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Pie IX exhorte les évêques, ses vénérables frères, à déployer tout leur zèle pour éloigner leur troupeau de ces pâturages pestilentiels. Puis il continue : («Et ici Nous ne pouvons « Nous empêcher 2: vous rappeler les avis et les conseils « par lesquels, il y a quatre ans, Nous excitions ardemment «les Évêques de tout l'Univers catholique à ne rien négliger «pour engager les hommes éminents par le talent et la « saine doctrine à publier les écrits propres à éclairer les «esprits et à dissiper les ténèbres des erreurs qui se propa- «gent. C'est pourquoi, en vous efforçant d'éloigner des « fidèles commis à votre sollicitude le poison mortel des « mauvais livres et des mauvais journaux, veuillez aussi. «Nous vous le demandons avec instance, favoriser de toute «votre bienveillance et de toute votre prédilection les hommes « qui, animés de l'esprit catholique et versés dans les lettres «et dans les sciences, consacrent leurs veilles à écrire et « à publier des livres et des journaux pour que la doctrine « catholique soit propagée et défendue, pour que les opinions «et les sentiments contraires à ce Saint-Siège et à son «autorité disparaissent, pour que l'obscurité des erreurs «soit chassée et que les intelligences soient inondées de la « douce lumière de la vérité.
« Votre charité et votre sollicitude épiscopale devront « donc exciter l'ardeur de ces écrivains catholiques animés « d'un bon esprit, afin qu'ils continuent à défendre la cause « de la vérité catholic .e avec un soin attentif et avec savoir; « que si, dans leurs écrits, il leur arrive de manquer en quel-
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(que chose, vous devez les avertir avec des paroles pater- {nelles et avec prudence. »
Union entre les journalistes catholiques
Ce document pontifical nous suffit pour fixer nos préférences. Calmera-t-il les esprits chagrins qui croient que la presse n'est point catholique, à moins que l'autorité diocésaine ne baille les fonds au journal et n'en inspire tous les articles ? Souhaitons-le pour le plus grand bien de la cause catholique: car nous voulons que toutes les vaillantes sentinelles postées sur les remparts dressés par notre foi soient aidées, par notre confiance et nos secours opportuns, à continuer leur œuvre de défense contre l'ennemi; et toutes doivent travailler d'un commun accord, suivant la direction Si Sage donnéc par Léon XIII dans une de ses encycliques :
(Que les journalistes considèrent que l'œuvre de la presse (Sera, Sinon nuisible, .u moins fort peu utile à la religion, «si l'accord ne règne pas entre ceux qui tendent au même (but. Ceux qui veulent servir l'Église utilement, ceux qu (désirent sincèrement défendre par leurs écrits la religion (catholique doivent combattre avec un parfait accord et (pour ainsi dire en rangs serrés. Aussi, ceux-là parai- (Ctraient plutôt déclarer la guerre que la repousser qui dis- (Perseraient leur force par la discorde. » Dans cette union fraternelle la bonne presse se fait toujours l'organe de la vérité et du bien. Son Credo, c'est l'Église qui le lui fournit. £a règle Pratique est la loi morale, gravée dès l'ori-
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gine dans la conscience humaine et restaurée dans toute sa pureté par le christianisme. Cette loi, Ic journal catholique la proclame en toute occasion. C'est d'après ses prescriptions qu'il juge les actes, ceux de l'ordre public comme de l'ordre privé: il ne pactise jamais avec le mal, condamne tout ce que la loi de Dieu réprouve. Aussi bien, nous devons oublier les questions secondaires qui nous divisent et dont, par ailleurs, la solution importe peu &u bien, pour nous unir sur le terrain des intérêts essentiels dans l'ordre naturel ou surnaturel. Pour chasser l'athéisme officiel des sociétés contemporaines, pour obtenir la reconnaissance des droits des pères de famille dans toutes les écoles du Dominion, pour maintenir l'honneur du foyer dans l'unité et l'indissolubilité du mariage, pour faire admettre la nécessité d'une hiérarchie dans la société, pour régler les rapports des petits
et des grands par les principes de justice et de charité, prin-
cipes protecteurs à la fois des droits du travail et des droits de la propricté: il faut que nous fassions acclamer partout l'éternelle royauté du Père céleste et de son Fils Jésus-Christ, il est nécessaire de s'incliner devant le pape et de le reconnaître comme représentant de Dieu sur la terre et le seul capable de faire régner la paix entre les hommes de bonne volonté. Cette attitude n'humilie personne; et jamais le Devoir n'a été plus grand dans ses dix années d'existence que lorsqu'il a proclamé pendant Ja guerre que l'obéissance à l'Église et à la foi est plus fière que la docilité successive à toutes les influences étrangères, et plus digne que le servile Prosternement devant les grands du jour ou les prophètes sans inspiration d'une science controuvée.
