‹ Le dévouement catholique pendant le choléra de 1849Chapitre 28 sur 38 · CHAPITRE î · texte numérisé non relu

CHAPITRE î

Réveil de la foi et touchantes marques de confiâEce en Dieu dans les diocèses ne Paris , de Blois , db Ctiartres , d'Arri» et de VtirsaiUes. — Ua mot sur çainî Rocli.

Ce n'est jamais à Paris que les démonstrations de la foi , de la part du peuple, manquent dans les grandes commotions sociales et dane^ les calamités publiques. On Ta vue dans les journées de février '. On en a surtout recueilli de touchantes preuves lors du choléra. Citonsen quelques-unes.

Le 15 mai 18 i9 , Téglise du Gros-Caillou a été le Ueu d'une cérémonie bien édifiante. Les quinze cents ouvrières des manufactures nationales de tabac se sont cotisées entre elles pour faire chantei- d'abord une messe à laquelle elles se sont toutes rendues en corps ; puis pour faire dire un grand nombre de messes basses, où celles d'entre elles qui en ont eu le temps se sont rendues en particulier. Leur but a été d'attirer les bénédictions du Ciel sur elles et d'éloigner de l'éta-

' Voir la-dessus, notre Mémorial catholique, tijme vu, pages 286 et 287; tome vm, pages 2 et 51.

blissement le choléra , qui déjà y avait fait quelques ravageis. Cet accord de tant d'ouviières de tout âge , de tout pays, de tout culte, de toute instruction cl de toute moralité , est un fait très-remarquable.

Dans le courant de juin, cent-cinquante ouvriers de Paiis signèrent une pétition , que l'un d'entre cu\ rédigea , à l'efiet de demander à Mgr l'Archevêque une procession afin d'attirer sur la grande cité les miséricordes divines. Nous croyons devoir insérer ici cette pièce que tous les journaux ont publiée alors :

« Le redoutable fléau qui semblait , il y a quelque temps., diminuer le nombre de ses victimes, a pris une nouvelle intensité, et déjoue trop souvent, par la promptitude de ses coups, toutes les ressources de l'art , toutes les inventions de la charité. Le deuil et la consternation sont dans les cœurs.... Dieu nous frappe ! s'écrie-t-on de foutes parts.... Eh bien ! puisqu'il nous frappe . fléchissons sa colère par nos supplications et nos larmes... Déjà, Monseigneur, à votre voix pastorale , une multitude de prières se sont élevées vers le Ciel , mais c'est sous le voile du sanctuaire qu'elles ont été faites.... Monseigneur, ne retenons plus la vérité captive. Les outrages ont été publics, que la réparation le soit aussi. Nos rues sont chaque jour sillonnées par des convois funèbres ; eh bien ! qu'elles le soient pai' un peuple criant merci vers le Ciel.... Que l'image vénérée de celle qui est la patronne de la France soit portée processionnellement dans les rues de notre capitale et dans celles des lieux de ce diocèse où le fléau fait ses plus cruels ravages, et le Seigneur, n'eu doutons pas , jetteia sur nous des regards de miséricorde ; il fera cesser les maux qui nous affligent , et au lieu de chants funèbres nous entonnerons le cantique d'actions de grâces Te Dc-mn laiidamvs , fe Dominvm confitemur. »

Un autre fuit qui montre encore le réveil de la fot

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dans ces tristes Ctilarnités ; c'est l'empressement avec lequel on lit insciire sur les registres de V Association du la bonne moH , récen)ment éi-igée en l'église Saint- Euslacbe ' , les personnes froppées du choléra. On a ixmstaté que pas une de ces personnes n'a succombé. Cependant la plupart élaicnt hès-mal, puisqu'elles avaient été adniinislrées et abanditnnées des médecins.

