MAISON DE DÉTENTION CELLULAIRE
gnoir e est pleine d'eau tiède ; on vef se lentement sur la tête des seaux d'eau froide pendant quatre minutes. Cette opération si simple à décrire est un véritable supplice, pendant lequel le patient pousse des cris affreux. Autrefois on douchait tout le corps; on avait même aggravé ce traitement, en suspendant l'homme par les bras et en lui projetant la douche par côté. On a dû renoncer à ces deux pratiques à cause des dangers qu'elles présentaient pour la vie des prisonniers.
Cette peine n'est appliquée que très rarement : une fois par an tout au plus. Elle est réservée pour les cas les plus graves, qui sont : la simulation de folie, la tentative ou simulation de tentative de suicide, et enfin les actes de violence envers les gardiens.
On ne saurait méconnaître, sans nier l'évidence, que le régime cellulaire, tel qu'il fonctionne à Christiania, a pour effet de porter les détenus au suicide et de provoquer la manifestation de la folie. De 1851 à 1868, en dix-sept ans, on a eu à constater 3 suicides et 51 cas de folie, ce qui, eu égard à la population de l'établissement, représente une proportion d'aliénés de 1,32 pour 100 par année.
Mais il faut tenir compte d'une autre considération, c'est que la folie est héréditaire neuf fois sur dix, et voir si la plupart des détenus qui deviennent fous n'ont pas apporté avec eux le germe fatal : considération d'autant plus puissante que les ressem-
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blances sont plus effrayantes entre les criminels et les aliénés. Nous en attestons sur ce point l'expérience de quiconque, comme les médecins légistes et les magistrats du ministère public, est appelé par position à observer les uns et les autres.
Le travail, on peut l'affirmer après avoir visité le Booksvinslet de Christiania, fait à lui seul contrepoids à tous les inconvénients du régime cellulaire. Il maintient la vie et la santé du détenu au cours de cette peine qu'on peut comparer à une longue et effroyable opération. Dans la solitude et dans le silence de la cellule, l'outil, l'établi, deviennent pour le prisonnier des compagnons, des êtres presque animés, auxquels il s'attache, et qu'il aimante, oserafrje dire, de toute cette puissance d'affection qui remplit la créature humaine.
Rien n'est touchant comme de voir le pâle sourire de ces malheureux lorsqu'on leur dit quelque mot bienveillant sur leur ouvrage ou sur leurs outils. Dans une des cellules, nous avons vu une machine à carder, qui a été construite il y a plusieurs années, sur un simple plan qu'on lui avait procuré, par un prisonnier dépourvu de toute notion de mécanique.
A l'expiration de sa peine, ce détenu est allé s'établir dans la vallée de Gudbrundalen, en Norwège, où il s'est fait une existence honorable en réparant «les machines à coudre. Un autre prisonnier occupe
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maintenant la cellule et fait fonctionner la machine : il l'aime et la soigne avec une véritable affection.
La fabrication des joujoux en bois sculpté, des chaises, des petits traîneaux de fer pour patiner assis sur la glace, le cardage de la laine, la confection des paillassons, occupent les prisonniers. On évalue à neuf shillings par jour, tous frais de nourriture déduits, le produit net du travail d'un détenu.
Nous avons vu dans une cellule un individu, récidiviste pour la sixième fois, condamné pour vol à quatre ans de travaux forcés. Cet homme qui, au moment de notre visite, avait déjà subi trois ans et un mois de sa peine, gagnait 2 francs par jour à faire des paillassons. Il avait donc pu supporter le régime du pénitencier assez bien pour pouvoir produire un travail presque égal à celui d'un ouvrier libre. La plupart des autres détenus que nous avons visités paraissaient être en bonne santé, à part quelquesuns qui étaient dans un état d'anémie très visible.
Dans l'espace de vingt ans, sur tous les détenus qui ont passé par le Booksvinslet, 3 récidives seulement ont été signalées, soit 0,15 récidive par an pour 220 détenus.
Eugène Mouton.