‹ Le Devoir, ses promesses d'avenir, ses conditions de survie [microforme]Chapitre 5 sur 9 · ER A · texte numérisé non relu

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mis de l'Église, de la race, de la patrie canadienne ou de la petite patrie canadienne-française, nous voulons nous appliquer davantage à fortifier chez nos compatriotes l'attachement à l'Église notre mère, la fierté de race, la fidélité aux traditions, le vrai patriotisme gouverné par la foi, éclairé par les leçons de l'histoire. Condamnons l'impiété et l'indifférence, fort bien; mais surtout, fortifions notre foi et vivonsla”dans la vie publique et professionnelle. Combattons l'impérialisme, cette poussée d'orgueil et de cupidité; mais, avant tout, faisons croître en nous-mêmes un nationalisme sain, solide, fondé sur le vrai patriotisme chrétien. Dénonçons l'internationalisme, ie socialisme, le syndicalisme neutre, parfait; mais ce qui presse davantage c'est d'éveiller le sens social catholique, de fonder et d'encourager :s œuvres sociales nationales et chrétiennes. Tenons tê : aux ennemis de la langue et de la civilisation françaises, c'est notre droit ; mais commençons par les conserver intactes chez nous, et surtout n'oublions pas que nous ne mériterons de les garder qu'à la condition d'en faire les armes défensives de notre foi et de nos traditions catholiques. Stigmatisons le vol public, la concussion, la vénalité des politiciens, c'est un devoir; mais efforçons-nous d'abord de faire revivre en nous les traditions d'honneur et de probité de nos ancêtres et d'éveiller la conscience populaire qui seule gardera la vertu des gouvernants et l'intégrité des coffres-forts.

Action politique et sociale

Au contraire, s'il est une chose qui se dégage de la Buerre, C'est la faillite

générale du parlementarisme, comme moyen efficace de

notre attention et nos activités.

Quoi qu'il en Soit, à ceux de nos amis qui forment ce que

Li : JONE … s

de la société chrétienne, de la patrie, qu'ils poussent avec nous à la multi, ‘ication des œuvres de conservation sociale et de défense nationale: et si jamais l'action parlementaire s'impose, ce travail de réfection morale constituera le point d'appui le plus solide de leurs activités politiques, le plus sûr garant de l'efficacité de leurs efforts.

Déjà les partis et les politiciens actuels subissent l'effet du travail accompli. L'un de nos meilleurs amis, M Monette, le signalait dans une lettre pleine d'esprit et de sens.’ [1 devient à la mode de se mettre dans la ligne du Devoii ... tout en continuant, évidemment, à en dire beaucoup de mal (moins qu'autrefois, cependant.) Que sera-ce le jour où le Devoir et, dans leurs Sphères r spectives, l'Action Catholique et le Droit auront peu à peu : :placé les journaux de parti et les gazettes d'affaires ?

Si l'on juge que le maintien et la diffusion du Devoir et des autres journaux catholiques, indépendants des partis, de la finance et de la politique, sont nécessaires, permettezmoi de vous rappeler sommairement les difficultés à vaincre les sacrifices faits et à faire, les moyens de propagande à adopter.

Naturellement ma tâche, ce soir, se borne à parler du Devoir. Si nos confrères de la presse catholique trouvent quelque profit à confronter leurs expériences et les nôtres, à imiter nos initiatives, à demander à leurs amis particuliers des services analogues à ceux que nous attendons de nos

1 Parue dans le Devoir du 7 janvier.

TS

amis, nous nous en réjouirons cordialement. En dépit de divergences secondaires, ou passagères, nous sommes au service des mêmes causes. Nous souhaitons ardemment le succès du Droit, d'Ottawa, cette vaillante sentinelle d'avantgarde. Nous faisons des vœux non moins sincères pour que l'Action catholique, telle qu'aujourd'hui inspirée et rédigée. étende son influence trop longtemps comprimée,

Obstacles et difficultés

Dès avant sa naissance, le Devoir a vu se dresser devant lui de formidables obstacles. Il en a rencontré plusieurs Sur Sa rute. Îl en aperçoit de nombreux à l'horizon. Il ne s'en plaint pas. Les contradictions morales et les difficultés matérielles sont les conditions nécessaires de toute œt'vre humaine, de toute bonne œuvre surtout. C'est dans l'épreuve et la lutte que les œuvres se trempent et trouvent à la fc.s la démonstration de leur utilité et la force persévérante qui en assure le succès. Encore faut-il que ceux qui s'y intéressent aient la claire vision de ces obstacles, le courage de les vaincre et l'esprit de sacrifice et d'endurance nécessaire pour en venir à bout. La confiance en Dieu n'exclut ni la prudence, ni le travail. Aide-toi, le ciel t'aidera, doivent se répéter sans cesse les hommes d'œuvres.

