‹ Le dévouement catholique pendant le choléra de 1849Chapitre 29 sur 38 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Péiencage», actes di» fo' , Ptc, dans les diocèse? de Lyon eî de Cambrai. — Retours sincères k la religion.

Le diocèse de Lyon ne devait pas demeurer étranger au mouxement qui s'est opéré en faveur de la religion; la foi est trop fortement enracinée dans cette contrée évangélisée par les Irénée et les Pothin, pour qu'elle ne se manifeste pas dans ces solennels instanis où les peuples sont amenés a comprendre que les hommes ne peuvent rien poursiiérir leurs maux, mais que tout dépend du Créateur de toutes choses.

Pendant la durée du choléra, l'église de Notre-Dame de Fourvièies fut presque tous les matins remplie àa fidèles, qui vinrent des compagnes environnantes accomplir leur pèlerinage pour demander, par Tinlcrcession de Marie, la cessation du fléau ou la grâce d'en être présers es. On nous dispensera d'énumérer les paroisses qui lemplircnt cet acte de foi. Nous ntpourrions que tomber dans des rediti's monotones si nous décri\ions ces pieux pèlerinages qui se ressemblent tous. Disons seulement qu'ih ont été nombreux

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cl que ces processions, remarquables par la foule qui les suivit avec recueillement, ont été accueillies partout sur leur passage par des démonstrations non équivoques de piété et de respect.

il faut en dire autant pour le diocèse de Cambrai, que nous joignons à celui de Lyon, parce qu'il nous présente comme lui le spectacle consolant d'une surabondance de vie spirituelle. Nous en rapporterons plusieurs exemples pai liculiers.

On fit à Valencifunes une procession dite de Notre- Dame du Saint-Cordon. Jamais, de mémoire d'homme, dit une lettre que nous avons sous les yeux, on n'avait rPfnarqué un concours de lidèles se pressant à la voix de la religion , tel que celui qu'on vit le dimanche 8 juillet, à la procession improvisée pour obtenir la cessation des maladies qui affligeaient cette contrée depuis plusieurs mois. Les campagnes des environs de Valencicnnes, beaucoup plus châtiées que la cité même, avaient fourni un contingent considérable pour grossir la foule des assistants. Dès trois heures après-midi , on voyait entrer par les six portes de la ville la population de villages entiers, leur curé en tète, venant se grouper autour de la paroisse Notre-Dame. A quatre heures, après vêpres , la procession sortit de cette église et se répandit dans les piincipales rues de la ville. Il était près de sept heures lorsqu'elle rentra et quand la bénédiction fut donnée à l'église de Notre- Dame après la cérémonie.

Cette belle procession a en lieu , par une chaleur de vingt-sept degrés Réaumur, dans un ordre parfait et un calme religieux qui n'a été troublé par aucun accident. Des masses immenses et serrées d'hommes et de femmes, de vieillaids et d'enfants de toutes les conditions, fermaient le cortège, dont le déûlé , tant «en avant qu'en airière de la Vieige, objet de la vénération populaire, a dni-é plus d'une heure. On estime

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de vingt-cinq à trente mille le nombre des personnes qni prirent part à cette manifestation religieuse. Dans la campagne , le développement de la procession occupait plusieurs kilomètres en longueur.

Tout près de Valenciennes, dans la commune d'Aubry, il existe une chapelle très-visilée par les paroissiens, et nommée chapelle de Malplaquet , parce qu'elle fut fondée, d'après un voeu fait durant la bataille de ce nom , par un officier né à Aubry dont la vie avait été préservée. Cette chapelle est dédiée à Notre-Dame de Grâce. On comprend qu'elle dût être fréquentée d'une manière spéciale pendant les jours d'épreuves du choléra. On fît plus encore : sur la demande des habitants d'Aubry, Mgr l'archcNèque de Cambrai a permis que le lundi 16 juillet , fête de Notre-Dame du Mont-Carmel , la statue de la sainte Vierge fût portée processionnellement à la chapelle de Malpîaquet , avec la statue et les reliques de saint Sébastien , invoquée aussi dans ce pays en temps d'épidémie. Quelques paroisses du voisinage ont pris part à cette procession. On évalue à plus de cinq mille le nombre des personnes qui y assistèrent. On ajoute ijue les paioissiens d'Aubry n'ont pas eu une victime du choléra à déplorer.

