‹ Le dévouement catholique pendant le choléra de 1849Chapitre 25 sur 38 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

Traits de charité et de dévouement de la paît dos membres de la société de Saint Vincent de Paul et de plusieurs autres laïques dans les diocèses de Besancoo , de Marseille , de Bourges et d'Aix.

Il nous reste à parcourir les quatre diocèses que nous venons de citer en tête de ce chapitre , et nous aurons épuisé les notes qu'il nous a été donné de recueillir sur le dévouement des fidèles durant les ravages du choléra dans notre patrie en 1849.

Le premier de ces diocèses qui s'offre à nous est celui de Besançon. Nous y voyons qu'à Gray les autorités civiles sont restées à leur poste et ont fait leur devoir. Lorsque Mgr l'archevêque vint dans cette ville désolée, le sous-préfet , le maii e et le conseil municipal l'ont accompagné à l'église où le prélat se rendit pour appeler la miséricorde de Dieu sur cette portion désolée de son troupeau. Du reste, les autorités de Gray se sont toujours montrées à la tète du peuple , à toutes les cérémonies religieuses qui eurent lieu pour obtenir la cessation du fléau. Cette conduite est louable, car il est bon que les populations % oient les chefs donner l'exemple du respect et de la confiance en Dieu ; c'était indiquer au

i>î:ndam le cnui-ÉRA loi

peuple qu'il ne fallait pas seulement espérer dans les secoues de Tart pour la guérison d'une maladie qui trompe les piécautions humaine?, mais recourir à Celui de qui la vie , la santé et la mort dépendent.

A Marseille, les autorités^ les médecins et en général tous les habitants ont montré beaucoup de dévouement. Là nous retrouvons surtout \à Société de Saint-Vincent de Paul.

Elle a, dans une plus large sphère, rendu de précieux services , en distribuant les premières aumônes recueillies et en visitant les malades nécessiteux confiés aux soins particuliers de l'institution charitable que les pauvres de Marseille ont si souvent l'occasion de bénir.

Poussés par une généreuse émulation , les membres du Cercle religieux se sont empressés d'offrir , dès le pi-emier jour, leurs services ; l'autorité les a acceptés avec reconnaissance, et a mis ces hommes dévoués à la disposition des divers bureaux de secours.

Nous mentionnons le dévouement des médecins. L'un d'entre eux, M. le docteur de Grand-Boulogne, a renouvelé, à Marseille, la belle conduite de cette sœur de la ville de Beaune dont nous avons raconté plus haut' l'admirable action.

Un pauvre enfant de dis à douze ans fut atteint subitement du choléra, sur le cours Saint-Louis , à Marseille. En quelques instants le mal fit chez lui de rapides progrès ; le temps pressait , et la vie de cet enfant dépendait de la promptitude avec laquelle lui seraient administrés les premiers secours. Il fallait, sans perdre un instant, transporter le malade chez ses parents, pauvres ouvriers. M. de Grand-Boulogne , qui se trouvait là , pria quelqu'un de ceux que la curiosité avait attirés , de faire l'office de porteur. Mais ce fut en vain : prières, oflres de paiement , vives instances, rien ne put délermiuer les spectateurs , et chacun se retira... Alors

• Voir part, i chap. v.

f"2 Lt HKNOLL.v.lAT < \ I Hul.tOLF.

le médecin n'hésila pas ; il prit roiifanl dans ses bras, le traiispoita chez ses pai'enls et lui fil donner des soins par les aides du bureau de secours ; il lui en prodigua lui-uiènie, et grâce à son généreux dévouement , ce pauvre eniant échappa à une ni(jrt presque certaine.

Nous revenons à la petite ville de Nérondes, au diocèse de Bouiges ', que nous avons vue si cruellement décimée et abandonnée par une partie de ses habitants.

Au milieu du délaissement des pauvres cholériques, on sait ipiclle l'ut la conduite du curé et des religieux qui vinrent le seconder dans sa mission de charité. Nous avons vu aussi qu'un jeune homme, membre de la So~ riité de Saint-Vincc7it de l'aul, vint également apporter le tribut de ses eflbrts : d'autres le suivirent bientôt.

Parmi eux , on cite 2 M. de Falloux , qui se trouvait alors à Néris , et qui , ayant entendu parler des calamités qui accablaient les habitants de Nérondes et des environs, proposa à son ami , M. Tabbé de Gu'ardin, de visiter cette localité , afin de s'assurer par eux-mêmes de la vérité des faits et d'y apporter des remèdes et des consolations.

