‹ Le dévouement catholique pendant le choléra de 1849Chapitre 19 sur 38 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Suite du précédeut. — Zèie et dévoueuiênt des membres de !a Société de SaiDt-Vincent de Paul, à Paris.

La plupart des membres de la Société de Salnt-Vincnt de Paul , dont tout le monde connaît le but, se sont distingués, pendant ces jours malheureux, par un zèle et une charité bien dignes de leur saint patron et de la foi qui les anime. Us ont eu sans cesse cette parole de TApôtre devant les yeux : « Appliquez-vous toujours de plus en plus à l'œuvre du Seigneur , sachant que votre tra\ ail ne sera point sans fruit devant lui *. » Et par tout où répidémie a porté ses pas , on les a vus la combattre avec courage et s'efTorci'r de réparer ses maux.

Nous connaissons beaucoup de traits admirables du dévouement de nos pieux et excellents confrères. Mais il semble que lamitié nous ferme la bouche , et nous croyons ne pouvoir ilen faire de mieux ici que de citer une partie du Itappurl que fit , dans une assemblée générale de la Société . tenue le 19 juillet 1849 , c'est à dire au plus fort du choléra à Paris, M Ozanam, vice-président de l'œu're.

' !. Cor XV. 58.

L'honorable rapporteur énumère les récents progrès delà Société de Saint -Vincent de Paul -,1] dit que, depuis la dernière assemblée , huit conférencfs nouvelles ont été agrégées en France , et que six autres ont été fondées à l'étranger. « C'est ainsi , ajoute-t-il , que la Providence nous bénissait en nous propageant. Mais elle faisait plus en ranimant notre zèle , en nous arrachant aux molles lassitudes d'une charité trop facile à se contenter de ses œuvres ordinaires , quand le malheur des teiTips voudrait des efforts nouveaux et plus •lu'humains »

En effei , la cruelle épidémie est venue, et ses coups ont procuré une manifestation plus grande du dévouement chrétien parmi les membres de la Société. «Nous n'alarmerons point , dit M. Ozanam , la modestie de nos frères qui ont donné à la Société cette consolation, en se dévouant au service des cholériques. Leurs noms ne seront jamais prononcés; nous n'oublierons pas que notre saint patron eût mieux aimé étouffer les bienfaits de sa compagnie dans un éternel silence, que d'exposer l'humilité d'im seul de ses prêtres aux tentations des applaudissements humains. »

Au moment donc où le choléra éclatait à Paris , quebiues-uns des membres de la Société de Saint- Vincent de Paul se réunissaient , comme s'étaient réunis en Ibôô^ ses premiers fondateurs, et prenaient la résolution de se consacrer au soin des pauvres malades. « Dieu , continue le pieux rapporteur , Dieu bénissant selon sa promesse ce petit nombre de chrétiens rassemblés en son nom , leurs rangs se recrutèrent rapidement, et au bout de quelques semaines , ils étaient cent douze. C'était assurément bien peu pour aller au secours d'un peuple décimé, de l'administration dé-

' Kpoque lie la fondation de l'Œuvre. Voir le Hnpport général dejiui-- le coinmejieemenf de In Société , in-8" de 100 pages, 18 »2, page 5.

PENDANT LF. CHOLÉRA 123

concertée dans ses prévisions , et de la science réduite aux abois. Cependant ils eiiient cette sagesse de ne point comparer leur faiblesse à la grandeur du péril et du besoin. Divisés en neuf sections, qui se répartirent entre les quartiers les plus frappés , soutenus par des réunions régulières chez le président de ITHEuvre , encouragés par la bienveillance de Taulorité civile et religieuse , ils se mirent à la disposiliou des cholériques , des Sœurs de jCharité et des ambulances médicales. Dans Tespace de deux mois, plus de deux mille malades reçurent leurs soins : de ce nombre les trois quarts furent sauvés ; les autres moururent dans l;i paix de Dieu , mimis des sacrements de l'Eglise. Dans le douzième arrondissement , les ravages de Tépidémie égalèrent pendant quinze jours tout ce qu'on raconte du mal des ardents et de la peste noire. Ce n'est pas le lieu de rappeler ici les horreurs ei les consolations de ces moments de deuil : les rues entières dépeuplées en quelques nuits , mais en même temps la grâce moissonnant pour ainsi dire à pleine»^ mains ; ces pauvrts gens voulant tous mourir dans les bras du prêtre , el ces hommages inouïs . ces larmes versées , ces cris , ces tleurs sur le chemin du pieux archevêque en pèlerinage au tombeau de sainte Geneviève'. Dieu nous a fait rhonneur de dnnnei- une part à nos confrèrc-.s dans le bien qui s'accomplit alors. Leur zèle édifia un quartier si souvent troublé par les agitations politiques. Plus d'une fois, au sortir du cimetière où .ils avaient accompagné les victimes du fléau , ils se virent entourés d'une foule qui leur serrait les mains, étonnés que des jeunes gens sans mission publique , sans intérêt , et seulement pour la gloire du Sauveur Jésus, se fussent arrachés aux sollicitudes de leurs familles pour visiter un faubouig désolé , secourir ses malades et ensevelir ses morts. Car je ne puis taire , messieurs , 1 Voir notre ohap. u de Va l^' partie

