M D CCC LIX
Droits de icproduclion et de Iraduclion rcierses.
In iDol aux lecteurs
L'idée de ce petit ouvrage nous est venue dans le temps même où le clioléra exerçait ses cruels ravages. Lliéroïque conduite de la plupart dos membres du clergé, des ordres religieux d'iiounnes et de femmes, et d'un grand nombre de laïques de tout rang, nous avait pénétré d'une profonde admiraiion. La presse enregistrait chaque jour les plus beaux et les pli^^ touchants traits de dévouement Mais tous ces faits épars pouvaient passer inaperçus au milieu de la préoccupation des esprits , absorbés par les événements politiques , ou bien s'oublier comme tout ce qui s'écrit sur des feuilles volantes. Lt pourtant ces laits renfermaient un enseignement précieux : ils témoignaient, une fois de plus, de la puissance du christianisme, et ils montraient l'influence salutaire qu'on peut exercer par les œuvres de charité ! Nous résolûmes, dès lors, de les recueillir, de les compléter, de les coordonner et d'en présenter le récit fidèle.
C'est, en effet, dans les feuilles publiques que nous avons puisé une bonne partie des faits qui composent cet opuscule. Cependant nous ne nous sommes pas contenté
des indications que les journaux nous offraient; nous savions , d'ailleurs , qu'ils n'avaient pu tout faire connaître, et nous dûmes nous environner de plus de documents. Nous avons donc demandé des renseignements, pris des noies , interrogé des témoins et même des acteurs de ces glorieuses luîtes de la charité contre le plus mystérieux et le plus cruel des fléaux. Plusieurs ont bien voulu répondre à nos instances; mais il en est qui, soit négligence, soit humilité mal entendue, ont persisté à garder le silence : et c'est pourquoi , malgi'é le vif désir que nous avions d'être aussi complet que possible, nous ne pouvons pas nous flatter d'avoir atteint ce but.
Quand nous nous plaignons d'excès d'humilité chez certaines personnes , nous ne disons rien de trop ; car si le christianisme ne veut pas que nous nous prévalions de nos propres œuvres , ni que nous les accomplissions avec cette affectation marquée qui est un des caractères du pharisaïsme ,. il ne défend pas qu'on publie le bien ; tout au contraire , il demande que les bonnes œuvres soient apparentes , parce que la conduite du vrai chrétien doit servir d'exemple. « Nous tâchons de faire le bien, disait saint Paul, non-seulement devant Dieu, mais encore devant les hommes^ ; » d'où l'on voit que c'est en effet une piété mal entendue que de vouloir cacher ce qui doit être découvert pour l'édification du prochain.
Au surplus. Dieu étant l'Auteur et le Consommateur
' II. Cor. vni. 21.
de tout bien , ce sont , en réalité , ses oeuvres que nous exaltons quand nous parlons des bonnes actions que peuvent avoir accomplies les hommes. Ce ne sont point ceuxci que nous glorifions ; c'est Dieu que nous bénissons dans les faibles instruments de ses miséricordes. « La bonté, la justice et h vérité, dit l'Écriture , sont les fruits de la lumière *. » Pourquoi voudrions-nous les enfouir dans les ténèbres? Et si , ajoute le Livre saint , la sagesse , c'està-dire la vertu, « reste cachée et que le trésor soit invisible, quel bien retirera-t-on de l'un et de l'autre^? » Jl est donc bon , il est utile, « il y a de l'honneur à découvrir les œuvres de Dieu \ »
Placé à ce point de vue élevé, nous ne voyons plus quelles susceptibilités nous aurions pu blesser en révélant une foule de traits admirables de charité qui se sont produits durant le choléra. Nous rapportons tout à Dieu, principe de nos bonnes oeuvres; de plus, nous ne voyons dans ces actes de dévouement que Taccomplissement des devoirs du Chrétien. Aussi nous sommes-nous surtout attaché à en faire jaillir cette vérité, que plus on rend visible aux hommes , par la pratique des préceptes évangéliques qui se résument dans la chariic. Taclion bienfaisante du christianisme, plus on eu proclame la divinité, et plus par conséquent on lui gagne les cœurs....
Telle est, en un mot, la pensée pratique qui domine notre travail. 11 nous a semblé qu'il importait d'autant
' Eph. V. 9. 2 Eccli. XX. 32, ' Tob. xu. 7.
vin
plus de la mettre en lumière, que notre société périt par i'cgoïsme, et qu'elle ne pourra se sauver que par l'applicaiion el la pratique des principes chrétiens. Mais si, sous ce rapport , ce petit livre participe quelque peu de l'arologétique, il est avant tout historique. Le récit simple des nombreux traits dt; charité que nous avons rassemblés , est une page ajoutée aux annales déjà si belles el si saisissantes des bienfaits du christianisme ; il est encore , bi Ton veut , un mémoire qui trouvera un jour son emploi dans l'histoire contemporaine de l'Église , dont il ne formera certainement pas le chapitre le moins intéressant et Je moins glorieux.