Dans l'ordre des difficultés matérielles, — intrinsèquement matérielles ou résultant de causes morales — le Devoir

à rt etage LES 2" Éd Os ee ans

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a dû et doit encore faire face à trois catégories d'obstacles : 1°, ceux que rencontrent, de nos jours et dans notre pays, tous les journaux quotidiens: 2°, ceux qui s'opposent au succès des organes de principes ou d'idées, jaloux de leur indépendance morale; 3°, ceux qui tiennent à la situation particulière du Devoir.

Un journaliste de longue expérience me disait, à l'époque où le Devoir a été fondé, qu'un journal devait compter sur dix à douze années de déficit avant de pouvoir boucler son budget. Il estimait à un quart de million le capital minimum nécrssaire à l'établissement d'un nouveau quotidien à Montréal et à son maintien pendant les années de croissance. Ces calculs, notez-le bien, étaient basés sur les prix d'il y a dix ans et s'appliquaient à un journal ordinaire, acceptant toutes les catégories d'annonces.

Lx Devoir a débuté avec un capital de cent mille piastres. Dès sa naissance il a exclu de ses colonnes de nombreuses annonces, fort payantes, qui font le plus cla:- du budget des journaux d'affaires et des organes politiques. Il s'est interdit toute subvention des partis politiques, des sociétés financières, grosses ou petites, des lanceurs d'affaires de toutes sortes. Au temps où il faisait la lutte au ministère libéral, il a même poussé le scrupule jusqu'à refuser de publier, avec ou sans subsides, les articles-réclames de la Ligue antiréciprociste, dont les organes officiels du parti libéral remplissaient leurs colonnes, moyennant finances.

On a beaucoup parlé, et jusqu'au parlement, de subventions versées au Devoir par les organisateurs du parti

Conservateur, durant les élections de 1971.

blague, et une méchante calomnie, qui l'histoire, répandue par certaines feuilles bi leur vénalité chronique, des fonds secrets ve alimenter la caisse du Devoir.

C'est une bonne vaut tout juste en connues pour nus d'Allemagne

à la demande du comité conservateur. J'ai raconté cette histoire dans le temps. ! Elle n'a certes rien de déshono-

rant pour le Devoir. Si elle a mis les chefs du Parti tory en mauvaise posture, ce n'est Pas notre faute.

L'accroissement de tirage et de recettes que ces abonnements supplémentaires nous ont valu s'est répété au cours de la campagne contre la conscription. Cette fois, le recrument s'est fait surtout Parmi les libéraux. La crise passée, le tirage est retombé, comme après la campagne de 1911, à son cours normal. Quant aux recettes, elles n'ont figuré,

dans l'un et l'autre Cas, que pour une minime fraction de notre budget ordinaire.

La vérité, c'est que le Devoir n'a pas plus connu les subventions du parti Conservateur que celles du Parti libéral:

il n'a pas plus Palpé les dollars de sir Hugh Graham, de

Mackenzie et Mann, du Tramway ou de toute autre clique

de schemers politiques ou financiers que les livres sterling de Northcliffe ou de Beaverbrook et les marks du Kaiser

! Devoir du 3 juin : 13 : Le Nationalisme et Les Partis — Le barti conservateur s'abonne au Devoir.

ou du comte Bernstorff. Le Devoir a les mains nettes... et la bourse légère.

La vérité, c'est que si les campagnes politiques ont valu au journal quelques succès passagers, elles lui ont attiré la haine et la rancune des politiciens de tout acabit. Les deux partis ont pratiqué contre lui le désabonnement systématique, et ils y ont mis beaucoup plus d'ardeur et de constance qu'à lui fournir des recrues, aux heures où ils trouvaient profit à s'abriter derrière lui.

La vérité, c'est que l'indépendance du journal, ses luttes constantes pour l'Églis: le Pape, la patrie, les droits fondamentaux des Canadiens français, lui ont enlevé de nombreuses annonces de commerce; et que les négociants canadiensfrançais et catholiques, sauf de rares exceptions, n'ont pas encore compris qu'ils doivent, dans une certaine mesure, empêcher l'affamation de la presse catholique et indépendante par la finance et le commerce mis au service des ennemis de l'Église et de la race. De ce seul fait, le budget du Devoir a subi d'énormes coupures, en plus de celles qu'il a pratiquées lui-même par l'exclusion volontaire d'annonces qui lui paraissaient incompatibles avec son caractère.

