Il sera bon que notre doctrine d'inuuédiate
1. I.t' numéro de novembre 1891 do la Contcmporary ftcvietv contient un rcnuirquablc excmplo de ce (jue je demande. C'est un article d'une femme éminente et généreuse, la baronne Blaze de Bury. J'en dirais plus de bien encore, si je n'étais gôné par la trop belle place que me donne l'auteur.
affirmation du bien, simple et vieille comme les hommes, durable comme eux, soit nettement définie en tous lieux. J'attends de plusieurs jeunes gens distingués que je sais, des développements de cette vérité vitale. Reprenant la grande parole de Pascal, que a la volonté est un des principaux organes de la créance » \ s'appuyant sur la Raiso?i pratique de Kant,ils répéteront à tous quel'action bonne éclaircit seule les doutes de l'esprit; que la foi est purement et simplement la conscience en nous de notre progrés moral, graduelle comme lui, et quelle en est la récompense. Ils établiront que, par suite, le fait que nous ne pouvons formuler notre foi, loin de nous accabler, est au contraire notre principale force ; car il serait immoral que la foi pût être formulée et contenue dans des mots, en sorte qu'il suffirait de savoir lire pour la posséder, et quil suffirait de ne le savoir pas pour en être privé. La foi est incommunicable, et elle doit l'être, comme le mérite moral, dont elle émane.
8. Une tâche voisine de celle-ci, quoique plus particulière, et que je conseille également à de jeunes étudiants de bon vouloir, est ce que j 'appelle l'élaboration d'un C/i?*2s/ia«zsmeî?2/er?Vwr.
1. Pensées, éd. Havet, art. III. Voyez le beau livre de M. Édouai'd Droz sui' le Scepticisme de Pascal, page 80.
Je désigne ainsi un travail qui montrerait dans les faits d'expérience intime, contemporaine, journalière, les mêmes phénomènes spirituels que le Christianisme a reconnus de tout temps sous le nom depéche\ de péché mortel, de rédemption, de g race ^ d'effets de lascétisme, d'effets de la prière, d'illuminations du Saint-Esprit, de primauté de l humilité, de béatitude du renoncement, de paix cachée, etc. On restituerait ainsi une sorte de Christ intérieur, que toute âme un peu nohle reconnaîtrait pour sien.
Les heureux effets d'un tel travail seraient doubles : aux chrétiens, il apporterait un rajeunissement, une reviviscence de leur foi, en la rendant pour eux actuelle, en la leur faisant retrouver sous les broussailles mortes de la lettre ; aux nonchréliens, il serait d'un grand secoui's, en leur faisant comprendre « par le dedans » leurs frères chrétiens, et en les faisant bénéficier eux-mêmes de (lix-luiil siècles d'une admirable expérience morale. De plus, un conunencement d'unanimité (c'est obstinément mon rêve) se formerait ainsi entre les uns et les autres.
Tels sont, autant que je suis capable de les apercevoir et de les retracer, les diverses composantes de ce mouvement d'opinion qui occupera la période préparatoire du iléveil. Mais il ne faut pas oublier.
pendant ce même temps, les réformes pratiques. Celle-ci marcheront de concert.
Notre principe, il est vrai, nous empêche de croire qu'on puisse beaucoup par la contrainte et par les lois civiles. Un poète énergique et un homme de foi indépendant sera toujours de plus d'utilité que cent députés timides. Mais il est peut-être bon de monter justement sur la machine pour en restreindre les écarts terribles.
