‹ Le dévouement catholique pendant le choléra de 1849Chapitre 11 sur 38 · LK DÉVOUEMENT CATHOLIQUE · texte numérisé non relu

LK DÉVOUEMENT CATHOLIQUE

A Cambrai répidéniie a fait peu de victimes. La pictc des habitants de cette ville attribue à la protection de la très-sainte Vierge, qu'ils ont invoquée avec une constance exemplaire , la manière dont leur cité a été préservé , tandis que le tléau a porté surtout ses coups dans les communes voisines.

En général , le clergé de ce diocèse s'est montré digne de sa mission. Médecins des âmes par vocation, partout , dans les campagnes , les prêtres se sont irapi'ovisés gardes-malades , aides-médecins , pharmaciens , etc. Jour et nuit au milieu des malades , des mourants et des morts , partout ils ont mis à la disposition de tous leur repos, leur bourse , leur santé , leur vie , et cela par la vertu de cette divine parole : Bonus pastor animam suam ilat pro ovibiis suis^.

Les curés des paroisses , surchargés de soins et fatigués , se sont vus obligés de demander des auxiliaires. L'honneur de ces périlleuses fonctions a été réservé aux missionnaires diocésains, et Ton peut dire qu'ils s'en sont bien acquittés.

Dès les premiers jours de juillet , deux cent douze personnes avaient succombé à C'nnaing , près de Valenciennes. M. l'abbé Bacquait y fut envoyé pour aider le curé de cette paroisse à porter aux malades les secours de la religion. Dans la paroisse de Saint- André à Lille , les ecclésiastiques se sont multipliés jour et nuit pour donner des consolations et des soulagements aux personnes atteintes de la maladie et à leurs familles ; d'abondants secours en linge , comestibles et argent ont été distribués par eux et par les sœurs do la Charité aux indigents. Dans une commune voisine de Lille , à Fives , une chaumière a été élevée en plein champ pour servii- d'hôpital aux cholériques. Mais Noilà qu'autour de ce triste réduit une moisson est arrivée à sa maturité. Personne nose aller la récoller!

ï S. Joau. X. 2.

PENDAM LK tHOLEHA 75

qui donc fera ce travail et préservera d'une perte certaine ces fruits de tant de labeurs? Le curé... Ainsi le clergé, correspondant à sa vocation , ne manque nulle part où le dévouement l'appelle.

Si nous ne craignions de tombei- dans les redites , quoique les âmes chrétiennes ne se lassent pas d'entendre parler des œuvres de la Foi, nous rapporterions le dévouement du curé de la paroisse de .Maing , lequel épuisé de fatigues, fut aidé dans l'accomplissement des devoirs de son sublime ministère, par .M. l'abbé Duvillicrs , professeur du petit séminaire, qui resta trois semaines dans cette paroisse et y laissa les plus touchants souvenirs ; nous redirions. .. Eh! pourquoi tairions-nous les renseignements qu'on nous a fournis sur la belle conduite du vicaire de la commune d'Iwuy , M. l'abbé Coustenoblc? Non , nous ne pouvons passer sous silence tant d'abnégation et de zèle que ce digne ministre de l'Evangile a déployés dans ces pénibles circonstances.

Le choléra faisait donc daflVeu.v ravages dans cette paroisse d'ivvuy ; mais il rencontra un courageux lutteur qui, s'il finit par succomber, disputa du moins longtemps au tléau ses victimes. Ce fut, comme nous venons de le dire , le vicaire de la paroisse.

Dès l'apparition du mal, on voit M. l'abbé Coustenoblc courir dans les maisons attaquées, portant les premiers remèdes que l'on croit les plus propres au soulagement d'une maladie qui échappe à la science. Avec les remèdes il donne les consolations religieuses, et laisse des secours en argent pris sur ses ressources ou provenant de dons que son zèle intelligent a su déterminer. Si quelqu'un lui jepréseule qiril s'expose pai- un contact trop prolongé aiipiès des malades et par les soins trop as.sidus qu'il prodigue à des corps qui sont presque déjà le domaine de la mort , il répond C' que le bon pasteur donne sa vie pour ses biebis

^i LE DÉVOUEMENT CATHOLIQIE

et qiie , du reste , il seiait heureux de mourir en accomplissant son ministère. » Aussi Tappelle-t-on de tous côtés, et il semble que sa présence apaise les douleurs et rend le calme dans les familles les plus désolées.

Nous le vîmes , dit le pieux auteur d'une note que nous avons entre les mains , nous le vîmes en ces circonstances, dans des chaumières qui manquaient de tout , se servir d'un pan de sa soutane pour fj-iclionner les malheureux torturés par le mal. Combien de nuits il a passé au chevet des mourants! Quand il no passait pas la nuit, il rentrait à onze heuies du soir , et toujours fidèle à ses devoirs , il récitait son office ; puis , il se mettait à composer son instruction pour le dimanche. Souvent le soleil levant le trouvait encore occupé à ces saintes occupations. Alors il se jetait à la hâte sur son lit pour prendre un peu de repos , repos souvent même interrompu par la demande de secours spirituels , qu'on venait réclamer au nom des infortunés cholériques.