Obstacles particuliers

Les obstacles que je viens d'énumérer ne nous sont pas absolument propres. Nos confrères de l'Action Catholique et du Droit en ont rencontré de semblables. Tout journal catholique, jaloux de sa dignité et de son indépendance, les

trouverait sur son chemin Mais il en est d'autres qui du Devoir, de son personnel,

, à des degrés divers d'intensité, tiennent au caractère particulier du milieu où il se publie,

Et d'abord, la fondation et le comme le Devoir sont nécessaire réal qu'à Québec, par exemple.

Ensuite, au caractère moral du journal, qui lui ferme les Sources de profit interdites à tout Organe catholique, s'ajoute la composition de Son personnel, entièrement formé de laïques, ayant tous des charges de famille — même les célibataires — et obligés, comme le journal lui-même, à une dignité de vie qui ferme la porte aux Pécules illicites ou Simplement louches. De plus, ses rédacteurs sont appelés, de par leur Situation, à collaborer à une foule d'œuvres

extérieures, plus méritoires que rémunératrices.

Le genre de rédaction adopté — celui des articles signés

— a valu à nos collaborateurs d'appréciables com

1pensations morales et intellectuelles et de légitimes succès personnels. A plusieurs, il a ouvert |

a voie vers des situations plus avantageuses. On est ven

u les chercher chez nous, à cause de la réputation qu'ils S'y étaient faite — parfois aussi pour embarrasser le journal.

maintien d'un journal ment plus coûteux à Mont-

‘empêche que ces départs successifs ont alourdi le fardeau de ceux restés fidèles au poste et entr

temporaires de service l'administration.

aîné des dislocations qui ont ajouté aux embarras de

Mais le plus gros obstacle, peut-être, c'est le fait que le Devoir se publie dans le milieu le plus contaminé de la province, sinon du pays, par la presse à tapage, à ramage et à images. Plusieurs de nos congressistes, dans l'intention sincère de nous aider, nous ont posé cette question : « Ne Pourriez-vous donner au Devoir un cachet plus populaire, dans le fond et dans la forme ? le faire plus volumineux, avec des titres plus saillants ? publier quelques illustrations, Portraits, etc. ? donner moins d'espace aux articles trop sérieux, aux reproductions trop littéraires, et faire plus large la part des nouvelles et des rubriques populaires ? »

À cette question — et je remercie sincèrement ceux qui l'ont posée — quelques réponses péremptoires s'imposent.

Tout ce qui tend à accroître le volume du journal, à l'heure actuelle, est inacceptable, tant à cause du coût du papier que de l'accroissement formidable de la main-d'œuvre. Notez bien ceci : les journaux jaunes, et même les journaux convenables dont le numéro dépasse huit ou dix pages, fournissent au lecteur et à l'abonné un objet dont le coût matériel excède, et de beaucoup, le prix reçu. Ce sont les annonceurs qui remboursent aux journaux le déficit dont profite l'abonné. En retour, la plupart des journaux foiit plier leurs Principes au gré de leurs gros annonceurs. C'est ce que personne, parmi nos amis, n'attend du Devoir.

En second lieu, le Devoir ne peut perdre de vue l'objectif qu'il s'est propos’ : réagir, même dans la forme, contre le mal causé par Ja presse jaune, par la grosse presse. Céder au goût faussé du public, c'est contribuer à entretenir le mal.

En troisième lieu, ces changements ne Profiteraient pas au journal. Ce qu'il Bagnerait avec une certaine catégorie de lecteurs, il le perdrait avec une autre, la sienne propre, celle dont il satisfait les goûts, dont il nourrit les idées. Et puis, indépendamment du coût de ces modifications, nous ne Pourrions pas, nous ne voudrions pas les pousser au point de rivaliser avec les journaux jaunes. Aucun de nos amis, Parmi ceux mêmes qui ont suggéré ces changements, ne tolèrerait aucune atteinte à la morale, à Ja vérité, au sens Commun. Là-dessus, tous sont d'accord. II n'y a eu qu'une voix, au congrès, pour nous dire : « Gardez intacts vos principes, vos idées, votre indépendance, votre tenue morale et intellectuelle. » Nous pourrions donc, tout au plus, faire du Devoir, à prix d'argent que nous n'avons pas,

une mince réplique de la Presse et de la Patrie. Nous y perdrions dans l'estime des gens de goût: nous n'y gagnerions

Pas grand'chose auprès des habitués du brûle-gueule et du tord-boyaux.

Qu'on retienne bien ceci. Le Devoir réussira, même matériellement, dans la mesure où il se distinguera, même dans la forme, des autres Journaux. Cette conviction, je l'avais au premier jour. Une expérience de dix années, confirmée par le témoignage de la grande majorité de nos amis, l'a fortifiée à demeure.