9. Nous travaillerons donc dans le sens de la démocratie libérale; nous nous garderons des effets funestes du principe de l'Aumône. Le protectionnisme et toutes les formes du socialisme d'État, nous les combattrons ; il le faut bien ; on ne peut croire à la loi morale sans proclamer la nécessité de la liberté la plus grande et le bienfait des responsabilités. Il faut apercevoir comme ces choses se tiennent et se tirent l'une l'aulre. Tant pour l'établissement et la mise en valeur des colonies nouvelles que pour tout le reste, nous demanderons que les Compagnies à charte, les missionnaires religieux et l'initiative privée, aient le champ libre, soient même encouragés et stimulés. Nous tâcherons que l'État n'assume pas les risques, les mérites, la quantité d'énergie qui sont le lot des individus. Nous avons horreur d'un troupeau de serfs, ce qui serait à son insu, le
IV ve du socialiste d'État ou de lanarchisle ébloui d'une illusoire justice.
10. Nos principes nous amèneront à souhaiter aussi que l'armée, école universelle du pays, ne soit pas une école d'automatisme et de dépression, comme on déclare faussement que cela est nécessaire pour la discipline.
Certes celle-ci est indispensable, mais la discipline idéale serait celle qui naîtrait de l'unanimité (mon rêve obstiné) : un seul vouloir partout, au lieu de l'extinction de tout vouloir, — extinction dont souffre la société civile, à mesure (jue les classes libérées chaque année rentrent dans son sein. Pour cela, il suffit d'une réforme morale profonde du corps des officiers*; ceux-ci devraient en vérité être choisis, éprouvés, pénétrés de l'esprit et de l'amour de leur mission i)lus qu'aucun professeur de notre jeunesse.
Us devraient aimer les hommes pour le bien dont ces humbles peuvent être les instruments; ils devraient jouir de s'y dévouer. C'est donc aux écoles militaires de Saint-Cyr, Saint-Maixent,
1. Un ofJicicr a eu le iiHMile de liii'u coniiuTiulrc celle néccssilé : il l'a exposée c(»ui'a^'euseineiil dans un article inéinorable de la Jievuc des Deux Mondes : Du rôle social de l'officier. — Livraison du 15 mars IS'.H.
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Saiimiir et Fontainebleau qu'il faut porter d'abord le réveil moral; là est le foyer à allumer.
11. Nos principes nous amèneront de même à aider l'enseignement public dans ses tentatives de renouveau* (quoiqu'il ne nous plaise que provisoirement d'avoir un Etat qui enseigne). Nous l'encouragerons à éveiller partout des initiatives, à rendre les professeurs responsables et à les faire se former en confrérie. Nous serons heureux qu'ils se dégagent des lourds cadres napoléoniens. Nous aimerons, en outre, que la tyrannie intellectuelle de Paris soit secouée par la création
1. ^'ous avons par bonlieur un Ministre de l'instruction publique à tendances idéalistes, et fort vaillant, M. Léon Bour- ^•^eois. « Jamais il ne fat plus urgent de former des générations saijies, vigoureuses, toujours prêtes à l'action et même au sacrifice. Les maîtres banniront donc sévèrement de leur classe tout ce qui, dans les œuvres contemporaines, sent la recherche, le sophisme, la prétention impuissante et maladive ; ils proscriront surtout, quel que soit le nom de leurs auteurs, les livres capables d'incliner les jeunes gens vers l'ironie ou le scepticisme.... Le maître qui conseillerait à ses élèves la lecture d'une seule page capable dallaiblir leur vigueur morale et de les détourner de l'action trahirait son devoir.... » (Instruction ministérielle de 1890, p. 52.) — « Avoir un idéal, c'est avoir une raison de vivre.... Si donner à l'homme un idéal, c"est donner une orientation à toute son existence, une raison et un ressort à tous ses actes, nous reconnaissons là le but dernier de l'éducation.... » (Discours du Ministre à la distribution des prix du concours général, 50 juillet 1891.)
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de grnnds centres d'Université en province : afin que plus d'iioniines, devenus leurs maîtres, se risquent sur la cime dangereuse, mais lumineuse, (le la vie libre et complète.