Après cinq mois, le choléra diminua d'intensité; mais le digne abbé Coustenoblc était épuisé. 11 souffrait depuis quelques jours; on le conjurait de se soigner ; à cela il répondait que le temps lui manquait. La fête du saint Rosaire approchait , et il avait, disaitil , beaucoup de choses à faire pour cette solennité. La veille de ce beau jour , il se trouve plus mal. On insiste encore pour qu'il conserve du moins une santé si utile aux autres. « Dieu , répondit-il , vous montrera bientôt que personne n'est si nécessaire sur cette terre . et qu'il saiî aussi bien se passer de nous qu'il sait s'en servir î... » Le pieux vicaire n'a-t-il pas, d'ailleurs , de nombreux pénitents qui l'attendent au confessional ? 11 faut qu'il coure où le devoir l'appelle. Il y va , en eflet , et à neuf heures du soir il avait à peine terminé ses confessions....

Rentré chez lui il récita son oftice , et consentit à se

PENDANT LE CHOLÉRA /tî

coucher à dix heures. Mais , à minuit , le mal se de'clare avec une violence extrême. Comprenant aussitôt la gravité de son état, il envoie chercher son confesseur : il met ordre ù ses afi'aires temporelles et reç^'oit le saint Viatique avec des sentiments de foi , de piété et d'humilité , qui émeuvent les nombreux assistants accourus de toutes parts pour être témoins de cette scène remplie de douleur et de regrets pour eux, mais pleine de consolations et d'espérance pour le saint prêtre , qui attendait la récompense promise à ceux qui ont combattu le bon combat'. 11 alla, en effet, recevoir la couronne de justice , après dix heures de souffrances horribles qu'il supporta sans se plaindre.. .

Nous avons dit plus haut que les missionnaires diocésains furent envoyés comme auxiliaires auprès de MM. les curés, et nous avons signalé particulièrement M. l'abbé Bacquart. 11 faut nomnjcr aussi M. l'abbé Capelle, qui partagea avec lui les péiils et les fatigues de l'accomplissement des devoirs sacrés dans ces circonstances pénibles. Assurément, il y en eut beaucoup d'autres dont les noms ne sont connus que de Dieu et de ceux qui ont été les témoins de leurs vertus ; si nous ne pouvons les désigner nominativement , il suffit qu'on sache que les prêtres de ce diocèse ont été remarqués, sans crainte du fléau , se prodiguant partout où leur zèle évangélique entre\ oyait du bien à faire; quelquesuns d'entre eux et d'entre les curés des paroisses sont allés jusqu'à ensevelii- les morts là oîi la peur éloignait ceux qui naturellement devaient leur rendre ces der niers devoirs.

Des professeurs du petit séminaire sont venus offrir leurs services à Mgr l'archevêque , le si digne et si regrettable cardinal Giraud ; jaloux de partager les honneurs de la noble tâche acceptée avec tant d'empressement de la part des missionnaires diocésains , ' 2 Tim, VI. 7 , 8.

7C LE DÉVOUEMF.M CATHOLIQUE

ces jeunes prêtres ont passé la plus grande partie de leurs vacances au chevet des cholériques. Huit sœurs de Saint-François de Paul , employées a Cambrai à l'instruction des jeunes filles , ont demandé aussi à consacrer leurs vacances à ces soins périlleux ; elles avaient été précédées dans ces charitables travaux par les religieuses aufiuslines de cette ville , qui , au nombre de trente , se sont disséminées sur tous les points du Cambresis, ne laissant au monastère que la supérieure et la mère assistante.

A Armentièrts, ville de six mille âmes , les ravages furent affreux ; toute la Mlle était dans la consternation ; les morts se succédaient sans interruption . et le fléau frappait à coups redoublés. Le curé de la paroisse , ses vicaires et les prêtres des environs se montrèrent à la hauteur de leur mission ; Jour et nuit , ils se trouvèient à leui- poste, parcourant la ville pour consoler , secourir, administrer les mourants et rendre les derniers devoirs aux morts.

Enfin , nous aurons épuisé nos renseignements sur le dévouement du clergé et des ordres religieux dans le diocèse de Cambrai . lorsque nous aurons enseigné le fait suivaiit :

Plusieurs curés de la banlieue de Lille , cédant à Pélan dune pieuse leconnaissance envers le Dieu qui avait visiblement préservé jusqu'au mois de septembre leurs ouailles du choléra , et profondément émus du malheur des autres paroisses qui les environnent, ont sollicité et obtenu la permission de faire une procession feolennelle en Phonneur de saint Roch ^

Cette procession a eu lieu le dimanche 25 septembre. Un grand nombre d'habitants de Lille , portant des flambeaux et chantant des psaumes, ont assisté à cette pieuse solennité.

' Nous verrons dans la 3? partie , de noaabreuses démonstrations despenples en Thonneur de ce saint.

Page 1