Cet obstacle, très réel, nous avons donc le devoir, non de nous y buter ni de quitter la voie droite pour le contourner, mais de le renverser Par une action persévérante sur le goût et l'esprit du public

Oh ! je le sais, ce n'est pas la route du succès prompt et facile. Que voulez-vous ? Le Devoir n'est pas appelé à suivre les pentes douces... qui souvent mènent aux fondrières. Œuvre de sacrifices et d'efforts constants, il se maintiendra par le sacrifice et l'effort. Et voilà qui m'amène au troisième chapitre de cette revue déjà trop longue.

Les sacrifices

Il y a cinq ans, je disais à nos amis de l'extérieur : « Des peines et des misères de tous genres qu'il nous a fallu « subir, je ne vous entretiendrai pas. Nous avons, Dieu (merci, la pudeur comme la fierté de nos sacrifices. » On m'a persuadé que le temps est venu de rompre ce silence et de faire connaître à Ja grande famille du Devoir le secret de Sa Survie depuis dix ans. Et Pourquoi pas? N'entrait-il pas dans cette réserve un élément d'orgueil et de respect humain? Et puis, n'est-il Pas juste de rendre hommage à ceux dont le nom n'apparaît jamais dans le journal mais

dont la main Secourable et l'incessant appui l'ont maintes

fois sauvé de la mort ? Enfin, n'est-il pas opportun, en

faisant connaître ces dévouements, de Susciter au Devoir de nouveaux concours ?

L'observation récente d'un collaborateur intime m'y a décidé, plus que toute autre Suggestion. En contact avec des groupes adjacents au nôtre mais Pris par d'autres œu

+ je

vres, il en rapportait cette impression : beaucoup de gens qui aiment le Devoir dirigent leurs efforts ailleurs parce qu'ils le croient pourvu d'une forte armature financière. Si cette impression existe chez nos amis il est urgent de la dissiper.

Ce qu'on appelle notre « armature financière » est tout bonnement une constitution bien faite qui a permis à quelques amis dévoués de se saigner à blanc pour faire vivre et marcher l'entreprise.

Le Devoir s'est établi, ai-je dit, avec un capital initial d'environ cent mille piastres. Cette somme a suffi à l'installation du début, à l'achat des premières machines et au déficit inévitable des trois premières années. Elle avait été souscrite par plus de six cents actionnaires. Un seul avait souscrit et versé plus de dix mille piastres. Toutes ces souscriptions étaient soumises à une triple condition : 1°, la majorité des actions restait entre les mains du directeur-général, afin d'assurer l'indépendance du journal; 2°, aucune action, même libérée, n'était transférable sans le consentement du conseil d'administration; 3°, le directeur-général avait seul autorité sur la rédaction du journal.

Tous les souscripteurs acceptèrent loyalement ces restrictions, plus utiles à l'indépendance morale de l'œuvre qu'avantageuses aux actionnaires. Îls en comprirent si bien la portée que le jour où le Devoir dirigea ses batteries contre le ministère Borden, pas un seul de ses actionnaires conservateurs ne nous adressa un mot de protestation. On m'a rapporté à ce sujet la réflexion topique d'un ministre

fédéral, détenteur d'une ou deux actions de la Publicté (la première compagnie éditrice du Devoir). Un ami zélé l'objurguait de protester, à titre d'actionnaire, contre les attaques virulentes du Devoir, qui ne le manquait guère. « Jamais de la vie ! » répond le ministre : «Si le Devoir cessait de me taper dessus, c'est alors que j'aurais le droit de me plaindre, puisque j'ai souscrit à la condition que le journal cogne impartialement sur les rouges ét les bleus. »

En 1913, ce premier capital était épuisé et le journal se trouvait en face d'un déficit probable de quarante mille piastres. Un appel aux actionnaires de la Publicité ne produisit aucun résultat appréciable. La situation était grave. C'est alors que nous organisâmes l'Imprimerie Populaire, qui se substitua à la Publicité, en assumant toutes ses dettes. Comme dans la société fondatrice, la moitié des actions, plus une, me fut attribuée. Inutile de vous dire que, dans les deux cas, j'ai renoncé explicitement à tout bénéfice éventuel sur ces actions, comme au droit d'en disposer sans le consentement de la compagnie. Dans le traité intervenu entre les deux sociétés, il est également stipulé que le directeur-général exerce une autorité exclusive sur la rédaction du journal.