1:2. Xos piincipes nous amèneront encore à demander toutes garanties et tout respect pour les associations librement formées, et qui ne menaceront pas l'État, c'est-à-dire ne prétendront point à faire double emploi avec lui. Le fameux droit d'association s'impose à la sollicitude de quiconque se préoccupe de réveil moral : on en voit les raisons, i'our ne dire ici qu'un mot des conséquences, on comprend que l'affi'anchissement réciproque de l'Ktat et de l'Église, jugé en effet légitime et nécessaire par une conscience droite, ne pourra être abordé ((ue quand la liberté ultérieure de chaque puissance sera garantie, non seulement par des mesures législatives, mais par un rélablissement ferme de la notion de justice dans les esprits, dans les mœurs, dans les convictions. 11 faut que nous respections le droit dauliui à s'associer, il faut que nous l'aimions.
\7). Knvers les ouvriers (jui vivent au jour le jour du travail de leurs mains, et en (pii nous savons que gît noli'e avenir, nos piincipes nous amèneront à user dune méthode différente de ('('lit' qu'on a suivie. Mon ('\|t(''ri('iice ju'rsonnclle
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de la population faubourienne de Paris m'a convaincu qu'en effet les ouvriers ne peuvent être améliorés que par ce qu'ils auront entrepris euxmêmes; ce que nous aurons fait pour eux leur sera toujours fade et indifférent. Cette observation est tout à fait conforme à notre doctrine du réveil moral.
Tandis que les Compagnies houillères ont doté leurs mineurs de je ne sais combien d'œuvres charitables, crèches, asiles, écoles, bibliothèques, et s'étonnent, après cela, que les grèves soient fréquentes, il faut comprendre que les mineurs n'auraient attaché un grand prix à ces mêmes bienfaits que s'ils les avaient gagnés eux-mêmes, virilement, à force de dépenses et de peines. Les tenir quittes d'efforts, c'est les faire rentrer dans l'animalité, et par suite les livrer à leurs convoitises.
J'imagine, au contraire, qu'une méthode morale serait possible : on devrait connaître personnellement, humainement, ceux qu'on rêve d'aider. Parlant, un jour, à quelques-uns, organisateurs d'une Société coopérative de consommation, on dirait, je suppose : a Que n'établissez-vous encore la coopération de l'esprit? Abonnez-vous en commun aux journaux, aux revues ; ayez une bibliothèque, comme en ont les cercles élégants; réunis-
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sez dans une salle des patrons de vêlements pour que vos femmes y viennent travailler pour vous le soir, sous une lumière allumée à frais communs ; si quelqu'un d'entre vous a appris quelque chose et veut en faire part à ses camarades, qu'il parle; si vous voulez amener chez vous des conférenciers en renom, allez les chercher ; nos amis sont prêts à venir, non pour rien, certes, ni sous forme d'aumône, mais en se faisant payer leurs peines, de sorte que leur parole, achetée par vos sacrifices, vous soit précieuse. » Ainsi seulement peut se fonder par une poussée libre et prospérer le vrai Volkshuys, la Maison du Peuple, dont on parle. Par la môme raison il faut appuyer le principe de la participation proportionnelle aux bénéfices, impossible à régler par une loi, faute d'un contrôle sûr, mais applicable pnrla bienveillance et l'équité.
Ce principe est bon, non seulement parce qu'il est conforme à la justice, mais parce qu'il fait accéder les humbles aux périls et à la noblesse de la responsabilité : de chevaux de labour qu'ils étaient, il fait d'eux des honunes.
Beaucoup d'autres réformes peut-être, que je n'aperçois pas en ce moment, pourront être proposées et résolues selon h' même esprit, car il suffit à tout.
C'en est assez déjà pour faire voir que ce n'est point je ne sais qiiell(î imagination, mais la Volonté elle-même qui est en jeu chez les apôtres de la Volonté. Notre foi étant un lever de soleil de derrière la colline, laquelle il faut d'abord péniblement gravir, nous voilà gravissants; notre affirmation commune étant que l'aclion bonne doit passer devant, voilà quelle action bonne nous voulions dire. Nos idées se tiennent donc et nos plans sont clairs.