^2i LE l>F,VOl'EMENT CATHOLIQUE

ce dernier exemplo du dévouement catholique , incapable de s'arrêter avant d'avoir fourni sa tâche jusqu'au bout.

u Dans un misérable réduit de la paroisse Saint- Médard^ une pauvre femme venait de mourir du choléra, et parmi sa famille frappée de terreur, personne n'avait le cour.^L;e do lui rendre les derniers devoirs. Nos confrères qui Tavaienl :>oignée et veillée pendant trois jours et trois nuits, lavèrent son corps, Tensevelirent et ne la quittèrent qu'après l'avoir vue descendre dans la fosse avec la bénédiction qui accompagne une dépouille chrétienne. Le mari de la défunte , ému de tant de charité, ne trouvait pas d'expression pour témoigner sa reconnaissance , et ne sachant qu'offrir à ses bienfaiteurs, il ^oulait se donner lui-même en les accompagnant, en les servant au lit des malades, en veillant avec eux. Dieu ne lui en demandait pas tant , et deux jours après , emporté par le choléra , il allait rejoindre sa femme avec toutes les consolations d'ime sainte mort ". -^

Ici, M. Ozanam nieniionne quelques traits de dévouement qui appartiennent à d'autres diocèses , et que nous citerons en leur lieu. Ensuite, il dit un mot de VŒuvre des orphelins du choléra ; il constate que le conseil-général de la Société de Saint-yincent de Paul s'est chargé de trois orphelins , poui- chacun desquels il s'est engagé au paiement d'une somme de 200 fr. par année ; que le Conseil de Paris en a adopté cinq, et que plusieurs co7\férpnces ont imité cet exemple ; enfin il rapporte , après les actes du pieux dévouement qu'il a cités , ce dernier trait qui appartient aussi au diocèse de Paris :

« Tant de bénédictions devaient être le prix d'un

' Voir ie Rnppoit duquel iimus avons extrait cesligQes, dans le bulletin de la Société de Saint-Vincent de Paul . 2» année , numéro du 9 septembre 1849 , page 24» et suiv.

PENDANT IF. CHOLÉRA i2S

douloiiiseux sacrifice , le seul que Dieu ait demandé jusqu'ici à l'œuvre des cholériques. J'avais promis de taire les noms ; mais je puis, je dois prononcer celui d'un frère pour qui nos misérables éloges n'ont plus de danger , qui a droit à nos souvenirs , qui a peut-être besoin de nos prières. M. Didier, de la Conférence de Saint-Médard , est mort victime de son désouement. Vous ne l'oublierez pas, Messioms, et vous le recommanderez au souverain Juge, devant qui les âmes les plus saintes ne paraissent qu'en tremblant , et dont le regard sonde jusqu'au fond l'imperfection de nos œuvi'es '. »

.\joutons à cet extrait un fait qui témoigne encore du zèle dont ont fait preuxe beaucoup de jeunes gens dans ces jours de deuil. Dans le neu^ième arrondissement de Paris , un étudiant en médecine , aîné de dis enfants et soutien de sa pau\ re mère , veillait un cholérique — Vous avez froid , lui dit-il ; n'avez-vous pas de flanelle pour vous couvrir? — Non, et je n'ai pas un sou pour en acheter, répond le malade. M. Th*** sort , va sur le palier, ôte ses vêtements, se dépouille de son gilet de flanelle , puis se rhabille et rentre dans la chambre, pour couvrir de son gilet le moribond.

Ce charitable étudiant a été récompensé de son beau dévouement , d'une manière digne et chrétienne, par M. deFalloux, alors ministre de llnstruction publique. Mais ceci n'est pas de notie sujet.

Nous venons de parler de la charité des membres de la Société de Saint- l'incent de Paul, à Paris. Comme nous l'avons dit tout à l'heure, celte œuvre précieuse a étendu sa sollicitude et ses bienfaits dans beaucoup d'autres contrées : nous serons donc heureux de la retrouver sous notre plume dans le récit des faits qui va suivre.

' Voir le Rappoit. ut iupin . page 233

Page 1