A Avesnes , une pauvre et obscure petite chapelle adossée à l'un des murs de Téglise et dédiée à saint Roch , a été tout à coup tirée de l'oubli. Elle s'est vue, pendant plusieurs jours , l'objet d'un culte fervent, et chaque soir, elle reçut la visite d'une foule nombreuse de fidèles qni vinrent y prier pour la cessation de la maladie.

Même feiveur et mènje conflance dans la paroisse d'Escaudœuvre , où le choléra sévit particulièrement. Tous les habitants se rendirent à l'humble chapelle de Saint- Roch, établie dans la promenade qui porte ce nom. La population entière , enfants , hommes , femmes, vieillards, suivit en s'unissant aux chants

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sacrés du Parce , Domina, populo tuo ^ qui poilèrent les ciis de ce peuple en détresse jusqu'au trône de la divine miséricorde.

A Carnl»rai même , les habitants du faubourg Saint- Roch se sont rendus, le IG juillet, à Saint-Géry, pour assister à une messe solennelle qu'ils ont fait célébrer en l'honneur de leur patron pour le prier de détourner le fléau. Dans la soirée une procession eut lieu et fut accompagnée par une foule immense et recueillie.

Les paruisses de Mcr\ille, d'Estaires et de la Gorgue ont aussi réclamé l'intercession du patron des pestiférés. .\ Merviile on lui a surtout rendu des honneurs extrordiuaires. A Eslaires une ncuvaine a eu lieu, et plus de quinze cents personnes ont assisté à l'ouverture de cette cérémonie.

Douai a eu également ses pieux élans. Ainsi on a vu dans plusieurs paroisses de cette ville , et à la demande des paroissiens, le clergé allant proces«ionnellement inaugurer, dans diverses rues , la statue de saint Roch.

.Mais voici des fruits plus précieii.x encore et plus solides. \ Onnaing , près de Valenciennes , où les désastres ont été si grands, comme on l'a vu *, un grand nombre d'hommes se sont approchés du tribunal de la pénitence et sont revenus à Dieu. De plus , les ouvriers ont fait la promesse solennelle de ne plus travailler le dimanche , et les dames ont formé une société maternelle pour subvenir aux besoins des veuves et des orphelins. Depuis la formation de celte œuvre , des jeunes gens, des hommes ont fait leur première communion. C'est ainsi , dit en terminant la lettre qui nous donne ces ren^eignements . •< c'est ainsi que Dieu nous rappelle à lui par le malheur. Puisse le terrible fléau, en s'éloignant, ache\er de ramener à Dieu par la reconnaissance tous ceux qu'il a épargnés ! »

Dans la paroisse de Maing on a remarqué aussi un

' Au chap vu de la 1" partie.

progrès sensible dans l'accomplissement des devoirs du chrétien. L'église a été plus fréquentée que de coutume, et des personnes qui n'avaient pas depuis longtemps rempli les obligations de la vie chrétienne se sont approchées des Sacrements. On peut dire en général que le tléau a donné aux indifïérents de cette commune « une impulsion salutaire qui continue toujoiMS, nous écrit-on, et cela grâce au zèle infatigable du pasteur qui dirige la paroisse , et dont les soins sont payés par l'amour sincère qu'a pour lui son troupeau. »

Nous avons parlé du dévouement admirable de M. i'abbé Coustenoble dans la paroisse d'iwuy '. La même ielation qui nous a fourni les édifiants détails rapportés ci-dessus , nous apprend encore que les habitants de cette paroissç, riches et pauvres , se sont empressés de souscrire pour élever un monument sur la tombe de ce pieux ecclésiastique. Sa conduite a été si belle, si digne d'un ministre de l'Evangile , que ceux' qui en ont été les témoins veulent en perpétuer la mémoire à leurs descendants : In mcniorid œternâ erit justus -.

Enfin nous constaterons, en terminant ce chapitre, qui concerne le réveil des sentiments religieux dans le diocèse de Cambrai , qu'en septembre Mgr l'archevêque avait autorisé environ cent cinquante processions solennelles en l'honneur de saint Roch , et l'éreclion d'un norabie considérable de chapelles sous l'invocation du même saint que la confiance des peuples a partout regai'dé avec raison comme un puissant protecteur.

♦ .\ii chap. vu de la 1" part. ^ Ps. cxt. 6.

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