Encore n'ai-je parlé ici que de la période préparatoire, qui doit occuper les deux ou trois prochaines années. 11 est vraisemblable qu'ensuite l'idée s'incarnera d'elle-même (il faut que ce soit d'elle-même, en effet, car ce serait nous contredire que de la décréter). Une Société de secours moral, à l'imitation de celles de New-York, de Philadelphie et de Londres * se formera pro-
1. On trouvera tout le nécessaire, pour connaître ces admirables Sociétés, dans un livre que je voudrais voir partout répandu : la Religion basée sur la morale ; — Choix lie discours publiés par les Sociétés pour la culture morale, traduit en français par P. Hoffmann, professeur à l'Université de Gand. — Paris, Fisclibacher, 1891. — Ces discours f galent à mon gré, pour l'élévation et l'efficacité, ce que le stoïcisme antique nous a laissé de plus sublime sous une forme familière. Je les comparerai, si l'on veut, aux Entreliens d'Epictète.
bablement en France, par agrégation spontanée. Et ce sera le commencement d'une seconde période, militante toujours, mais un peu plus épanouie.
Ce que fera celte Société, je ne suis ni capable ni digne de l'exprimer. D'ailleurs il n'en est pas temps. Je souhaite seulement quelle soit très sévère, son action ne devant venir que de sa force morale, et son prestige important plus que son nombreux effectif; il faudra qu'il soit difficile d'y entrer et très facile d'en être exclu. Les cinquante hommes bien d'accord, convaincus et énergiques que j'ai rêvés suffisent.
Cette Société aura son journal, où parlera- la seule justice, le zèle incorruptible du Mieux. Devant être reconnue personne civile, elle recevra des legs, des donations, dont beaucoup vont encore aux œuvres cliaritables ou aux Académies, faute d'un emploi meilleur; elle pourra donc faire des fondations, à l'exemple de ses aînées américaines.
Partagée en autant de sections (|u'il y a de champs divers pour l'exercice de l'Knergie morale,^ elle aura ses orateurs, ses écrivains; elle fera répandre des livres d'une signification toujours plus haute dans les écoles élémentaires ; elle suscitera la création de cercles et de guildes;
elle encouragera les explorateurs et missionnaires de la patrie ou de la religion ; elle popularisera leurs efforts et fera voir leur triomphe jusque dans l'insuccès et la mort : elle combattra par tous les moyens l'immoralité, ou mieux l'Inertie, qui eu est le vrai nom. Elle établira, selon son titre et ses principes, le secours moral, qui n'est encore constitué nulle part, c'est-à-dire qu'aux malades et aux infirmes de Tâme dont nulle société encore ne se préoccupe, elle ouvrira des hôpitaux, des cliniques, des dispensaires, des retraites pour tous ces maux invisibles, dont notre temps est affligé ; elle assignera à ces malades, à ces contrefaits intérieurs, des missions et des tâches de rédemption, persuadée, encore une fois, que l'effort seul rend la paix et réintègre riiomme dans sa vraie nature.
Adviendra-t-il une catastrophe publique, ou quelque recrudescence de maux matériels, une brigade de désespérés et d'incertains sera acheminée vers le lieu de misère pour aider ; la mutualité des secours s'établira, et les vrais guéris, les vrais sauvés, ce seront encore les bienfaisants.
