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À ITR ET NON à Vu «4
| doit pas être confondue, ni avec la conscience morale, ni même avec la vie morale. Tout ce qui est pensable dans la matière est périodicité ; la vie d’un organisme est le cycle qu, de la naissance à la mort, caractérise la périodicité spécifique. Mais Fhistoire biologique, qui exprime, tantôt les initiatives heureuses, tantôt les défaillances de la conscience personnelle, va, d’espèce en espèce, sans s’arrêter
Sur aucune, comme nous passons d’un véhicule à l’autre.
Au cours de cette histoire, la conscience continue, une par le moi qui est son centre, successive et diverse par les variations de l’objet, qui lui fournissent son contenu, morale ou immorale, par son attitude envers ces variations. Le biologiste saisit, du dehors et dans ses expressions spatiales, les résultats de ses abandons et les produits de ses créations. Mais le transformisme, au cours duquel les lois éternelles de la vie engendrent les formes successives, a un dedans, comme 1l y a la conscience d’un artiste au dedans des œuvres, que l'art déploiera dans l’espace. Ce dedans est la vie morale, par lequelle moi décide de céder à la contradiction ou de la vaincre. S’il n’y avait que l'accident pour interrompre l’automatisme physique et biologique, ou plutôt si rien ne s’y ajoutait, les vivants périraient, et ils périssent, à moins que la moralité, intervenant pour faire ce que la sélection naturelle ne pourrait faire seule, crée une variation utile. La vie n’est pas faite par la.matière qu’elle dépasse, elle l’est par la conscience qui la déborde.
La succession, qui caractérise la vie, ne pourra donc être pour la conscience qu’un objet, et,en la dominant, la conscience se pose comme éternelle. Mais, sans la contradiction, cette éternité serait « une éternité de mort ». La vié morale apparaît avec le choix que la contradiction permet. Dès que la conscience se trouve obligée, le devoir, qui lui manifeste la règle la plus profonde de la réalité, et par conséquent la volonté universelle de Dieu, devient pour elle le moyen de son union avec lui, si elle y obéit, d’une séparation, si elle le néglige ; et, comme cette union et cette séparation permettent, à chaque instant, la défaillance ou la conversion,
son sort sera d'accroître ou de réduire $ sa participation de Dieu, suivant le progrès de sa moralité ou de son immoralité. Dans un sens comme dans l’autre, en vertu de la solidarité des consciences en Dieu, chacune entraînera les autres et subira leur entraînement ; et le monde matériel,
ou le contenu de la perception, apparaîtra à chaque instant comme leur résultante, où la quantité d’être mesurera la moralité effectuée, et les limites de l’être, son insuffisance.
À quelque niveau qu'il atteigne, si la conscience ne peut ‘être sans être libre, et ne peut être libre sans que la moralité -soppose à limmoralité, Pobligation et la contradiction se poseront en face du moi, comme” une promesse et une menace. La bonté divine ne peut donner le bien qu'aux consciences morales, si elle donne la liberté à toutes. Dans le secret de chaque vie intérieure, la moralité et l'immoralité prononcent sur la destinée du monde.
V5, le 6 Mars 1930,
Le Doyen de la Faculté des Lettres de l'Université de Paris.