CHAPITRE IX
Quelques traits de dévouement dans les pays étrangers dont il a été parlé. — Oe l'action salutaire des œuvres chrétiennes.
Le dévouement laïque a brillé aussi en Algérie. Au milieu des douleurs occasionnées par l'épidémie , la reconnaissance publique, dit un journal de ce pays*, a justement récompensé le zèle et les bons soins des ofticiers de santé de l'armée et des administrateurs qui ont accompli leurs fonctions près des militaires cholériques avec une louable sollicitude. Les infirmiers militaires associés à ces soins ont prouvé que des cœurs généreux battaient sous leur uniforme : cinquante-un ont succombé sur cent soixanfe-dix-neuf, sans que la constance des survivants ait chancelé.
En parlant des ravages du choléra à Merchtem ; Belgique;, nous avons constnté ■■* que l'autorité communale, les médecins et l'administration de Ihospice ont fait leur devoir : ajoutons ici que la Société de Saint-
> Le Moniteur algérien, n du 11 octobre 1849. ' Voir part, i, cli. JO.
156 LK DÉVOLKMKNT (.ATHOr IQIT,
Vincent de Paul s'est particulièrement distinguée , à Granimont , en visitant les habitations on la misère avait sa demeure, avant que Tépidémie y eût portée une aggravation de maux et de tortures. La présence des membres de cette Société au chevet des soutirants y a relevé le courage et inspiré la résignation.
Enfin, aux Etats-Unis, dont nous avons dit im mot sous le rapport de la charité exercée par le clergé ' , nous voyons aussi de courageux laïques se dévouer au soulagement de leurs frères ; nous lisons la proclamation que le président Taylor a publiée et dans laquelle il recommandait de choisir le premier vendredi d'août , comme jour de jeûne et de prières , pour obtenir du Ciel qu'il détourne de l'Union les j-avages du fléau.
On vient de s'en convaincre , les laïqnes n'ont pas non plus manqué à leur haute mission ; ils ont rempli leur devoir, et, ayant accompli « toute la loi, » ils peuvent « espérer une grande récompense -. »
Quels qu'ils soient , nous l'avons dit , ils n'ont pu agir comme ils l'ont fait, que par le principe chrétien ; car il ne faut pas oublier qu'on ne saurait faire aucune bonne œuvre sans le secours de Dieu , et que c'est sa grâce qui opère en nous.
Le Prophète le proclame hautement : « Seigneur , dit-il , vous nous donnerez la pai\ ; car c'est vous qui avez fait en nous toutes nos œuvres ^ » Jésus-Christ continue cette vérité , lorsqu'il dit : « Sans moi , vous ne pouvez rien faire \ » Et, après lui, le grand Apôtre déclare que « c'est Dieu qui , par l'effet de sa bonne volonté, produit en nous le vouloir et^l'action ^ « Donc rapportons à Dieu , à la gloire de la religion , tous ces
» Voir part, i , ch. 10. * Joan. xv, 5.
s Ps. xviii. 12. ^ Phil. u , 13.
3 Isaîe. XX Vi, i2.
PENDANT LE CHOLERA iSÎ
actes de dévouement et de charité dont le simple récit vient de nous remplir d'admiration.
Mais, tout en les faisant remonter à leur source , tout en bénissant leur divin Auteur, louons ceux qui en ont été les instruments dociles; car par leur noble et généreuse conduite , par les marques non équivoques qu'ils ont données de leur foi, ils se sont réellement montrés chrétiens , ils ont fait sentii-, dans une société rongée par l'égoïsrae, l'action du christianisme; et, agir ainsi, c'est gagner des cœurs à Dieu , c'est les attirer vers une religion qui n'inspire que le bien et qui porte ceux qui la pratiquent aux plus belles actions *....
