PE>DANT I.E CH01.ÉKA
Le diocèse de Tours , au moins pour certaines parties, a été aussi maltraité par le fléau, et, comnic dans celui de Cambrai , nous y lencontrons les beaux actes de zèle et de dévouement, accouiplis surtout au Pénitencier. Le diocèse de Nancy niérite également d'être signalé. Parlons d'abord de celui de Tours
A la première nouvelle de lïnvasion du choléra dans le Pénitencier de cette ville, Mgr Tarchevêque, dont le zèle évangélique et paternel est constamment éveille sur les besoins et les maux de son troupeau , y courut en toute hâte, accompagné de .M. Tabbé Allegret , vicaire de la cathédrale , pour partager avec Taumônier de la prison, M. l'abbé Blutoau, les devoirs multiphés du moment.
Tous les pauvres malades ont été profondément émus de voir leur premier pasteur entrer dans chaque cellule , consoler , encourager , bénir , offrir les secours de la religion et administrer lui-même les sacrements. Les plus malheureux attirèrent surtout l'attention du prélat : il réconcilia à Dieu ceux qui , jusque-là, avaient paru les plus endurcis. 11 ne les quittait qu'après avoir laissé d'abondantes aumônes pour pourvoir à tous les besoins. A l'ambulance de l'avenue de Grammont , que le pieux archevêque avait lui-même organisée et qu'il visita chaque jour, la reconnaissance des malades leur a inspiré ces mots touchants et le plus bel éloge d'un évêque : « Notre archevêque est le premier aumônier des cholériques! »
Nous verrons dans une autre partie , que les laïques n'ont pas plus failli à leurs devoirs au Pénitencier , où le choléra a fait des ravages effrayants. Mais là de\ait surtout se déployer le zèle des religieuses. On y vit en effet les sœurs df. la Présentation et celles de Marie-Joseph. Quand les malades furent retués du Pénitencier ^ elles allèrent continuer leur sainte mission dans les ambulances qu'on avait préparées à Saint-
78 IK DËVOtEMENT CATHOLIQUE
François de Paul ' et à Saint-Etienne, et elles se dévouèrent jusqu'il la mort. Ln magistrat vantant les cfFels i]e la charité qui leur faisait ainsi braver la mort , Tune d'elles lépondit : a Oh ! monsieur , une sœur de Charité <jui meurt, c'est comme un carieau qui casse ; on en remet un autie , voilà tout. » Ce mot , presque tiiviale dans la forme , n'est-il pas sublime d'abnégation , et ne mérite-il pas d'être noté auprès de celui qu'une autre soeur converse dit au Pénitencier: it La peste, c'est le coup fusil des religieuses? »
Ces dignes sœurs perdiient leur supérieure et la jeune sœur converse 'dont nous venons de citer les belles paroles. 11 faut lire le récit de ces deux morts dans un article qu'un magistrat a publié; article fort intéressant -, quoiqu'il nous paraisse, au moins en quelques endroits , sentir un peu trop le réquisitoire.
Dès que l'épidémie parut dans le diocèse de Nancy et Toul , Mgr l'évêque adressa à son clergé une circulaire dans laquelle il prescrivit une nenvaiue , que lui-même a ouverte le dimanche 22 juillet dans sa
' Le couveut de Saint-Franrois , dit un écrivain , s'élève au lieu même où habitait le saint ermite de Calalue , veau k la prière de Louis XI , et sur les ordres du pape Sixte IV , assister le royal pénitent du Plej-sis-des-Titurs , auquel il ferma les yeux. C'est le premier couvent de Minimes fondé en France ; il fut construit dans !e parc œéme du Plessis, sous le règne de Charles Vil! . à l'époque oii , sur les mslances de ce prince , S. François de Paul tint sur les fonts de bap'ènae le dauphin de France. Le premier bâtiment a été brûlé eu 1562 par les calvinistes , au milieu de nos guerres de religion. Celui que l'on voit aujourd'hui a été construit, depuis srr les fcmiations du preuiier; il s'élève non loin des bords riants du Cher . à peu de distance des restes mutilés du Plessis, au milieu d'un vaste jardin dans lequel jaillit une fontaine décorée d'ornements du temps de la renaissance.
* Le Choléra an Péniteni:ier de Tours . par .M. P. Huot , sub&titut du procureur de la république , Revue médicale . n" de novembre et décembre ï 849, page 353 412.
cathédrale , et dont il fit la clôture , le 30, en célébrant la messe à Notre-Dame de Bon-Secours.
Après les prières, le prélat en est venu à Taction. Tandis que le choléia sévissait , Mgr l'évèque s'est transporté à l'église St-Charles , s'est approché de tous les lits des malades , auxquels il serra la main avec bonté , leur prodiguant des paroles de foi et de consolation. De plus , le prélat envoya des secours en argent pour les nécessiteux. Ou cite les communes de Fresnes et d'Eply comme ayant particulièrement éprouvé les elTets de sa charité pastorale.
Partout où le choléi-a sévit , ocri\ it-on de Nancy au au mois d'août, « partout le clergé se montre plein de zèle. Celui de notre diocèse ne pouvait failli)- à sa tâche; il paraît que le cure de Nomény, entre autres, s'est acquis de justes droits à la reconnaissance publique par ses sages prescriptions et par les soins intelligents qu'il a prodigués aux personnes atteintes du fléau. Plus de soixante d'entre elles lui doivent le retour à la santé. Bons avis, médicaments , excellents bouillons, flanelle, rien n'a manqué aux plus nécessiteux. Le digne pasteur sur pied la nuit et le jour, a su , par son ingénieuse et inépuisable charité , centupler pour ainsi dire les faibles ressources que la Providence avait mises à sa disposition '. »
Même dévouement à Dieuze, où le pasteur «. épuisé ses forces et ses ressources pour proportionner les secours aux besoins et prodiguer à tous les malades des consolations. Ce généreux prêtre aurait infailliblement succombé à tant de fatigues, sans l'assistance que ne cessa de lui accorder l'un de ses confrères , dévoué et charitable comme lui , M. le curé de Marsal ^.
Après le clergé , les ordres religieux ont aussi ap-
1 Vuixde la Vérité , a» du 8 août 1849. - La charité chrétienne en présenre du choléra , in-i8 , 1850 , page 42.
8(l I.E DÉ\OL'EME?IT CATHOLlylE
porté leur contin£renl de zèle et de charité dans ce même diocèse. La paroisse de Haraucourt , cruellement éprouvée, était réduite à une extrême misère; des servileurs et des servantes du di\ in Sauveur vinrent la soulager.
Trois pères dominicains , ordre dont la maison principale se trouve à .Nancj , se sont empressés de se joindre aux sœurs de Charité pour apporter des consolations aux malades , et adoucir les derniers moments des mourants, il était temps, dit d'Espérance de Xancy . que des secours ariivassent , car on se figurerait diilicilement la pénible position dans laquelle le digne curé de Haraucourt et le médecin , privés de toute lessource , se sont trouvés au début de la maladie , et en présence des scènes de misère , de désolation et de désespoir dont ce village a piésenté le triste spectacle. Ce quil y a de certain , malgré les pertes cruelles que l'on a eues à déplorer dans cette paroisse c'est que la présence des RR. PP. et des religieuses , en raffermissant le moral des malades , a fait un bien infini.