Notre récit embrasse une période d'environ neuf mois (de la fin de mars au mois de décembre) , espace de temps pendant lequel le choléra a fait dans notre Fiance , si les rapports que nous avons sous les yeux sont exacts, soixante-seize mille victimes , réparties ainsi : pour les départements , cinquante- deux mille : pQur la banlieue de Paris, f/j/rtfremiV/é' (nous savons qu'il y en eut môme davantage) , et pour la capitale, vingt mille : c'est-à-dire près d'un tiers de plus que dans l'épidémie de 1852!
h. F. Odérin
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PSIDAïîT L:g GEOllBI
PBÉLIMi:\' AIRES
Un jour, on demandait à un pauvre Arabe du désoif, igixtranl comme le sont la plupart des Arabes, comment il s'était assuré qu'il y avait un Dieu. 11 répondit par ce mot , aussi profond qu'admirable dans sa simplicité : « De la même façon que Je connais, par les traces marquées sur le sable , s'il y a passé un homme ou un animal '. "
Voulez-vous , à l'exemple de cet homme dioil , ' L. Arvieui , Voyage en Arabie . 1 vol. in-î2 171T. Paiis.
VOUS assurer iiuelle est la vraie religion, la seule qui répond aux besoins de notre cœur et qui , par conséquent, a pour auteur Dieu lui-même , voyez ce qu'est la religion catholique , examinez quels fruits die produit , regardez attentivement quelles traces elle laisse parmi les hommes , voyez Tempieinte de ses pas sur le sable de cette terre d'exil, et alors le jugement que vous porterez ne sera ni moins sûr, ni moins exact , ni moins logique que celui du pauvre Arabe sur Texistence du Créateur de toutes choses.
D'ailleurs TEvangile Ta dit : « Chaque arbre se connaît par son fruit ; on ne cueille point de figues sur des épines, et on ne coupe point de raisin sur des ronces : Unaquœque arbor de fructu suo cognoscitur : neque de dpinis colligunt ficus, neque de rubo vindcrniatU uvam '. »
Si donc il arrive qu'on puisse dire du christianisme ce que TEsprit-Saint a dit de Jésus , « qu il passa en faisant le bien , pertransiit Icnefaciendo ^ n ; s'il arri\e qu'il ne produise que des fruits excellents, et qu'il porte au bien et au dévouement les âmes qui l'ont embrassé sincèrement et qui le pratiquent en réahté et avec amour, évidemment cette religion est saint, véritable , divine ; car il n'y a qu'un principe bon qui puisse amener de bons résultats et comrauni- ({uer la vie, comme l'erreur ne saurait engendrer autre chose que la misère et la mort.
Or il est incontestable que le christanisme, partout où il a porté ses divines clartés , et partout où il n'a pas rencontré d'obstacles de la part de l'esprit de caste et d'égoïsme , son éternel ennemi , n'a produit (jue des fruits abondants de charité et de vie.
H a rendu à l'homme sa valeur, transformé les mœurs , pénétré les lois civiles de sa justice et de son équité, formé les peuples de l'Europe moderae,
« Luc , VI. 44. * Âcl. X. 38.
PUÉMMiiSAIRES 11
déraciné une foule d'abus , inspiré toutes sortes de vertus et ramené l'activité sociale à sa véritable destinée. Ceci est si vrai que les peuples ne se sont troublés et ne s'agitent encore que là où l'on voit l'esprit antichrétien dont nous parlons , travailler à fausser la loi évangélique ou à en restreindre l'action réparatrice.
L'histoire des bienfaits de la religion, laissée à la liboi té de son expansion , ne serait donc autre chose que l'histoire du christianisme lui-même; soit qu'on l'envisage dans ces temps antiques où, sous Tempii-e des ombres et des figures, on pouvait entrevoir l'image auguste des biens et du bonheur qu'il devait apporter au monde ; soit que , se rapprochant de nos temps , on veuille rappeler comment celte institution admirable a surpassé, pour des. milliers de générations, l'excellence et la beauté de ses anciennes promesses, et réalisé pour tous le charme des plus douces et des plus consolantes espérances. Mais il laudrait des volumes pour retracer cette magnitique histoire. Nous en recueillerons chaque jour quelque nouveau fragment ', et nous allons en esquisser l'une des plus belles pages, puisque le but de cet opuscule est d'otîrir quelques traits de la charité et du dévouement que la religion inspire , partout et toujours , à ses fidèles serviteurs dans les temps de calamités publiques.