On a aus.s remarqué que la foi s'est ranimée dans la banlieue de la capitale -. Je suis assuré , a dit dans nne assemblée de charité M. l'abbé iJcguerry , curé de la Madeleine, je me suis assuré , par les rapports de mes coufrèi'es dans le ministère ecclésiastique, que dans les enviions de Paris et pendant les temps de calme, la proportion des personnes qui, sur leur lit de mort, léclameut les secours religieux, est à peu près le quait , tandis que pendant la durée du choléra elle s'est élevée jusqu'aux trois-quarts. Vous le voyez donc , a ajoute l'honorable prêtre , Dieu est là. Quand son Verbe ordinaire, la parole de ses ministres , les enseignements de l'Eglise ne suffisent plus , il emploie les grands fléaux qui forcent à Tccouter !... Les cala- Tniîés sont des faits miséjicoj-dieux qui amènent le retour à Dieu 2. >,

Dans les diocèses sulïVagants de Paris , nous trouvons les plus touchantes marques de piété , les actes de la ])lus entière confiance en la puissance et en la miséricorde de Dieu.

Le choléra venait de se déclarer dans la paroisse de Morves , l'une des plus voisines de Villexantan , où

' Voir, sur cette Asi:oriutkin,\iue Notirc qui a été publiée dans J( •; jouruaux nligieux, iiolamment daiis la Vocx de la Vériié , ji" ûu 9 Jée. I84i», el dans l'Ur/irers, 11° du 10 du même mois.

- Eslrait d'une aîlocutioii prouorcée par M. l'abbé Degueiry à l'assemblée générais du 19 juillet 1849 de la Société de Saiut-Viucent ai Paul; voir le Hullffin de cette Société, 2« année, d" 9, page 2b7.

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l'épidémie a fait tant de mal. Aussitôt la population» d'après rautorisafion de Mgr Tëvèque de Blois , ?'est rendue proceesionnellement le 6 juillet à la chapelle de Villeromard , dédiée à la sainte Vierge. Depuis cette époque aucun cas nouveau ne s'est p oduit , et l'cpidémie a disparu du voisinage. C'est que , comme l'a dit saint Dernard , on n'implore jamais en vain celle que l'église appelle le Secours if^s Chrcliens.

Notre-Dame de Chartres a levu ses pèlerinages des anciens jours. Plusieurs paroisses y sont venues pour implorer l'auguste Vierge. Nous citerons entre autres la paroisse de Saint-Martin de Nigelle , à six lieues de Chartres, (jui fit son pèlerinage vers le 10 juillet. Hommes , femmes , vieillards . jeunes gens et enfants , leur curé en tète avec croix et bannière, et des cierges à la main , arrivèrent de bon matin à Chartres. Ils avaient accompli à pied ce pèlerinage, et se rendirent à l'église pour supplier la Mèie lîu Sauveur d'écarter de leur contrée le cruel tléau. Rien ne fut plus touchant que la vue de cette population champêtre , s'agenouillant, pleine de recueillement et de foi, devant l'image antique de la Consolatrice de toutes les douleuis ; puis , allant se rangei- au pied des autels , approchant avec respect de la table sainte et recevant le Pain des anges sur des lèvres purifiées par le pardon divin.

Mais nous remarquons que des populations . dans toute la France, ont eu surtout recours à l'intercession de saint Roch , le protecteur des villes et l'asile des peuples contre le fléau terrible de la peste '.

On sait que ce saint est regardé comme un des plus illustres serviteurs de Dieu du \i\' siècle, principalement en France et en Italie. Etant allé à Rome par dévotion , les j-avages de la pes.te qui désolait alors l'Italie lui fournirent loccasion d'exercer sa charité ' \cl. S5. 3 Aug. p. 380 et suiv.

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envei"s ceux qui étaient attaqués de ce fléau. On rapporte» qu'il tomba malade à Plaisance; que se voyant abandonné de tout le monde , il se traîna dans une forêt voisine , où il houffrit des douleurs incroyables , et que Dieu lui rendit !a .santé sans le secours des hommes. Voilà p-jurquoi les peuples ont eu et ont encore une si grande confiance en son mlercession dans les temps de peste ; et les eflets sensibles , dit un auteur grave-, qu'on en a reçus dans une infinité d'endroits, sont les preuves certaines de la gloire et de la puissance de ce bienheureux ami de Dieu-

Nous retrouverons donc souvent son nom sous notre phmie, dans le cours de notre trùisiénip partie. Ainsi, au diocèse de Chartres dont nous parlons, on vit dans la matinée du 3 septembre une dizaine de processions, plus nombreuses les unes que les autres, venant du département de Seine-et-Oise , et notamment des environs de Nantes , pour se rendre à Saint-Roch, village situé non loin d'Anet et où existe une chapelle dédiée à ce saint , qui a été de tout temps un lieu de pèlerinage. Ces processions eurent pour but d'obtenir la cessation des ravages que le choléra faisait dans les contrées d'où elles étaient parties.

