOIS PÉNALES

guration de la nouvelle science, en tracer le plan, en rassembler les matériaux, les analyser, les classer, en dégager les branches, enfin appliquer là' le grand principe de la division du travail.

Pour qu'une telle étude, en effet, puisse être complète et féconde, il faut commencer par faire table rase, et reprendre ensuite un à un tous les faits sans faire grâce d'un seul, quels que soient les principes vrais ou faux qui leur ont donné 1 existence ; reprendre les principes à leur tour et les soumettre à la môme critique en recherchant, non pa s d'où ils viennent, mais où ils vont , et s ils sont ou non l'expression d'un rapport réel entre la nature de l'homme et les faits de la vie.

En un mot, pour nous mettre en état de pouvoir un jour tenir compte de tout, il faut commencer par ne tenir compte de rien, c'est-à-dire tout constater, tout examiner comme si nous le voyions pour la première fois. C'est à ce prix qu'on pourra espérer, je ne dis pas de résoudre le problème, mais de le poser et d'en rendre la solution praticable un jour : tandis que si on continue à éparpiller ainsi le travail, on n'obtiendra jamais ni une réforme ni môme un progrès sérieux.

L'étude théorique du droit de punir est trop délaissée : là aussi « les bras manquent ». Si quelquesuns de nos philosophes voulaient y consacrer un

peu de la force intellectuelle dont ils disposent, ils trouveraient dans ces études, pour les récompenser des immenses services qu'ils auraient rendus à l'humanité, l'attrait sévère et les nobles jouissances que la justice et la vérité réservent à l'âme qui les découvre.

Et ce qui est bien fait pour ajouter au charme de cette étude, c'est que le cœur, qui n'y prend pas moins de part que l'intelligence, y trouve à chaque pas une satisfaction nouvelle. A mesure qu'on s'élève au-dessus de cette lice étroite où se débattent les misères humaines, l'orgueil du justicier se trouble, les rigueurs de la conscience s'amollissent ; on se sent pris d'une sorte d'attendrissement pour ces vaincus qui tombent déshonorés dans la bataille de la vie ; on voit de quel poids terrible pèsent la misère, l'ignorance, l'exemple, le hasard lui-môme, dans la destinée qui leur est faite ; et ainsi plus on avance, plus on devient certain que le progrès du droit criminel est dans la direction où nous appelle le sentiment de la faiblesse du coupable et de l'infirmité misérable du juge. A mesure qu'on se sent devenir meilleur, on peut être sûr qu'on en sait davantage, et c'est un travail bien doux, au milieu des amertumes de la vie et des découragements de l'intelligence, que celui qui permet de croire à quelque chose et qui donne quelque chose à espérer.

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