Jamais , en effet , dit un écrivain % l'intervention du christianisme n'eut plus d'à-propos et de puissance
' Dans notre Méinorial catJiolIqite , annale^' de^ bienfaits du catholicisme, revue mensuelle dont huit volume? grand in-S" sont déjà publiés. Nous devons ajouter que nous nous occupons aussi, dans ce recueil, de loules les hautes questions qui intéressent la liberté religieuse el l'avenir déjà Foi en France, et que nous amassons les actes, les documents, etc., qui servent a l'histoire contemporaine de l'Eglise.
- .M. Alfred Nttteraenl , Ami de la religion , l. cxxvi , p. 81-82.
que dans les grandes calamités. Quand toutes les têtes s'abaissent , quand tous les esprits sont vaincus par la force du mai, quand Tespérance , cette dernière consolation des affligés , a cessé de mêler quelques-uns de ses rayons aux nuages qui assombrissent Thorizon, alors l'œuvre du christianisme commence là où Toeuvre de l'humanité s'est arrêtée, et sa main secourable vient soutenir les nations tremblantes, pendant qu'elles traversent les mauvais jours de leur pèlerinage. M. de Chateaubriand l'a dit : <^ Inventez telle douleur que vous voudrez, et sojez sûr que la religion chrétienne y a songé avant vous pour placei* le remède à côté '. »
Feuilletez les archives des siècles. Les lieux, les événements, les personnages changent; la mission du christianisme . mission bienfaitrice qui consiste à relever, à guérir la natuie humaine, ne change pas; et comment changerait-elle, puisque la religion est toujours foi, espérance et amour?
C'est dans les jours de deuil que sa puissance se relève, et les juisères humaines sont comme un piédestal qui reliausse sa grandeur. Jetez les yeux sur Marseille , l'antique reine de la Fiance méridionale , dans ces jours néfastes où elle fut visitée par une afVreuse calamité. L;i le fléau n'était point personnifié dans un homme , il ne se nommait ni Attila ni Marie ; mais , plus terrible encore , il frappait des coups plus multipliés et plus sûrs. Qand tout le monde fuyait ou tremblait devant la peste , qui donc se présenta pour lui disputer l'empire de la ville? qui demanda à \ ivre en tiers avec la désolation et la mort? C'était le droit du christianisme, et on sait s'il le réclama. Ne rappelons point ces miracles d'hé-
* C.énie du Chri-itianisme. iv part, liv vi'; livre qu'il faut relire et à l'aide duquel on peut déjà cntnm-^ncer à additionna'/ la sQOime des f>ienfniis de la religion.
PnÉLlMINAlRES 13
roï?mc qui vivent dans toutes les mémoires, et ne flcioulons point celte belle épopée chrétienne qui se résume tout entière dans le nom de Belzunce ' ; mais répétons seulement, avec la postérité reconnaissante , que Timmensité de la chaiité surpassa la grandeur du mal, et que^ dans ce duel entre le plus horrible des fléaux et un évèque, le champ de bataille demeura à la religion
Mais voilà que de nos jours un autre fléau , non moins terrible el plus universel dans ses ravages , vint à son tour jeter le défi à la charité chrétienne. De rOrient, de mauvaises étoiles resplendissent sur les marais du Gange ; des puissances ennemies y mêlent des éléments de corruption , et de ces marais sort une peste cruelle ^. Elle se répand de Tlnde sur la Perse , vers Babylone et TArabie : de TAfrique passant dans TAsie-Mineure , elle se précipite sur TOccident et y sème la désolation et la mort.
Sans doute , et nous le croyons a\ ec la science , les causes de cette peste appelée choléra ^ sont naturelles. On peut les chercher dans les influences atmosphériques, terrestres , électriques, ou l'attribuer
ï On trouvera plus loin l'extrait d'une lettre intéressante du célèbre Belzunce, écrite, en l'rlO , durant la peste de Marseille. Vot/ez f» part. chap. vui.
2 Voyez l'historique sur la marche du choléra , qu'à publié le journal le Times et que /« yyjix de la vérité a reproduit dans son numéro du 20 septembre 1849.
