I.E DÉVOtEME.NT CATHOLIQUE llo
que les actions des chefs percent davantage que celles des inférieurs , et qu'on attribue à un général une victoire que ses soldats ont conquise! Mais il n'oi est pas moins vrai , au fond , que Ihabileté et riiéi'oïsme de celui-là ne diminuent en lien le courage et la bravoure de ceux-ci.
11 en est de njème en ce qui concerne les actes de zèle et de charité des enfants de FEglise. La presse n'a pas enregistré les belles actions de tous ceux qui be sont dévoués à leurs semblables et qui out compris la magnifique loi évangélique de la solidarité chrétienne; elle ne Tapas fait, soit parce qu'elle n'y aurait pas suffi, soit parce que ceux qui se sont distingués étant peu connus , leurs noms ne sont point parvenus jusqu'à elle. Mais cela n'empêche pas qu'on ne puisse dire en général que , partout où le choléra a porté ses ravages, le corps des laïques lui a opposé la plus sainte abnégation, le zèle le plus ardent; et quelque peu nombieux que soient les faits qui attestent ce dévouement, ils suffisent pour montrer l'influence que la religion exerce toujours sur tous les hommes.
Nous disons tous les hommes , parce que nous comprenons dans ces mots ceux qui pratiquent comme ceux qui ne pratiquent pas , ceux qui appartiennent à la foi catholique comme ceux qui ont le malheur d'errer dans des sentiments étrangers. Car , dans ces grandes calamités publiques , on a vu des uns et des autres se dévouer jusqu'à l'héroïsme pour soulager leurs frèies souffrants. Or, à qui doit revenir l'honneur vie cette conduite? à la religion. Oui, que ceux qui ont rempli ce devoir de charité envers leuis semblables, le sachent ou ne le sachent pas, ils ont été miis par un principe supérieur, inné, en quelque sorte, en chacun de nous , et ce principe est nécessairement la religion.
11 n'y a, eu effet, que le christianisme qui puisse
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inspirer de pareils dévouements ; ce sont là , comme le dit lin Père ' , dos témoi'jnayes drames naturellement chvtlienves ; et voilà pourquoi, dans le cours de celte deuxième partie, nous recneillons indistinctement tous les acles de charité, qu'ils émanent de dissidents et d'homiufjs qui n"oljser\ent pas précisément toutes les pratiques de la religion , ou bien qu'ils viennent de chiéliens fidèles obser\ateurs des préceptes de l'Eglise : ceux-ci, sans nul doute, sont davantage dans la voie, puisqu'ils ont ta foi avec hs œuvres, sans lesquelles leur foi serait une foi morte et inutile 2 ; et ceux-là , bien que n'ayant que les œuvres qui ne sau\ent pas sans la foi% n'en sont pas moins dignes de la reconnaissance publique ; leurs actes de charité peuvent leur mériter de grandes grâces, et l'on peut dans tous les cas, admirer dans leurs belles actions les elTets et la puissance du christianisme : cela suflil à notre but
Cette remarque faite , nous allons apjwrter des témoignages h l'appui de l'assertion qui forme le titre de celte deuxième partie, et nous en tirerons la conclusiun qui en découle uaturellemerit.
A Paris , les actes de dévouement de la part dés laïques n'ont pas manqué , et en supposant que nous les connussions tous, encore nous faudrait-il plus de place que nous n'en avons pour les rapporter. Mais combien, d'ailleurs , ne sont connus que de Dieu seul? Bornons-nous donc à en mentionner quelques-uns.
Pendant cette année 18i9,ainsi que nous l'avons déjà remarqué ^ , l'épidémie a fuit plus de victimes dans la capitale qu'en I8ô2 parmi les prêtres et les religieuses, parmi les médecins et tous ceux qui se sont appliqués à soigner les cboléiiques.
' Tertuilien , Âpolo'j. cbap. xviii.
^ Jac. I , io. et 11. 14, 24. 26.
^ Gen. w. 6. - Rom. iv. i , 3. — Gai ni. 6. — Heb. IV. 1. ' Part. 1. chap. 2.
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On cite le docteur Petit , qui a montré le plus grand courage et qui a déployé auprès des malades un zèle si admiiable, qu'il a trouvé la mort dans Texercice même de la charité , ainsi que sa femme et son fils.
Plusieurs autres médecins ont fait aussi leur devoir, et les rapports ofticiels ont enregistré leurs noms'. La plupart des élèves on médecine ont , de leur côté , déployé aussi le dévouement le plus louable.
Tandis que le fléau sévissait dans le faubourg Saint- Marceau , les élevés du Val-de Grâce furent chargés, par l'administration, daller constaier les décès. Ces jeunes gens se sont acquittés avec zèle de cette fonction. Plusieurs ont laissé leur boui-se avec des consolations dans les réduits où ils étaient venus inscrire les morts. 11 fut aussi contenu tntre eux que les deux francs qu'ils recevaient par chaque visite seraient versés à la mairie du douzième arrondissement pour être distribués aux parents des siciimes de l'épidémie. Une somme de mille à douze cents francs a été ainsi partagée aux veuves et aux orphelins.
Une femme en qui la pratique des bonnes œuvres est un besoin du cœur, M^'^ Jules Mallet, directrice des salles d'asile, s'est empressée, dès les premiers instants du danger, d'offrir son concours à l'autorité municipale. Nous savons aussi que plusieurs orphelins du choléra doivent beaucoup à sa générosité.