C'est dans la même intention qu'une neuvaine de saluts en l'honneur de Saint-Roch, eut lieu dans la petite ville de Saint-Pol , diocèse d'Arras. Cette neuvaine s'est terminée le 25 juillet par mie procession publique ou fut portée la statue du saint dont on invoquait la protection , et à laquelle assista avec recueillement mie foule immense. La relation où nous puisons ces détails ajoute que les habitants de Saint- Pol ont une grande foi dans la puissance de saint Roch. Us rin\oquent en tout temps, mais surtout dans les

' .Maidura, apud Godescard . Vie des Saints. 15 août. * Hist. de VEgl. gall., liv. ixxviii, on torae xvu page lî7 de Fédit. iD-12, 18-26.

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épidémies, a\ec une confiance que rien ne saurait ébranler. C'est à son intercession qu'iU attribuent d'avoir vu dans cette ville peu de victimes du choléra en 1832 ; et l'on assure généralement qu'il n'y eut plus un seul cas mortel à Saint-Pol depuis le jour de la procession qui se lit alors, comme en 1849, avec solennité.

Le diocèse d'Arras offre beaucoup d'autres faits qui témoignent de l'influence des afflictions pour ranimer la vie spirituelle dans les coeurs. Les églises de Boulogne, pendant le niois de juin, présentèrent le spectacle d'une foule de pèlerins venant invoquer chaque jour la miséricorde divine. La population de Povtei , décimée par Tépidéraie , vint , à l'expiration d'une neuvaine sui\ie exactement par tous, remercier la trèssainte Vierge de la disparition du fléau. Ce fut une scène émouvante que de voir tous ces fronts hàlés , que les tempêtes n'ont jamais fait pâlir; allant s'humilier respectueusement devant Celui qui calme les flots et quf tient dans ses mains les trésors de la vie.

11 se passa dans la ville d'Aire les mêmes actes de piété. Le dimanche 22 juillet , un peuple nombreux et cruellement éprouvé vint assister à un salut solennel célébré Ipour demander à Dieu la cessation de lépidémie. Plus de cinq raille personnes se sont ainsi trouvées réunies dans la prière. Huit jours après , une procession eut lieu ; on y porta l'image de Nutre-Dame PanuetJère, vénérée par la population d'Aire, qui, en une multitude de circonstances, a éprouvé les heureux effets de sa protection , pendant les famines et les pestes.

Les paroisses des campagnes environnantes ont montré le même élan et la même confiance en Notre- Dame Pannetière. Chaque jour, pendant une neuvaiue qui eut lieu , on vit ajriver en ville une ou deux paroisses , marchant sous la protection de la Croix , et présidée par son pasteur , qui allait offrir le saint

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Sacrifice à l'autel de Notre-Dame . la suppliant de détourner le fléau de ses enfants.

A l'apparition de répidémie , les habitants de la paroisse d'Hinges , se sont cotisés spontanément pour enrictiir leur église de la statue de saint Roch. Mgr le cardinal évèque d'.Vrras en a autorisé l'inauguration , qui eut lieu le dimanche 9 septembre en présence d'un peuple immense accouru des paroisses voisines. Après l'office divin , la foule silencieuse , profondément recueillie, a paiconru processionnellemcnt toutes les rues delà localité.

Nous n'avons pas entendu dire que la ville de Bapaume ait été atleiiJe jiar le choléra. Mais ce que tious savons , c'est que ses habitants eurent la foi de recourir à la prière pour s'en préserver : une retraite a été suivie par la presque totalité de la ville ; elle a été close par une procession solennelle à laquelle la statue de Notre- Dame de Pitié a été portée triomphalement.