La première mise de fonds du nouveau capital, quatrevingt-dix mille piastres, fut souscrite et versée intégralement par cinq souscripteurs. Plus tard, quelques souscriptions addition: elles portèrent le capital payé à cent mille piastres.

C'est à l'aide de ce second capital, auquel sont venues s'ajouter une cinquantaine de mille Piastres empruntées,

que le journal a marché depuis six ans. La première année, 1914, Se termina par un léger surplus. Depuis, les recettes d'annonces et d'impressions n'ont cessé de croître avec une Progression fort encourageante. Mais, avec la guerre et ses suites, les dépenses se sont accrues dans une proportion plus forte encore, et la vérité nous oblige de dire aujourd'hui à nos amis de partout : nous avons besoin de votre aide.

Pour ma part, j'ajoute qu'il n'est pas juste de laisser à cinq hommes dévoués le lourd fardeau d'une œuvre qui apparaît à tant de bons esprits comme d'intérêt national. Croyez-m'en : la mise de fonds, considérable en soi, sans aucune perspective ‘prochaine de rémunération, sans même la compensation que nous, rédacteurs, pouvons trouver dans les sympathies de cœur et d'esprit qu'éveillent nos écrits, la mise de fonds ne représente qu'une minime partie des sacrifices de nos administrateurs. Si j'avais le temps de vous faire la nomenclature des risques additionnels encourus, le récit des démarches faites, des heures consacrées à l'œuvre, des solutions cherchées, des préoccupations, des Soucis, des ennuis de toute sorte, vous conviendriez avec moi que ces hommes dévoués ont fait leur large part et qu'il est plus que temps de venir à la rescousse et de partager le fardeau avec plus d'équité. D'ailleurs, dans une œuvre comme celle-ci, plus il y aura d'intéressés, plus nombreuses et plus fortes seront les Baranties de succès, d'endurance et d'efficacité morale.

Comment aider le Devoir

Mais, me demandera-t-on, de quelle manière peut-on aider le Devoir ? Actuellement, de deux manières principales : travailler méthodiquement à accroître et à maintenir son tirage; lui assurer un Capital qui lui permette d'éteindre ses dettes criardes et d'installer convenablement son atelier d'imprimerie, afin d'en accroître le rendement tout en diminuant les frais d'opération.

Les trois sources de revenu du Devoir, comme de tout journal qui n'est pas entretenu, sont la circulation (abonnements et vente au numéro), les annonces et les travaux de ville et d'édition.

Notre atelier travaille actuellement à plein collier. Le Devoir est devenu la Principale maison d'édition française en Amérique. Réorganisée et munie de machines additionnelles, l'imprimerie Pourrait facilement doubler son rendement et quadrupler son revenu.

La clientèle d'annonces est également fort satisfaisante. Les recettes de ce chef ont doublé depuis cinq ans. Que nos lecteurs continuent à encourager les maisons qui annoncent dans le Devoir — surtout à répéter aux chefs et aux commis de ces maisons qu'ils se fournissent chez elles parce qu'elles annoncent dans le Devoir, — et cette source de revenu ne fera que s'accroître.

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Mais ce qui importe plus que tout, matériellement et moralement, c'est la diffusion du journal. Pour un journa d'idées et de propagande, ce doit être toujours l'objectif dominant. A quoi bon, je vous le demande, énoncer des idées, soutenir des thèses, combattre le mal, défendre le droit et la justice, se torturer le cerveau, s'user les yeux, gaspiller de l'encre et du papier, si l'expression matérielle de toutes ces idées, la feuille de papier imprimé qui les porte et les transfuse dans la pensée d'autrui n'atteint pas le public à qui elle est destinée ? Objectivement, les idées valent dans la mesure où elles se répandent.

C'est pourquoiï'je dis à tous ceux qui veulent nous aider à maintenir cette œuvre, à lui faire produire le plus de fruits et les meilleurs possibles : travaillez de toutes vos forces à la diffusion du Devo:r.

On m'objectera peut-être le prix élevé de l'abonnement. Le Devoir a fait connaître les motifs d'ordre matériel qu l'obligent à majorer ses prix d'abonnement et bientôt peutêtre le prix de la vente au numéro. Une considération de plus haute équité s'impose à l'attention de nos amis, et généralement à tous ceux qui croient à la nécessité d'une presse saine et libre. En vertu de quel principe de justice et de saine administration, les éditeurs de journaux seraientils forcés de livrer leur produit à un prix inférieur au coût de revient? Et puis, que fait-on, dans le cas des journaux, du principe du juste prix, de l'équitable rémunération ? Un saint religieux, l'un des plus zélés missionnaires de notre pays, faisait un jour cette observation en présence de quel-

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