' Eu 1832, un journal anglais faisait remarquer que le mot choléra se rencontre dans deux passages de la Bible, placés l'un et l'autre dacs [^Ecclésiastique, chap. xxxi, 22, 13 , et chap. xxxvii, 32, 34. Mais ce n'est peut être là qu'une indication de curiosité, el non une donnée pour la science médicale, puisque le choléra attaque aussi bien les hommes sobres que les intempérants, ceux qui. munf/e)H de tout avec gloutonnerie <\\it ceux qui manquent même du nécessaire. — On peut voir d'intéressantes recherches sur l'étymologie du mot choléra dans les Annales de philosophie chréfierme, t vi, p. 158 et suiv.
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à la présence d'animalcules invisibles qui, se développant dans l'air en quantités innombrables, vomissent la mort au milieu de leurs essaims. Mais qui dispose à son gré de ces causes mêmes? Peut-on nier que Dieu ne s"en serve poui' réveiller les hommes de leur coupable indifférence et pour les rappeler à la pratique de son amour et de Taniour du prochain , lois saintes si souvent méconnues et que cet égoïsme signalé plus haut tend sans cesse à étouffer? Douter un seul instant de cette vérité , ce serait destituer la Providence.
Oui , soyons-en convaincus , ime puissance conservatrice, s'armant contre l'excès des désordres moraux, a voulu les combattie par des miasmes physiques et pénétrants , et elle s'est servie de ces causes pour ramener dans les voies de la justice et du dévouement et les gouvernants et les peuples, en punissant les fautes et les prévarications de ceux-là par la révolte de ceux-ci, et les ingratitudes des peuples par l'affliction et le besoin. « Nous n'ignorons point , dirons^nous avec un auteur, quelle part les causes secondes peuvent avoir dans les événements extraordinaires ; mais nous remontons jusqu'à la cause première, dont toutes les autres ne sont que des instruments. Nous savons qu'un dérangement des saisons peut causer la stérilité , la disette , la mortalité ; mais nous savons que c'est Dieu qui retient les vents ou qui les fait souffler , qui suspend les pluies ou qui les fait tomber eu abondance , qui dérange enfin les saisons quand il lui plaît et comme il lui plaît, ou pour punir les péchés des peuples ou pour les rappeler de leurs égarements'.
i Traité historique , doymati(]ue et moral de la Providence. 2* édit. <764, dans le Cours de morale chrétienne et de httératwe religieuse, par Felier, 5 vol. ia-8" 1824, tome V, p. 223. Oq peut voir aussi ce que nous avon? dit sur ce sujet dans notre Mémorial catholique, t vi, p. 188-190.
PRÉLIAÎIN'AIRES 15
Soutenir que dans le monde les choses se fassent au hasard, s'écrie un Père de l'Eglise ', c'est anéantir la Divinité. « J'ai vu des nnaisons , et j'ai conclu qu'il y avait un ■économe; le monde, et j'en ai argué qu'il y avait une Providence. J'ai compris qu'un vaisseau sans pilote devait être la proie des flots ; que, comme il y a des villes et des états bien gouvernés , tout était régi dans le monde par Tordre et la conduite de Dieu.... Si Dieu n'existait point, comment tout ce que nous voyons sur la terre y subsisterait-il avec ses développements successifs? Rien dans la nature qui ne remonte à un principe. Ce principe, c'est Dieu. Tout fleuve vient d'une source ; de même toute harmonie vient de la sagesse divine. La terre , pour produire ses fruits a besoin d'être arrosée par les eaux du ciel ; autrement elle resterait stérile. Une dépendance universelle lie ensemble les différentes parties de la nature. Dieu seul est indépendant. Rien ici-bas n'existe par soi-même, parce que rien n'a pu se donner l'être à soi-même. Pour se faire soi-même , il faudrait exister avant que de se faire ce (jue l'on est ; ce qui implique contradiction.... «
Au surplus cette doctrine que rien n'arrive sans une pei'mission divine, doctrine conforme à la droite raison, est confirmée par les sentiments de l'Eglise exprimés dans l'oraison Contra terrœ motus. L'Eglise , en effet , subordonnant tout ce qu'il y a de plus grand comme ce qu'il y a de plus petit à la divine Providence, et ne reconnaissant nulle part rien d'accidentel , voit dans le salu'. et la bénédiction qui arrivent à ses enfants, un effet des soins aimants de cette Providence , comme elle considère, dans le mal qui leur survient, une précaution de sa justice conservatrice ; et comme elle est sûre que les trésors que cet amour prodigue ne manqueront point, elle sait aussi que les meilleurs ont > Saint Eplirem , Oper. t. iv, p. 123-125.