Indépendance de la presse catholique
Les Pères du concile plénier de Québec. dans leur admirable lettre sur l'esprit chrétien dans l'individu, dans la famille, dans la société, rappellent les devoirs de l'écrivain catholique. « Que les journalistes catholiques sachent s'é- « lever au-dessus des intérêts de parti chaque fois que les «intérêts de la religion sont en cause. » C'est la dénonciation du servilisme politique dont nous avons été victimes pendant de longues années.
Nous commençons enfin à respirer un peu l'air de la liberté. Pourquoi? L'on a compris qu'il fallait d'autres journaux que les journaux politiques. Les politiciens ont voulu auprès du peuple un organe qui lui transmit leurs idées, leur programme... Malheureusement on est tombé dans une ornière dont nous sortons péniblement. On s'est habitué à sacrifier le bien public au bien particulier, à pousser le dévouement au parti au point de violer le droit et la vérité. Au lieu de proposer au suffrage de la nation des candidats dignes de la confiance, capables de travailler efficacement au bien public et d'assurer au pays une législation sage et durable, on a présenté des partisans aveugles, des instruments inconscients entre les mains de chefs habiles qui ont exploité leur faiblesse et leur ignorance. Déjà les Pères du premier concile de Montréal avaient flétri comme il convient l'abus de défendre un parti au mépris des principes et du droit. «Le parti avant tout, le parti par-des-
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“Sus tout et toujours, tel est le mot d'ordre du journal ser- (vile; et pour y rester fidèle, il ne rougira pas de rompre «avec les lois de la conscience, et de mettre son influence « à glorifier ceux qui violent les intérêts de la nation.» Et ces paroles si sages restaient sans écho, parce que le journalisme catholique et indépendant n'était pas là; le Devoir, en particulier, n'existait pas encore pour atteindre par la variété et l'étendue de son apostolat tous les milieux où se réfugient le vice et l'erreur, por dissiper les insinuations malveillantes, dénoncer les calo: niateurs, les lâches et les traîtres qui veulent arriver à ler r fin, en sacrifiant les intérêts de l'Église et de la patrie.
Amour de !a patrie
Ce n'est pas le catholicisme qui mettra des entraves à l'amour de la patrie chez le journaliste; ce n'est pas la religion qui l'empêchera de défendre son Pays contre tous ses ennemis de l'intérieur ou de l'extérieur. Ici encore, nous n'avons qu'à contempler le Christ notre modèle. «Le « Fils de Dieu fait homme», dit Bossuet, (a non seulement {accompli tous les devoirs qu'exige d'un homme la société «humaine, charitable envers tous et Sauveur de tous: et {ceux d'un bon fils envers ses parents à qui il était soumis: (mais ceux d'un bon citoyen. »
Le Devoir a contribué à développer chez nous l'amour intelligent et actif de notre pays. Plus que tout autre, il nous a fait voir que la patrie est le sol qui s'étend sous nos
Pieds avec l'azur de notre ciel, la flèche de notre clocher d'argent, la fumée qui monte de notre foyer vivant. Elle est Surtout la langue que nous parlons, que parlent nos Parents, nos amis, nos concitoyens de l'Acadie martyre Comme du Manitoba blessé, de l'Ontario qui lutte comme «le l'Ouest aux vastes horizons qui espère toujours. Que disje? Nos frères, vivant sous le drapeau de la république voisine, sont heureux de venir le féliciter des campagnes entreprises pour la survivance du parler ancestral au-delà du quarante-cinquième degré de latitude. Que n'a-t-il pas entrepris pour la défense de 12 lingue nationale, que nous employons comme un véhicule pour répandre les idées qui sont l'expression et le prolongement glorieux de notre âme ct de notre personnalité 7 Que n'a-t-il pas fait pour faire aimer l'histoire de notre Pays, cette histoire plus belle et plus merveilleuse que la Iégende même, cette histoire que nous devons continuer et transmettre à nos descendants aussi magnifique que nous l'avons reçue ?