On se rappelle la mort de la respectable tille de Saint-Vincent de Paul, sœur Azèle, victime de son dévouement à soigner les malades pendant l'invasion du Choléra à Calais * . Celte mort a fait naîtie chez les habitants de cette ville, qui ont apprécié le zèle et l'abnégation de sœur Azèle, le désir de voir élever un monument à sa mémoire. Une souscription , à laquelle ont pris part toutes les professions , toutes les classes de la société calaisienne , et à la tète de laquelle les administrateurs du bureau de bienfaisance se soçt fait inscrire , a été bientôt remplie et a produit ÔOO francs. Avec cette somme , on a fait élever sur la tombe de la bonne sœur un monument modeste et simple , mais élégant dans son galbe et ses proportions. 11 est haut d'environ deux mètres, en marbie brun. Sur la face ouest , on lit cette simple inscription : Les Calaisieiis n sœur Azéle , Je l'ordre de Saint-Vincent de Paul 1849.

* Voir part. i. cliap. v.

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Comme on le voit, le diocèse d'Arra? s'est distingué par un pieux élan de foi qui peut donner des espi^rances pour l'avenir, r.olui de Meaux est loin d'avoir offeit le même spectacle ! Les calamités ont laissé les habitants de ce diocèse aussi froids, aussi indifférents qu'à l'ordinaire, niioiqne limitrophe de Paris, le diocèse de Versailles, qui ne vaut ^uère mieux que celui de Meaux sous le rapport spirituel , a du moins présenté un consolant symptôme de la résurrection de la foi dans quelques-unes de ses parties. Ainsi, pour nen citer qu'un exemple, nous parlerons de la cérémonie qui a eu lieu le 11 juin 18-jO, à Pontoise.

L'année 1849 a été funeste \uh\v \a populatim» decttle ville. Le choléra y a fait de nombreuses victimes. Au moment ou le tléau exerçait ses plus cruels ravages, la cité fidèle, qui. depuis plus de deux cents ans, renouvelle chaque année un voeu qu'elle fit pour- obtenir de Dieu la cessation d'une peste qui décima ses habitants en 1640, fit une procession publique au sanctuaire vénéré de la sainte Vierge, et, à partir de ce jour, l'épidémie diminua sensiblement et enfin dis[tarul toul-à-fail.

Les habitants de Pontoise, qui ont vu dans cette délivrance un effet de la bonté divine, ont sollicité de Mgr l'évéque de VersaUles la permission de faiie ime procession solennelle en action de giàces le jour aiuiiversaire de celle quils firent l'an dernier Le prélat ayant accédé à cette pieuse demande , c'est le mardi 11 juin de cette année qu'a eu lieu cette touchante manifestion de la foi populaire.

Plus de trois mille personuv^'s se rendiieut. dans Tordre et avec les cérémonies nrdinaiies, de l'église Saint- Maclou à régli>e Notre-Dame, où se trouve une statue de la sainte Vierge consacrée pat la vénération de plusieuis siècles. Là une messe d'action de grâces fut chantée, et, après une allocution de M. le curé de Sainî- Maclou, la procession se remit en maiche. parcourut

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les principales lues de la ville et rentra à Notre-Dame, où le chant du Te Deum termina cet acte de reconnaissance.

Constatons que les oiivriers de Ponloisc ont assisté pour ainsi dire au grand complet à cette procession. Le recueillement et la piété la plus sincèie n'ont ce.'jsé de régner pendant tout le temps de la cérémonie ; nouvelle preuve que si la foi sommeille dans bien des cœurs, elle sait se réveillei- dans les masses aux temps des épreuves!.... Mais, et pourquoi ne le dirions-nous pas? ajoute la lettre qui nous a fourni ces détails «, « nous avons remarqué avec douleur l'absence d'un trop grand nombre de nos riches bourgeois, qui, en se proclamant les défenseurs zélés de la religion et de la propriété, ne nous semblent voir dans la première que la meilleure sauvegarde delà seconde; « ce qui n'est que trop vrai, et ce qui produit dans les masses plus de mal qu'on ne le pense; cai- on leur iqiprend ainsi que la religion , au liou d'elle un lien de fraternité et de solidarité entre tous les hommes, n"est, aux yeux d'une certaine classe, qu'un moyen de police et un instrument de domination. Aussi ne fait-on par-là qu'accumuler, contre la religion et contre le clergé, les plus déplorables défiances! Nous voudrions qu'on sût y prendre garde...

» iQséiée dans \i Moniteur catholique, n" du 15 juin lfc50.

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