‹ Le Devoir, son action intellectuelle et moraleChapitre 5 sur 11 · DER · texte numérisé non relu

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sentement ouvert. Convenons que les phrases mielleuses qu'on en tire soient vraies. Mais — sans rechercher ici les motifs qui peuvent les faire agir — si M. Moore et M. McPhail, la Gazette de Montréal et le Standard de Kingston, ont raison de proclamer l'excellence de notre race et de rappeler l'appoint précieux qu'elle constitue pour le Canada, à quelles causes faut-il attribuer de tels effets? Ce n'est certainement pas à notre ressemblance sur certains points avec l'élément anglo-saxon, mais bien plutôt aux différences qui nous en distinguent. Si nous n'avions que les qualités ou les vertus que l'on attribue aux Anglo-Canadiens, il n'y aurait nulle raison de faire cas de nous. De ces vertus et de ces qualités il y en a tout plein les huit autres provinces anglaises, et elles ne suffisent pas à rassurer des esprits comme ceux de Moore, de Morley ou de McPhail. Si, à leur dire, nous valons quelque chose, si notre race est remarquable de bon sens, de sagesse, de liberté, si Québec est la citadelle du Canada, si Québec est « le dernier refuge de la civilisation sur le continent américain », nous le devons à des vertus qui sont nôtres, à des qualités d'ordre, d'équilibre moral et intellectuel qui ne parent que l'âme française et catholique; nous le devons à l'Église romaine qui assure Ja fixité des idées et la droiture de vie, à notre système d'éducation qui tend au développement normal de tout l'être; nous le devons aux œuvres qui améliorent les conditions de notre vie sociale, en amoindrissent les lacunes et les misères.

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Le rôle du Devoir

Quel mérite revient donc aux voix qui parlent, aux plumes qui écrivent pour la durée de ces vertus, la permanence des causes d'où découle notre valeur ? Les journaux trouvent ici leur justification s'ils comprennent l'influence qu'ils ont pour la formation ou la déformation de l'âme d'une race, et, pénétrant chaque jour au foyer, s'ils y apportent le récit qui instruit, l'idée qui guide, le sentiment qui anoblit. Je crois que le Devoir peut se rendre le témoignage d'avoir compris ces vérités et de tendre présentement à la réalisation d'un tel programme. Il aide à former un esprit public, un esprit lucide, cohérent et ferme, à l'établir dans une élite d'où il descendra ensuite dans la masse. Il cherche à apprendre à nos gens l'art de discerner le vrai du faux, le réel du chimérique. Il sait que, mieux éclairées, les volontés deviendront plus réglées, mieux disciplinées, et il tourne sans cesse les yeux de ses lecteurs vers les hautes clartés de l'idéal,

La liste est longue des articles qu'il a publiés pour accroître chez notre peuple la vie morale et l'activité intellectuelle : nombreuses sont les initiatives qu'il a suscitées dans ce sens. Si l’on examinait avec soin le point de départ de certains courants d'opinions, la raison de certaines attitudes plus fières; si l'on recherchait les motifs qui firent mouvoir d'utiles groupements, on les trouverait dans l'influence exercée par ce journal.

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