A l'hospice de la Salpétrière, les surveillantes,
' Deux docteurs-médecins renommés, M.M. Réeamier et Cayol. out publié chacun un écrit pour indiquer les premiers secours à donner aux cholériques. Celui du premier a pour titre : Recfierches jtratiqves sur la conduite o tenir dans le choléra algide et asiatique, iu-S» 1849. Celui du second est intitulé : Instruction pratique sur le régime et le traitement du choléra vwrèus épidémique ,ia-%' 1819. Nous citous ici ces deux écrits, parce que c'est aussi charité et dévouement que de servir uuc bonne cause par sa plume . et d'éclairer le prochain sur ce qu'il y a de mieux ï faire en temps de calamités.
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simples filles de condition , se sont montrées de dignes émules des sœurs de la Charité. Un pauvre ouvrier de la rue Beaubourg, vivant à grand'peine, comme tant d'autres, hélas! du fruit de son travail, a recueilli quatre enfants de sou frère, qui fut emporté par le choléra en deux jours , avec sa femme , un autre frère et deux enfants.
Un autre ouvrier, M. Lhoinmeau, tjpographe, est venu se mettre à la disposition du maire du douzième arrondissement, pour tiansporter gratuitement , sur un brancai'd , les malades que l'on dirigeait vers les hôpitaux , acquittant ainsi , disait-il , la dette qu'il avait contiactée par sa paj'ticipation aux secours accordés aux ouviiers nécessiteux.
Liions encore la charité d'un membre soutirant de cette classe ouvrière, chez laquelle l'instinct du bien est si vif et dont les bons sentiments ne demanderaient qu'à se reproduire et à communiquer une vie nouvelle à la société , si nos législateurs savaient s'occuper sympathiquement et efficacement de son sort î
Celui-ci est chargé de sa vieille mère , d'un frère et d'une sœur , et il gagne envh on quatre francs par jour. L'œuvre des orphelins du choléra venait d'être reconstituée. A plusieurs reprises , il sollicita la faveur de pouvoir adopter l'un de ces orphelins ; et , comme on lui fît observer combien une telle œuvre seiait à charge à un pauvre ménage : « Que serais-je devenu, répondit-il , si l'on eût calculé de même quand il s'agissait de m'admettie au patronage? Pourquoi serais-je plus prudent qu'on ne l'a été pour moi? m Et il a fallu se
rendre à sa prière Ce charitable ouvrier avait , en
effet, été autrefois admis à l'œuvre du patronage, dirigée par ]a. société de Saint- f^incent de Paul ^ dont les membres ont déployé un zèle si admirable pendant le choléra ainsi que nous allons le \oir.
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Il n'est pas jusqu'aux soldats, ces autres enfcinls du peuple , qui n'aient voulu participer à cet élan de la charité. Nous en trou\erons quelques preuve? dans le cours des chapitres suivants. Voici entre mille autres un trait pour Paris.
Déjà liente-liois infirmiers au Val- de-Gràce avaient succombé depuis le commencement de l'épidémie , et l'on n^était qu'au mois de juin. Ceci n'empêcha point un simple caporal, nommé Boff'ard, de se présenter pour infirmier , et de laiie preuve , dans l'accomplissement de ses fonctions , du plus remarquable courage et du dévouement le plus absolu. Ce brave militaire a été décoré.
Au Pe'il-Montrouge , barrièie dEnfer , où le choléra a exercé plusieurs ravages , nous citerons une pieuse femme , M*"^ d'Ault-Dnmesnil , dont nous avons pu apprécier nous-mème le zèle chrétien et l'activité : elle est morte 'ictime de sa charité. A Saint-Denis , près Paris , un établissement de bienfaisance , dû à la généreuse charité de la majeure partie des habitants , a été cré sous le nom tïOuvroir. Cet établissement est destiné à recevoir les jeunes orphelines pau\res de la \ille, notamment celles dont les parents sont morts du' fléau, qui a causé dans Saint-Denis de grands ravages. Plusieuis jeunes tilles ont été reçues dans cet établissement. Leur éducation est confiée à des sœurs de Saint-Vincent de Paul. Une touchante cérémonie a eu lieu le ô janvier 1830, dans l'église paroissiale de de Saint-Denis , à l'occasion de l'inauguration de cet ouvroir.
Ce sont aussi de pieux fiJèlès qui ont fondé , à Paris , dans le premier arrondissement , une œuvre particuhere en faveur d'une classe spéciale d'orphelins du choléra. Elle est intitulée : OEuure tulélaire et patervi'Ue des orphelins du choléra. Elle est dirigée par quelques hommes honorables , et Mg! l'archevêque de Paris,
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qui désire oncourager toutes les œuvios de bienfaisance, en a accepl«i la prctidence honoraire. Le but de cette œuvre est excellent ; elle dirige veis Tagriculture les enfants dont elle se charge. Elle n'est , par conséquent, destinée qu'aux garçons, lorsqu'ils sont déjà un peu grands. Il va sans dire que cette œuvre ne peut être confondue avec VŒuiiû des orphelins du choiera, dont nous avons parlé au chapilie ni de la 1" partie. Celle-ci , dirigée par une commission formée et présidée par Tautorité diocésaine, adopte autant d'enfants de tout âge et de tout sexe que ses ressources peuvent le lui permettre , et ne saurait voir celle-là avec ombrage: Charitas non œmutatut '.
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