Enfin, comme il faut pour une telle entreprise des hommes pénétrés d'une discipline même et une, il sera nécessaire d'avoir un vrai séminaire
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moral, une École de Liberté, comme je l'appelle, où les jeunes gens possédant les premiers outils de leur perfectionnement seront admis, au temps de leur puberté; là l'objet sera de préparer à la vie complète et de former ce qui manque à notre démocratie, des caractères. Epictéte, Marc-Aurèle,' l'Evangile, saint Paul, saint Augustin, Thomas Morus, saint Vincent de Paul, y auront plus de place sans doute que Cicéron, contrairement à ce i\w\ se fait chez les Jésuites mêmes. L'expérience immédiate de la solidarité, de la vie énergique et bonne y auront plus de place encore que ces maîtres de vertu. On ne craindra pas de parler de l'époque présente, on fera voir par exemple les avantages et les défauts balancés de la sociabilité et de la solitude; on osera parler des l'emmes et du mariage, on montrera comment il faut honorer sa fenujie, et quels sont les devoirs du mari et du père. On fera des études sur l'humanité vivante, eu amenant le contact avec les plus humbles classes, car l'usage se répandra d'envoyer son fils, au lieu de l'ilalie ou des Indes, faire sa tournée «l'.ijjpi'entissage de la vie, pendant ti'ois mois dans un pauvre logis à Ménilmontant ou à Montrouge.
L'accès à chaque connaissance nouvelle sera d'ailleurs répulé récompense et devra être conquis,
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comme la doctrine du Iléveil moral l'exige. On ramassera ainsi dans la bourgeoisie finissante, une élite encore, de quoi communiquer à nos successeurs le meilleur de ce qui fut en nous, à l'exemple du rôle joué, au commencement de notre siècle bourgeois, par les nobles libéraux et évangéliques, un Tocqueville, un Broglie, un d'Haussonville,unAgénor de Gasparin,un Armand de Melim, un Augustin Cochin....
Je m'arrête.... 0 quanto è corto il dire! Que la parole est courte, pour dénombrer tout ce que nous voyons déjà des veux du désir! Il me semble qu'il vaut mieux taire, quant à présent, le détail de ces desseins trop précis. Respectons le mystère de lavenir. Nos réflexions nous ont persuadé que celui-ci ne se dévoile, avec tous ses traits, que peu à peu, et seulement à ceux qui l'appellent de toute leur action. Un temps viendra où ces entreprises, qui semblent excessives et chimériques aux nonchalants d'aujourd'hui, sembleront trop peu de chose aux actifs de demain. Encore une fois, respectons le mystère de notre création future; ne cherchons pas trop à savoir; savoir avant de faire est notre tentation mauvaise; ne nous occupons que d'être des hommes de bonne volonté.
Notre attitude, quant à présent, est celle d'âmes
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lionnèles dont le vouloir est grand, mais qui se savent faibles pour réaliser ce vouloir et, sentant impossible d'y renoncer,implorent passionnément un appui. Cette disposition est bien connue : on l'appelle la Prière. Redisons donc de toute notre énergie la prière chétienne : « Que le règne de Dieu arrive! » Seulement, au lieu de murmurer ces paroles à genoux les yeux levés au ciel, répétons-les debout, et à nous-mêmes, en en faisant un ordre. Car cet appui imploré nous est donné; c'est d'abord la conscience de notre deslinée; puis l'assurance intime qu'à travers tant de siècles de luttes opiniâtres pour nous dégager de la brute, l'œuvre de tous les héros et de tous les saints ne peut avoir été une indifférente déperdition de forces....
Il ne serait donc pas juste de nous accuser de présomption. Ce n'est pas en notre pouvoir que nous nous confions, mais en la puissance qu'ont certainement les hommes de devenir tout à fait honmies. ^ous avons peu d'orgueil personnel; nous aimons de commencer j)etitement, et nous savons ([uc rien de grand ne j)eut s'élever, sans qu'on ait jeté dans les fondations beaucoup d'humilité et de défiance de soi. Il est possible, il est fort probable que nous ne verrons jamais ce qui est l'objet de nos soupirs, mais cela importe pcM :
d'autres après nous viendront, qui iront plus loin que nous. Cette idée nous sourit : c'est le propre de ceux qui aiment vraiment bien d'embrasser avec joie l'assurance que l'objet de leur amour aura le bonheur, même par d'autres que par eux. Or, si peu qu'on ait prêté d'attention à ce qui précède, on ne contestera pas, je pense, que nous agissions par amour véritable.
>'oël 1891.
oo L'esjarains, rauj.