loiijoui> (juol(|iie l'aille <]iii sutïil pour ullirer sur eux It's châtiments do cette justice '. Mais elle sait en mêuie temps que rien en Dieu n'est séparé , <jue son amour n'est qu'une Justice voilée .. et que sa justice n'est qu'un aniour caché; et qu'ainsi, comme chaque bénédiction peut devenir une malédiction , de même la malédiction renferme en soi le germe d'ime bénédiction , en ce sens que le mal , le tléau dévaslateur, ravive la foi et la charité et devient l'occasion d'une manifestation plus grande des principes chrétiens. ,
Mais dès qu'une grande calamité parait sur la terre c'est alors que la mission de l'Eglise trouve davantage à s'exercer. Elle arme contre les elliois de la mort un un amour plus fort que la mort , et précisément lorsque tout le monde tremble , elle se prépare à gagner des âmes en convoquant ses milices et en se préparant au terrible combat contre le victorieux ange de la mort. Ces aimées se composent d'abord de ceux qui sont consacrés à Dieu par le sacerdoce ou par la vie religieuse ; ensuite de ces hommes de bonne volonté ' , membres vivants de l'Eglise, en qui les princes évangéliqueset de solidarité chrétienne ont germé, et qui ne se contentent pas de croire, mais qui mettent en pratique leurs croyances : les uns et les autres, pleins de courage quand quelque fléau vient désoler la terre, paraissent sur des champs de bataille abandonnés et , forts de leur foi , anachent à la malédiction la bénédiction qu'elle renferme.
Nous avons vu, dans les grandes angoisses du monde, ces saintes milices à l'œuvre. Que de traits de dévouement et d'amour se sont produits lors de la première nvasion du choléra en 1852, et à sa seconde apparition en 1849! Tous ont correspondu aux desseins
' L'Efni, riiylise . et le Cliolera , petite brochure que le célèbre Gœrres publia en 1831^ et dont la Revue eurojtéenne en cité un assez long fragment, tome u, p 219-223.
* Luc , II, «4.
miséricordieux do Dieu. Tous ont manifesté la vertu du christianisme. Prêtres et laïques , religieux et religieuses, honmies courageux et faibles femmes, « tou5, nous aimions à vous rendie ce témoignage, vous a%ez lait votre devoir; et , paimi vous , il en est plusieurs qui, martyrs de la charité , ont trouvé, dans Texercice de leur zèle , ime fin glorieuse et une immortelle couronne'. »>
C'est donc ainsi que Dieu tire le bien du mal; c'est ainsi qu'il i< est juste dans toutes ses démarches, et saint dans toutes ses œuvres : Justus Domiiius in omnibus viis suis, etsanctus in omnibus operibus suis^. Les calamités fondent sur nous, mais c'est pour raviver les principes chrétiens , pour appeler à leurs devoirs les transgresseurs de la loi de charité et réveiller de leur profonde léthaigie les égoïstes qui oublient leurs frères. Le Prophète l'a dit ; « Il m'a été très-utile , Seigneur, pour apprendre vos préceptes, de tomber dans l'affliction *. » C'est en efiet dans l'affliction que nous comprenons les douleurs de nos semblables, et que nous sentons la nécessité de mettre en pratique les lois divines qui ont poui va à ces misères. C'est encore dans les dangers, dans les besoins pressants , que la foi se ranime On la fait éclater davantage, et l'on en doime des preuves non équivoques. Alors ce « travail n'est point sans fruit devant le Seigneur '; » car « la piété est utile à tout, et c'est à elle que les biens de la vie présente et ceux de la vie future ont été promis ^ » ainsi que nous l'assure l'Apôtre.
Or, cette bénédiction cachée dans la malédiction , ces grâces de conveision, en un mot, ces biens inappréciables aux yeux des hommes qui comprennent
' Lettre sijnodule des Pères du Concile de Paris, teuu au mois de septembre 1849.
1 Ps. cxuv. <8. * Ibid. cxviu, 71.
* I. Cor. sv, 50. s 1. Tim. iv. 8.
J8 pnKi.nii>Ajr.ES
Tordre providentiel, sont heurensement sortis des dernieirs calamités dont le choléra a couvert l'Europe et particulièrem 'nt notre patrie. En eflet , ce terrible fléau a mis le clei-gé à même de manifester la puissauce de la charité, et d'attirer ainsi les âmes à Dieu ; il a procuré, dans les rangs des laïques, une expansion plus grande du dévouement chrétien ; enfin il a excité, dans les populations, un consolant et salutaire clan de foi et de piété.
C'est ce que démontreront surabondamment, ce nous semble, les faits que nous allons rassembier dans cet opuscule. Nous le diviserons tout naturellement en trois parties.
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