Appui à donner aux journalistes catholiques
Mais pour que les Journalistes accomplissent cette mis- Sion tracée par l'Église i] faut que les catholiques les soutiennent, en leur donnant non Seulement des sympathies, mais des subsides, il faut également travailler à propager le bon journal.
Les écrivains courageux qui défendent par la presse nos Saintes croyances contre les attaques de l'incrédulité remplissent un véritable apostolat, c'est entendu. Mais il ne suffit pas que la rédaction soit composée d'éléments sains; il faut en plus que le directeur ne soit pas l'esclave de l'actionnaire. Drumont constatait que «trop souvent « la propriété du journal est aux mains d'êtres absolument { méprisables, de financiers véreux, d'actionnaires peu scru- (puleux qui voient dans un journal, non un moyen de « répandre des théories justes ct fécondes, mais d'appuyer « des combinaisons louches ». Ii faut décider les catholiques à devenir bailleurs de fonds du journal catholique, déterminer les indifférents à soutenir de leur petit sou et de leur exemple Ja Presse honnête, convaincre les bons de leur devoir de se renseigner et de se fortifier par la lecture d'un journal catholique, créer un grand courant de Ssympathie vers l'œuvre et Préparer les voies à Ja Propagande individuelle et collective.
La seconde année du règne de Darius, le prophète Zacharic ayant levé les YEUX vit un volume volant, long de vingt coudées et large de dix; et il sut de l'ange qui était en lui que ce volume était Ja malédiction qui allait se répandre Sur toute la surface de la terre, Parce que tout homme de rapine et de mensonge serait payé d'après ce qui était écrit dans ce volume qui volait.
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Louis Veuillot nous dit que Mgr l'évêque de Tulle, parlant dans une réunion littéraire, comparaît les productions de la presse incrédule — disons, nous, de la presse jaune et de la presse neutre — à cet immense volume volant qui s'élève chaque matin cle l'immense cité et dont les feuillets emportés aussitôt par Un vent de mort répandent la malédiction sur toute la surface de la terre.
À la vue de ce mal, je comprends que tant d'âmes généreuses aient maudit la presse quotidienne, parce que c'est le champ de la vénalité, de la diffamation, du mensonge, de la réclame impudente et malsaine, du scandale exploité au profit du luxe et des passions pires encore,
Le souhait d'Arsène Houssaye me revient en mémoire: € Vive le journal qui ne paraitrait que quatre fois l'an, avec ‘(quatre pages, un numéro par saison ! Et il serait malaisé {de tout dire en ces quatre grandes pages ! Un tel journal (n'oserait point paraître pour débiter des niaiseries philo- (sophiques, littéraires et chronicales. »
Boutade d'esprit, vœu inutile ! La presse quotidienne existe. [1 faut nous y précipiter pour ne pas être noyé par la mauvaise presse. II faut la faire servir à la diffusion de la vérité et de la vertu, à la défense de la religion et de la patrie. Personne n'a le droit d'abandonner son poste, «Écrire, disait Lacordaire, non pour l'immortalité mais Cpour Jésus-Christ. Quand personne ne nous lirait plus (dans cent ans, qu'importe? La goutte d'eau qui aborde (la mer n'en a pas moins contribué à faire le fleuve, et le (fleuve ne meurt pas. »
Moyens d'aider le Devoir