Si , dans les commencements de l'Eglise , la vie des premiei-s chrétiens , leur union , leur charité , leur mutuelle aifection , leur douceur dans le commerce du monde, faisaient dire d'eux aux pjïens : Voy^z comme ils s'ainiPiit! et si, à cause de ces exemples , ils étaient portés à les imiter, concluant de leur conduite que des hommes qui vivaient ainsi ne pouvaient être mus que par les plus sublimes principe* , qui oserait soutenir que les mêmes actions , le même genre de vie ne pourraient plus exercer aujourd'hui la même salutaire influence? Hélas! nous entendons dire souvent que les merveilles de la primitive Eglise ne sauraient se reproduire, parce que les temps sont changés et que celte époque de preinière ferveur ne devait pas toujours subsister. Mais . répondrons-nous aux âmes tièdes et indifférentes qui lienneiît ce langage, les principes chrétiens ont-ils donc changé, et l'Evangile devrait-il, après avoir jeté un si vif éclat et renouvelé le monde , rester à l'état de lettre morte? Ce serait blasphémer contre
' N'est-ce pas en vue de ces précieux résultats que saint Pierre écrivait aux premiers fidèies dispersés : « Vivez parmi les Goths (l'un manière édifiante, afin qu'au lieu qu'ils médisent de vous, festonnes ceiivrfs qu't/s vous verront foire les portent à >e«dre gloire à Dieu (II. Petr. u 12'. «
1o8 LE DÉVOUEMENT CATHOI.IQLE
la doctrine qu'il renferme et prétendre qu'elle est sujette à des défaillances qui n'iraient à rien moins qu'à détruire son origine divine....
Non , il ne peut point en être ainsi : la vie , les actions, toute la conduite des premiers chrétiens doivent toujours se retrouver dans la suite des âges , afin d'y exercer cette action convertissante , plus certaine encore que celle de la prédication. Longtemps après la primitive Eglise, cette Eglise dont les membres « n'avaient qu'un cœur et qu'une âme ', » saint Chrysostôme n'hésite pas de proposer cette manière de vie comme un exemple imitable « et comme un moyen de convertir tous les infidèles ^. » Pourquoi donc déclarerait-on impossible ce que proposait l'éloquent Père de l'Eglise , et ce que veut d'ailleurs l'Evangile , à moins , encore une fois , qu'on ne prétende que >;es préceptes ne doivent pas recevoir leur complète application.' Au surplus, les faits qui nous occupent ne donnent-ils pas , dans l'ordre de la charité , le démenti le plus formel à ceux qui ne craignent point sinon de dire ouvertement, au moins de faire entendre que les premiers temps du christianisme sont trop parfaits pour être de nouveau réalisés ; car que firent , par exemple , à Alexandrie, sous l'empereur Valérien , les chrétiens au milieu de la peste cruelle qui ravageait cette ville? « Us profitèrent de cette occasion , dit Fleury *, pour montrer leur charité envers les persécuteurs , et ils assistèrent les malades si généreusement , que plusieurs , tant clercs que laïques , y moururent et furent honorés comme martyrs. »
Or, n'est-ce pas ce qu'ont fait les chrétiens de nos jours, pendant les ravages du choléra? Si donc nous avons retrouvé aujourd'hui la charité aussi ardente , aussi féconde qu'autrefois , n'est-il pas évident que
' Act. VI, 32.
* S. Chrysoslônie , Hom. 9, in Act.
'^ Mœurs des Chrétiens, part, n, cli. 3û.
PENDANT LE CHOLERA lîj!)
les beaux temps de TEglise primitive peuvent se reproduire sur les autres points comme pour celui-ci? Oui! que les fidèles se montrent en tout les successeurs des premiers chrétiens ; que par leur bonne vie , leur dévouement, leur zèle, leur sollicitude pour tous les besoins de leurs frères, ils fassent voir que la doctrine du Sauveur est réellement vivante en eux , et il arrivera que plusieurs de ceux qui doutent ou qui sont indifférents serviront et glorifieront Dieu , à cause des œuvress dont ils seront les témoins ' , et que les hommes ignorants et insensés, ainsi que le dit encore TApôtre % seront réduits au silence....
» Gai. I. 23 , 24 ; S. Jean. s. 38. xiv. < l . * I. Pet. ji. 15