Ils piireni donc immédiatement la route deNéroiides; et à peine iurent-ils anivés chez le curé, qu'on vint, dit on , les avertir que des hommes armés les cherchaient et menaçaient de les tuer. Jusqu'à quel point ces malheureux , exaltés par suite des tristes préjugés dont nous avons parlé , étaient-ils déterminés dans leurs coupables desseins? nous ne savons. Toujours estil que M. de Falloux répondit : 0 Où trouverait-on une plus belle mort que celle que l'on rencontrerait en portant des consolations à ceux qui soulïrent? » Et sans se préoccuper des avejtissenienls qu'on lui donnait, il alla de maison en maison, sans rencontrer ceux qui le cherchaient, et laissant dans chacune

* Au chap viii de la ire partie

- Voir le journal la Voix de la Vérité , n° du 3 octobre 1849.

VENDANT I.E CHOIT^RV 155

un secours , une consolation et un encouragement.

Après avoir ainsi visité la ville, les deux charitables amis allèrent au-dehors pour voir les ouvriers d'un chantier d'un chemin de fer, parmi lesquels le choléra faisait aussi de grands ravages , et , là , ils portèrent encore les consolations chrétiennes.

Des ouvriers appartenant à la Société de Saint-Françuis Xavier \ des infirmiers de l'Hôtel-Dieu se signalèrent également par leur zèle à secourir les cholériques. Mais la douce flamme de la charité échauffa d'autres cœurs encore. Ou a vu , tant la grâce a de puissance , des malheureux qui autrefois ont figuré sur les bancs de la police^ prodiguer les soins les plus empressés aux victimes de répidémie, et effacer ainsi leur vie passée, pour rentrer dans la grande société chrétienne; car « la charité couvre toutes les fautes : unicersa delicta operit charitas - ; » elle fait passer de la mort à la vie et nous rend vrais enfants de Dieu ^

Le même diocèse de Bourges nous donne encore un exemple de dévouement , accompli cette fois par un militaire. Parmi les personnes atteintes du fléau dans la paroisse de Blet, se trouvait une veuve qu'on avait transportée dans une ambulance établie à la mairie. Tout le monde était tellement effrayé , que cette malheureuse ne trouva pas même un parent qui voulût consentir à la soigner. Un gendarme, nommé Dampierre, se présenta pour remplir cet office. 11 passa la nuit près de la malade, attentif cà exécuter toutes les prescriptions du médecin.

Et , au milieu de ce pieux élan de la charité , qui gagna , de proche en proche , toutes les classes , tous les sexes , comme Tépidémie gagnait dans toutes les conditions et frappait partout sans aucune distinction , il fallait que Tenfance elle-même apportât son pieux tribut dans ces saints combats du dévouement chrétien

» Voir la note i du chap. i i de la l'epait.

* Prov. cap X. 12. 2 Joan cap. m. 10, 14, 13.

i.'vi I.E DÉVOLK.MENT CATHOLIQUE

contre les ravages de l'insatiable fléau... Voici, en eflet, ce qu'on rapporte ' d'un jeune enfant , au diocèse d'Aix.

Au mois d'octobre, un tout jeune enfant , âgé de huit ans , vonanl de Marseille , arrivait à Aix. En entrant dans cette ville , accablé de fatigue, il se coucha sur une des banquettes du Cours, et, pensant sans doute au cruel isolement dans lequel il se trouvait , il se prit à sanglotter. En ce moment, un autre enfant de onze ans, le Gis d'un entrepreneur de diligences, M. Léqueux, passait; et, s'approchant de lui, il s'iirforma avec intérêt de la cause de son chagrm. 11 apprit bientôt que ce petit -Marseillais était orphelin. Le choléra lui avait enlevé son père et sa mère , et ses autres parents n'ayant pas voulu le recevoir, il était parti sans savoir où il allait. Le jeune Léqueux, touché lui-même jusqu'aux larmes des malheurs de cette pauvre petite créature, l'emmena dans la demeure de son père et le fit bien dîner ; il s'aperçut alors que sou protégé était pieds nus , il s'empressa de lui faire chausser ses propres souliers, et sortit avec lui, allant, dit-il, lui acheter une pacotille pour le faire entrer dans le commerce.

Cette pacotille se composa bientôt de cinq boîtes d'allumettes chimiques, qui épuisèrent complètement la bourse du jeune bienfaiteur. Cependant , là ne se borna pas la tendre sollicitude de ce jeunne père adoptif : il craignit , en quittant son petit ami , de ne plus le rencontrer; il eut alors l'idée de le conduire au bureau de police. On délivra un billet d'hôpital à l'orphelin marseillais , et le protecteur et le protégé ne se séparèrent, sur la porte de l'hospice , qu'après s"ètre embrassés avec efl'usion , et se promettant bien de se revoir le lendemain et les jours suivants. Ces touchantes actions d'un enfant que Dieu bénira, ont été accomplies à l'insu des parents du jeune Léqueux.

' Dans le livre le Charité chrétienne, tic, "bi suprà, pages 170 , 171.

Page 1